C'est quoi ?

Les artbookins se composent de lectures spontanées à voix haute de vos coups de coeur littéraires.
Au menu : roman, nouvelle, poésie, théâtre… Et c’est vous qui lisez !
Nous vous offrons le café, apportez vos grignotages c’est encore mieux ! ou venez tout simplement pour écouter.
 C’est gratuit !

Calendrier 2011/2012

de 20H à 23H
7 octobre

Bibliothèque « Paul Lajoinie »

Espace Charles Gobbe -

76400 -Senneville


  4novembre

Bibliothèque "Les amarres"
40 rue Charles de Gaulle

76 111 -YPORT 

 

  2 décembre 

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure 

76400-Fécamp


6 janvier  

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure 

76400-Fécamp


  3 Février 

Bibliothèque Municipale
  5 rue Théagène Boufart

76400-Fécamp


spécial "Printemps des poètes"

 9 mars

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure 

76400-Fécamp


 13 avril

Bibliothèque "Les amarres"
40 rue Charles de Gaulle

76 111 -YPORT 


11 mai 

Bibliothèque Municipale
  5 rue Théagène Boufart

76400-Fécamp


8 juin (lieu à définir)



Contact

Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 18:00

 

Vous êtes des intoxiqués de textes, des fous de lectures ?!
« ça tombe bien, nous aussi ! »

 

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photo©Voyelle

 

Venez partager avec nous, vos coups de cœur littéraires…avec ou sans images ! Nous vous offrons le café, et comme nous sommes aussi gourmands d’art culinaire, apportez vos grignotages, histoire d’émoustiller, non seulement les oreilles mais également les papilles.

Les Artbookins sont programmés dans différents lieux de la ville et de la région. Nos remerciements pour leurs accueils chaleureux à la Bibliothèque "Paul Lajoinie" de Senneville, au salon de thé d'Est en Ouest  de Fécamp et à la Bibliothèque " les Amarres" d'Yport. 

 

C'est vous qui lisez ! mais cela n'est en aucun cas une obligation pour participer aux Artbookins. Alors, n'hésitez pas à venir simplement  pour écouter et/ou découvrir les coups de coeur littéraires du moment... L'entrée est gratuite !

 

2011/2012

 

Prochain rendez-vous de la saison : 

le 3 février 2012

  Bibliothèque Municipale

  5 rue Théagène Boufart 

76400 - Fécamp 

de 20H à 23H 

Les autres dates et lieux sont à consulter ci-contre, à gauche

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2011/2012 - Communauté : avec ou sans images
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 16:23

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photo©Voyelle

 

 

"Les vacances d'un sérial Killer" de Nadine Monfils

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Editions Belfond- 2011

(disponible à la bibliothèque de Fécamp) 


4ème de couverture

 

Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane.

Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s'enfuit. Furieux, Alfonse s'arrête dans un snack pour s'enfiler une bière pendant que les deux ados, avec leur manie de tout filmer, s'amusent à planquer leur caméra dans les toilettes, histoire de recueillir quelques images truculentes. La famille Destrooper reprend finalement la route. À l'arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leur vidéo. Quand, soudain, ils découvrent à l'écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute ! Et, pour couronner le tout, la magnifique pension dans laquelle les Destrooper ont prévu de séjourner est un rade pourri. Les vacances en enfer ne font que commencer... Une comédie décapante, teintée d'humour noir et d'un zeste de poésie, un hymne à la Belgique.

 

Finaliste du prix du meilleur polar francophone de Montigny-lès-lès Cormeilles
Finaliste du prix du Prix Lion Noir de Neuilly Plaisance

 

Nadine Monfils est belge et vit à Montmartre. Elle est l'auteur d'une quarantaine de romans dont les polars à succès Monsieur Émile et Une petite douceur meurtrière, parus dans la collection " Série noire " de Gallimard. Également cinéaste, elle a réalisé Madame Édouard, dans lequel elle met en scène le commissaire Léon, héros de sa série policière aujourd'hui étudiée dans les lycées. Elle a publié chez Belfond Babylone Dream, prix Polar 2007 au salon Polar & Co de Cognac, Nickel Blues, prix des Lycéens de Bourgogne 2008, Tequila frappée (2009) et Coco givrée, prix de la Ville de Limoges 2010 

 

Le site de l'auteur


EXTRAITS

 

Le grand jour est arrivé ! Ceux qui ont du pognon vont à la Costa del Sol s'enduire de crème solaire et pavaner sur la Playa en sirotant des punchs. Les autres se rendent à la mer du Nord où il pleut trois jours sur quatre, et encore, c'est quand t'as du bol.

[…]

Les phares allumés, la voiture des Destrooper est arrêtée devant une grosse baraque vieillotte et mal entretenue, située derrière les dunes. La zone. Vue sur la misère du monde. Les passagers semblent tous figés à l'intérieur de la bagnole.
- Dis, Chou, t'es sûr que c'est ici ? s'inquiète Josette.
- Tu vois bien comme moi ce qui est écrit sur la façade. Les Mouettes rieuses. C'est notre pension.
[…]
Josette sort de la voiture en soupirant. Alfonse se tourne vers ses rejetons qui roupillent à l'arrière. Il jubile à l'idée de les réveiller en sursaut.
- Debout, bande de feignants ! On est en vacances ! Enfin ! se marre-t-il.
Les deux ados fixent la bicoque d'un air ahuri.
- Hé, t'as vu, Lourdes, on dirait la maison du psychopathe dans Psychose. Ça craint.
- Ouais, c'est relou.

[…]

Pensive, Josette regarde un bateau s'éloigner à l'horizon. Elle rêve à nouveau de partir à l'aventure, de traverser les océans avec Di Caprio sur le Titanic. Et tant pis s'il coule. Vaut mieux faire naufrage avec Leonardo que de rester le cul sur la plage avec un péquenot.

 

Voyelle a aimé : CLICK

 

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photo©Voyelle


"Le club des incorrigibles optimistes" de Jean-Michel Guenassia

 

4ème de couverture

Michel Marini avait douze ans en 1959. C’était l’époque du rock’n’roll et de la guerre d’Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l’arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux, et tout ce qu’ils étaient. Ils s’étaient retrouvés à Paris dans ce club d’échecs d’arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu’ils étaient tous d’incorrigibles optimistes.

Portrait de génération, reconstitution minutieuse d’une époque, chronique douce-amère d’une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l’ampleur du projet que par l’authenticité qui souffle sur ces pages.

 

EXTRAIT (source L'EXPRESS)

 

Aujourd'hui, on enterre un écrivain. Comme une dernière manifestation. Une foule inattendue, silencieuse, respectueuse et anarchique bloque les rues et les boulevards autour du cimetière Montparnasse. Combien sont-ils? Trente mille? Cinquante mille? Moins? Plus? On a beau dire, c'est important d'avoir du monde à son enterrement. Si on lui avait dit qu'il y aurait une telle cohue, il ne l'aurait pas cru. Ça l'aurait fait rire. Cette question ne devait pas beaucoup le préoccuper. Il s'attendait à être enterré à la sauvette avec douze fidèles, pas avec les honneurs d'un Hugo ou d'un Tolstoï. Jamais dans ce demi-siècle, on n'avait vu autant de monde pour accompagner un intellectuel. A croire qu'il était indispensable ou faisait l'unanimité. Pourquoi sont-ils là, eux? Pour ce qu'ils connaissent de lui, ils n'auraient pas dû venir. Quelle absurdité de rendre hommage à un homme qui s'est trompé sur tout ou presque, fourvoyé avec constance et a mis son talent à défendre l'indéfendable avec conviction. Ils auraient mieux fait d'aller aux obsèques de ceux qui avaient raison, qu'il avait méprisés et descendus en flammes. Pour eux, personne ne s'est déplacé. 

Et si, derrière ses échecs, il y avait autre chose, d'admirable, chez ce petit homme, cette rage de forcer le destin avec son esprit, d'avancer envers et contre toute logique, de ne pas renoncer malgré la certitude de la défaite, d'assumer la contradiction d'une cause juste et d'un combat perdu d'avance, d'une lutte éternelle, toujours recommencée et sans solution. Impossible de rentrer dans le cimetière où on piétine les tombes, escalade les monuments et renverse les stèles pour s'approcher plus près et voir le cercueil. On dirait l'inhumation d'une vedette de la chanson ou d'un saint. Ce n'est pas un homme qu'on porte en terre. C'est une vieille idée qu'on ensevelit avec lui. Rien ne changera et nous le savons. Il n'y aura pas de société meilleure. On l'accepte ou on ne l'accepte pas. Ici, on a un pied dans la tombe avec nos croyances et nos illusions disparues. Une foule comme une absolution pour l'expiation des fautes commises par idéal. Pour les victimes, ça ne change rien. Il n'y aura ni excuse, ni réparation, ni inhumation de première classe. Qu'y a-t-il de pire que de faire le mal quand on voulait faire le bien? C'est une époque révolue qu'on porte en terre. Pas facile de vivre dans un univers sans espoir. 

A cet instant, on ne règle plus de comptes. On ne fait pas de bilan. On est tous égaux et on a tous tort. Je ne suis pas venu pour le penseur. Je n'ai jamais compris sa philosophie, son théâtre est indigeste et ses romans, je les ai oubliés. Je suis venu pour de vieux souvenirs. La foule m'a rappelé qui il était. On ne peut pas pleurer un héros qui a soutenu les bourreaux. Je fais demi-tour. Je l'enterrerai dans un coin de ma tête. 

Il y a des quartiers mal famés qui vous renvoient dans votre passé et où il est préférable de ne pas traîner. On croit qu'on oublie parce qu'on n'y pense pas mais il ne demande qu'à revenir. J'évitais Montparnasse. Il y avait là des fantômes dont je ne savais pas quoi faire. J'en voyais un devant moi dans la contre-allée du boulevard Raspail. J'ai reconnu son pardessus inimitable en chevrons clairs, façon Humphrey Bogart années cinquante. Il y a des hommes qu'on mesure à leur façon de marcher. Pavel Cibulka, l'orthodoxe, le partisan, le roi du grand écart idéologique et des blagues à deux balles, altier et fière allure, avançait sans se presser. Je l'ai dépassé. Il avait épaissi et ne pouvait plus fermer son manteau. Ses cheveux blancs en bataille lui donnaient un air d'artiste. 

- Pavel. 

Il s'est arrêté, m'a détaillé. Il a cherché dans sa mémoire où il avait vu ce visage. Je devais évoquer une vague réminiscence. Il secoua la tête. Je ne lui rappelais rien. 

- C'est moi... Michel. Tu te souviens? 

Il me scruta, incrédule, toujours méfiant. 

- Michel?... Le petit Michel? 

- Arrête, je suis plus grand que toi. 

- Le petit Michel!... Ça fait combien de temps? 

- La dernière fois qu'on s'est vus, c'était ici, pour Sacha. Ça fait quinze ans. 

On est restés silencieux, embarrassés par nos souvenirs. 

On est tombés dans les bras l'un de l'autre. Il m'a serré fort contre lui. 

- Je ne t'aurais pas reconnu. 

- Toi, tu n'as pas changé. 

- Ne te moque pas de moi. J'ai pris cent kilos. A cause des régimes. 

- Je suis heureux de te revoir. Les autres ne sont pas avec toi? Tu es venu seul? 

- Je vais au boulot, moi. Je ne suis pas retraité. 

Son accent traînant de Bohême s'était fait véhément. On est allés au Select, une brasserie où tout le monde avait l'air de le connaître. A peine étions-nous assis, le serveur lui apportait, sans qu'il ait rien commandé, un café serré avec un pot de lait froid et prenait ma commande. Pavel s'est penché pour attraper la boîte à croissants sur la table voisine et, ravi, en a englouti trois, parlant la bouche pleine avec une infinie distinction. Pavel avait fui la Tchécoslovaquie depuis près de trente ans et vivait en France dans des conditions précaires. Il avait échappé in extremis à la purge qui avait emporté Slansky, l'ancien secrétaire général du parti communiste, et Clementis, son ministre des Affaires étrangères dont il était un proche collaborateur. Ancien ambassadeur en Bulgarie, auteur d'un ouvrage de référence, La Paix de Brest-Litovsk: diplomatie et révolution, dont aucun éditeur parisien ne voulait, Pavel était gardien de nuit dans un hôtel à Saint- Germain-des-Prés où il vivait dans une petite chambre au dernier étage. Il espérait retrouver son frère aîné qui avait gagné les Etats-Unis à la fin de la guerre et attendait un visa qui lui était refusé à cause de son passé. 

- Ils ne me donneront pas mon visa. Je ne reverrai pas mon frère. 

- Je connais un attaché à l'ambassade. Je peux lui en parler. 

- Ne te casse pas la tête. J'ai un dossier aussi gros que moi. Il paraît que je suis un des fondateurs du Parti communiste tchécoslovaque. 

- C'est vrai? 

Il a haussé les épaules, fataliste. 

- Quand tu étais étudiant à Prague dans les années trente, l'alternative était claire. Tu étais soit pour les exploiteurs, soit pour les exploités. Je n'ai pas choisi mon camp. Je suis né dedans. J'étais jeune, convaincu qu'on avait raison, qu'il n'y avait pas d'autre solution pour notre pays. C'est vrai: j'ai été un responsable du Parti. J'avais un diplôme en droit. Je croyais que l'éducation des masses et l'électricité allaient accoucher d'un homme nouveau. On ne pouvait pas imaginer que le communisme allait nous broyer. Le capitalisme, on en était sûr. Pendant la guerre, c'était évident. Tu étais soit pour les communistes, soit pour les fascistes. Ceux qui n'avaient pas d'opinion, tant pis pour eux. On avançait avec enthousiasme. Je ne me suis pas posé la question. Après la libération, rien ne s'est passé comme on l'espérait. Aujourd'hui, que mes amis aient été pendus, que ma famille ait été tourmentée jusqu'à ce qu'elle me renie, ils s'en foutent. Ils ne veulent pas d'un vieux coco et j'ai décidé de les emmerder. Chaque année, je dépose une demande de visa. Ils refusent. Ça ne fait rien, je continue. 

- Dis-moi, Pavel, tu n'es plus communiste? 

- Encore et toujours! 

- C'est l'échec total. Ça s'écroule de partout. 

- Le communisme est une belle idée, Michel. Le mot camarade a un sens. Ce sont les hommes qui sont mauvais. Si on leur avait laissé le temps, Dubcek et Svoboda y seraient arrivés. Remarque, la roue est en train de tourner pour moi. 

- Pourquoi? 

- Figure-toi que j'ai écrit à Cyrus Vance, le secrétaire d'Etat de Jimmy Carter. Il m'a répondu. Tu te rends compte? 

De son portefeuille, il sortit avec délicatesse une lettre restée dans son enveloppe d'origine et me la donna à lire. Cyrus Vance répondait à son courrier du 11 janvier 79 en lui disant qu'il le transmettait au service compétent. 

- Qu'en penses-tu? demanda-t-il. 

- C'est une formule type. Il ne s'engage pas beaucoup. 

- En vingt-cinq ans, c'est la première fois qu'ils réagissent. C'est un signe. Cyrus Vance, ce n'est pas un républicain, c'est un démocrate. 

- Avant, tu n'avais pas de réponse? 

- J'étais con, j'écrivais au président des Etats-Unis. Il n'a pas le temps de répondre à ceux qui lui écrivent. C'est Imré qui m'a conseillé d'écrire au secrétaire d'Etat. 

- Tu as peut-être frappé à la bonne porte. S'ils refusent encore, que vas-tu faire? 

- Je ne suis plus tchèque. Je ne suis pas français. Je suis apatride. C'est la pire des situations. Tu n'existes pas. Je garde un petit espoir de revoir mon frère. Lui, il est américain. On se téléphone une fois par an pour se souhaiter une bonne année. Il est contremaître dans le bâtiment. Il a une famille. Il vit bien. Il n'a pas les moyens de venir en Europe. Je ferai une nouvelle demande l'année prochaine. Et la suivante. 

Petit à petit, la brasserie s'était remplie d'une foule venue se reposer après les funérailles. Un groupe se dirigea vers notre table. Une femme voulut investir notre banquette. 

- La place est libre? 

- C'est pris! 

La femme recula, surprise par son ton agressif. Le petit groupe s'éloigna. 

- Non mais je rêve! Tu as vu cette bande de cons qui se déplacent pour ce connard. Ils ont de la merde dans la tête ou quoi? 

- C'était un symbole. 

- Moi, j'irai pisser sur sa tombe. Il ne mérite rien d'autre. Y a pas de quoi être fier. 

- Il ne pouvait pas se renier. 

- Il savait. Depuis Gide et Rousset. Je lui ai raconté pour Slansky et Clementis. Il n'a rien dit. Il savait pour Kravchenko. Il a condamné Kravchenko. Tu expliques ça, toi? Hurler avec la meute. Mépriser les martyrs. Nier la vérité. Ce n'est pas être complice? C'était un salaud. 

Il est resté pensif, le front penché, le visage contracté. 

- Je suis mal placé pour donner des leçons, je ne devrais pas dire ça. 

- Je ne comprends pas. 

- La moindre des choses, c'est d'avoir la reconnaissance du ventre. On survivait avec le pognon qu'ils nous filaient. Sans eux, on n'y serait pas arrivés. 

- Qui vous filait du pognon? 

Pavel m'a regardé en coin comme si je faisais l'imbécile. Il a vu que j'étais sincère. 

- Tous les deux. Kessel et Sartre. Ils nous pistonnaient pour des traductions, des petits boulots. Ils connaissaient plein de gens. Ils nous recommandaient à des revues, à des directeurs de journaux. On faisait des piges. Si on était raides, c'est eux qui payaient le proprio ou les huissiers. Comment on aurait pu s'en sortir? On n'avait pas une thune. On avait tout perdu. S'ils ne nous avaient pas aidés, on aurait fini sous les ponts. Ça a été plus dur quand il est devenu aveugle et qu'il n'est plus sorti de chez lui. Il y a deux ans, ils ont dépanné Vladimir, tu te souviens de lui? 

- Comme si c'était hier. 

- Il a eu des ennuis. 

Ça le démangeait de me raconter. Je revoyais Vladimir Gorenko dans l'arrière-salle du Balto en train de distribuer ses victuailles.

 

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photo©Voyelle

 

" Banquises"  de Valentine Goby

editions Albin Michel - 2011

(disponible à la bibliothèque de Fécamp)


4ème de couverture

En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. La dernière fois que sa famille l’a vue, c’était au moment où, à Roissy, elle est montée dans l’avion qui l’emportait vers la calotte glaciaire. Après, plus rien. Elle a disparu corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Lisa, vingt-sept ans plus tard, part sur les traces de cette sœur disparue. Elle quitte mari et enfants pour parcourir le même trajet qu’elle. Elle arrive dans un Groenland dévasté, habité par une population abandonnée, qui voit se réduire peu à peu son territoire de glace. Cette quête va la mener loin dans son propre cheminement identitaire, depuis l’impossibilité du deuil jusqu’à la construction de soi. Roman sur le temps, roman sur l’attente, roman sur l’urgence et la disparition d’un monde. Roman familial et magnifique évocation d’un Grand Nord en perdition. Valentine Goby signe ici un très beau livre sur la douleur des Hommes. Valentine Goby est née en 1974. Après des études à Sciences Po elle a effectué des séjours humanitaires à Hanoï et Manille. Elle a été lauréate de la fondation Hachette et a reçu divers prix pour ses livres précédents tous publiés chez Gallimard, dont Qui touche à mon corps je le tue en 2008 et Des corps en silence, 2010. Elle publie également pour la jeunesse.

 

EXTRAIT

La mère n’a jamais changé de coiffure, ses cheveux tombent sur ses épaules, mais elle a fait une couleur hier, à cause des cheveux blancs. Un brushing ? Elle répond non, elle n’a jamais eu de brushing. Il pourrait parler à sa place, le père, il pourrait dire les mots qui cognent dans la tête de cette femme, il sent les vibrations de ses terminaisons nerveuses, devine le rythme de son cœur, il fait le compte, quarante-deux ans qu’ils se connaissent, il pense se connaissent plutôt que s’aiment non par manque d’amour, non parce qu’il doute, mais parce que à ce point de la vie ce n’est plus la question, l’amour, il est en elle, elle est en lui, distincts et soudés, bouturés, et ce qu’ils forment pourrait s’appeler chimère, du nom de ces organismes greffés l’un à l’autre, poire et coing, orange et mandarine, qui donnent un même plant mais conservent chacun leur patrimoine génétique. Mêmes, et différents. Présentation du livre avec Valentine Goby

 

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"Retour à Reims" de Didier Eribon

Editions Flammarion - Collection champs essais

 

4ème de couverture

Didier Eribon Retour à Reims Après la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims, sa ville natale, et retrouve son milieu d'origine, avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l'histoire de sa famille. Évoquant le monde ouvrier de son enfance, restituant son ascension sociale, il mêle a chaque étape de ce récit intime et bouleversant les éléments d'une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités, la sexualité, la politique, le vote, la démocratie... Réinscrivant ainsi les trajectoires individuelles dans les déterminismes collectifs, Didier Eribon s'interroge sur la multiplicité des formes de la domination et donc de la résistance. Un grand livre de sociologie et de théorie critique.

 

« Difficile de rendre compte de toute la réflexion et de toute l'émotion que suscite la lecture du livre .» Annie Ernaux

 

EXTRAIT ( source L'EXPRESS)

 

Longtemps, ce ne fut pour moi qu'un nom. Mes parents s'étaient installés dans ce village à une époque où je n'allais plus les voir. De temps à autre, au cours de mes voyages à l'étranger, je leur envoyais une carte pos tale, ultime effort pour maintenir un lien que je souhaitais le plus ténu possible. En écrivant l'adresse, je me demandais à quoi ressemblait l'endroit où ils habitaient. Je ne poussais jamais plus loin la curiosité. Lorsque je lui parlais au télé phone, une fois ou deux par trimestre, souvent moins, ma mère me demandait : "Quand viens- tu nous voir ?" J'éludais, prétextant que j'étais très occupé, et lui promettais de venir bientôt. Mais je n'en avais pas l'intention. J'avais fui ma famille et n'éprouvais aucune envie de la retrouver. 

Je n'ai donc connu Muizon que tout récemment. C'était conforme à l'idée que j'en avais conçu : un exemple caricatural de "rurbanisation", un de ces espaces semi- urbains en plein milieu des champs, dont on ne sait plus très bien s'ils appartiennent encore à la campagne ou s'ils sont devenus, au fil des ans, ce qu'il convient d'appeler une banlieue. Au début des années 1950, ai- je appris depuis lors, le nombre d'habitants ne dépassait pas la cinquantaine, regroupés autour d'une église dont certains éléments subsistent du xiie siècle, mal gré les guerres qui dévastèrent, par vagues toujours recommencées, le nord- est de la France, cette région au "statut particulier", selon les mots de Claude Simon, où les noms de villes et de villages semblent synonymes de "batailles" et de "camps retranchés", de "sourdes canonnades" et de "vastes cimetières". Aujourd'hui, ils sont plus de deux mille à y vivre, entre, d'un côté, la Route du cham pagne qui commence à sinuer non loin de là dans un paysage de coteaux cou verts de vignes et, de l'autre, une zone industrielle plu tôt sinistre, dans les faubourgs de Reims, que l'on rejoint après 15 ou 20 minutes de voiture. Des rues ont été créées, le long desquelles s'alignent des maisons semblables les unes aux autres et accolées deux par deux. Ce sont, pour la plu part, des logements sociaux : leurs locataires ne sont pas des gens riches, loin s'en faut.  

Pendant près de vingt ans, mes parents vécurent là sans que je me décide à faire le déplacement. Je ne vins dans cette bourgade ? comment désigner un tel endroit ? -et dans leur mai son nette qu'après que mon père l'eut quittée pour être installé par ma mère dans une clinique accueillant des per sonnes frappées par la maladie d'Alzheimer, d'où il n'allait plus sortir. Elle avait retardé ce moment le plus long temps possible, mais, épuisée et effrayée par ses soudains accès de violence ? un jour, il avait pris un couteau de cuisine et s'était précipité sur elle ?, elle avait fi ni par se rendre à l'évidence : il n'y avait pas d'autre solution. Dès qu'il fut absent, il me devint possible d'entre prendre ce voyage ou plutôt ce processus de retour auquel je n'avais pu me résoudre auparavant. De retrouver cette "contrée de moi- même", comme aurait dit Genet, d'où j'avais tant cherché à m'évader : un espace social que j'avais mis à dis tance, un espace mental contre lequel je m'étais construit, mais qui n'en constituait pas moins une part essentielle de mon être. Je vins voir ma mère. Ce fut le début d'une réconciliation avec elle. Ou, plus exactement, d'une réconciliation avec moi- même, avec toute une part de moi- même que j'avais refusée, rejetée, reniée. 

Ma mère me parla beaucoup au cours des quelques visites que je lui rendis dans les mois qui sui virent. D'elle, de son enfance, de son adolescence, de son existence de femme mariée... Elle me parla de mon père aussi, de leur rencontre, de leur relation, des existences qu'ils avaient menées, de la dureté des métiers qu'ils avaient exercés. Elle voulait tout me dire et son verbe s'emballait, intarissable. C'était comme si elle avait eu à coeur de rattraper le temps perdu, de gommer d'un coup la tristesse qu'avaient représentée pour elle les conversations que nous n'avions pas eues. Je l'écoutais, en buvant du café, assis en face d'elle. Avec attention quand elle se racontait elle- même ; avec lassitude et ennui quand elle me détaillait les faits et gestes de ses petits- enfants, mes neveux, que je n'avais jamais vus et auxquels je ne m'intéressais guère. Un lien se recréait entre nous. Quelque chose se réparait en moi. 

 

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photo©Voyelle

 

"La terre des mensonges" et "La ferme des Neshov"

de Anne.B. Radge - Editions 10/18 - 2011

traduit du norvégien par Jean Renaud


 "La terre des mensonges" T1

«Un registre de condoléances était ouvert, un stylo posé en travers de la première page. Une photo encadrée de la défunte la montrait en blouson sur une plage de galets, tenant à la main une racine d'arbre grise qui avait l'air d'un cygne.»

Après la mort de leur mère, trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale. Tor,
l'aîné, se consacre à l'élevage de porcs, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et Erlend est décorateur de vitrines à Copenhague. Les retrouvailles s'annoncent mouvementées : la tension atteint son paroxysme lorsque la question de l'héritage amène le père de famille à révéler un terrible secret.   Les premières pages 

 

"La ferme des Neshov" T2

Après l'enterrement de leur mère, les frères Neshov pensaient reprendre le cours de leur vie. Mais tout a changé : Erlend est confronté au désir d'enfant de son compagnon, Margido à sa solitude et Tor, l'aîné, vit mal son quotidien à la ferme, auprès du « père »...À leur insu, le drame couve et pour chacun d'eux, l'heure des choix a sonné.

 

EXTRAIT (p.21)

  Une heure plus tard, la petite voiture de location était pleine à craquer. C'était une Golf, Krumme l'avait louée à l'aéroport de Vaernes et ils allaient la rendre au même endroit. Torunn rentra en trombe dans le petit salon voir le grand-père, après avoir enfilé manteau et bottines. Elle voulait donner l'impression qu'ils étaient pressés maintenant. Elle avait longtemps retardé le moment de dire au revoir, fait comme si c'était une simple tasse de café qu'ils avaient bue, en dépit des allées et venues fébriles d'Erlend entre le premier étage et la voiture dans la cour, pour descendre toutes sortes de choses qu'il voulait emporter à la dernière minute.

Le grand-père était assis devant une tasse sans soucoupe, des miettes sur la table et sur les genoux – elle lui avait donné une part de gâteau fourré aux amandes. Il portait son dentier, en haut comme en bas, la télé était éteinte, elle jeta un rapide coup d'œil aux plantes vertes sur le rebord de la fenêtre, celles qu'Erlend avait achetées, et fut intimement persuadée qu'elles seraient crevées d'ici quinze jours. Ou bien complètement desséchées, ou bien trop arrosées. Elle était également persuadée qu'il ne se raserait pas avant longtemps. Ni ne changerait de caleçon. Comment vont-ils se débrouiller ? se demanda-t-elle. Et moi qui m'en vais. Mais elle pensa aussitôt qu'Erlend aussi s'en allait, et il était quand même plus proche d'eux, pour autant qu'on puisse établir une telle hiérarchie. Erlend était le frère cadet, elle était la fille : qui des deux devait avoir davantage mauvaise conscience ? Mais Margido habitait de l'autre côté de la colline, à lui maintenant de venir en aide à sa famille à Neshov ! Il y serait obligé, en tant que frère. La question était de savoir comment il pourrait s'y prendre et si Tor le laisserait faire, alors qu'il s'était tenu à l'écart de la ferme pendant sept ans.

- C'est le départ ? Demanda le grand-père.

- Oui.

Elle se pencha et appuya sa joue contre la sienne. Ça piquait. Il sentait le vieillard, les vieux habit, le renfermé, le gâteau aux amandes et le café. Elle l'embrassait pour la première fois, il parvint à lever le bras assez haut pour lui toucher la joue.

- Au revoir, murmura-t-elle.

Qu'aurait-elle pu lui dire d'autres ? Rien qu'elle puisse promettre.

- Porte-toi bien !


 Anne B. Ragde, née en 1957, a fait ses débuts en littérature en 1986 avec le livre pour la jeunesse Hallo! Her er jo! Depuis, elle a écrit plusieurs livres pour la jeunesse, dont une biographie de Sigrid Undset pour laquelle elle a reçu le Prix Brage. Son premier roman pour adulte En tiger for en engel a été publié en 1990. D’autres romans ont suivis, tout comme des polars et des recueils de nouvelles. La Terre des mensonges (dont le titre original est Berlinerpoplene), paru en 2004 a été traduit dans plus de vingt langues et a obtenu le obtenu les prix littéraires Riksmål et Booksellers' prize. La Ferme des Neshov a reçu le Prix des libraires et prix des lecteurs en Norvège.

 

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"La délicatesse" de David Foenkinos

Editions Folio - 2011

 

4ème de couverture

François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, ça serait parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »
La délicatesse a obtenu dix prix littéraires et a été traduit dans plus de quinze langues.

 

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Adaptation au cinéma (décembre 2011) par l'auteur. Avec : Audrey Tautou, François damiens, Bruno Todeschini

 

9782221112526

"Mademoiselle des palissades" T1 de Martine Marie Muller

Editions Robert Laffont - 2010

 

Résumé de l'éditeur

La figure tragique du jeune Noël de Miromesnil hantera longtemps les lecteurs de Mademoiselle des palissages - premier volet de La Trilogie des servantes de Martine Marie Muller.

Patriarche hautain et cassant, craint et révéré de tous au château, le marquis de Miromesnil est un aristocrate normand à l'esprit volontiers conservateur, qui se montre moins intéressé par la conduite des destinées humaines que par sa vigne - la Viévigne -, à laquelle il consacre le plus clair de son temps. Etrange et funeste lien que celui qui unit si inextricablement le vieil homme à sa terre plutôt qu'aux siens. Ne prétend-on pas, d'ailleurs, que : « Le vin, c'est le désordre » ?...
Noël est le petit dernier des Miromesnil - le ravisé, comme on a coutume d'appeler l'enfant non désiré, advenu sur le tard. Solitaire et mélancolique, le jeune homme éprouve une aversion profonde pour la passion exclusive et dévorante de son marquis de père. Au point qu'un jour, il en vient à souhaiter publiquement que quelque cataclysme les délivre de la tyrannie de la vigne. Peu de temps plus tard, l'hiver 1684, la malédiction prédite par le fils maudit se produit : un froid polaire s'abat durant plusieurs mois sur la Normandie ; la Viévigne ne s'en relèvera jamais.
Si le père et son fils ne sont plus là pour conter la tragédie qui s'ensuivit, la servante des Miromesnil, témoin privilégié et héroïne à part entière du drame, se souvient... « Mademoiselle des palissages », comme l'avait surnommée le marquis pour son habileté à soigner la vigne, rend le plus vibrant des hommages à l'enfant réprouvé du château, dont elle était secrètement éprise. Avec Mademoiselle des palissages, roman historique au récit haletant, Martine Marie Muller inaugure de brillante manière sa Trilogie des servantes.
 EXTRAIT EN PDF


D'origine alsacienne et béarnaise, Martine Marie Muller est professeur de lettres dans un lycée de la région parisienne. Elle a notamment publié, aux Éditions Robert Laffont, Terre-Mégère, La Porte, L'Homme de la frontière, Quai des Amériques, Les Enfants de l'Arche, La Belle Camarade, ainsi que les deux premiers volets de « La trilogie des servantes » - Mademoiselle des palissages et La Servante de Monsieur Vincent - parus l'année dernière.

 


 


Par cie artbooka
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 17:45

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"C'était l'âge d'or de Fécamp" de Laure Banse

 

Résumé

"C’était l’âge d’or de Fécamp" rassemble les souvenirs de jeunesse de Victor Banse, né en 1902 à Fécamp. C’est un témoignage direct, unique sur la vie quotidienne au début du XXème siècle dans la cité des terre-neuvas.
Ce livre a trouvé deux sources pour se construire. Tout d’abord les notes que Victor Banse a écrites au moment où il s’est arrêté de travailler à l’imprimerie en 1982 complétées par la lecture des journaux de l’époque lors de ses nombreuses visites à la Bibliothèque du fond ancien. D’autre part, les discussions avec sa petite fille par alliance, Laure Banse, qui, fascinée par ce que lui racontait Victor, a décidé après dix ans de gestation de réunir l’ensemble de ses souvenirs. Le plan du livre, chronologique, part de son enfance et va jusqu’à son entrée dans l’âge adulte vers 1922. De nombreuses photos issues du fond familial mais aussi de collectionneurs privés ainsi que quelques cartes postales illustrent les propos de Victor.

 

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"Juste avant" de Fanny Saintenoy

Editions Flammarion - 2011

 

4ème de couverture

Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche.
Par la voix d'une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petitefille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible.
Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.

 

« Chère Fanny,
C'est un beau et juste texte, et d'une gaieté étrange, qui tient, je crois, à la façon dont vous rendez le
bonheur d'être chez quelqu'un qui n'a pas été gâté en bonheur de vivre. »

Daniel Pennac

 

EXTRAIT

Bizarrement, c'est le retour qui a été très difficile, après la folie de la Libération. Le jour où de Gaulle a descendu les Champs-Élysées, on aurait dit que la France entière était là, de chaque côté du trottoir. On s'était mises sur notre trente et un avec ma fille. J'avais fait une folie pour l'occasion, je m'étais payé un beau chapeau, avec une plume sur le côté, très chic. Y avait des sacrées bousculades, d'une main je tenais fort ma fille, de l'autre mon chapeau, mais ma plume est tombée et ça m'a fait du souci toute la journée. L'histoire des grands jours envolée par la légèreté de ma plume, une si petite chose.

 

C'était beau cette euphorie générale mais il fallait reprendre sa vie. Paris avait des airs de ville en fête, et pourtant les gens n'étaient plus comme avant ; ça se voyait sur les visages. On apprenait, jour après jour, tout ce qui s'était passé, tout ce qu'on n'aurait jamais voulu savoir. J'ai essayé de retrouver mon mari. Un type m'a dit qu'il était à Buchenwald avec Louis, que mon mari faisait toujours le pitre, qu'il racontait toujours autant de bêtises. Ça m'a rassurée, je me suis dit qu'ils avaient pas réussi à le pourrir. Un autre m'a raconté qu'il était vivant le jour de la libération du camp, par les Russes, paraît-il. Un jour j'ai cru le reconnaître, un monsieur qui lui ressemblait. Je me suis rendu compte que j'avais presque oublié son visage.

 

Vidéo de présentation chez l'éditeur.

 

 

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photo©Voyelle

 

"Un peu de respect j'suis ta mère" de Hernan Casciari

Editions Calmann-Levy - 2009

Traduit de l'espagnol ( Argentine) par Alexandra Carrasco

 

Résumé de l'éditeur

Peut-on avoir des orgasmes quand son mari, au chômage, passe son temps devant le foot à la télévision ? Peut-on paisiblement entrer dans le troisième âge lorsque son beau-père de quatre-vingts ans se retrouve en prison pour détention de marijuana ? Et peut-on dormir tranquille lorsque son fils aîné est tantôt gai, tantôt pas ?

Mirta Bertotti n’a vraiment pas la vie facile. C’est à Mercedes, dans la proche banlieue de Buenos Aires, que vit cette famille complètement allumée, mais qui pourrait bien habiter sur le même palier que vous. Pour ne pas devenir folle, Mirta a décidé de créer son blog, dans lequel elle pourra partager sa vie de dingue avec des milliers d’internautes. Ces chroniques, tendres et désopilantes, évoquent à la fois l’univers des Simpsons et de South Park

Un peu de respect, j’suis ta mère ! vient d’être adapté pour le théâtre (2009) et le sera au cinéma en 2010, avec l’actrice Carmen Maura dans le rôle de Mirta Bertotti. Ce blogonovela ["blog-roman"] a été élu meilleur du monde en 2004 par la radiotélévision publique internationale allemande Deutsche Welle.

 

Extrait
Cet après midi, j'ai enfin pu coincer Sofi toute seule dans la maison et j'en ai profité pour lui demander des comptes sur la culotte à dentelle que j'ai trouvée (je n'avais pas perdu de vue ce mystère).
Je lui dis :
- Oublie que je suis ta mère, aujourd'hui je suis ton amie. Tu couches avec un garçon pas vrai ?
Non, enfin oui, mais machin et patin couffin, et la garce fini par cracher le morceau. Elle couchait pas vraiment, mais elle avait eu des attouchements avec un certain Manija, le fils du boucher.
J'ai pris une bouffée d'air :
- Merci d'être aussi sincère, Sofi... Et maintenant, oublie une seconde que je suis ton amie, lui ai-je dit en lui filant une torgnole qui l'a collée au frigo.
C'était il y a deux heures et j'ai encore mal à la main. De qui elle tient ça, d'être une traînée ?

 

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"Séquestrée" de Chevy Stevens

Editions L'Archipel -2011

 

Résumé de l'éditeur

« Un suspense psychologique d'une noirceur extrême, dense et suffocant, qui repousse les limites du genre. » Kirkus

« Lorsqu'un psychopathe joue au jeu du chat et de la souris avec sa victime. Un thriller d'une force inouïe. » Lisa Gardner

Annie O'Sullivan, 32 ans, est agent immobilier sur l'île de Vancouver. Par un beau dimanche ensoleillé d'août, alors qu'elle fait visiter une maison à un potentiel acquéreur, ce dernier lui plante le canon d'un revolver dans le dos et l'oblige à monter dans sa camionnette...
Quand Annie se réveille, elle est prisonnière dans une cabane isolée en pleine forêt. C'est le début d'un enfer qui durera plus d'un an : douze mois où le Monstre - comme Annie le surnomme - fera d'elle sa chose. Torture psychologique, abus sexuels... : tout y passera, jusqu'à ce que la jeune femme parvienne enfin à s'échapper.
Pourtant, le plus dur commence pour Annie, qui doit à présent surmonter son traumatisme, réapprendre à vivre normalement sans plus dormir enfermée dans un placard, seul lieu où elle se sent en sécurité, et, surtout, accepter l'effroyable vérité : elle connaît le commanditaire de son enlèvement...

 

Les premières pages

 

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"Désolations" de David Vann

Editions Gallmeister - 2011

Traduit de l'américain par Laura Derajinski

 

4ème de couverture

Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

Après Sukkwan Island, couronné par le Prix Médicis 2010, le second roman de David Vann est une œuvre magistrale sur l’amour et la solitude. Désolations confirme le talent infini de son auteur à explorer les faiblesses et les vérités de l’âme humaine. Site de l'auteur

 

Les premières pages

 

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"Le mec de la tombe d'à côté" de Katarina Mazetti

Editions Actes Sud - Collection Poche Babel - 2009

 

4ème de couverture

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’oeil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.


Née en 1944, Katarina Mazetti est journaliste à la radio suédoise. Auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle a rencontré un succès phénoménal avec Le Mec de la tombe d’à côté, traduit en de nombreuses langues. Son oeuvre est publiée en France par les éditions Gaïa.

 

Les premières pages 

 

 

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"L'indésirable" de Sarah Waters

Editions Poche 10/18 - 2011

Traduit de l'Anglais par Alain Defossé

 

4ème de couverture

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la demeure d'Hundreds Hall n'est plus que l'ombre d'elle-même : loin de sa splendeur passée, d'étranges événements se succèdent et distillent entre les murs un vent de terreur. Faraday, médecin de campagne, assiste la famille Ayres qui s'efforce de cacher la débâcle. À moins que le coeur du manoir ne soit rongé par un lugubre secret...

« Il semblerait qu'avec cette romancière particulièrement douée, les derniers vestiges du gothique aient fini par s'écrouler. »
François Rivière, Le Figaro littéraire

 

Née en 1966 au pays de Galles, Sarah Waters a été libraire, puis enseignante. Dès son premier roman, Caresser le velours, qui a été adapté à la télévision par la BBC, elle devient l'égérie des milieux gays. Avec son deuxième roman, Affinités, elle obtient le prix du Jeune Écrivain de l'année 2000 délivré par le Sunday Times. La publication de son troisième roman, Du bout des doigts, qui a remporté le Somerset Maugham Prize, marque sa consécration. Élue « auteur de l'année » par le Sunday Times, elle reçoit en 2003 le prix des Libraires et le British Book Awards, et figure sur la liste des « vingt meilleurs jeunes romanciers anglais » établie par la revue Granta. Sarah Waters vit aujourd'hui à Londres. L'Indésirable est son dernier roman paru.

 

EXTRAIT

J'avais dix ans quand je vis Hundreds Hall pour la première fois. C'était l'été qui suivit la guerre, les Ayres possédaient encore presque tout leur argent et demeuraient des gens importants dans la région. Nous fêtions l'Empire Day : je me tenais aligné avec d'autres enfants du village, figé dans le salut du boy-scout, tandis que Mrs Ayres et le colonel passaient devant nous, distribuant à chacun une médaille commémorative ; après quoi nous nous installâmes avec nos parents pour prendre le thé, assis à de longues tables dressées sur ce qui était, je suppose, la pelouse sud. Mrs Ayres devait avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans, son époux quelques années de plus ; leur petite fille, Susan, environ six ans. J'imagine qu'ils formaient une famille ravissante, mais mon souvenir est incertain. Je me souviens beaucoup mieux de la maison elle-même, qui m'apparut comme un véritable manoir. Je revois les détails architecturaux portant la trace du temps : la brique rouge patinée, les vitres inégales des fenêtres, les pierres d'angle de grès usé. Ils concouraient à rendre le bâtiment presque flou, vaguement irréel - comme une glace qui commence à fondre au soleil, me dis-je.

         Bien sûr, on ne pénétrait pas à l'intérieur. Les portes et portes-fenêtres étaient ouvertes, mais chacune barrée par une corde ou un ruban ; les toilettes destinées à notre usage étaient celles des domestiques et des jardiniers, dans la dépendance abritant les étables. Toutefois, ma mère avait conservé des amies parmi les servantes et, une fois le thé pris et les gens libres de se promener à leur guise dans le parc, elle me conduisit discrètement à l'intérieur de la maison par une porte latérale, et nous y passâmes un moment avec la cuisinière et ses aides. Cette visite m'impressionna terriblement. La cuisine se trouvait en sous-sol, et l'on y accédait par un couloir voûté, frais, qui n'était pas sans évoquer les châteaux à oubliettes. Un nombre extraordinaire de gens semblaient sans cesse aller et venir, chargés de plateaux et de paniers d'osier. Les filles de cuisine avaient une telle quantité de vaisselle à laver que ma mère roula ses manches pour les aider ; et à ma plus grande joie, je fus autorisé, en remerciement de son geste, à piocher à mon gré dans les saladiers de gelée et autres gâteaux revenus intacts de la fête au-dehors. On m'installa à une table de sapin et on me mit dans la main une cuiller tirée du tiroir personnel de la famille - une lourde cuiller d'argent terni, presque plus grande que ma bouche.

 

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"Limonov" d'Emmanuel Carrère

Editions P.O.L - 2011

 

4ème de couverture

«Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. » E.C.

 

Les premières pages

 

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"La femme au miroir" d'Eric-Emmanuel SCHMITT

Editions Albin Michel - 2011

 

4ème de couverture

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines ; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin. Trois époques. Trois femmes : et si c'était la même ?

 

EXTRAIT

 

Je me sens différente, murmura-t-elle. 

Personne ne prêtait attention à ses mots. Tandis que les matrones s'agitaient autour d'elle, celle-ci arrangeant un voile, celle-là une tresse, cette autre un ruban, alors que la mercière raccourcissait son jupon et que la veuve de l'arpenteur lui enfilait des chaussons brodés, la jeune fille immobile avait l'impression de devenir un objet, un objet passionnant certes, assez affriolant pour mobiliser la vigilance des voisines, un simple objet cependant. 

Anne contempla le rayon de soleil qui, jailli de la fenêtre trapue, traversait la pièce en oblique. Elle sourit. La mansarde, dont ce jet d'or trouait la pénombre, ressemblait à un sous-bois surpris par l'aube, où les paniers de linge remplaçaient les fougères, les femmes les biches. Malgré les bavardages incessants, Anne écoutait le silence voler dans la chambre, un silence étrange, paisible, touffu, lequel venait de loin et délivrait un message sous les jacasseries des commères. 

Anne tourna la tête en espérant qu'une des bourgeoises l'avait entendue mais elle n'attrapa aucun regard ; condamnée à subir leurs obsessions décoratives, elle douta d'avoir bien prononcé cette phrase : "Je me sens différente." 

Que pouvait-elle ajouter ? Elle allait se marier tout à l'heure, pourtant, depuis son éveil, elle n'était sensible qu'au printemps qui déboutonnait les fleurs. La nature l'attirait davantage que son fiancé. Anne devinait que le bonheur se cachait dehors, derrière un arbre, tel un lapin ; elle voyait le bout de son nez, elle percevait sa présence, son invite, son impatience... En ses membres, elle éprouvait une démangeaison de courir, de rouler dans l'herbe, d'embrasser les troncs, d'inspirer à pleine poitrine l'air poudré de pollen. Pour elle, l'événement du moment, c'était le jour lui-même, frais, éblouissant, généreux, non ses épousailles. Ce qui lui arrivait - s'unir à Philippe - s'avérait dérisoire par rapport à cette splendeur, avril qui affermit champs et forêts, la force nouvelle qui épanouit coucous, primevères, chardons bleus. Elle désirait fuir ce réduit où se déroulait la préparation nuptiale, s'arracher aux mains qui la rendaient plus jolie et se jeter nue dans la rivière si proche. 

A l'opposé de la croisée, le faisceau de lumière avait accroché en ombre la dentelle du rideau sur la chaux inégale. Anne n'oserait jamais troubler ce fascinant rayon. Non, lui annoncerait-on que la maison brûlait, elle resterait figée sur ce tabouret. 

Elle frémit. 

- Que dis-tu ? demanda sa cousine Ida. 

- Rien. 

- Tu rêves de lui, c'est ça ? 

Anne baissa le front. 

La future mariée confirmant ses soupçons, Ida éclata d'un rire aigu, farci de pensées lubriques. Ces dernières semaines, elle luttait contre sa jalousie et n'y parvenait qu'en la convertissant en moquerie égrillarde. 

- Anne se croit déjà dans les bras de son Philippe ! proclama-t-elle d'une voix oppressée à la cantonade. La nuit de noces va être chaude. Moi, je ne voudrais pas me trouver à la place de leur matelas ce soir. 

Les femmes grognèrent, les unes pour donner raison à Anne, les autres pour stigmatiser la trivialité d'Ida. 

Soudain la porte s'ouvrit. 

Majestueuses, théâtrales, la tante et la grand-mère d'Anne entrèrent. 

- Tu vas enfin connaître, mon enfant, ce que ton mari verra, clamèrent-elles en choeur. 

Comme si elles dégainaient un poignard des plis de leur robe noire, les veuves sortirent deux boîtes en ivoire ciselé qu'elles entrebâillèrent délicatement : chaque coffret recelait un miroir cerclé d'argent. Un bruissement de surprise accompagna cette révélation, les présentes estimant qu'elles assistaient à un spectacle hors du commun : les miroirs n'appartenant pas à leur vie quotidienne, si, par exception, l'une en possédait un, c'était un miroir d'étain, en métal poli, bombé, offrant des images embuées, bosselées, ternes ; ici, les miroirs de verre reproduisaient la réalité avec des traits nets, des couleurs vives. 

On cria d'admiration. 

Les deux magiciennes reçurent les compliments, les yeux clos, puis, sans tarder, accomplirent leur mission. Tante Godeliève se positionna en face d'Anne, grand-mère Franciska à l'arrière de sa nuque, chacune tenant son instrument à bout de bras à l'instar d'un bouclier. Solennelles, conscientes de leur importance, elles expliquèrent à la jeune fille le mode d'emploi : 

- Dans le miroir de devant, tu apercevras celui de derrière. Ainsi tu pourras te découvrir de dos ou de profil. Aide-nous à nous placer correctement. 

Ida s'approcha, envieuse. 

- Où les avez-vous dénichés ? 

- La comtesse nous les a prêtés. 

Toutes applaudirent l'astuce de l'initiative : seule une dame noble jouissait de pareils trésors car les colporteurs, par peur du chapardage, ne proposaient pas ces articles aux gens du peuple, trop pauvres. 

Anne jeta un oeil à l'intérieur du cadre rond, considéra ses traits intrigués, apprécia les savantes torsades qui pliaient ses cheveux blonds pour élaborer une coiffure raffinée, s'étonna d'avoir un cou si long, des oreilles si menues. Cependant, elle éprouvait une impression bizarre : si elle ne voyait rien de déplaisant dans le miroir, elle n'y voyait rien de familier non plus, elle contemplait une étrangère. Sa figure inversée, de face, de côté ou de dos, pouvait être la sienne autant que celle d'une autre ; elle ne lui ressemblait pas. 

- Es-tu contente ? 

- Oh oui ! Merci. 

C'était à la sollicitude de sa tante qu'Anne avait répondu ; peu vaniteuse, elle avait déjà oublié l'expérience du miroir. 

- Mesures-tu ta chance ? glapit grand-mère Franciska. 

- Que si, protesta Anne, je suis fortunée de vous avoir. 

- Non, je parlais de Philippe. On ne trouve quasi plus d'hommes de nos jours. 

Les voisines opinèrent du bonnet, graves. Rien de plus rare que les mâles à Bruges. La ville n'avait jamais subi une telle pénurie... Les hommes avaient disparu. Que restait-il ? Un gaillard pour deux femelles ? Peut-être même un pour trois. Pauvre Flandre, un phénomène mystérieux l'accablait : la disette de sexes virils. En quelques décennies, la population masculine avait diminué de façon préoccupante dans le nord de l'Europe. Beaucoup de femmes devaient se résoudre à vivre en célibataires ou ensemble en béguinage ; certaines renonçaient à la maternité ; les plus vigoureuses apprenaient des métiers d'Hercule, la ferronnerie ou la menuiserie, afin qu'on ne manquât de rien. 

Percevant un blâme dans le ton de son amie, la mercière la fixa avec sévérité. 

- C'est Dieu qui l'a voulu ! 

Grand-mère Franciska tressaillit, craignant qu'on l'accusât de blasphème. Elle se corrigea : 

- Naturellement que c'est Dieu qui nous a envoyé cette épreuve ! C'est Dieu qui a appelé nos hommes aux croisades. C'est pour Dieu qu'ils meurent en combattant les infidèles. C'est Dieu qui les noie en mer, sur la route, au fond des bois. C'est Dieu qui les tue au travail. C'est Dieu qui les rappelle avant nous. C'est Lui qui nous inflige de croupir sans eux. 

Anne comprit que grand-mère Franciska détestait Dieu ; exprimant plus d'effroi que d'adoration, elle Le décrivait comme un pillard, un bourreau, un assassin. Or il ne semblait pas à Anne que Dieu fût cela, ni qu'Il opérât là où l'aïeule Le voyait intervenir. 

- Toi, ma petite Anne, reprit la veuve, tu auras une vie de femme à l'ancienne : un homme à toi, de nombreux enfants. Tu es bienheureuse. En plus, il n'est pas vilain, ton Philippe... N'est-ce pas, mesdames ? 

Elles acquiescèrent en riant, les unes gênées, les autres émoustillées d'avoir à se prononcer sur ce genre de sujet. Philippe, seize ans, était l'exemple du robuste garçon flamand, solide, long de jambes, étroit de taille, large d'épaules, la peau beige et la toison houblon. 

Tante Godeliève s'écria : 

- Savez-vous que le fiancé est dans la rue, qu'il guette sa promise ? 

- Non ? 

- Il sait que nous la préparons, il bout sur place. De l'eau sur le feu ! Si l'on mourait d'impatience, je crois qu'il serait mort. 

Anne s'approcha de la fenêtre dont on avait ouvert le châssis en papier huilé pour laisser entrer le printemps ; prenant soin de ne pas couper le rayon lumineux, elle se pencha de côté et repéra sur le pavé gras Philippe, la gaîté aux lèvres, qui palabrait avec ses amis venus de Bruges à Saint-André, village où logeait grand-mère Franciska, à une lieue de la grande cité. Oui, vérifiant périodiquement l'ultime étage du logis, il l'attendait, fervent et guilleret. 

Cela lui réchauffa le coeur. Elle ne devait point douter ! 

Anne habitait Bruges depuis un an. Auparavant, elle n'avait connu qu'une ferme isolée, au nord, sous les nuages écrasants, au milieu des terres plates, malodorantes, humides ; elle y avait vécu avec sa tante et ses cousines, son unique famille puisque sa mère était morte en la mettant au monde sans révéler l'identité du père. Tant que son oncle avait dirigé l'exploitation, elle ne s'en était jamais éloignée ; au décès de l'oncle, tante Godeliève avait décidé de regagner Bruges où résidaient ses frères. Non loin, sa mère Franceska coulait ses derniers jours à Saint-André. 

Si, pour Godeliève, Bruges avait représenté un rassurant retour aux sources, pour Anne, Ida, Hadewijch et Bénédicte - ses trois cousines -, cela avait constitué un choc : de campagnardes, elles étaient devenues citadines ; et de filles, jeunes filles. 

Ida, l'aînée, déterminée à vite lier son sort à un homme, avait abordé les rares garçons disponibles avec une fougue et une audace quasi viriles qui l'avaient desservie. Ainsi Philippe, courtisé dans l'échoppe de souliers où il travaillait, après avoir répondu aux saluts d'Ida, entreprit la conquête d'Anne, lui offrit chaque matin une fleur, révélant sans vergogne à Ida qu'elle lui avait servi de marchepied pour atteindre sa cousine. 

Face à cette manoeuvre - somme toute banale -, Ida avait conçu davantage de dépit qu'Anne de fierté. Celle-ci ne portait pas le même regard sur les êtres que ses compagnes : alors que les demoiselles voyaient un éclatant gaillard dans l'apprenti cordonnier, Anne apercevait un enfant qui venait de grandir, haut perché sur ses jambes, surpris par ce nouveau corps qui se cognait aux portes. Il l'apitoyait. Elle décelait en lui ce qu'il tenait d'une fille - ses cheveux, sa bouche tendre, son teint pâle. Sous sa voix basse, timbrée, elle entendait, au détour d'une inflexion, dans l'hésitation de l'émotion, les échos de la voix aiguë du gamin qu'il avait été. Lorsqu'elle allait au marché en sa compagnie, elle contemplait en lui un paysage humain, ondoyant, instable, qui se transformait ; et c'était à cela, surtout, qu'elle s'attachait, elle que passionnait la pousse d'une plante. 

"Veux-tu me rendre heureux ?" Un jour, Philippe lui avait posé cette question. En rougissant, elle avait réagi, prompte, sincère : 

"Oui, bien sûr ! 

- Heureux, heureux ? implora-t-il. 

- Oui. 

- Sois ma femme." 

Cette perspective l'enchanta moins : quoi, lui aussi ? Voilà qu'il raisonnait comme sa cousine, comme les gens qui l'assommaient, qui l'ennuyaient. Pourquoi cette convention ? Spontanément, elle négocia : 

"Ne crois-tu pas que je puisse te rendre heureux sans t'épouser ?" 

Il s'écarta, suspicieux. 

"Es-tu ce genre de fille ? 

- De quoi parles-tu ?" 

Parfois, les garçons montraient des réactions incompréhensibles... Qu'avait-elle dit de scandaleux ? Pourquoi fronçait-il les sourcils en la dévisageant ? 

Après une pause, il sourit, soulagé de constater qu'aucune malice ne se cachait derrière la proposition d'Anne.

Il reprit : 

"Je souhaiterais me marier avec toi. 

- Pourquoi ? 

- Tout homme a besoin d'une femme. 

- Pourquoi moi ? 

- Parce que tu me plais. 

- Pourquoi ? 

- Tu es la plus jolie et... 

- Et ? 

- Tu es la plus jolie ! 

- Alors ? 

- Tu es la plus jolie !" 

Puisqu'elle l'avait sondé sans coquetterie, le compliment n'engendra nulle vanité en elle. De retour chez sa tante, ce soir-là, elle s'interrogea seulement : "Jolie, cela suffit-il ? Lui beau, moi jolie." 

Le lendemain, elle le pria d'éclaircir sa pensée : 

"Pourquoi toi et moi ? 

- Toi et moi, avec nos physiques, nous fabriquerons des enfants magnifiques !" s'exclama-t-il. 

Allons bon, Philippe confirmait ce qu'elle redoutait ! Il tenait un langage d'éleveur, celui du fermier accouplant ses meilleures bêtes afin qu'elles se multiplient. Entre les humains, c'était donc cela, l'amour ? Rien d'autre ? Si elle avait eu une mère pour en discuter... 

Se reproduire ? Voilà ce pour quoi les femmes qui l'entouraient affichaient tant d'impatience. Même l'indomptable Ida ? 

A cette demande en mariage, Anne, songeuse, ne répondit pas. L'ardent Philippe lut un consentement dans cette placidité. 

Avec ivresse, il commença à annoncer leur union, confiant son aubaine à chacun. 

Dans la rue, on félicita Anne, laquelle, surprise, ne démentit pas. Ensuite, ses cousines la congratulèrent, y compris Ida qui se réjouissait que sa séduisante cousine disparût du marché des rivales. Enfin, tante Godeliève battit des mains, jubilante, les paupières débordant de larmes, apaisée d'avoir accompli son devoir - emmener la fille de sa regrettée soeur jusqu'à l'autel. En face de cette âme charitable, pour éviter de la décevoir, Anne, piégée, se contraignit au mutisme. 

Ainsi, faute de déni, le malentendu prit les couleurs d'une vérité : Anne allait épouser Philippe. 

Chaque jour, elle trouvait plus farfelu que ses proches manifestassent un tel enthousiasme. Persuadée qu'un élément essentiel lui échappait, elle laissa Philippe s'enhardir, l'embrasser, la serrer. 

"Tu n'aimeras que moi, rien que moi ! 

- Impossible, Philippe. J'en aime déjà d'autres. 

- Pardon ? 

- Ma tante, mes cousines, grand-mère Franciska. 

- Un garçon ? 

- Non. Mais j'en connais peu, j'ai manqué d'occasions." 

Quand elle lui fournissait ces précisions, il la considérait, méfiant, incrédule ; puis, parce qu'elle soutenait son regard sans ciller, il finissait par éclater de rire. 

"Tu me fais marcher et moi je galope ! Oh, la vilaine qui m'effraie... Quelle rusée ! Tu sais te débrouiller, toi, avec un homme, pour qu'il s'entête, qu'il s'entiche davantage, qu'il ne pense qu'à toi." 

Saisissant mal son raisonnement, elle n'insistait pas, d'autant que, dans cet état de trouble, il se collait à elle, l'oeil brillant, la lèvre frémissante ; or elle prenait plaisir à fondre entre ses bras, elle appréciait sa peau, son odeur, la fermeté de son corps fiévreux ; plaquée contre lui, enivrée, elle éloignait ses doutes. 

Dans la mansarde, une ombre s'étira. La densité de la chambre avait changé. 

 

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"Le chemin de Corinthe" d'Andrzej Kusniewicz

Editions Albin Michel - 1992

Traduit du Polonais par H.A.Clément

 

Romancier et poète polonais, Andrzej Kuśniewicz est né à Sambor, en Galicie orientale. Après avoir voyagé en Autriche, en France, en Italie et en Afrique du Nord, il fait son droit à Cracovie et entre en 1936 dans la carrière diplomatique. Il retrouve l'étranger avec la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la France, où la guerre le surprend. Engagé dans la Résistance française, il est arrêté par les Allemands en 1943 et envoyé en camp de concentration. À la Libération, il reprend ses activités de diplomate avant de rentrer définitivement en Pologne en 1950. En 1969, il est admis à la rédaction de la revue littéraire Miesiecznik literacki.

 

en savoir plus et extraits

 


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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 16:18

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Un instant d'éternité de E.M Forster (nouvelles)

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Résumé

Le 8 avril 1922, après avoir brûlé quantité de ses nouvelles qu'il nommait dédaigneusement " fantaisies " ou " écrits indécents ", E.M.
Forster note dans son journal : " Il ne s'agit pas de repentir moral mais du point de vue artistique, je crains de m'engager dans une impasse. Je n'ai pas écrit ces textes pour m'exprimer mais pour m'exciter... Au début il doit y avoir une quinzaine d'années, j'avais le sentiment que ce genre d'expérience mettait en péril ma carrière de romancier. " Féru de respectabilité, considéré comme un second Kipling, l'auteur de Route des Indes veillait à dissimuler ses frasques et les œuvres qu'elles lui inspiraient contre son gré.
Il utilisait certains de ses textes comme défouloir et gardait pour lui ces instants d'éternité qui paraissent aujourd'hui. Heureuse trahison puisque plusieurs des nouvelles, qui n'avaient pas été publiées du vivant de l'auteur, nous donnent de lui une image de grande liberté, même si celle-ci resta dissimulée. Mais attention, avec Forster rien n'est innocent, surtout lorsque ses descriptions semblent anodines ou se parent du vernis de l'observateur objectif.

   

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"La terre fredonne en si bémol" de Mari Strachan

Editions Nil -2011 

Traduit de l'Anglais (Pays de Galles) par Aline AZOULAY-PACVON


Résumé de l'éditeur

Agée d'une dizaine d'années, Gwenni Morgan grandit dans un petit village du pays de Galles. Friande de romans policiers, elle se pose beaucoup de questions sur sa famille et la petite communauté au sein de laquelle elle évolue. Face aux énigmes et aux secrets du monde adulte, elle décide un jour de lancer son enquête, comme les détectives de ses livres préférés. Ou est donc passé Ifan Evans, ce berger au visage tout rouge dont elle s'est toujours méfiée ? Pourquoi son épouse, la douce Mme Evans, semble-t-elle si mystérieuse et si troublée depuis quelque temps ? Et que veulent dire ses filles, la petite Catrin et sa soeur Angharad, lorsqu'elles répètent que leur père est parti avec un gros chien noir ?
Lorsque le corps d'Ifan Evans est retrouvé, flottant dans le réservoir d'eau, c'est toute la petite communauté qui est soudain en émoi. S'agit-il d'un drame passionnel ou d'un crime commis par Guto, l'idiot du village ? Les langues commencent à se délier. Alwenna, la meilleure amie de Gwenni, bien « trop délurée » aux yeux de tous, semble disposer d'informations cruciales au sujet de sa grand-mère.
Le soir, portée par le murmure de la Terre, Gwenni s'envole de son lit pour parcourir la campagne, et alors certaines réponses se dessinent.

 

Mari Strachan

 À travers le regard fantaisiste d'une enfant un peu précoce, Mari Strachan nous montre combien il est difficile de construire son histoire dans un monde ou tout se sait mais rien ne se dit. Lorsque la vérité éclate enfin au grand jour, les secrets de famille brisent l'harmonie apparente du petit village paisible de l'après-guerre. Mais Gwenni a compris depuis longtemps qu'il faut sortir des sentiers battus pour créer la carte géographique de sa propre vie...

Mari Strachan a toujours été entourée de livres. Elle a été bibliothécaire dans des écoles privées, publiques, des institutions et même des prisons. Elle a également été lectrice, traductrice et éditrice. Elle vit avec son mari la moitié du temps dans une petite maison perchée sur les collines de Ceredigion, à l'ouest du pays de Galles, et l'autre moitié sur une étroite péniche amarrée à un canal de Londres, ou elle a écrit une bonne partie de son premier livre, La Terre fredonne en si bémol.  

 

Les premières lignes  et Voyelle en parle

 

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"Les vaches de Staline" de Sofi Oksanen

Editions Stock 2011 Collection La Cosmopolite

Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli

Résumé de l'éditeur

Les « vaches de Staline », c’est ainsi que les Estoniens déportés désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent sur les terres de Sibérie, dans une sorte de pied de nez adressé à la propagande soviétique qui affirmait que ce régime produisait des vaches exceptionnelles. C’est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l’héroïne, Anna, est une jeune Finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d’être acceptée, cette femme a tenté d’effacer toute trace de ses origines, et de taire les peurs et les souffrances vécues sous l’ère soviétique. Ne serait-ce pas ce passé qui hante encore le corps de sa fille ? 


Sofi Oksanen fait preuve d’une grande puissance d’évocation quand elle décrit les obsessions de ces deux femmes. Il y a la voix d’Anna qui tente de tout contrôler, son corps, les hommes, et le récit plus distant de la mère qui se souvient de la rencontre avec « le Finlandais », à Tallinn, dans les années 1970, sous un régime de terreur et de surveillance.

 

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"Loup, y est-tu ?" de Janine Boissard

Editions Pocket 2011

Résuméde l'éditeur

Un petit garçon de quatre ans, les cheveux en bataille, sale comme un peigne, roulé en boule sur le paillasson : voilà ce que découvre Manon sur son palier. Avec pour seul indice un dramatique « Sauvez-le ! ». Qui est cet enfant ? Est-il vraiment en danger ? Avant même d'avoir décidé de mener l'enquête, la jeune femme le sent au fond d'elle : cette aventure qui va bouleverser sa vie est une véritable chasse au trésor...

 

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"Toxique" de Françoise Sagan

Editions le livre de Poche - 2011

Résumé de l'éditeur

Lors de son hospitalisation après son accident de voiture de l'été 1957, Françoise Sagan reçut quotidiennement un succédané de la morphine, pendant trois mois. Après ces trois mois, elle dut passer quelques jours dans une clinique de désintoxication. Elle y écrivit ce journal.


EXTRAIT

J'ai dû aller chercher l'infirmière en bas. Je ne suis retrouvée assise sur les marches de l'escalier; effondrée, lui répétant d'une voix que je sentais enfantine qu'il y avait plus de six heures que... En remontant avec elle, j'ai eu le sentiment de ce que pouvait être le sentiment de la déchéance. 

Me voici punie, moi qui ne crois pas aux punitions. Mes frères alcooliques, aimable tribu débonnaire des nuits de Paris, je ne pourrais plus vous suivre, de bar en bar, de voiture en voiture, ou bien à jeun. Et je crains que ça ne marche pas.

J'ai une crampe, j'ai une crampe dans la main droite qui me terrorise. [...] J'ai peur depuis 4 mois. J'ai peur et je suis lasse d'avoir peur.

 

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"Les gens" de Philippe Labro

Editions Gallimard - 2009 

 

"Le sage doit rechercher le point de départ de tout désordre. Où ? Tout commence par le manque d'amour." (Mo-Tzu, philosophe chinois)

 

Résumé de l'éditeur

Trois destins parallèles s'entrecoisent, trois vies dont le seul point commun est le manque d'amour : Maria, une jeune orpheline californienne d'une beauté rare, Caroline, une Parisienne trentenaire, enfin Marcus Marcus, célébrité de la télévision, mégalo et parano. Autour d'eux, vont graviter toutes sortes de gens : la femme de l'ambassadeur américain en France, une intraitable executive woman, un détective privé, une coach sans scrupule, des loups et des agneaux ...

Philippe Labro nous offre, de San Francisco jusqu'aux cercles de pouvoir parision, une ronde étourdissante. Pour dresser de manière drôle, critique et profondément attachante, un portrait captivant de nos contemporains.

 

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"Occupe-toi d'Arletty" de Jean-Pierre de Lucovich

Editions Plon - 2011

 Résumé de l'éditeur

1942. Qui envoie des petits cercueils et des lettres de menaces à Arletty ? La Résistance ? La vedette d'"Hôtel du Nord" vit une histoire d'amour avec un officier allemand, et ne s'en cache pas. Est-ce lui qui est visé ? Appelé à son secours, Jérôme Dracéna, un ancien flic de la Crim' devenu détective privé, va enquêter dans le Paris de l'Occupation et découvrir que les auteurs des menaces ne sont pas ceux qu'il croyait. Des boîtes de Pigalle au Fouquet's en passant par le fameux One Two Two et les cocktails du "gratin" de la collaboration, Jérôme fait des rencontres à haut risque : Henri Lafont, le chef de la Gestapo française de la rue Lauriston à l'amitié encombrante, la belle comtesse Tchernycheff, une aventurière vénéneuse, Lionel de Wiet, faux marquis et vrai trafiquant de haut vol... Armé de son charme insolent et de son goût pour la boxe française, Jérôme Dracéna parviendra-t-il à neutraliser le tueur qui menace Arletty et son officier allemand ? Atmosphère, atmosphère...


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Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 15:08

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"Chimères" de Nuala O'Faolain

Editions Sabine Wespieser - 2003

Récit traduit de l'anglais (Irlande) par Stéphane Camille - Titre original : My Dream of You
Ouvrage traduit avec le soutien de l'Ireland Literature Exchange et du Centre national du livre

 

4ème de couverture

A vingt ans, Kathleen quitte sa terre natale sans se retourner. Croyant se libérer d'une Irlande qui peut briser les femmes et les enterrer vives sous le poids des traditions, elle rejoint Londres pour mener sa vie d'adulte du côté du vainqueur. Jusqu'au jour où, devenue journaliste, elle rentre au pays enquêter sur un scandale qui ne cesse de la fasciner: la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais au temps de la famine. Une passion folle, symbole de la revanche sociale de tout un peuple, qui ne tarde pas à se muer en questionnement sur le désir, l'exil, l'identité, la vérité...


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Biographie de l'auteur
Née en Irlande au début des années quarante, Nuala O'Faolain est désormais un auteur internationalement reconnu. Elle a publié deux récits autobiographiques -On s'est déjà vu quelque part ?, J'y suis presque (Sabine Wespieser, 2005) - et deux romans - Chimères et L'Histoire de Chicago May (Sabine Wespieser, 2006). Nuala O'Faolain partage son temps entre l'Irlande et New York où elle enseigne l'écriture à l'Université.

 

 

EXTRAIT

On peut difficilement imaginer deux personnes moins susceptibles de se rencontrer que l’épouse d’un landlord anglo-irlandais et un garçon d’écurie irlandais. Chacune d’elle venait d’une culture forte au cœur même de laquelle l’autre était définie comme une culture étrangère. Mais ils s’étaient dépouillés de ces deux cultures afin de s’atteindre l’un et l’autre. Ils n’avaient même pas de langue maternelle en commun, et cependant ils ont transpercé les différentes strates de la coutume, bravé toutes les sanctions, poussés par le besoin de s'exprimer qui sous-tend le désir.
Je connaissais tout de l'amour en tant que non-évènement, mais j'étais encore persuadée que c'était l'acte grâce auquel un individu pouvait vraiment apprendre à en connaître un autre et bâtir quelque chose à partir de ce qu'ils apprenaient. Il me semblait que William Mullan et Mme Talbot avaient été des bâtisseurs - avaient fait l'amour au sens littéral de "faire"-, ils avaient fabriqué l'amour. Leur passion menait à l'amour. Le jugement était plein des petites attentions qu'elle avait pour lui. Et lui -les trois ans qu'il avait passés avec elle étaient les trois mêmes années pendant lesquelles son monde à lui se convulsait et expulsait son propre peuple, mais il était resté avec elle alors qu'il ne pouvait y trouver, en fin de parcours que le châtiment. D'autant plus que je n'avais jamais réussi à faire ce voyage de l'amour; je croyais que le corps menait directement au chemin du coeur et que le coeur menait au chemin de l'âme.

 

LES PREMIERES PAGES : ICI

 

 

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"Les âmes soeurs" de Valérie Zenatti

Editions de l'olivier - 2010

 

"Elle n'avait qu'une hâte : retrouver le livre, se sentir absorbée par lui, reprendre place dans cette vie secrète etintense où tout lui était possible, où tout était vivable. "

 

4ème de couverture

« Rien ne doit gâcher la journée qui s’ouvre, telle une fleur fragile et rare. Le temps s’écoule seconde après seconde et il devient précieux. 9 heures 05. »

Ce matin-là, Emmanuelle a décidé de tout envoyer promener : enfants, mari, travail… et de prendre sa journée. Pour elle, pour vivre quelques heures de liberté absolue. Et pour lire le roman qu’elle vient de commencer et que nous découvrons avec elle : la confession d’une photographe, une passion fulgurante, des images de guerre.

Elle marche dans Paris, obsédée par cette femme qu’elle ne connaît pas mais qui touche en elle ce qu’elle a de plus intime, des peines assourdies et des amours non vécues. Son errance se double alors d’un voyage intérieur à travers les fragments d’un passé soudainement libéré.

 

1er EXTRAIT
Enhardie par ses confidences, elle avait tourné autour du trou noir qu'elle visualisait chaque matin en regardant son ventre. Elle avait raconté comment elle avait mystérieusement survécu à la mort de sa mère, combien cela lui avait paru facile, la plupart du temps, puisqu'elle ne ressentait plus rien. Comme si on l'avait trempée dans un bain glacé pour figer toute émotion. Elle avait honte de sentir sur elle ces regards apitoyés. La pauvre petite. C'est si dur de perdre sa mère, à cet âge. Mais ce n'était pas dur puisqu'elle y arrivait, du haut de ses dix ans.
Plus encore que le manque de sa mère, elle avait le manque de la peine qu'elle aurait dû ressentir. La petite fille assise à l'avant de la voiture sur une route en lacets s'était enfuie en emportant son chagrin, etEmmanuelle  ne savait pas où la chercher. Elle l'imaginait échevelée, vivant au coeur d'une forêt lointaine, mi-recluse, mi prisonnière, se nourrissant de baies et de champignons, creusant la terre à mains nues pour enfouir son chagrin par petits paquets qui, mêlés aux brindilles et à la mousse, donnaient vie à des fleurs géantes et rouges, vénéneuses, invisibles pour tous sauf pour la petite fille. - page : 99

 

2ème EXTRAIT

Un jour, je n'ai plus rien supporté : les meubles des années 60 dont les portes fermaient mal et qu'il fallait caler avec un rectangle en carton, la nappe au crochet sur la table du salon, l'odeur de légumes boullis mélangée à celle du tabac. Et l'album photo de maman.
Surtout l'album photo.
Peuplé de gens que je n'avais pas connu, qui avaient vécu et étaient morts bien avant moi, dont j'avais du mal à retenir les prénoms compliqués - personne ne s'appelait comme ça autour de moi, personne ne portait ces noms dans les livres que je lisais, les films que je voyais : Bluma, Olga, Yehiel, Rivka, Eliezer, Yitzhok, Myriam, Saralé, Shlomo,j'avais envie de mordre l'index de ma mère qui pointait les poitrines, de le croquer jusqu'à l'os. Elle psalmodiait des mots qui valsaient comme de la poussière dans un rayon de soleil : oncle, tante, cousin, grand-père, grand-mère, petit cousin...

Parfois, je m'imaginais jeter l'album dans la Seine. Les photos flottaient quelques secondes avant de disparaître. Je me sentais légère, aérienne, débarassée de ces inconnus aux sourires figés et plein de reproches. - page : 114

 

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"Grâce et dénuement" d'Alice FERNEY

Editions Acte sud / Poche Babel - 2000

 

Présentation de l'éditeur

Dans un décor de banlieue, une libraire est saisie d’un désir presque fou : celui d’initier à la lecture des enfants gitans privés de scolarité. Elle se heurte d’abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu’inspirent les gadjé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps qu’elle entrevoit le destin d’une famille sur laquelle règne une veuve mère de cinq fils.
Dans ce troisième roman, récompensé par le prix "Culture et bibliothèques pour tous", Alice Ferney excelle à faire entendre les voix intérieures de ses personnages, leurs sentiments inavoués, leurs désirs brimés, leurs solitaires affrontements avec la fatalité.

 

Extrait :

"Un peu plus loin, du côté des caravanes, les femmes étaient aussi entre elles , groupées autour du feu comme autour de leurs secrets, qui n’étaient pas tant ce qu’elles savaient ou fabriquaient, et qu’elles auraient voulu taire, mais ce qu’elles ressentaient et qu’elles ne pouvaient pas dire. Parce qu’on a beau vouloir croire le contraire, un homme, un mari, ça ne comprend pas tout. Ca ne comprend rien ! disait Angéline, qui pensait à ses nuits de désir muet que l’époux n’avait pas soupçonnées, lui qui avait pu dormir à côté d’elle sans la toucher. Oh mais oui ! Il avait refusé de voir cette nature flamboyante qui avait fait cinq fils sans se coucher. Elle le répétait : les hommes et les femmes, c’est rien de commun, et ça tient toujours à cause des femmes. Parce qu’elles en finissent assez vite de s’aveugler et de vouloir. Elles voient, après la chair, l’amour et les caresses, qu’ils s’arrêtent jamais de prendre, et qu’il y a rien d’autre à faire que donner. Et ce qu’elle-même avait donné, non décidément elle ne l’avait plus, pensait Angéline., son ventre, sa douceur de nid, son élan pour diriger la vie sur un bon chemin et la gaieté d’avoir à le faire. Toute cette grâce pour vivre s’était diluée dans une grande fatigue. L’épuisement était entré en elle imperceptiblement, un jour derrière l’autre à se dire qu’elle se sentirait mieux le lendemain, un mois glacé après un autre, une année mauvaise suivant une qui n’avait pas été facile (on passe son temps à attendre au lieu d’être). L’épuisement avait d’abord emporté la fraîcheur de son visage – sans que personne n’y vît rien car elle continuait de sourire et elle était encore jolie. Puis la force incroyable de son corps, la vitalité inaltérable qui le portait vers une tâche, cela s’était perdu ensuite. Son visage alors était devenu ridé et gris (lui qui avait été rond et fruité) et ses yeux étaient entrés dans deux petites cavernes bleues dont ils ne sortiraient plus jamais, et elle avait grossi à force de moins se remuer. Pour finir il n’était rien resté de ce qui avait fait la femme et la mère. Quand l’immense appétit (de plaisir et d’enfant, de vin, de fêtes, de bon sommeil et de vie) s’était usé contre le mari endormi, affalé, mort enfin, elle était restée seule avec une étrangère : elle-même veuve et vieillie. Elle était lasse maintenant, et lui, ce mari qui l’avait prise et gardée, tout de même n’en était pas venu à bout : il était mort avant elle. Elle n’en avait pas choisi d’autre. Non qu’elle n’eût pas une nouvelle envie d’amour, mais c’était une envie simple et minuscule, elle aurait voulu cette fois ne donner que sa peau. Or sa peau ne pouvait suffire (ça ne suffisait jamais d’ailleurs), elle était fripée depuis longtemps. Que la vie est triste se disait quelquefois Angéline, on ne fait que décliner après avoir travaillé, et nous, les Gitanes, on a pas le temps d’apprendre quelque chose, un métier, le monde comment il est tourné, que déjà on se trouve grosse, accaparée par les enfants et le mari.

Alors, les jours noirs, Misia disait à Milena : Les hommes c’est rien même la vieille elle le croit." (Pages 46 - 47)

 

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"Marie sans terre"" d'Yves Jacob

Présentation de l'éditeur

L'authentique histoire de Marie, jeune Normande du Bessin, au cours du 20e siècle. Un émouvant roman témoignage du passé.

1920, en Normandie. Une fillette de trois ans vagabonde avec son jeune frère et une mère alcoolique sur les plages et dans les chemins du Bessin. Ils survivent en récoltant moules et escargots qu'ils revendront au plus offrant. Ils dorment dans les fossés ou sur la paille des granges. A onze ans, Marie devient apprentie puis trayeuse de vaches dans une ferme. A seize ans, elle touche son premier salaire. Sa rencontre avec Julien à la veille de la déclaration de guerre bouscule définitivement sa vie.

 

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"Le Premier jour " de Marc Levy

Editions Pocket - 2010

4ème de couverture

Une grande histoire d'amour
Un grand roman d'aventures
Un étrange objet trouvé dans un volcan éteint va révolutionner tout ce que l'on croit savoir de la naissance du monde.
Il est astrophysicien, elle est archéologue. Ensemble, ils vont vivre une aventure qui va changer le cours de leur vie et de la nôtre.

 

Lire le premier chapitre

 

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"Les énervés de Jumièges" de Dominique Bussillet

Editions Cahiers du Temps - 2007

 

4ème de couverture

Inspiré par un épisode légendaire de notre histoire, le tableau d'Évariste Vital Luminais « Les Énervés de Jumièges » n'a pas cessé d'exercer une étrange fascination. La légende et le tableau ont fait couler beaucoup d'encre. Ronsard, Marcel Proust, Simone de Beauvoir, Salvador Dali se sont exprimés en leur temps sur le sujet.
Dominique Bussillet a ressenti un tel choc émotionnel en découvrant le tableau au musée des Beaux-Arts de Rouen qu'elle a voulu en savoir plus sur cette toile et l'insolite présence de ces deux personnages dérivant sur la Seine vers l'abbaye de Jumièges.

 

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"Stoner" de John Williams

Editions La dillettante - 2011

Traduit par Anna Gavalda

 

Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père – et au prix de quels sacrifices –, pour y étudier l’agronomie. Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit.

 

4ème de couverture

C’est en lisant une interview de Colum McCann parue dans le quotidien anglais The Guardian il y a quelques années que j’ai découvert Stoner de John Williams. McCann affirmait que ce roman, publié en 1965, était un grand oublié de la littérature américaine, ajoutait qu’il en avait déjà acheté plus d’une cinquantaine d’exemplaires pour l’offrir à ses amis et que c’était un texte qui touchait autant les écrivains que les simples lecteurs. Cette précision m’avait mis la puce à l’oreille et je m’étais empressée de le lire. De le lire, de l’aimer et d’avoir envie de le partager à mon tour. Hélas, il n’avait jamais été édité en français. La suite est simple : j’ai demandé à mon éditeur d’en acquérir les droits, ai vaguement cherché un traducteur patenté et ai fini par m’avouer ce que je savais déjà, à savoir que William Stoner, c’était moi, et que c’était à moi de m’y coller. Pour le meilleur, pour ce « vertige de l’orpailleur » évoqué dans le chapitre IX – expression qui n’est pas dans le texte original et que je me sais gré d’avoir inventée – ceux qui liront jugeront, et pour le pire: des heures et des heures passées arc-boutée sur un bout de phrase que je comprenais, que je « voyais » mentalement, mais qu’il m’était impossible de traduire… Pourquoi tant d’enthousiasme et tant de peines ? Je ne sais pas. Voilà un roman qui n’a rien de spectaculaire. Le récit d’une vie âpre, austère, une vie de prof, une vie passée sous silence et tout entière consacrée à la littérature, bref pas très sexy, j’en conviens et n’en espère aucun miracle, mais je suis bien heureuse d’avoir été au bout de ce projet. D’une part parce qu’il m’a beaucoup appris sur « le métier », toutes ces histoires de légitimité, de liberté, de respect dû à une voix plutôt qu’à une langue m’ont passionnée, d’autre part parce c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire. Or, avoir besoin de lire n’est pas forcément un atout, ce peut être, même, souvent, un handicap. Se dire que la vie, bah… tout compte fait, n’est pas si importante que ça et que les livres pareront à ses manquements, c’est prendre le risque, souvent, de passer à côté. William Stoner donne cette impression de gâchis. D’ailleurs c’est une question qui le hante au moment de sa mort : parce que j’ai aimé lire plus que tout, j’ai déçu mes parents, perdu des amis, abîmé ma famille, renoncé à ma carrière et eu peur du bonheur, ai-je raté ma vie ?
Quelques battements de cils plus tard, il y répond et, en essayant de le servir le mieux possible, j’y ai répondu aussi. Car en vérité, et nous pouvons l’avouer, que nos vies soient ratées ou pas nous importe moins que cette question posée par un professeur à ce jeune homme gauche, fruste et solitaire qui n’a encore jamais mis les pieds dans une bibliothèque et qui deviendra mon héros :
« M.Stoner, M.Shakespeare s’adresse à vous à travers trois siècles. L’entendez-vous ? »
Anna Gavalda

 

« Au cours de sa quarante-troisième année, William Stoner apprit ce que d’autres, bien plus jeunes, avaient compris avant lui : que la personne que l’on aime en premier n’est pas celle que l’on aime en dernier et que l’amour n’est pas une fin en soi, mais un cheminement grâce auquel un être humain apprend à en connaître un autre. »


Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2011/2012 - Communauté : avec ou sans images
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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 10:15

Isabelle et Jean-Robert nous ont acceuilli pour un Festiv'books ( pique-nique et lecture) dans leur magnifique et luxuriant jardin.Il a fait beau à Blacqueville, le 26 juin, il a fait chaud, très chaud...

 

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photos©Voyelle

 

et pourtant les mets et mots ont circulés sous les pommiers ...

 

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photos©Voyelle

 

 

 

mises en bouche de quelques auteurs et présentation de sublimes albums de photographies...

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"Rosa Candida" de Audur Ava Ólafsdóttir

Editions Zelma 2010

Roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson

 

Chez l'éditeur...

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa Candi, Arnljotur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.


Prix Page des Libraires 2010 (Europe)
Prix des libraires du Québec (Roman hors Québec)
Prix des Amis du Scribe 2011


Pour en savoir plus...


L’Islande, qui signifie « terre de glace », est aussi une terre de feu, avec ses volcans et son tellurisme. Le roman d’Audur Ava Ólafsdóttir commence dans un paysage crépusculaire de laves couvertes de lichens. Très vite, nous subjugue cette vertu première de toute fiction qui est de suspendre en nous toute réticence, de nous mettre dans cet état de grâce de la lecture. L’empathie pour le narrateur nous met corps et âme à sa place, dans sa peau même, avec une sorte de sentiment provisoire de délivrance. Accueilli dans l’intimité d’un mode de vie guère éloigné du notre, nous faisons vite connaissance avec le garçon des roses, jeune protagoniste qui nous raconte son aventure australe avec une désopilante candeur, un naturel séraphique.
   
Arnljotur va quitter la maison de naissance, son frère jumeau autiste et son vieux père octogénaire. De vingt ans plus jeune, la mère est morte récemment dans un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens depuis son portable et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui, le premier à décrocher, aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée, sans doute un tantinet new age, portée sur les sagesses orientales. Un lien les unissait : le jardin et la serre où celle-là, horticultrice émérite, cultivait dans sa roseraie une espèce rare de rosa candida à huit pétales. Le narrateur, depuis l’enfance, partageait cette passion des graines, des boutures et des surgissements floraux. Le jardin est bien pour lui une figure de l’éden, du paradis perdu, avec une mère en Eve tutélaire (et un père plutôt en saint Joseph). C’est dans cette serre que le jeune Arnljotur aura aimé Anna une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mis innocemment enceinte. Anna, étudiante en biologie, vit sa vie et se rappelle à lui. Notre candide qui s’interroge tellement sur le corps, la mort et les roses reverrait volontiers le bébé et sa mère. Prêt à aimer toute manifestation de vie en saint François des fleurs. C’est qu’il ne connaît pas la faute et cherche seulement la chaleur des choses.

  
Tout commence à vrai dire avec un départ. D’une simplicité de cœur adamique, le jumeau dépareillé pourtant doué pour les études ne rêve que d’une vie de jardinier de l’éden. Et sur le continent,  dans un pays hyperboréen voisin, il y a une roseraie légendaire rattachée à un ermitage qui demande à être sauvée de l’abandon. En route pour cette destination, avec dans ses bagages deux ou trois rosa candida de sa mère en pots, Arnljotur part sans le savoir à la rencontre d’Ana et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. D’une tendre cocasserie qui surprend par l’étonnante justesse de ton donnée à la narration d’un jeune homme infiniment naïf, lequel semble n’avoir aucunement hérité des valeurs viriles, ce roman de l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir offre une immersion onirique dans un univers comme dédramatisé par la toute présence des fleurs, des roses en particulier, de cette merveille florale qui s’empare de la narration et s’étend aux êtres et aux lieux.
  
Le héros candide de cette histoire, si affectueux avec ses roses et son nourrisson conçu comme elles dans une serre, se vit avec une étrange plénitude féminine, à l’image de sa mère morte, peut-être, dans l’accueil et l’acquiescement. D’un réalisme sans affèterie, tout l’art d’Audur Ava Ólafsdóttir
réside dans le décalage du personnage, si éloigné des clichés du héros mâle dépressif  à la mode, jeune homme pétri d’une sensibilité d’ordinaire attribuée aux femmes. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour austral, s’épanouit dans un road movie en forme d’initiation à la vie adulte dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos.

 

Petit lexique thématique de Rosa candida  


Arbre
« Est-ce qu’un homme élevé dans les profondeurs obscures de la forêt, où il faut se frayer un chemin au travers de multiples épaisseurs d’arbres pour aller mettre une lettre à la poste, peut comprendre ce que c’est que d’attendre pendant toute sa jeunesse qu’un seul arbre pousse ? »

 

Biologie végétale
« Nous devions sans doute causer de biologie végétale et avant que j’aie pu m’en rendre compte, nous étions en train de nous déshabiller. Tout le reste est resté flou dans ma mémoire. Il m’a semblé pourtant voir brièvement une lueur dans la nuit, étrangement près, comme s’il faisait jour au niveau de la congère. Cela a donné l’espace d’un instant une clarté aveuglante dans la serre, la lumière s’est frayé un chemin à travers les plantes et a dessiné un motif de feuilles sur le corps de mon amie. J’ai écarté les pétales de rose de son ventre et au même instant, nous avons senti nettement tous les deux un courant d’air, comme le bruit d’un ventilateur qu’on aurait allumé. »

 

Corps
« Ma perception des passants en tant que corps me dérange et si je n’y mets pas bon ordre, elle pourrait m’empêcher d’avoir des relations normales avec les gens et d’apprendre leur idiome comme j’en ai l’intention. Je prends toutefois bien soin de ne heurter personne, car je ne saurais demander pardon dans cette nouvelle langue. Maman était d’ailleurs comme ça, tout axée sur le contact physique, elle me tenait toujours quelque part quand nous nous parlions. J’avais du mal à rester tranquille quand j’étais enfant, j’avais la bougeotte. »

 

Destin
« Et s’il m’arrivait, à moi aussi, de croiser mon destin sur la même route ; disons que je rentrerais dans un arbre et bousillerais la voiture ; le pare-brise se briserait sur l’actrice et moi et nous péririons ensemble, côte à côte. À quoi penserait Anna, la mère de mon enfant, quand elle apprendrait la nouvelle ? On retrouverait peut-être un petit quelque chose dans la forêt, la scène finale, détrempée, de la Maison de poupée ; les sauveteurs oublient toujours quelque chose. Ou bien, ce qui serait tout aussi vraisemblable, quelqu’un mettrait les feuillets dans mon sac en plastique et papa recevrait ces papiers mystérieux qu’il ne comprendrait pas. »

 

Épilobe
« — Il y a des épilobes roses qui poussent, par-ci par-là, sur la grève de sable noir. Je trouve qu’il est important qu’une personne élevée au milieu de la forêt comprenne précisément cela, qu’une fleur puisse pousser ça et là, toute seule sur une dune de sable noir et parfois dans le canyon d’une rivière, toute seule là aussi. Dès que je nomme l’épilobe, je deviens un peu sentimental.
— Est-ce qu’on les cueille, ces fleurs-là ? »

 

Hasard
« Ce que moi j’appelle hasard ou occasion, selon le cas, est pour papa un élément d’un système complexe. Trop de coïncidences, ça n’existe pas, une à la rigueur, mais pas trois ; pas de coïncidences qui se répètent en série, dit-il : l’anniversaire de maman, la date de naissance de sa petite-fille et le jour de la mort de maman, tout ça le même jour du calendrier, le sept août. Pour ma part, je ne comprends pas les calculs de papa ; d’après mon expérience, c’est justement quand on se met à escompter quelque chose de précis, que toute autre chose arrive. Je n’ai rien contre la marotte d’un électricien à la retraite à condition que ses calculs n’aient rien à voir avec ma négligence en matière d’utilisation des préservatifs. »

 

Infini
« Comment dit-on infini ? Si je pouvais dire infini, je pourrais mener la conversation vers des domaines abstraits. La comédienne me tend la perche.
— Intemporel ?
— Non, pas tout à fait.
— Immortel ?
— Oui, je crois, dis-je, immortel.
— Cool, dit-elle.
Il me vient alors à l’idée que je pourrais aussi évoquer l’effet d’imprimer dans la neige craquante les premiers pas du jour. »

 

Mousse
« — Parle-moi de quelque chose de ton pays.
— Mousse.
— C’est gentil.
À peine ai-je prononcé le mot mousse, que je sais me trouver dans le pétrin. Ce n’est pas possible d’étirer la mousse en sujet de conversation. Je pourrais tout au plus énumérer les espèces de mousses, mais ça ne serait guère un échange.
— Elle est comment, la mousse ?
Si j’avais accès aux mots, je dirais à cette étoile montante du cinéma que la mousse est une éponge filandreuse, qu’on met du temps à parcourir car si les dix premiers pas se font sans peine, quand il s’agit de traverser un vaste champ de lave couvert de mousse, c’est comme marcher toute la journée sur un tapis de gymnastique. Ça fait mal au tendon d’Achille de s’enfoncer dans la mousse pendant quatre heures d’affilée, ça peut représenter plus de courbatures que de grimper en haut d’une montagne. Si l’on arrache de la mousse, une plaie se forme dans le sol et la terre s’envole en poussière. Je serais tout disposé à lui dire quelque chose d’inhabituel, que personne ne lui aurait dit avant moi, mais mes capacités linguistiques ne permettent pas le moindre panache et si je mentionnais les nuances de la mousse et son odeur après l’averse, je serais dans le registre des sentiments, comme un homme qui va se fiancer. Je ne vais pas me laisser aller à lui avouer quoi que ce soit, c’est pourquoi je n’en dis pas plus que ce que je maîtrise en grammaire :
— Une plante qui est comme un tapis de gymnastique. »

 

Rose
« Rosa gallica, rosa mundi, rosa centrifolia, rosa hybrida, rosa multiflora, rosa candida, énumère frère Matthias.
Tandis que je le parcours avec lui,
« Le Merveilleux Jardin des Roses Célestes », tel qu’il est nommé dans les vieux livres, prend corps peu à peu dans mon esprit. Il va falloir commencer par arracher les mauvaises herbes et tailler les plantes — ce qui pourrait prendre deux semaines en travaillant dix heures par jour ; ensuite il faudra élaguer et planter à nouveau. Je choisis déjà un endroit abrité et ensoleillé pour la nouvelle espèce de rose que je vais ajouter. Elle ne sera peut-être pas très visible au début et ne fleurira pas tout de suite, mais ici sont justement réunies les conditions et la lumière pour qu’une nouvelle variété de rose inconnue se mette à pousser dans le terreau fertile. Il n’est pas possible de s’en remettre plus longtemps aux fioles de l’hôpital, on ne peut cultiver éternellement la vie dans du coton. Je décide de ne pas tarder davantage à mentionner la rose à huit pétales qui se trouve sur la tablette de la fenêtre de la pension, et je sors la photo d’une rose épanouie dans une serre. »

 

Roseraie
« La plus célèbre roseraie du monde n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, comme frère Thomas me l’avait répété d’ailleurs trois fois. Dalles et sentiers sont ensevelis sous les mauvaises herbes, les rosiers des plates-bandes se sont emmêlés inextricablement. Il y a eu jadis une pièce d’eau au milieu du jardin, avec de la pelouse et des bancs. Bien que la négligence et l’abandon sautent aux yeux partout, je reconnais le jardin aussitôt, d’après les dessins. »

 

Serre
« Je suis bien obligé de me demander comment deux personnes, qui ne se connaissent pas, ont pu faire pour fabriquer un enfant aussi divin dans des conditions aussi primitives et inadéquates que celles d’une serre. Il s’en faut de peu que je n’éprouve du remords. Plein de gens ont tout juste, se courtisent de manière constructive, accumulent peu à peu les biens du ménage, fondent un foyer, ont la maturité nécessaire pour résoudre leurs différends, paient leurs traites à échéance et n’arrivent quand même pas à fabriquer l’enfant dont ils rêvent. »


Trou
« Une fois dans mon lit, entre les draps propres, avec un livre sur la langue que l’on parle autour de moi, je me sens terriblement seul. À vrai dire, je ne comprends pas ce qui m’a pris de venir ici, dans ce trou perdu. J’arrange l’oreiller et m’allonge de manière à pouvoir regarder par la fenêtre dans la nuit noire. Si je ne m’abuse, c’est la pleine lune. J’inspecte mieux le firmament ; il n’y a pas à s’y tromper, la lune est d’une grosseur inquiétante et elle est beaucoup trop proche ; quant à mes étoiles natales, elles ont disparu de la carte, elles ne luisent nulle part ; on voit à leur place d’autres astres hostiles, une configuration stellaire inconnue, un schéma nouveau, indéchiffrable, inscrit sur la noire voûte céleste. »

 

 

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Arno Fischer: The garden. Le Jardin
Photographs by Arno Fischer. Photographies par Arno Fischer. Texte deThomas Martin. Texte de Thomas Martin. Edited by TO Immisch and Bernd Heise. Edité par AU Immisch et Bernd Heise.
Hatje Cantz, Ostfilbern, 2007. Hatje Cantz, Ostfilbern, 2007

 

Description de l'éditeur

En 1978, le photographe Arno Fischer emménagé dans l'un des originaux de la planète vivent-espaces de travail, une maison de ferme. Il aménagea un jardin, un étang et des volières, et a commencé à photographier les visiteurs ailés avec un Polaroid SX70.Les triptyques qui en résultent sont publiées ici pour la première fois.

 

Publisher's Description

 In 1978, photographer Arno Fischer moved into one of the world's original live-work spaces, a farmhouse.  He laid out a garden, a pond and aviaries, and began to photograph winged visitors with a Polaroid SX70.  The resulting triptychs are published here for the first time.  

 

Tourner les pages : CLICK

  Le site d' Arno Fischer 

 

 

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"Pas facile de voler des chevaux" de Per Petterson 

Editions Folio -2006

Traduit du norvégien par Terje Sinding

 

Résumé de l'éditeur

L'été 1948, Trond a quinze ans, et il est heureux d'être seul avec son père en vacances, dans un village près de la frontière suédoise. Il y retrouve son camarade Jon qui lui propose un matin d'aller «voler des chevaux». Il s'agit en réalité d'emprunter les chevaux d'un propriétaire terrien pour une petite échappée. Trond accepte, malgré une certaine appréhension, et l'aventure se termine mal pour lui : il tombe de cheval et se blesse, puis assiste, impuissant, à une étrange explosion de rage et de violence chez son ami. Son père lui apprend alors que la veille, un effroyable accident est survenu dans la famille de Jon qui quitte le village peu après. Trond passe alors le reste de l'été en compagnie de son père, dont il se sent de plus en plus proche. Quand un voisin lui révèle que ce dernier a été un membre actif de la Résistance pendant l'Occupation de la Norvège, il ne se doute pas encore que les événements dramatiques survenus pendant la Seconde Guerre mondiale vont jeter leur ombre sur sa propre famille et lui ravir son père.
Plus de cinquante ans après, Trond décide de se retirer à la campagne au nord-est de la Norvège. Il a le sentiment que son rêve de quiétude est en passe de se réaliser mais un soir, il fait la connaissance de son voisin Lars, en qui il reconnaît le petit frère de Jon.


Pas facile de voler des chevaux est un livre d'une intensité dramatique rare, habilement construit autour des secrets des personnages principaux. Les réminiscences d'un narrateur au soir de sa vie et son évocation d'un été inoubliable sont tout simplement bouleversantes.

 

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L'œuvre de Jean Marc Tingaud s’identifie à une série photographique, initiée en 1985 et rassemblée sous le titre “Intérieurs”. D’emblée, elle a été remarquée et référencée par la critique et figure dans le très sélectif "Photo Book" de Phaïdon, parmi les 500 œuvres les plus marquantes de l'histoire de la photographie internationale.

 

Depuis, inlassablement, l’auteur continue à parcourir le monde à la recherche des traces de l'intime. Enrichie de nouvelles séries inédites, la compilation de ces “portraits”, témoins de destinées singulières, nous renvoie à l’universel de la condition humaine, et résonne, immanquablement en chacun de nous.

 

Jean Marc Tingaud prépare une nouvelle édition, revue et augmentée, du livre “Intérieurs” paru en 1992, et une exposition internationale des photographies produites entre 1985 et 2010. Agence sb

Intérieurs - jean-Marc Tingaud.pdf

 


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"Les oliviers du Négus" de Laurent Gaudé

Editions Actes Sud - mai 2011

 

4ème de couverture

"Les oliviers de Négus" Un vieil homme croit entendre chevaucher Frédéric II dans le royaume des Enfers."Le bâtard du bout du monde" Un centurion marche vers une Rome gangrénée dont il devance l'agonie."Je finirai à terre" Un soldat des tranchées fuit le "golem" que la terre a façonné pour punir les hommes."Tombeau pour Palerme"Un juge anti-mafia tient le compte à rebours de sa propre exécution...

Dans la proximité de la guerre ou de la mort surgissent ces quatre récits où les héros - certes vaincus, mais non déchus - prononcent d'ultimes paroles. Ils veulent témoigner, transmettre, ou sceller des adieux. Minuscules fantassins de la légende des siècles, ils affrontent une Histoire lancée dans sa course aveugle. Et ils profèrent la loi tragique - celle de la finitude - qui, au-delà de toute conviction, donne force et vérité à leur message. D'où la dimension orale de ces textes qui revisitent la scène de l'oeuvre romanesque et, de Cris à La Porte des Enfers, réorchestrent des thèmes chers à Laurent Gaudé, auxquels la forme brève donne une singulière puissance.

 

EXTRAIT "Les oliviers de Négus"

 

La mort convoque. C'est ainsi. Elle nous écarte pour un temps du rythme du monde et nous met en arrêt. Je veux être là-bas, avec ceux qui me sont chers. Je veux me pencher sur le vide que laisse la mort comme on le fait en haut d'une cascade, les oreilles bourdonnant du fracas des eaux, essayant en vain d'apercevoir l'abîme, plein d'un respect peureux face à la beauté des choses et leur caractère immuable. Je veux être à Peschici, sur ces terres qu'il a tant aimées et qui l'ont, elles, tant humilié. Si la terre peut cracher, elle le fit sur cet homme qui n'aimait rien tant que le silence des champs d'oliviers. Le Négus est mort. Je repense à son visage strié de rides, à sa voix rauque de fumeur de tabac, à ses yeux bleus qui illuminaient son visage lorsqu'il riait ou qui lui donnaient un air d'oiseau de proie quand il serrait les mâchoires. Je repense à ce vieil homme de quatre-vingt-douze ans qui vient de mourir et je me hâte comme si, en me pressant, je pouvais espérer arriver au village à temps pour sentir encore quelque chose de lui, un parfum, un souvenir, avant que tout ce qu'il a été ne s'évanouisse définitivement, dans la chaleur hébétée du mois d'août. 

Je roule sur l'autoroute, dépassant Avellino et Candela. Dans la grande plaine de Foggia, c'est à nouveau à ces deux personnages que je pense : Zio Négus et Frédéric II. Ils sont liés. Tous deux ont parcouru ces terres. Tous deux ont été fous au point de faire trembler les hommes qu'ils croisaient. Zio Négus parlait sans cesse de Frédéric II. Il le faisait avec fièvre comme si ce nom excitait en lui une joie nerveuse. Il le faisait en pointant du doigt les rues alentour et les places. "Tout s'est passé là, disait-il sans cesse. Chaque pierre porte la trace de son passage." 

 

EXTRAIT lu par Laurent Gaudé  "Tombeau pour Palerme"

 

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Editions Steidl - 2008

 

Résumé de l'éditeur

«J'ai commencé comme photographe de mode. On ne peut pas dire que j'ai réussi, mais il y avait suffisamment de travail pour me tenir occupé. J'ai collaboré avec le HARPER'S BAZAAR et d'autres magazines. J'étais constamment conscient du fait que ceux qui m'ont embauché aurait préféré travailler avec une star comme Richard Avedon. Mais il n'avait pas d'importance. J'ai eu du travail et j'ai fait un séjour. Dans le même temps, j'ai pris mes propres photos. Bizarrement, je savais exactement ce que je voulais et ce que j'ai aimé. "

Saul Leiter est un peintre et seulement lorsqu'il est devenu un photographe photographie couleur pourrait englober la palette de couleurs distinctes qu'il voulait inclure dans ses images. Depuis les années 1940, cette invétérés Walker a chalutage dans les rues de New York, capturant ses couleurs et l'esprit. Son goût pour le désordre, la solitude et insaisissable font de lui un artiste unique, complètement indifférentes rejoindre la foule.

«J'ai passé une grande partie de ma vie d'être ignoré. J'ai toujours été très heureuse de cette façon. Etre ignoré est un grand privilège. Voilà comment je crois que j'ai appris à voir ce que les autres ne voient pas et à réagir aux situations différemment. J'ai simplement regardé le monde, pas vraiment prêt à tout. "

Ce livre contient plusieurs images en couleur inédites et ses premières photos en noir et blanc.

 

“I started out as a fashion photographer. One cannot say that I was successful but there was enough work to keep me busy. I collaborated with Harper’s Bazaar and other magazines. I was constantly aware that those who hired me would have preferred to work with a star such as Avedon. But it didn’t matter. I had work and I made a living. At the same time, I took my own photographs. Strangely enough, I knew exactly what I wanted and what I liked.”

Saul Leiter was a painter and only became a photographer when color photography could encompass the distinct color palette he wanted to include in his images. Since the 1940s, this inveterate walker has trawled the streets of New York, capturing its colors and spirit. His liking for disarray, solitude and elusiveness make him a unique artist, quite unconcerned about joining the throng.

“I spent a great deal of my life being ignored. I was always very happy that way. Being ignored is a great privilege. That is how I think I learnt to see what others do not see and to react to situations differently. I simply looked at the world, not really prepared for anything.”

This book contains several previously unpublished color pictures and his early black and white pictures.

 

Saul Leiter, fils d'un rabbin, est né à Pittsburgh en 1923.. Son travail est dans les collections du Museum of Fine Arts de Houston, The Art Institute of Chicago; Le Musée d'Art de Baltimore, le Victoria and Albert Museum, Londres, et d'autres collections publiques et privées.

 

Saul Leiter was born in Pittsburgh in 1923, the son of a rabbi. His work is in the collections of The Museum of Fine Arts, Houston; The Art Institute of Chicago; The Baltimore Museum of Art; the Victoria and Albert Museum, London; and other public and private collections.

 

 

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"Moumine Le Troll" de Tove Jansson

Editions Nathan - 1968

 

Les Moumines, ou Moomins (en suédois Mumintroll ; en suomi Muumi) sont des personnages créés par la  Finlandaise suédophone Tove Jansson. Il s'agit d'une famille de gentils trollsressemblant à des hippopotames. 

Les Moumines vivent dans la vallée des Moumines, vallée imaginaire donnant sur le golfe de Finlande. Ils semblent se réduire à une seule famille, composée de Papa Moumine, Maman Moumine et leur fils Moumine.

Ce dernier est le héros de plusieurs livres de Tove Jansson, qui commence à s'intéresser à lui en 1945 lorsqu'elle en fait le héros d'Une comète au pays de Moumine, le premier volume de la série: lorsqu'unecomète s'approche, il part avec son ami Snif dans les Collines sauvages pour rallier l'observatoire et suivre la progression de la comète. Ils rencontrent tous deux le Renaclerican, qui devient l'un des personnages récurrents de la série.

Les trois amis découvrent le chapeau d'un magicien dans Moumine le troll

 

 

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"Les aventures de Moomin, Moomin et la mer " de Tove Jansson

Editions Le Petit Lézard - 2008

 

Présentation de l'éditeur 

Cet ouvrage est le deuxième tome traduit en français des uvres de bandes dessinées de Tove Jansson, après l'excellent accueil réservé au premier tome Ces huit aventures sont originellement parues en langue anglaise, sous forme de strips, dans les pages du London Evening News dans les années 50. Fleuron de la culture populaire scandinave, nous retrouvons Moomin, sa famille bohème et toute une galerie de créatures étonnantes -maniaco-dépressifs, obsédés acariâtres, égoïstes, rêveurs ou philosophes et plus que jamais, dans ces nouvelles aventures qui moquent notre nature humaine versatile, Moomin nous offre une leçon de savoir vivre... ensemble et heureux. Les histoires, qui sont racontées avec un humour à froid mais pas glacé, s adressent aux enfants comme aux adultes. Malgré l aspect patrimonial de cette édition, la bande dessinée de Moomin n en demeure pas moins d une rare modernité.

 

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"La bouche pleine, Poèmes pressés" de Bernard Friot

Editions Milan jeunesse - 2008

 

4ème de couverture

A consommer de préférence avant la date indiquée sur le dessus du paquet. A stocker dans un endroit sec. A déguster avec une noix de beurre. A sucer sans croquer. A diluer dans un verre d'eau sucrée. A renifler prudemment avant d'avaler. A prendre avec des pincettes. A planquer sous son lit pour ne pas se le faire piquer par le petit frère. A jeter vite fait bien fait dans la bouche d'égout. A recracher immédiatement en cas d'absorption par inadvertance. A laisser reposer en paix pour toujours. Un livre à consommer sans modération et à mettre à toutes les sauces.

 

Le recueil se compose de courts poèmes souvent drôles et percutants mis en page avec audace. Les textes sont regroupés autour de quatre thèmes : « J’ai faim de vocabulaire » où l’auteur explore le langage : rythmes, assonances, expressions, métaphores… ; « Allez, à table… » : autour des codes du bien manger, « J’ai envie de te croquer » sensualité, désir… entre gourmandise, amour, et dévoration ; « J’ai un poids sur l’estomac », liaison étroite entre les sens et les émotions. Syndicat National Unitaire des Instituteurs, Professeurs des écoles et PEGC.

 

EXTRAIT

 

mousse

Sur ta bouche le mot bulle et pétille

Dis-le encore

mousse mousse

Tes lèvres s’ouvrent sur le m

Le s est un long soupir

Je ferme les yeux

Je verse le mot dans un verre et si je le bois

Ça piquera un peu

 

mousse

Sur ta bouche le mot roule et s’attendrit

Dis-le encore

mousse  mousse

M tes lèvres font la moue

S ta langue caresse tes dents

 

Je ferme les yeux

Je prends le mot à la petite cuillère

Et si j’avale

Je saurai quel goût tu as

 


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Samedi 2 juillet 2011 6 02 /07 /Juil /2011 16:44

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"Des corps en silence" de Valentine Goby

Editions Gallimard - 2010

 

Résumé chez l'éditeur
« Elle imagine possible un mari fidèle, pour ça elle est prête à faire sa fille des rues, sa prostituée, sa courtisane. Tout plutôt que ça : qu'il couche ailleurs. Elle dit tout, elle pense tout, elle l'aime à se tuer. »
Deux femmes en résistance contre la fin du désir amoureux. À un siècle d'écart leurs chemins se croisent, se confondent, se séparent : l'une tente l'impossible pour reconquérir l'homme qu'elle aime, l'autre imagine une rupture radicale. Toutes deux refusent le silence des corps.

Extrait : CLICK

 

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"Lettres à Yves" de Pierre Bergé

Edition Gallimard - 2010

 

Résumé de l'éditeur

 « 5 juin 2008
Comme le matin de Paris était jeune et beau la fois où nous nous sommes rencontrés ! Tu menais ton premier combat. Ce jour-là, tu as rencontré la gloire et depuis, elle et toi, ne vous êtes plus quittés. Comment aurais-je pu imaginer que cinquante années plus tard nous serions là, face à face, et que je m'adresserais à toi pour un dernier adieu ? C'est la dernière fois que je te parle, la dernière fois que je le peux. Bientôt, tes cendres rejoindront la sépulture qui t'attend dans les jardins de Marrakech. »

 

Cette Histoire-là, nombreux la connaissent déjà, d’où l’importance de lire ces 108 pages de correspondance – à une voix – de Pierre Bergé à Yves. Si on connaissait Yves Saint Laurent, on apprend qui est Yves. On fouille son histoire d’amour avec Pierre. On en comprend les ressorts. On appréhende sa sexualité, ses déviances (alcool & drogues), ses violences, celles faites à autrui comme lui-même, son rapport aux femmes, ses sources d’inspiration… Mais surtout on déconstruit – un peu mieux – la mécanique d’un esprit iréellement brillant.

 

EXTRAITS

Page 32 : « 17 janvier 2009

Hier, je t’ai écrit que tu avais placé très haut la barre de ton métier. En fait, j’ai toujours pensé que ce métier n’était pas à ton niveau, que tu méritais mieux que ça, que tu as toujours souffert de son côté éphémère. Tu as toujours su que la mode n’était pas un art, même s’il fallait être un artiste pour la créer. C’est bien pour cela que tu t’es imposé une telle rigueur. Tu aurais du être un artiste à part entière, mais en avais-tu le talent ? »

 

Page 44 : « 2 mars 2009

Kikou, tu me manques terriblement. »

 

Page 60 : « 12 avril 2009

… Tu avais trouvé refuge dans une boulimie et une gourmandise incroyables. Toi qui avais été, et à juste titre, si fier de ton corps, tu t’étais mis à la haïr au point de le déformer. « Je suis devenu un monstre », me disais-tu et c’était vrai. Le masochisme avec lequel tu avais joué avec tant d’adresse avait pris sa revanche. C’est lui à coup sûr qui t’a fait te détruire pendant tant d’années. D’abord l’alcool et la drogue, ensuite la nourriture. La nourriture, j’ai toujours su que, pour une large part, c’était dirigé contre moi. Une manière de me dire « tu m’as enlevé et la drogue et l’alcool, je vais me venger ». Ce que tu ne savais pas, c’est que le premier atteint allait être toi. Tu étais enfantin, aussi avais-tu des stratégies enfantines. Je t’aimais pour ça aussi. »

 

page 76 : « 28 avril 2009

… C’est toi qui me fermeras les yeux, m’avais-tu dit à plusieurs reprises. Tu aimais les formules. Je te les ai fermés. Je ne savais pas que ce serait difficile, qu’ils refuseraient de rester clos. C’est un infirmier qui a placé une compresse sur chacun. Il était 23h12. »

 

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"Albatros, la croisière de la peur" de Deborah Scaling Kiley


4ème de couverture

Le 22 octobre 1982, un équipage de cinq personnes, deux femmes et trois hommes, quitte la Floride à bord d'un deux-mâts de seize mètres de long. Une énorme tempête se lève le lendemain du départ, brisant un mât puis cassant un hublot. Le bateau sombre peu à peu. L'équipage se retrouve sur un canot de sauvetage. L'une des deux jeunes femmes se laisse rapidement mourir, rongée par le stress, transie par le froid. La tension augmente à bord du canot. Deux des hommes, perdant la raison se jettent dans une mer envahie de requins. Les deux rescapés, luttant contre la faim, le froid, la peur et le stress, guettent d'éventuels secours. Cette histoire, digne des plus grands romans d'aventure, est une histoire vraie. C'est celle de la narratrice, Deborah Scanling. Il lui aura fallu une dizaine d'années et le soutien de sa famille et de ses amis pour réussir à témoigner, à relater son naufrage. Dans son récit, rien n'est enjolivé, rien n'est épargné ; elle raconte ici toute la violence, la haine et la folie des naufragés, des sentiments et des images demeurés intacts, qui ont conservé toute leur force et leur horreur dans les souvenirs de l'auteur.

 

Le Mot de l'éditeur Tout, dans ce livre qui peut se lire comme un roman, est vrai : atrocement vrai. L’auteur, qui en est l’héroïne, et qui sortit de l’aventure essorée jusqu’aux os, jusqu’à l’âme, a mis plus de dix ans avant de se décider à la raconter. On comprend, à la lire, son hésitation – et le choc qu’en reçurent les lecteurs américains. Car le conte cruel dont il s’agit nous parle, à sa façon, de ce que sont les hommes d’aujourd’hui – et ce qu’il nous en montre n’est pas fait pour rassurer… Un voilier de rêve : vingt-deux mètres, tous les aménagements que l’on peut souhaiter. Beauté et confort. Cinq personnes à bord – trois hommes et deux femmes – pour une croisière atlantique en direction des Caraïbes qui s’annonce de tout repos. Mais la météo est capricieuse. Et capricieuse aussi l’âme humaine, en ses noirceurs et sa misère secrètes. Qu’on parle ouragan, requins, haine mortelle entre naufragés : ce sont là clichés du roman d’aventures. Mais que ces choses-là viennent à exister pour de bon et qu’il faille y faire face est une autre affaire. Une affaire dont les femmes, on le verra, se tirent avec plus d’honneur que les hommes.

 

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"Le chagrin" de Lionel Duroy

Editions Julliard - 2010

 

4ème de couverture

De l'Occupation jusqu'à nos jours en passant par la guerre d'Algérie et Mai 68, des avenues chics de Neuilly aux cités dortoirs de Rueil, Lionel Duroy retrace l'itinéraire chaotique d'un garçon pris au piège d'une odyssée familiale désastreuse. Un roman poignant qui fouille les mentalités françaises depuis la seconde moitié du XXe siècle.

 

Au départ, c'est un couple amoureux qui convole durant l'Occupation. Le mari est issu de la noblesse désargentée ; d'une grande beauté, l'épouse aspire à une vie mondaine digne de sa récente particule. En catholiques zélés, ils donnent naissance à onze enfants, tandis que toute la maisonnée mène aveuglément un train de vie de grands bourgeois. Prêt à se lancer dans les entreprises les plus hasardeuses pour satisfaire les exigences de sa bien-aimée, le père accumule en secret des dettes exorbitantes. La chute n'en est que plus rude. Expulsion des beaux quartiers, humiliation sociale... toute la tribu est relogée dans une cité lugubre où ne tiennent aucun des meubles fabriqués sur mesure pour le bel appartement de Neuilly. La paix du ménage se fissure, tout comme l'équilibre psychologique de la mère. Commence une longue série de galères - de magouilles paternelles en crises de nerfs maternelles. Le narrateur, l'un des enfants, est le témoin épouvanté des calamités qui s'amoncellent au-dessus du foyer familial. Un chagrin qui pèsera sur ses épaules durant toute son existence.
De 1940 à nos jours, la société française connaîtra elle aussi de grands bouleversements. Mais jamais cette famille ne sera du bon côté des événements politiques. Défenseur de Pétain sous l'Occupation, opposé de nouveau à de Gaulle lorsqu'il « abandonne » les Français d'Algérie, et pestant contre ces «gauchistes» qui, en 68, incendient Paris du haut de leurs barricades, le père est toujours à contre-courant des grands mouvements libérateurs. Il faudra plusieurs décennies au narrateur pour se défaire de l'héritage culturel familial, et parvenir enfin à se forger ses propres convictions.
Comprendre d'où l'on vient pour parvenir à s'émanciper de son passé, telle est l'entreprise du Chagrin. Lionel Duroy s'est inspiré de son propre parcours pour écrire ce magistral roman d'initiation. Loin de montrer la face glorieuse de son existence, c'est au contraire avec un courage et une sincérité déchirants qu'il décrit ce que tant d'autres familles taisent sur leurs origines honteuses ou inavouables. Selon une conception cyclique du temps chère à Marcel Proust, Lionel Duroy démontre que les mêmes épisodes traumatiques ne cessent de se rejouer dans notre vie présente, sous d'autres déguisements. Et souligne, avec mélancolie, la manière dont l'enfance continue à nous hanter des décennies plus tard

 

EXTRAIT PDF : CLICK

 

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"Incident de personne" de Eric Pessan

Editions Albin Michel - 2010

 

4ème de couverture

"J’ai prié pour que vous n’ayez aucune histoire à me confier. Je ne suis plus apte à entretenir une conversation, encore moins à écouter des confidences. Je déborde."

Une nuit, un train se retrouve bloqué en rase campagne. Un passager lie connaissance avec sa voisine. Il lui parle d’enfance, de solitude, de son existence ténébreuse à laquelle il n’oppose plus aucune révolte. Pendant cette interminable attente, un lien se tisse entre eux. Jusqu’à ce que le train reparte...
Un texte exigeant, d’une simplicité épurée, où le romancier et dramaturge Éric Pessan interroge de son écriture fluide notre rapport au monde et à l’altérité.

 

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"Les autres" d'Alice Ferney

Editions Acte sud /Poche Babel - 2008

 

4ème de couverture

Théo fête ce soir ses vingt ans et rien ne devrait troubler ce moment de convivialité et de réjouissance. Rien sinon le jeu de société que son frère aîné lui offre, qui révélera à chaque participant la façon dont les autres le perçoivent, menaçant de remettre en cause l’idée qu’il se faisait de lui-même et des sentiments réciproques l’attachant à ses proches. Au fil de la partie, le jeu devient le révélateur de secrets de famille jusque-là soigneusement occultés par la honte, la déception ou la souffrance… et nul ne sortira indemne de la soirée. Evoquant les liens de la fratrie, de l’amitié ou de l’amour naissant, Les Autres est aux relations affectives ce que La Conversation amoureuse est à l’amour : un accomplissement romanesque d’une remarquable maîtrise polyphonique. L’oeuvre romanesque d’Alice Ferney est publiée chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L’Elégance des veuves (1995 ; Babel n° 280), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous ; Babel n° 439), La Conversation amoureuse (2000 ; Babel n° 567), Dans la guerre (2003 ; Babel n° 714).

 

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"Les femmes aux cheveux courts"de Patrice Leconte  

Editions Albin Michel - 2009

 

Résumé du livre

Je m'appelle Thomas, je suis un chic type, je travaille dans une papeterie,j'ai 27 ans,j'aime les femmes aux cheveux courts. Et il me reste un peu moins de trois ans pour trouver la femme de ma vie.' Séduisant et sympathique, Thomas s'est juré de rencontrer la femme de sa vie avant l'âge fatidique de trente ans. La boutique de papeterie, où il est employé sous l'autorité souriante de Madame Capliet, ne manque pas de jolies vendeuses, dont la ravissante Louise. Mais Louise est sur le point de se marier et, de plus, ne correspond pas à son idéal : une fille brune à la peau mate et aux cheveux courts. Pas plus qu'Amandine, la serveuse de son restaurant favori, ou Marie-Christine, la splendide Noire qui joue du piano au dessus de chez lui. C'est dans le métro, tout bêtement, que la rencontre miracle aura lieu avec Colette, à l'image même de tous ses rêves. Et comme souvent, quand l'amour et le hasard se jouent des tours, Colette n'est peut-être pas la fille fuyante et inaccessible que Thomas imaginait...

 

 Ce jeune homme qui aimait les femmes (aux cheveux courts) enquête dans un Paris de carte postale à la recherche de la femme idéale.
Le premier roman de Patrice Leconte possède le charme et la fantaisie qui ont fait le succès de ses nombreux films, du Mari de la coiffeuse, à La Fille sur le pont.

 

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"La couleur des sentiments" de Kathryn Stockett

Editions Jacqueline Chambon - 2010

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard

 

4ème de couverture

Chez les Blancs de Jackson, Mississipi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine et s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un  autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée.

Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, a pu partir sans même lui laisser un mot.

Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

Passionnant, drôle, émouvant, La Couleur des sentiments a conquis l’Amérique avec ses personnages inoubliables. Vendu à plus de deux millions d’exemplaires, ce premier roman, véritable phénomène culturel outre-Atlantique, est un pur bonheur de lecture.

 

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"Les heures silencieuses" de Gaëlle Josse

Editions Autrement - 2011

 

Résumé de l'éditeur

Magdalena est l’épouse de Pieter van Beyeren, administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Issue d’une famille de riches armateurs, Magdalena est rigoureuse, soucieuse d’ordre et d’économie, maîtresse d’elle-même et de son foyer. Elle aurait pu succéder à son père si le commerce n’était réservé aux hommes, et la place des femmes à la maison. C’est sur un espace intérieur qu’elle semble s’être repliée. Intérieur où elle s’est fait représenter vue de dos, à son clavecin, près d’une fenêtre éclairant une enfilade de pièces qui respirent le calme, dans un tableau au charme presque irréel peint par un artiste du temps, Emmanuel de Witt. Ce décor a ses secrets, que livre le journal intime de Magdalena. Sa déception de n’avoir pu succéder à son père, née sans héritier mâle. Sa rencontre avec Pieter. Toutes les failles intimes de son existence. Un souvenir qui l’oppresse, emplit ses nuits d’angoisse : le meurtre dont elle a été témoin, enfant. Et d’autres infortunes autour d’elle. Sa sœur Judith, qui se morfond de ne pouvoir enfanter. Ses filles, Catherina et Elisabeth, pour lesquelles Magdalena songe à des mariages délicats à arranger. Enfin, son propre sort en tant qu’épouse, quand Pieter décide brutalement de renoncer à tout commerce de chair avec elle, pour ne pas risquer encore une fois. de la perdre en couches. A ces inquiétudes personnelles se mêle le récit des efforts d’une famille d’armateurs pour conserver le bien-être.

« L’ordre, la mesure et le travail sont des remparts contre les embarras de l’existence. C’est ce qu’on nous apprend dès l’enfance. Vanité de croire cela. Chaque jour qui passe me rappelle, si besoin était, que la conduite d’une vie n’est en rien semblable à celle d’un stock d’épices ou de porcelaine. Ce que nous tentons de bâtir autour de nous ressemble aux digues que les hommes construisent pour empêcher la mer de nous submerger. Ce sont des édifices fragiles dont se jouent les éléments. Elles restent toujours à consolider ou à refaire. Le cœur des hommes est d’une moindre résistance, je le crains. »

 

 

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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 16:38

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Editions Folio -2010

4ème de couverture

«Moi Aleyt van Meervenne, épouse Bosch, je ne suis pas femme de lettres… si je prends la décision aujourd’hui, en ce froid mois de novembre 1516, de m’asseoir pour remplir ces feuillets, c’est que j’ai partagé pendant plus de trente ans la vie d’un homme si discret, que je crains qu’il ne disparaisse dans le gouffre béant de la mémoire des hommes.»
À travers les yeux de sa femme, nous sont racontées la vie quotidienne et la spiritualité de Jérôme Bosch. Homme secret et réservé, il a su faire de ses visions obsédantes une œuvre universelle. Ce roman historique est un voyage au cœur de l’art du plus mystérieux des peintres flamands de la fin du XVe siècle.

 

Scénariste de formation Alexandra Strauss est monteuse dans le cinéma. " Les démons de Jérome Bosch" est son premier roman

 

 

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Editions Circé - 2010

traduit de l'hongrois par Imre Laszlo

4ème de couverture

«Pour autant qu'on pouvait le distinguer dans le crépuscule où baignait le jardin, c'était un fox-terrier, sans doute un croisement de fox à poil dur et de fox à poil ras. Son corps svelte était recouvert d'un poil blanc court et lisse, sans tache ni éclaboussure. Seules les oreilles étaient noisette, avec un trait noir à la naissance. Par une de ces coquetteries dont la nature est prodigue, le dessin et la couleur, à l'attache de chacune des oreilles, n'étaient pas symétriques. De l'oreille gauche, une raie noisette descendait jusqu'aux cils en passant par le dessus de la tête. Au-dessous de l'oreille droite, la gueule était d'une blancheur immaculée, mais derrière l'oreille le trait noir, comme pour faire un contraste amusant avec la blancheur de la gueule, descendait profondément sur la nuque, dépassant la ligne où, d'habitude, les chiens portent le collier. Là, il s'élargissait en une sorte de carré noir, pour autant que la nature consente à former des carrés et autres figures géométriques régulières. Ajoutons deux grands yeux luisants à la base d'une tête allongée en triangle, à la pointe duquel brillait un petit nez noir comme astiqué au cirage, et nous aurons dessiné à grands traits la gracieuse silhouette qui venait de s'installer aux pieds d'Ancsa.»

L'histoire de Niki, une chienne ordinaire, et des Ancsa, un couple non moins ordinaire, est une parabole extraordinairement émouvante, - sans jamais donner dans la sensiblerie -, sur l'attention, la gentillesse et la résistance de l'amour.

 

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Editions folio - 2009

4ème de couverture

«Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.
Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.»

 

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Editions Actes sud -2010

Goncourt des lycéens - 2010

Présentation de l'éditeur

13 mai 1506, un certain Michelangelo Buonarotti débarque à Constantinople. A Rome, il a laissé en plan le tombeau qu'il dessine pour Jules II, le pape guerrier et mauvais payeur. Il répond à l'invitation du Sultan qui veut lui confier la conception d'un pont sur la Corne d'Or, projet retiré à Leonardo da Vinci. Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l'étrangeté byzantine, Michel Ange, l'homme de la Renaissance, esquisse avec l'Orient un sublime rendez-vous manqué.

 

Extrait : ICI

 

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Editions Plon - 2004 - EPUISE

 

4ème de couverture

Soixante ans plus tard, tel le saumon, j'ai éprouvé le besoin impérieux de remonter la rivière. J'ai alors plongé, au coeur de la mer Blanche, dans la beauté mortelle de l'archipel du goulag ; là où, pour les besoins de la propagande soviétique, on a fait danser des femmes déportées dans des robes à fleurs de fusillées et où le visiteur aurait pu signer une carte postale avec ces mots : «Bons baisers du goulag.»

 

Des années de quête pour faire surgir un siècle d'histoire européenne, un grand-père chargé de mystère, des rescapés bien vivants, et trouver au bout de la nuit la joie de vivre et d'espérer.

 

 

 

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Editions du Rocher - 2007

4ème de couverture

Julien Viaud, qui est passé à la postérité sous le nom de Pierre Loti, est mort le 10 juin 1923, il y a quatre-vingt-quatre ans. Contrairement à tant d'écrivains qui n'ont connu la gloire qu'à titre posthume, il fut adulé tout au long de sa vie, non seulement par un large public, mais aussi par les grands de ce monde. Les contrastes de sa vie d'homme de lettres et d'officier de marine ont intrigué. La légende romantique de ses amours avec des belles de toutes couleurs fascinait ses contemporains avides d'exotisme. Et puis il y avait autour de cet auteur les échos les plus provocants..., ses déguisements, ses maquillages et ses talons hauts. Sarah Bernhardt, son amie intime, l'appelait «Pierrot le fou». Mais ses supérieurs dans la Royale et ses camarades de la marine supportaient ses frasques, car il était excellent officier.
Aux conventions de l'Europe, Loti préféra la chimère de l'Orient. C'est en Turquie que, jeune officier, il connut son plus grand amour, sa plus périlleuse aventure, brève et tragique idylle avec une odalisque circassienne qu'il enleva d'un harem.
Tel fut ce romantique acharné, doublé d'un mystique manqué : ses plus ardentes prières pour la foi de ses ancêtres étaient restées sans réponse. Tel fut ce personnage infiniment complexe, étrange et atta­chant, dont Lesley Blanch, qui a cherché la vérité dans sa correspon­dance, son journal intime et aussi auprès de ses descendants, fait miroiter les multiples facettes dans cette biographie exceptionnelle.

Lesley Blanch est née en 1904 à Londres. Elle fut grand reporter, historienne et biographe. Elle épousa Romain Gary en 1945, et vécut avec lui à New York et en Bulgarie avant de s'installer en France. Elle réside aujourd'hui dans le sud de la France.

Extrait du livre :
«Tout ce que j'ai été, tout ce que j'ai pleuré, tout ce que j'ai aimé.» Pierre Loti

C'était un provincial. Malgré toute la couleur, l'étrangeté, la passion de sa vie, il avait d'austères racines huguenotes à Rochefort, sur la Charente, une calme petite ville de la Saintonge, à trente kilomètres au sud de La Rochelle. Il était né Julien Viaud, mais le monde allait le connaître sous le nom de Pierre Loti.
Lui dont les oeuvres parlaient d'une vie illuminée par toutes les brillantes couleurs de l'Orient, lui qui, jeune officier de marine pauvre et obscur, allait chercher l'aventure en haute mer, qui connut l'amour sous de nombreux aspects, sous de nombreuses latitudes, qui s'abandonna aux indolences des tropiques, et connut des mélancolies infinies et goûta toutes les voluptés, il allait acquérir par ses écrits une célébrité mondiale et une fortune considérable. Il commença son existence dans l'étroite demeure d'une petite rue bordée de maisons aux murs grisâtres et tout aussi modestes.
Entrons dans cette maison, au 141, rue Pierre-Loti, ou rue Saint-Pierre comme elle s'appelait dans son enfance.
Nous nous glissons, par un corridor sombre, le long du salon sans prétention, au modeste mobilier Louis-Philippe recouvert de peluche rouge prune, avec ses portraits de famille, son piano en bois de rose et, au centre, la table où préside la lourde Bible familiale du xvnf siècle. Nous reviendrons là le soir, quand toute la maisonnée est réunie autour du feu, dans cette harmonie qui régnait sur sa paisible existence. Mais d'abord, nous allons ouvrir la porte aux panneaux de verre coloré qui conduit au jardin ou à la cour, car ce n'est guère autre chose qu'un étroit enclos ceint de murs, couvert de jasmin et de chèvrefeuille, où s'alignent des pots de boutures fragiles. Sous un vieux mur envahi de lichen, près d'un banc vert, un très petit garçon en tablier à plis donne des cuillerées de bouillie à un très gros chat qu'il aime et qui le lui rend bien. Le garçon est Julien Viaud, le chat est la Suprématie, une des nombreuses bêtes qui firent toujours intégralement partie de la vie familiale chez les Viaud et qui, après leur mort, étaient enterrées dans cette cour. Un ancêtre (car plusieurs générations de la famille de Mme Viaud, les Texier et les Renaudin, avaient vécu là) alla jusqu'à faire enterrer son cheval noir préféré sous les dalles.

Par cie artbooka
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Samedi 19 mars 2011 6 19 /03 /Mars /2011 10:18

 

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"Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows

Editions Nil - 2009

Traduit de l’américain par Aline Azoulay-Pacvon

 

Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis - un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...) – délices bien évidemment strictement prohibés par l'occupant. Jamais à court d'imagination, le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d'humanité – Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle – et même d'autres habitants de Guernesey –, découvrant l'histoire de l'île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l'impact de l'Occupation allemande sur leurs vies... Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l'invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.

 

Mary Ann Shaffer est née en 1934 en Virginie-Occidentale. C'est lors d'un séjour à Londres, en 1976, qu'elle commence à s'intéresser à Guernesey. Sur un coup de tête, elle prend l'avion pour gagner cette petite île oubliée où elle reste coincée à cause d'un épais brouillard. Elle se plonge alors dans un ouvrage sur Jersey qu'elle dévore : ainsi naît fascination pour les îles anglo-normandes. Des années plus tard, encouragée à écrire un livre par son propre cercle littéraire, Mary Ann Shaffer pense naturellement à Guernesey. Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est son premier roman, écrit avec sa nièce, Annie Barrows, elle-même auteur de livres pour enfants. Mary Ann Shaffer est malheureusement décédée en février 2008 – peu de temps après avoir su que son livre allait être publié et traduit en plusieurs langues.

 

 

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"L'Exécuteur de la haute justice" de Jean D'Aillon

Editions du masque - 2006

 

4ème de couverture
Nous sommes en 1645 après la Conjuration des Importants. La cour de France se déchire à nouveau et un jeune homme de quinze ans arrive inopinément des Pays-Bas.

Il serait le fils du duc de Rohan et pourrait devenir le chef de file des huguenots de France.

Mais le duc d'Enghien laisse entendre qu'il est un imposteur...

L'ancien notaire, Louis Fronsac, désormais chevalier, sera chargé de découvrir la vérité. Aidé de son ami de toujours, Gaston de Tilly, ils mèneront l'enquête autour de la Bastille et dans la rue de la Pute-y-Musse et recevront l'aide d'un certain Jean-Baptiste Poquelin qui vient d'installer son Illustre Théâtre au jeu de paume de la Croix-Noire.

 

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"Des gens très bien" d'Alexandre Jardin

Editions Grasset 2011

 

4ème de couverture

C’est un livre tout à fait inattendu dans l’œuvre de l’auteur de Fanfan et du Roman des Jardin. Pour la première fois, en effet, un « Jardin » décide de retrousser les légendes qui, jusque-là et avec sa propre complicité, ont embelli l’histoire de sa famille, et de se pencher sur la face sombre de celui qu’on appelait « le Nain Jaune », c’est-à-dire son grand-père, Jean Jardin.
Rappelons que celui-ci fut le directeur de Cabinet de Pierre Laval de mai 1942 à octobre 1943 ; autant dire que lors la rafle du Vél d’Hiv – à la mi-juillet 1942 – le Nain Jaune était bien au cœur du pouvoir collaborateur.
Dans Des gens très bien, Alexandre Jardin raconte son odyssée intime depuis l’âge de dix-sept ans, où il a commencé à comprendre ce que signifiaient les responsabilités glaçantes de son grand-père, tues par sa famille – avant de s’interroger sur les chemins qui conduisent quelqu’un de bien à participer à l’horreur ; et à l’assumer sans jamais se renier.
Derrière le rire d’Alexandre, il y avait donc ce secret terrible, étrangement exhibé par son père Pascal pour qu’il ne soit pas vu.
Ce voyage chez ces « gens très bien » passe par des souvenirs, des saynètes difficiles : c’est une confession grave.

 

"Tandis que mon père s'endort peu à peu contre moi, je lui parle une dernière fois :
Plus tard, tu ne pourras pas vivre avec le secret des Jardin. Il te tuera...
Tu feras un livre, Le nain jaune, pour le camoufler.
Au même âge que toi, j'en ferai un, Des gens très bien, pour l'exposer.
Et je vivrai la dernière partie de ta vie... La mienne.
Dors mon petit papa, dors...

Ce livre aurait pu s'appeler "fini de rire".
C'est le carnet de bord de ma lente lucidité." A. J.


EXTRAIT : CLICK

 

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"Ciel bleu" de Galsan Tschinag

Editions Métailié -1999

Traduit de l'allemand par Dominique Petit

 

4ème de couverture

Galsan Tschinag raconte son enfance dans la steppe aux confins du désert de Gobi, dans les terres du Haut-Altaï. Vivant sous la yourte au sein d'une famille d'éleveurs de moutons, l'enfant découvre le monde à travers sa relation avec Arsilang son chien, dont les aventures ouvrent et ferment le livre. L'exotisme est ici total et actuel.
Le groupe familial se déplace en fonction des pâturages et des saisons, on monte les yourtes et on rencontre les gens. Les enfants ont une place bien définie que vient troubler l'obligation de scolarisation imposée par le gouvernement communiste. Mais il y a toujours les vacances pour retrouver la grand-mère choisie et adoptée par l'enfant, pour jouer dans la montagne avec son chien et parcourir à cheval ces étendues sans fin où le galop sert aussi à mesurer l'espace et le temps.

 

"Ciel Bleu est une œuvre littéraire pleine de poésie, de silence, de foi. [...] Galsan Tschinag ne déverse pas ses souvenirs dans les désordres de l'émotion. Il les met en scène, les organise. Il nous dit le destin d'un peuple pris entre ciel et terre, entre nature et dieux : deux univers mystérieux, muets, injustes, puissants."

Télérama

 

Galsan Tschinag est né en 1944 dans une famille d’éleveurs nomades touvas en Mongolie occidentale et a passé sa jeunesse dans les steppes du Haut-Altaï, aux confins de l'Union Soviétique.
Après son bac à Oulan-Bator, bénéficiant des programmes de coopération entre les pays communistes, Galsan Tschinag a la possibilité d’étudier la linguistique à Leipzig, en RDA. Il écrit soit en mongol soit en allemand. Son premier ouvrage, Ciel bleu, est publié en Allemagne en 1994. Il obtient le prix Adalbert von Chamisso, récompensant un auteur étranger écrivant en allemand.
Parallèlement à l'écriture, Galsan Tschinag se consacre à la protection des coutumes de son peuple, menacées par les dangers de la modernisation.

 

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"Alex' de Pierre Lemaître

Editions Albin Michel - 2011

 

4ème de couverture

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.

Est-ce pour cela qu’on l’a enlevée, séquestrée, livrée à l’inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.

Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n’oublie rien, ni personne.

Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l’on retrouve l’extraordinaire talent de l’auteur de Robe de marié.

 

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"Sukkwan Island" de David Vann

Editions Gallmeister - 2010

Traduit de l'américain par Laura Derajinski

 

4ème de couverture

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.     

 

Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

 

 

Les premières pages : ICI

 


Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2010/2011 - Communauté : avec ou sans images
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 17:34

 

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Une petite récolte, certes...mais de bons crus !

 

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"Sukkwan Island" de David Vann

Edition Gallmeister - 2010

4ème de couverture

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.       

Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

 

DAVID VANN est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français. Site de l'auteur

 

 

LIRE UN EXTRAIT

 

 

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"No et moi" de Delphine de Vigan

Editions le livre de poche - 2009

 

Résumé

Lou, treize ans, intellectuellement précoce, est une élève brillante et isolée. Fille unique délaissée par une mère tombée en dépression après la mort d'un bébé et incomprise d'un père aimant mais prisonnier de son impuissance. En classe, les autres élèves l'appellent 'le cerveau'. Pour Lucas et "son air de bagarre - les mauvais garçons au sourire d'enfant, ça a toujours fasciné les fortes en thème -, elle est "pépite". Dans le cours de l'exigeant monsieur Marin, elle a proposé de faire un exposé sur les sans-abri et d'interviewer une jeune femme SDF. A la  gare d'Austerlitzoù elle vient régulièrement regarder les gens et les trains partir, elle rencontre No. Mais la connaître, tenter de devenir son amie, ne suffit pas ; l'adolescente se met en tête de la sortir de là, comme on dit, et, avec Lucas, ils lèvent une armée du salut à deux combattants pour une opération de sauvetage, trop grande pour eux.

 

 

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"Prodigieuses créatures" de Tracy Chevalier

Editions La Table Ronde - 2010

Traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff

 

4ème de couverture

 Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l’existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique. Celle-ci, exclusivement composée d’hommes, la cantonne dans un rôle de figuration.

Mary Anning trouve heureusement en Elisabeth Philpot une alliée inattendue. Cette vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d’une rivalité, elle reste leur meilleure arme face à l’hostilité générale.
 
Après Jane Austen et Persuasion, après John Fowles et Sarah et le lieutenant français, Tracy Chevalier est le troisième écrivain à s’installer à Lyme Regis et à y puiser l’inspiration d’un roman. Dans Prodigieuses créatures, elle raconte l’histoire d’une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l’une des plus grandes découvertes du XIXe siècle.

 

EXTRAIT

Mary Anning en impose par ses yeux. Ce détail m'a semblé évident dès notre première rencontre, quand elle n'était qu'une fillette. Ses yeux sont marron comme des boutons, et brillants, et elle a cette manie des chasseurs de fossiles de toujours chercher quelque chose, même dans la rue ou à l'intérieur d'une maison, où il n'y a aucune chance de trouver quoi que ce soit d'intéressant. Cette particularité la fait paraître pleine d'énergie, même lorsqu'elle reste sans bouger. Mes soeurs m'ont dit que moi aussi je jetais des coups d'oeil alentour au lieu d'arborer un regard impassible, mais dans leur bouche ce n'est pas un compliment, tandis que dans la mienne, envers Mary, c'en est un. 

J'ai remarqué depuis longtemps que les gens ont tendance à en imposer par un trait particulier, une partie du visage ou du corps. Mon frère John, par exemple, en impose par ses sourcils. Non seulement ils forment des touffes proéminentes au-dessus de ses yeux, mais ils constituent la partie la plus mobile de son visage, traduisant le cours de ses pensées tandis que son front se creuse ou bien se lisse. Il est le puîné des cinq enfants Philpot, et le seul fils, ce qui lui a donné la charge de quatre soeurs à la mort de nos parents. Une telle situation animerait les sourcils de n'importe qui, même si enfant, déjà, il était sérieux. 

Ma plus jeune soeur, Margaret, en impose par ses mains. Bien que petites, elles ont, proportionnellement, des doigts longs et élégants, et de nous toutes c'est celle qui joue le mieux du piano. Elle est encline à onduler des mains en dansant, et quand elle dort elle étire ses bras au-dessus de sa tête, même lorsqu'il fait froid dans la chambre. 

Frances a été la seule soeur Philpot à se marier, et elle en impose par sa poitrine, ceci, je suppose, expliquant cela. Nous, les soeurs Philpot, ne sommes pas connues pour notre beauté. Nous avons une charpente anguleuse et des traits accusés. De plus, la fortune familiale s'est avérée tout juste suffisante pour qu'une seule d'entre nous puisse se marier sans trop de difficultés, et Frances a remporté la course, quittant Red Lion Square pour devenir la femme d'un négociant de l'Essex. 

Les personnes que j'ai toujours le plus admirées sont celles qui en imposent par leurs yeux, comme Mary Anning, car elles semblent plus à même de comprendre le monde et ses rouages. C'est par conséquent avec Louise, ma soeur aînée, que je m'entends le mieux. Elle a des yeux gris, comme tous les Philpot, et elle parle peu, mais quand son regard se fixe sur vous, vous y prêtez forcément attention. 

J'ai toujours rêvé d'en imposer par mes yeux moi aussi, mais je n'ai pas eu cette chance. J'ai une mâchoire saillante, et quand je serre les dents - plus souvent qu'à mon tour, tant le monde m'indispose -, elle se crispe et s'aiguise comme la lame d'une hache. Lors d'un bal, j'ai surpris un soupirant potentiel à dire qu'il n'osait pas m'inviter à danser de peur de se couper contre ma joue. Je ne me suis jamais véritablement remise de cette observation. On ne s'étonnera pas que je sois une vieille fille, et que je danse si rarement. 

J'aurais bien aimé passer de la mâchoire aux yeux, mais j'ai constaté que les gens ne changent pas de trait dominant plus qu'ils ne peuvent modifier leur caractère. Je dois donc m'accommoder de cette forte mâchoire qui rebute tant les gens, taillée dans la pierre comme les fossiles que je ramasse. Du moins le croyais-je. 

 


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"Les taches du léopard" de Françoise Giroud

Editions Féryane

 

4ème de couverture

Le jour de ses vingt ans, Denis Sérignac apprend qu'il est un enfant adopté. Il part alors à la recherche de sa mère “ biologique ”, et découvre qu'elle est juive. Dès lors, l'est-il aussi, lui qu'elle a abandonné pour le protéger de ce qu'elle considère comme une malédiction ?
À la recherche de son identité, il fuit Paris et devient marchand d'art. Il trouvera sa voie dans la vie, soutenu par les femmes exceptionnelles qui l'entourent.


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