C'est quoi ?

Les artbookins se composent de lectures spontanées à voix haute de vos coups de coeur littéraires.
Au menu : roman, nouvelle, poésie, théâtre… Et c’est vous qui lisez !
Nous vous offrons le café, apportez vos grignotages c’est encore mieux ! ou venez tout simplement pour écouter.
 C’est gratuit !

Calendrier 2009/2010

de 20H à 23H
25 septembre

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure – Fécamp

30 octobre
Bibliothèque « Paul Lajoinie »

Espace Charles Gobbe - Senneville

20 novembre

chez Nicole Rasse

63 rue Jules Ferry - Fécamp
18 décembre

chez Corinne Morel

113 passage du four 
ilot arquaise -
Fécamp

22 janvier

Salon de Thé d’Est en Ouest

26 février  ( en cours)  

26 mars
chez Nicole Rasse
23 avril ( en cours) 
21 mai 
Bibliothèque « Paul Lajoinie » 

Contact

Mardi 29 septembre 2009

Vous êtes des intoxiqués de textes, des fous de lectures ?!
« ça tombe bien, nous aussi ! »

 

Venez partager avec nous, vos coups de cœur littéraires…avec ou sans images ! Nous vous offrons le café, et comme nous sommes aussi gourmands d’art culinaire, apportez vos grignotages, histoire d’émoustiller, non seulement les oreilles mais également les papilles.

Les Artbookins sont programmés dans différents lieux de la ville , de la région et, nouveauté de la saison, chez l’habitant. ( Si vous êtes un particulier et que cette formule vous intéresse, n'hésitez pas à nous contacter )

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010
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Mardi 29 septembre 2009


                                                       photo©Voyelle



Editions Gallimard 2009

" Trois femmes puissantes" de Marie NDIAYE

4ème de couverture
Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.
L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.


EXTRAIT
Et celui qui l’accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n’avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu’elle semblait impérissable. Il gardait les mains croisées sur son ventre et la tête inclinée sur le côté, et cette tête était grise et ce ventre saillant et mou sous la chemise blanche, au-dessus de la ceinture du pantalon crème. Il était là, nimbé de brillance froide, tombé sans doute sur le seuil de sa maison arrogante depuis la branche de quelque flamboyant dont le jardin était planté car, se dit Norah, elle s’était approchée de la maison en fixant du regard la porte d’entrée à travers la grille et ne l’avait pas vue s’ouvrir pour livrer passage à son père — et voilà que, pourtant, il lui était apparu dans le jour finissant, cet homme irradiant et déchu dont un monstrueux coup de masse sur le crâne semblait avoir ravalé les proportions harmonieuses que Norah se rappelait à celles d’un gros homme sans cou, aux jambes lourdes et brèves.

Immobile il la regardait s’avancer et rien dans son regard hésitant, un peu perdu, ne révélait qu’il attendait sa venue ni qu’il lui avait demandé, l’avait instamment priée (pour autant, songeait-elle, qu’un tel homme fût capable d’implorer un quelconque secours) de lui rendre visite. Il était simplement là, ayant quitté peut-être d’un coup d’aile la grosse branche du flamboyant qui ombrageait de jaune la maison, pour atterrir pesamment sur le seuil de béton fissuré, et c’était comme si seul le hasard portait les pas de Norah vers la grille à cet instant. Et cet homme qui pouvait transformer toute adjuration de sa propre part en sollicitation à son égard la regarda pousser la grille et pénétrer dans le jardin avec l’air d’un hôte qui, légèrement importuné, s’efforce de le cacher, la main en visière au-dessus de ses yeux bien que le soir eût déjà noyé d’ombre le seuil qu’illuminait cependant son étrange personne rayonnante, électrique.

— Tiens, c’est toi, fit-il de sa voix sourde, faible, peu assurée en français malgré sa maîtrise excellente de la langue mais comme si l’orgueilleuse appréhension qu’il avait toujours eue de certaines fautes difficiles à éviter avait fini par faire trembloter sa voix même.

Norah ne répondit pas. Elle l’étreignit brièvement, sans le presser contre elle, se rappelant qu’il détestait le contact physique à la façon presque imperceptible dont la chair flasque des bras de son père se rétractait sous ses doigts.

 



               Editions 10/18 - 2004

"Ce que savait Maisie" d'Henry James 

4ème de couverture
Au divorce de ses parents, Maisie est l'objet d'un jugement de Salomon, " coupée par moitié, et les tronçons jetés impartialement aux deux adversaires ". Enjeu et instrument de la haine que se vouent ses géniteurs avant d'être rejetée comme un témoin gênant, elle est la spectatrice passive de l'égoïsme des adultes. A travers son regard innocent et lucide, Henry James compose une peinture ironique des passions humaines. Ce roman est le tour de force d'un maître en psychologie, la recréation d'une âme enfantine et du monde qui l'entoure, où l'analyse minutieuse des sentiments, d'une profondeur remarquable, laisse le lecteur émerveillé.



Editions Gallimard Folio - 2009

"Le canapé rouge" de Michèle Lesbre

4ème de couverture
Sans nouvelles de Gyl, la narratrice part sur ses pas. Dans le Transsibérien, à la faveur de ses rencontres, des paysages qui défilent et de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu'elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l'attendre sur son canapé rouge au fond de l'appartement d'où elle ne sort plus guère. Prix Pierre-Mac-Orlan 2007.


Extrait lu par l'auteur



Xo Editions - 2007 

"Parce que je t'aime" de Guillaume MUSSO 

4ème de couverture

Layla, une petite fille de cinq ans, disparaît dans un centre commercial d'Orange County, au sud de Los Angeles. Ses parents sont brisés et finissent par se séparer. Cinq ans plus tard, elle est retrouvée à l'endroit exact où on avait perdu sa trace. Elle est vivante, mais reste plongée dans un étrange mutisme. A la joie des retrouvailles succèdent alors les interrogations. Où était Layla pendant cette période ? Avec qui ? Et surtout, pourquoi est-elle revenue ?


 Lire un extrait 



Editions verdier-2009
Genre : Litterature Italienne
Traduit par Royere Sophie


"Récits oubliés" d'Elsa MORENTE

4ème de couverture
Ce volume rassemble une cinquantaine de récits inédits publiés par Elsa Morante entre 1939 et 1941 alors qu’elle n’avait pas trente ans. Écartés des volumes dans lesquels la romancière avait réuni certains de ses récits (Le Jeu secret et Le châle andalou), dispersés dans des journaux aujourd’hui introuvables ou sommeillant parmi les papiers qu’elle laissa à sa mort, ces pépites attendaient leur heure. Il fallait les tirer de l’oubli et restituer leur éclat sauvage.
Des personnages singuliers que la vie rend fous d’amour ou de tristesse, des histoires qui se brisent comme des verres après la fête, des rires d’enfant, des chiens peureux, des âmes, des fidélités à toute épreuve : les courts récits d’Elsa Morante tiennent de la fable et de l’anecdote, du réalisme et du rêve, ils chatoient dans la lumière d’un jour qui contiendrait les couleurs et les douleurs du couchant. Une sensibilité merveilleuse les traverse tout entiers. Chacun d’entre eux ouvre un monde et referme un destin.

PREMIERES LIGNES
Le professeur enseignait depuis vingt ans déjà et sa vie avait pris ce rythme immuable, à l'abri des cahots et des surprises, qui représentait une juste récompense pour son dévouement. Comme il était loin maintenant l'enthousiasme des premiers temps, lorsque la présence d'un nouvel élève signifiait presque pour lui le début d'une aventure, et que le vertigineux tourbillon des visages, des noms et des voix le maintenait enveloppé dans un mystère fabuleux, comme le magicien au milieu des lettres d'une énigme...

                         Editions Flammarion-1993

"Au coeur des ténèbres – The Heart Of Darkness"  de Joseph Conrad
( 1898 )

4ème de couverture
C'est une lente et funèbre progression qui mène le capitaine Marlow et son vieux rafiot rouillé, par les bras d'un tortueux fleuve-serpent, jusqu'au "coeur des ténèbres". Kurtz l'y attend, comme une jeune fille endormie dans son château de broussailles. Ou comme Klamm, autre K., autre maître du château tout aussi ensorcelé de Kafka. Éminemment moderne, le récit de Conrad, écrit en 1902, suscitera toutes les interprétations : violent réquisitoire contre le colonialisme, féconde représentation d'une libido tourmentée, rêverie métaphysique sur l'homme et la nature, chacun de puiser selon son désir dans ce texte d'une richesse et d'une portée sans limites. Car au bout du voyage, les ténèbres l'emportent. L'illusion domine un monde où pulsions de mort, masques et travestissements ont stérilisé l'amour. Mais pas le rêve qui, par la magie de cette écriture inflexible, se lève et déploie ses splendeurs comme une brume aux échos incertains.

Dans ce récit d'une grande puissance évocatrice, Joseph Conrad nous invite à une odyssée initiatique que Francis F. Coppola a adaptée au cinéma dans son film Apocalyse Now.




"Contes du jour et de la nuit" de Guy de Maupassant

4ème de couverture
En 1884, lorsqu'il publie les Contes
, Maupassant est devenu un homme riche et un auteur comblé. Mais il n'a rien perdu de l'agressivité qui lui faisait naguère écrire à Flaubert : « Je trouve que 93 a été doux... Il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd'hui comme alors, et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins. »
Il n'y a pas que des crétins et des catins dans les Contes. Il y a aussi un « ivrogne », un « lâche », un « parricide » (qui a d'ailleurs toutes les raisons de l'être), quelques cocus, quelques farces de haute graisse, une superbe histoire corse (La Vendetta). Et même des honnêtes gens et un couple heureux. Le tout décrit avec cette concision aiguë et décapante où se reconnaît le caractère unique d'un écrivain qui disait de lui-même : « Je ne pense comme personne, je ne sens comme personne, je ne raisonne comme personne. »


EXTRAIT " Le vieux"
Une paysanne sortit de la maison. Son corps osseux, large et plat, se dessinait sous un caraco de laine qui serrait la taille. Une jupe grise, trop courte, tombait jusqu'à la moitié des jambes, cachées en des bas bleus, et elle portait aussi des sabots pleins de paille. Un bonnet blanc, devenu jaune, couvrait quelques cheveux collés au crâne, et sa figure brune, maigre, laide, édentée, montrait cette physionomie sauvage et brute qu'ont souvent les faces des paysans.

L'homme demanda:

«Comment qu'y va ?» La femme répondit: «M'sieu l'Curé dit que c'est la fin, qu'il n' passera point la nuit.» Ils entrèrent tous deux dans la maison.

Après avoir traversé la cuisine, ils pénétrèrent dans la chambre, basse, noire, à peine éclairée par un carreau, devant lequel tombait une loque d'indienne normande. Les grosses poutres du plafond, brunies par le temps, noires et enfumées, traversaient la pièce de part en part, portant le mince plancher du grenier, où couraient, jour et nuit, des troupeaux de rats. Le sol de terre, bossué, humide, semblait gras, et dans le fond de l'appartement, le lit faisait une tache vaguement blanche. Un bruit singulier, rauque, une respiration dure, râlante, sifflante avec un gargouillement d'eau comme celui que fait une pompe brisée, partait de la couche enténébrée où agonisait un vieillard, le père de la paysanne.

L'homme et la femme s'approchèrent et regardèrent le moribond, de leur oeil placide et résigné.

Le gendre dit: «C'te fois, c'est fini; il n'ira pas seulement la nuit.» La fermière reprit: «C'est d'puis midi qu'i gargotte comme ça.» Puis ils se turent. Le père avait les yeux fermés, le visage couleur de terre, si sec qu'il semblait en bois. Sa bouche entrouverte laissait passer son souffle clapotant et dur; et le drap de toile grise se soulevait sur la poitrine à chaque aspiration.

Le gendre, après un long silence, prononça: «Y'a qu'à le quitter finir. J'y pouvons rien. Tout d' même c'est dérangeant pour les cossards, vu 1' temps qu'est bon, qu'il faut r'piquer d'main.»

Sa femme parut inquiète à cette pensée. Elle réfléchit quelques instants, puis déclara: «Puisqu'i va passer, on l'enterrera pas avant samedi; t'auras ben d'main pour les cossards.» Le paysan méditait; il dit: «Oui, mais d'main qui faudra qu'invite pour l'imunation, que j' n'ai ben pour cinq à six heures à aller de Tourville à Manetot chez tout le monde.» La femme, après avoir médité deux ou trois minutes, prononça: «I n'est seulement point trois heures, qu' tu pourrais commencer la tournée anuit et faire tout 1' côté de Tourville. Tu peux ben dire qu'il a passé, puisqu'i n'en a pas quasiment pour la relevée.» L'homme demeura quelques instants perplexe, pesant les conséquences et les avantages de l'idée. Enfin il déclara: «Tout d'même, j'y vas.» Il allait sortir; il revint et, après une hésitation: «Pisque t'as point d'ouvrage, loche des pommes à cuire, et pis tu feras quatre douzaines de douillons pour ceux qui viendront à l'imunation, vu qu'i faudra se réconforter.



Editions Acte sud junior - 2008 / Théâtre

"Ah la la ! quelle histoire" de Catherine Anne

4ème de couverture
Il était une fois… Pouce-Pouce, minuscule garçon que ses parents trop pauvres ont abandonné dans la Forêt Défendue. Il était une fois Petite Peau, une princesse – cachée sous une peau de chien – qui fuit le roi son père parce qu’il veut l’épouser. Et s’ils arpentaient ensemble le monde inhospitalier ? Et s’ils rencontraient une petite ogresse, une sorcière, une fée… Ce serait aujourd’hui et ce serait un conte. 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
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Samedi 30 mai 2009

               


La Saison 2008-2009 des "Artbookins" s'est terminée hier, à la Bibliothèque "Paul Lajoinie" de Senneville-sur-mer.  Une soirée conviviale, riche en genres littéraires et accueillie par une équipe fort sympathique.  Nous avons débuté les lectures sur la terrasse, sous un soleil encore généreux pour une fin de soirée printanière. Plus tard à l'intérieur, les manifestations animalières de la campagne environnante ont animé de manière ponctuelle les lectures, sans que cela perturbe notre concentration, bien au contraire.

Si vous vous balladez dans le coin, faîtes une étape à la Bibliothèque de Senneville, elle ne manque pas de charme, "IN et OFF". Et nous, nous vous donnons rendez-vous dès la rentrée prochaine pour une nouvelle programmation d'"Artbookins" campagnards, citadins et, peut-être bien chez vous
aussi. 


               


Les livres proposés...




"Succubus Blues" de Richelle Mead
Editions Bragelonne -2009
Collection : L'Ombre
4ème de couverture
Georgina Kincaid est succube à Seattle. A priori' un choix de carrière plutôt sympa: la jeunesse éternelle, l'apparence de son choix, une garde-robe top-niveau et des hommes prêts à tout pour un simple effleurement. Pourtant, sa vie n'est pas si glamour : pas moyen de décrocher un rancard potable sans mettre en péril l'âme de l'heureux élu. Heureusement, elle est libraire, et son travail la passionne! Livres à l'œil, moka blanc à volonté... et la possibilité d'approcher le beau Seth Mortensen, un écrivain irrésistible qu'elle rêve - mais s'interdit - de mettre dans son lit. Mais les fantasmes devront attendre. Quelqu'un s'est mis en tête de jouer les justiciers dans la communauté des anges et démons. Bien malgré elle, Georgina est propulsée au cœur de la tourmente. Et pour une fois, ses sortilèges sexy et sa langue bien pendue ne lui seront d'aucun secours.

 

Richelle Mead détient une maîtrise en religion comparée et se passionne pour tout ce qui est drôle et farfelu. Elle vit à Seattle avec son mari et quatre chats.




"Poèmes à Lou" d'Apollinaire
Editions Poésie Gallimard
Préface de Michel Décaudin
Jouant de tous les registres, depuis les mètres traditionnels jusqu'au poème figuré, jamais Apollinaire n'a montré dans son expression une telle audace et une telle invention.
Ni dans son inspiration.
Amant persuadé que
Le vice n'entre pas dans les amours sublimes
il chante la joie et la douleur des corps sans oublier que "le corps ne va pas sans l'âme", à la fois rêvant d'un inacessible absolu et acceptant les partages les plus dérisoires.
Soldat vivant au jour le jour les misères des premières lignes, il a le courage de contempler l'insolite beauté que suscite la guerre, et de la dire.
Mais dans la magnificence de l'amour comme dans l'émerveillement qu'il ressent, artilleur, sur la ligne de feu, il reste, proche de nous, l'homme qui sait sa faiblesse et le prix de l'attente  : 
Je donne à mon espoir tout l'avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.
 »

Ville et coeur

 

La ville sérieuse avec ses girouettes
Sur le chaos figé du toit de ses maisons
Ressemble au coeur figé, mais divers, du poète
Avec les tournoiements stridents des déraisons.

 

O ville comme un coeur tu es déraisonnable.
Contre ma paume j'ai senti les battements
De la ville et du coeur : de la ville imprenable
Et de mon coeur surpris de vie, énormément.


Il y a

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image

Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t'appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés

Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t'adore



" Le voyage d'Anna Blume" de Paul Auster
Editions Poche - 1995
4ème de couverture
Une ville au bout du monde, cernée de murs, livrée à la désagrégation, dont les habitants tâchent de subsister en fouillant dans les détritus. De ce « pays des choses dernières », comme l’appelle le titre original du roman, la jeune Anna Blume écrit à un ami d’enfance. Venue à la recherche de son frère disparu, elle raconte ses errances dans les rues éventrées, sa lutte contre le froid, les prédations, le désespoir.
Le romancier de L’Invention de la solitude et de la Trilogie new-yorkaise nous entraîne ici dans un de ces univers, à mi-chemin du réel et du symbolique, dont il a le secret. Sur les pas d’Anna Blume et de quelques autres, résolus comme elle à ne pas s’anéantir dans l’abjection et la violence, nous traversons une fin du monde qui ressemble par bien des traits à notre monde. Avec eux, aux dernières pages du livre, nous serons conviés à rêver d’un autre départ, vers d’autres contrées…


"Moon Palace" de Paul Auster 

Editions Poche - 1995
4ème de couverture
Marco Stanley Fogg : le nom même de son héros place ce roman sous le signe de l'exploration et du voyage. Et c'est bien une odyssée qui nous est offerte, dans la tradition des Mille et Une Nuits comme du grand " roman américain ; un parcours fertile en paysages fantastiques, personnages hors du commun, tribulations multiples. Mais tout voyage est aussi une quête intérieure et initiatique. Sous l'abondance des lieux et des couleurs, le vrai périple de Marco Stanley Fogg est une recherche de l'identité, une exploration de la solitude et de l'incomplétude universelles. L'auteur de la " Trilogie new-yorkaise " et du Voyage d'Anna Blume confère ici aux thèmes qui sont ceux de toute son œuvre une ampleur et une richesse inégalées.
Traduit de l'américain par Christine Le Bœuf.




"Le voyage de Gaspard" d'Eric Pauwells
Roman illustré par Eliza Smierzchalska
Oeuvre editions - 2008
4ème de couverture
D’une écriture simple mais de belle facture, illustré de dessins originaux en ouverture et en fin de chaque chapitre, Le Voyage de Gaspard est l’archétype du livre « tout public » et « tous âges ».

Le monde enchanteur de Gaspard happe le lecteur, l’entraîne dans une ronde de l’imagination dont il n’a plus envie de sortir. Lorsque le petit garçon embarque sur le bateau qu’il pense être celui des pirates qui ont volé le tableau que son grand-père, gardien de musée devenu aveugle, aime tant, il plonge dans une réalité autre, mais ô combien complémentaire de celle que nous considérons comme objective.

Le Voyage de Gaspard est peuplé de personnages hauts en couleur tels Barnabé le colporteur de trous, Metkine le dompteur de nuages, ou le sultan de Tenzing et son Salon des Voyages imaginaires ; il nous fait découvrir des lieux aussi fascinants que l’Île aux Mots ou l’Île au Miel au rivage le plus long à cause de sa forme en spirale.

Aventure humaine autant que philosophique, ce livre est une fête de l’intelligence. Le monde à la logique vertigineuse au travers duquel Éric Pauwels éclaire le nôtre à la manière d’un Swift ou d’un Borges, est un condensé de sentiments et de savoirs réjouissants.




"La batarde d'Istambul" d' Elif Shafak
Editions Phébus- 2007
4ème de couverture
Chez les Kazanci, Turcs d’Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment l’amour et parlent avec les djinn, tandis que les hommes s’envolent trop tôt – pour l’au-delà ou pour l’Amérique, comme l’oncle Mustafa. Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux États-Unis dans les années 20, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nommé Mustafa suscitent l’indignation générale. Quand, à l’âge de vingt et un ans, la fille de Rose et de Barsam, désireuse de comprendre d’où vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hébergée par la chaleureuse famille de son beau-père. L’amitié naissante d’Armanoush Tchakhmakhchian et de la jeune Asya Kazanci, la «bâtarde», va faire voler en éclats les secrets les mieux gardés.Avec ses intrigues à foison, ses personnages pour le moins extra-vagants et l’humour corrosif qui le traverse, La Bâtarde d’Istanbul pose une question essentielle: que sait-on vraiment de ses origines? Enchevêtrant la comédie au drame et le passé au présent, Elif Shafak dresse un portrait saisissant de la Turquie contemporaine, de ses contradictions et de ses blessures.

Elif Shafak est l’un des écrivains turcs les plus en vue. Elle a longtemps vécu à l’étranger et travaille désormais entre Istanbul et l’Arizona comme auteur, chroniqueuse et professeur d’université. L’héritage cosmopolite de son pays, les droits des femmes ainsi que la coexistence de l’Islam et des valeurs démocratiques occidentales sont au centre de son œuvre.

EXTRAIT
Qu’importe ce qui tombe du ciel, jamais nous ne devons le maudire. Pas même la pluie. Qu’importe la violence de l’averse, la froideur de la neige fondue, jamais nous ne devons blasphémer contre ce que le ciel nous réserve. Personne n’ignorait cela. Pas même Zeliha. Pourtant, en ce premier vendredi de juillet, elle filait sur le trottoir s’écoulant le long de la chaussée embouteillée, en retard à son rendez-vous, jurant comme un charretier et claquant des talons, furieuse contre l’homme qui s’était mis à la suivre, contre les automobilistes qui appuyaient frénétiquement sur leur klaxon alors que tout citadin savait que le bruit n’avait aucun effet sur le trafic, contre tout l’Empire ottoman, qui avait conquis Constantinople et persisté dans son erreur, et enfin, contre la pluie... cette foutue averse d’été...



"Black Bazar" Alain Mabankou
Editions Seuil - 2009
4ème de couverture
Le héros de Black Bazar est un dandy africain de notre temps, amoureux des cols italiens et des chaussures Weston, qui découvre sa vocation d'écrivain au détour d'un chagrin d'amour. Naviguant entre complainte et dérision, il brosse avec truculence un tableau sans concession du monde qui l'entoure. Tour à tour burlesque et pathétique, son récit va prêter sa voix à toute une galerie de prersonnages étonnants, illustrant chacun à leur manière la misère et la grandeur de la condition humaine.

Un roman à la verve endiablée, tournant le dos aux convenances et aux idées reçues, par l'une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.


Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo-Brazzaville. Professeur de littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles (UCLA), il est notamment l'auteur de Verre Cassé et de Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006).



"Agostino" Alberto Moravia
Editions Flammarion -

4ème de couverture
La vie d'Agostino bascule définitivement le jour où il voit sa mère éprouver du désir pour un homme. La déesse intouchable qu'il imaginait est aussi une femme. Abîmé et perdu par cette découverte, l'adolescent se lie à une bande de voyous qui lui ouvre cruellement les yeux sur le sexe, la violence et les rapports sociaux. Il apprendra beaucoup plus qu'il n'en pourra supporter. Agostino est le récit clinique de l'odyssée suspendue et douloureuse d'un être pris entre deux âges. Relire Agostino dans sa première édition, c'est redonner à ce texte qui a suscité tant d'interprétations une virginité. C'est, enfin, laisser la parole aux mots.




"Le roi des Schnorrers" Israël Zangwill
Traduit par : Isabelle di Natale et Marie-Brunette Spire
Editions Autrement
4ème de couverture
On connaît la parabole du riche et du pauvre, on plaint les miséreux. Eh bien, on a tort ! C'est ce que va découvrir le malheureux Grobstock, pilier de synagogue et bienfaiteur des indigents, lorsqu'il rencontre une sorte d'épouvantail enturbanné : le plus redoutable des Schnorrers - ces mendiants intrépides -, Manasseh le magnifique, sublime fléau et pique-assiette exemplaire, Sépharade grand genre et prince des beaux parleurs. Dès lors, l'existence de Grobstock bascule dans la souffrance, aux prises avec un Manasseh vibrionnant, déchaîné, monumental. Que l'on se rassure, pourtant, car un homme qui harcèle ses victimes avec une telle délicatesse ne saurait être entièrement mauvais.


Israel Zangwill en 1905

Israel Zangwill naît dans une famille de juifs russes émigrés. Après de solides études, il devient un temps instituteur, puis il se tourne vers le journalisme et fonde un journal humoristique, Ariel, qu'il dirige pendant plusieurs années. Parallèlement, il publie ses premiers livres, dont Le Grand Mystère du Bow, l'un des premiers récits policiers de meurtre en chambre close, et Le Roi des Schnorrers. Mais c'est avec la publication des Enfants du Ghetto, où, comme dans d'autres ouvrages, il met en scène la communauté juive, qu'il connaît un succès qui ne se démentira pas. Cette œuvre et les suivantes lui valent le surnom de « Charles Dickens juif » et le placent au rang des plus grands parmi ses contemporains. Après avoir adapté avec succès Les Enfants du ghetto pour le théâtre, il continue d'écrire pour la scène et présente à New York ses principales pièces, dont The Melting Pot (Le Creuset), expression passée à la postérité dans à peu près toutes les langues du monde.



"Sagesse Orientales"
et "Sagesses Asiatiques"
Editions librairie du premier jour - 2007

Sagesses Orientales 
Des pensées profondes, sources inépuisables d'inspiration et de réflexion. Par sa sélection raffinée d'innombrables sagesses rapportées du Levant, ce livre vous transporte dans le royaume mythique des 1001 nuits.
Sagesses Asiatiques
Des pensées profondes, sources inépuisables d'inspiration.
Par sa sélection raffinée d'innombrables sagesses rapportées des multiples royaumes d'Asie, ce livre nous invite à adopter une conduite exemplaire, caractérisée par la placidité et l'harmonie intérieure.


Et les coups de coeur de Martine qui ne pouvait pas être là. Nous les partageons avec vous :



"La note sensible" de Valentine Goby
Edition Gallimart Collection Folio - 2004
4ème de couverture
« Je n'ai jamais connu de vous qu'un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J'écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. À vous entendre, j'ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J'ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois.
Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu'au soir du 15 octobre. Je n'aurai plus rien à dissimuler, pas même de l'amour. »

EXTRAIT DES PREMIERES PAGES

  

Monsieur,


Tout a commencé le 15 octobre dernier. Il était minuit dix lorsque vous avez sonné. Je me suis levée, j’ai traversé le salon sur la pointe des pieds. J’ignorais qui était mon visiteur du soir ; tout me portait à croire que c’était vous. A mi-chemin entre ma chambre et la porte d’entrée, une latte a grincé. Nos cloisons ne sont pas épaisses. Sans doute m’avez-vous entendue approcher.

Je ne savais presque rien de vous. La rumeur avait suffi à me bouleverser. Je craignais de vous rencontrer. J’ai attendu là, au milieu de la pièce. Il faisait froid. Je ne connaissais pas votre visage, je vous avais toujours évité. La semaine dernière encore, alors que je m’approchais du palier, j’ai entendu vos clés tourner dans la serrure. J’ai dévalé les marches, j’ai couru au bout d’un couloir pour ne pas vous croiser. Vous êtes passé sans me voir. Par précaution j’ai fermé les yeux.

Cette nuit d’octobre, vous avez attendu de longues minutes sur le palier ? La lumière du néon filtrait sous ma porte. Je ne quittais pas des yeux cette rayure blanche, une meurtrière. Quelques minutes seulement, et puis il ferait noir. Vous partiriez. La lumière s’et éteinte. Vous êtes rentré chez vous. Quand vous avez tiré la porte, je suis revenue à mon lit. Je me suis couchée. Vous aussi. Vous étiez tout proche. Nos fronts auraient pu se toucher. Nous nous sommes endormis.

Je n’ai jamais connu de vous qu’un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J’écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. A vous entendre j’ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J’ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois.
Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai devant vous, et pourtant mois vulnérable qu’au soir du 15 octobre. Je n’aurai plus rien à dissimuler, pas même de l’amour. Avec ce manuscrit, je vous rends ce qui n’a pas été. Je sais quelle serait ma souffrance si je devais vous aimer. J’y renonce.

Je ne vous demande qu’une chose. Lorsque vous aurez refermé le manuscrit, asseyez-vous près de la cloison, le violoncelle entre vos bras ; jouez pour moi l’Elégie de Fauré. Je l’espère depuis des semaines. Ce soir, elle sera mon chant de deuil.

J’attends.



"Un territoire fragile" Eric Fottorino
Edition Gallimart Collection Folio - 2009
4ème de couverture

Clara Werner accepte un poste de biologiste à l’Institut Océanographique de Bergen, en Norvège. Une crise d’eczéma la conduit dans le cabinet d’un « accordeur » de corps qui, en manipulant, déliant, massant, palpant, délivre les corps de la souffrance des âmes. travers les récits alternés de l’accordeur et de Clara, Eric Fottorino transporte le lecteur vers une enfance dénuée d’affection, brisée par une mère avare d’amour et de tendresse, qui conduira Clara à fuir dès qu’elle le peut pour tomber entre les mains d’Anas, un mari qui se révèlera brutal. L’accordeur découvre une cliente brisée par la vie, tente de délier les nœuds, assouplir les cicatrices, délivrer les bleus pour soulager cette femme qui ploie sous la souffrance et s’anesthésie à l’aquavit.
Une histoire simple (même si l’épilogue m’a surprise), dont le principal intérêt réside dans la plume cristalline, toute  en finesse et délicatesse. Une plume limpide, qui se lit avec un réel plaisir. Les mots coulent de source, distillent une multitude de sensations. Un exercice lumineux.


EXTRAIT
Cela prend du temps d'accorder le corps d'une femme qui ne s'aime pas. Surtout si on ne veut pas l'aimer comme une femme, mais l'accorder comme un instrument.J'ai lu dans la revue de la Statoil qu'on vient à bout des puits de pétrole en flammes en les bourrant d'explosifs. Le feu guérit le feu grâce au souffle de la déflagration. Moi, je ne me sens pas le droit de guérir l'amour par l'amour, ni le droit ni la force. D'abord la force. [... ]



"La pluie avant qu'elle tombe" de Jonathan Coe
Editions Gallimard - 2009
4ème de couverture
Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences et des échos qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave, le plus poignant, le plus abouti.

Biographie de l'auteur
Né en 1961 à Birmingham, Jonathan Coe est l'un des auteurs majeurs de la littérature britannique actuelle. On lui doit notamment Testament à l'anglaise, prix du Meilleur livre étranger 1996, La maison du sommeil, prix Médicis étranger 1998, et le diptyque que forment Bienvenue au club et Le Cercle fermé.

EXTRAIT
Catharine saisit la télécommande, monta le son, et la première chose qu’elles entendirent, au bout de quelques secondes, fut un souffle de bande, suivi des claquements et crachotements d’un micro qu’on allumait et qu’on réglait, et du grattement du pied de micro en plastique sur une surface dure. Puis il y eut une toux, un raclement de gorge ; et enfin une voix, la voix qu’elles comptaient entendre, ce qui ne la rendait pas moins fantomatique. C’était la voix de Rosamond, seule dans le salon de son bungalow du Shropshire, qui parlait dans le micro quelques jours à peine avant sa mort. 
 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
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Samedi 18 avril 2009

"21 nouvelles" de Samuel Joseph Agnon
              - La Maison du père - (1941 )
                            Edition Albin Michel 1977 -
                        Traduit de l'hébreu M.R Leblanc

A propos de l'auteur :
L'œuvre de l'écrivain israélien Agnon, couronnée par le prix Nobel de littérature, en 1966, est l'une des plus représentatives de la littérature hébraïque moderne, dont elle incarne la prodigieuse aventure artistique et spirituelle. Rédigée, en effet, par un juif, né et élevé dans la Diaspora d'Europe orientale, mais qui s'installe très tôt en Terre sainte, cette œuvre est caractérisée par deux efforts convergents de synthèse. L'un, formel, associe, aux trésors traditionnels et populaires de la prose juive, les ressources audacieuses et innovatrices de la langue hébraïque moderne, qui sera, à partir de 1948, la langue nationale de l'État d'Israël. À cet équilibre formel répond un harmonieux arbitrage entre le fonds religieux de la tradition juive et le patrimoine universel de l'humanité.Agnon chante l'aventure contemporaine du peuple juif comme si l'aventure juive suffisait à rendre compte de celle de l'humanité entière. À ce titre, son œuvre n'est pas seulement caractéristique de l'histoire littéraire juive et israélienne : elle témoigne, plus profondément, de l'esprit d'Israël, attaché simultanément à la Terre sainte qui lui est propre, et plus généralement, à la terre de tous les hommes.( Source : Universalis. Encyclopédie )


Samuel Joseph Agnon (1888-1970)
photographié dans son bureau à Jérusalem, en 1966




" la petite robe de Paul " Philippe Grimbert
Editions Grasset 2001 ( existe en poche )

4ème de couverture
Alors qu'il se promène dans un quartier de Paris qui n est pas le sien, Paul, la cinquantaine, marié, est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche de fillette, exposée dans la vitrine d un magasin. Cet innocent vêtement dont il fait l acquisition va se trouver à l'origine d'un véritable drame, précipitant ses acteurs aux limites de la déraison et de la mort. Dans la vie tranquille de Paul, cet achat impulsif, apparemment anodin, produit des effets dévastateurs au point d'amener Paul et sa femme Irène au bord du gouffre. De fil en aiguille, d'un petit mensonge par omission au réveil des vieux démons, la trame d un couple superficiellement uni va s user jusqu à la corde. Ce couple sans histoires, mais pas sans histoire, confronté au réveil de ses blessures secrètes, va faire l'expérience des ravages provoqués par l'irruption de cet objet dans leur univers feutré, qui les conduira à revivre les moments les plus douloureux de leur existence.


Philippe Grimbert est psychanalyste. Il vit à Paris. Il a déjà publié trois ouvrages de non-fiction : Psychanalyse de la chanson (éditions des Belles-Lettres, 1996), Pas de fumée sans Freud (éditions Armand Colin, 1999) et Evitez le divan (éditions Hachette Littérature, 2001). La Petite robe de Paul est son premier roman.

EXTRAIT :
(...)Une robe d'enfant, parfaitement blanche, taillée comme une chasuble, avec trois roses à l'empiècement, semblables à celles qui émergeaient des pots. Trois boutons délicats qui donnaient naissance à des plis plats poursuivant leur chemin jusqu'à l'ourlet du bas. Le tissu avait la légèreté et la transparence d'un voile de lin, il en respirait la fraîcheur (...)



  " L'inaperçu "
Sylvie germain

Editions Albin Michel - 2008

Note de l'éditeur 

Les arbres généalogiques ont parfois des racines incertaines, tordues, cachées qui donnent des enfants aux blessures secrètes et aux conduites imprévisibles. Chez les Berynx, on trouve le lot ordinaire de patriarches puissants, de mères effacées, d’enfants fragiles et de malheurs. Sabine, la belle-fille, a quatre enfants, son mari s’est tué en voiture. Leur cadette Marie s’en est sortie avec un pied en moins. Sabine a repris l’affaire et engagé Pierre, un inconnu rencontré un soir, déguisé en Père Noël. Il va devenir leur ange gardien, surtout celui de Marie, fillette révoltée, qui vit en compagnie d’une Zoé imaginaire, qui aime les arbres, les mots et le vent. Dix ans plus tard après une fête familiale, Pierre disparaît, pour ne réapparaître furtivement que huit ans après, éconduit par la domestique qui lui reproche son abandon. Un roman où chacun travaille à cette construction de soi qui ne peut se faire que dans le dénouement du lien familial, après en avoir exorcisé le lot des responsabilités et des douleurs. Chaque personnage apparaît comme un mystère à lui-même, nimbé d’un rêve incertain qui lui fait échapper au temps contemporain. Personnage fascinant, énigmatique, bon, sage et insensé, Pierre, dont certains traits rappellent Magnus, est le catalyseur de cette histoire envoutante, singulière et profondément humaine qui passe des drames de la Seconde Guerre mondiale aux errances solitaires des années 80.




" On n'empêche pas un petit coeur d'aimer" de Claire Castillon
Éditeur : Fayard 2007 ( Nouvelles)

Note de l'éditeur
On n'empêche pas un petit coeur d'aimer. Surtout un petit coeur sec. Jaloux. Tordu. Malheureux. Il faut l'admettre, l'amour n'est pas l'apanage des gens aimants. D'ailleurs l'auteur avait pensé intituler son recueil de nouvelles : Infect. Mais d'Insecte à Infect la rime était trop facile. Pourtant, infects, nous le sommes tous plus ou moins quand nous aimons ?

Le site de Claire Castillon :
http://www.clairecastillon.com/petit_coeur.htm




" La ronde de nuit " Agustina bessa-Luis
Editions Métailié - 2008
Traduit du portugais par Françoise Debecker-Bardin

4ème de couverture
 Porto, depuis des générations, La Ronde de nuit de Rembrandt, quoique non signée, orne un mur du salon de la famille Nebasco. Les ambiguïtés du tableau permettent à Martinho, le dernier descendant, de faire des parallèles avec sa vie et celle de ses ancêtres. Cette représentation d’un événement sur le point de se produire devient source d'interrogations. Et une fois réinterprétées à la lumière du regard de l'autre et de celui – non dit, mais toujours présent – de l'auteur, ces interrogations deviennent des états de roman à travers les ébauches de réponse sur l'autorité, la loi, la vie publique et la vie intime.
Le tableau sera détruit par une femme jalouse, par des aléas de la vraie vie, et Martinho mourra d'avoir perdu la source de sur-vie qui éclairait son être. Le roman se définit ici comme un rapport entre ce que Rembrandt a peint, et qui dépasse la commande du tableau, et ce que Martinho déchiffre, et qui finalement le dépasse lui-même.
C'est en observant minutieusement le tableau, en le rêvant aussi, qu'Agustina Bessa-Luís crée un roman, qui, lui aussi, dépasse ce rapport.
Ce texte est le dernier roman de l’un des auteurs européens les plus brillants et les plus lucides de notre époque.
Agustina Bessa-Luís vit à Porto. Auteur de 70 romans dont beaucoup sont traduits en Allemagne, en Italie et en Espagne, elle est aussi scénariste des derniers films de Manoel de Oliveira. Elle a reçu le Prix Camões pour l’ensemble de son œuvre. Parmi ses œuvres : Le Principe de l’incertitude et
L’Ame des riches.


1er Chapitre

JOUR DES MORTS


Cette année-là, il revint à Martinho Dias Nabasco, d’accompagner ce qui restait d’une nombreuse et riche famille au cimetière de son lieu d’origine. Des descendants, il y en avait encore beaucoup à l’étranger, mais la maison où s’entassaient objets et souvenirs les plus évidents était pratiquement inhabitée. Martinho, l’air de mauvaise humeur, comme tout jeune garçon amené à manifester en public son attention envers une personne âgée, prit la main de sa grand-mère afin de l’empêcher de trébucher sur les cailloux du chemin. Un flot de voitures recouvrait la route, les unes en mouvement, les autres cherchant à se garer devant les portes cochères et les entrées dont on pouvait penser que nul ne les utiliserait, en cet austère début du jour des Morts. Les carrosseries brillaient sous les rayons d’un franc soleil. Le cimetière que Martinho avait connu encore à demi rural, et où quelques chapelles funéraires s’élevaient au-dessus des simples tombes de terre, s’était agrandi et débordait de sépultures récentes. Les marbres et le granit poli donnaient à ce champ de repos l’aspect de cuisines bien agencées, égayées par des brassées de fleurs. Au milieu de la masse des chrysanthèmes se détachaient de pâles orchidées. C’était un luxe, un hommage rendu aux morts. Et quels morts ! Martinho admirait leurs pathétiques visages dans les cadres dorés, ainsi que les lettres, également dorées, sur les dalles toutes neuves.
–On croirait qu’ils sont tous morts en même temps, dit-il en tenant toujours fermement la main de sa grand-mère, une main froide, aux jolis doigts squelettiques.
–Tiens-toi convenablement, et surtout ne me fais pas rire.
–Moi ? Mais c’est vous, grand-mère, qui riez de tout sans pitié. Vous savez bien que c’est vrai. Comme notre caveau de famille est délabré ! Tel qu’il est, pourtant, il ne manque pas de grandeur.
Un fil de son chandail se prit à la balustrade du monument, qui avait été novateur en son temps. De faux troncs d’arbres en ciment l’entouraient, ce qui à l’époque devait représenter le summum, sinon du bon goût, en tout cas de l’audace. Commençait alors l’ère du béton, et le vieil ingénieur qui reposait là, et dont Martinho connaissait à peine le nom, était coutumier de ces provocations. C’était le grand-père de son grand-père, ce qui, pour Martinho, ne représentait plus qu’une parenté lointaine et labyrinthique. Ses portraits montraient un homme élégant dans son costume de pied-de-poule gris et avec une barbe qui, probablement, dissimulait un menton indécis. Celui-là même dont Martinho avait hérité, un peu fuyant, et qui faisait ressortir un nez étroit et proéminent. Un nez de juif, en somme.
N’empêche qu’il était beau garçon, le jeune Martinho. Doux comme un sucre quand il le voulait, et d’une patience de Christ. Même si, toujours comme le Christ, il avait de subites colères que seule comprenait sa grand-mère.
“Ça lui passera. C’est un homme, et les hommes sont imprévisibles”, disait celle-ci à sa fille Paula, la mère de Martinho, une brune aux yeux superbes, presque verts, qui n’avaient pas encore perdu leur brillant. Quant à la grand-mère, elle avait passé avec quelque difficulté le cap de la cinquantaine, un fibrome, développé à cet âge, l’ayant affaiblie au point de la rendre nerveuse, prompte à fondre en larmes. Elle consulta à Paris un vieux médecin plein de compassion ; il lui délivra une ordonnance qu’elle fit exécuter place de l’Opéra, après quoi, mi-déçue mi-rassurée, elle alla manger des huîtres. Comme Proust, Martinho Dias Nabasco avait grandi entre deux femmes qui l’aimaient ; d’un amour sujet aux changements, il est vrai, mais comme toutes choses dans la vie.
Cette année-là, Paula Nabasco, ayant prolongé ses vacances à Biarritz, ne put aller fleurir la tombe de ses morts, une tombe toujours plus difficile d’accès dans une province qui avait été le berceau des Nabasco, mais qui s’urbanisait au point de devenir méconnaissable. Le lien unissant Paula à Biarritz résultait d’une vieille histoire de famille, remontant à l’exil des Nabasco aux débuts de la République – exil facilité par la fortune dont ils disposaient et qui leur permettait d’être respectés sans que l’on se préoccupât de leur nom ni de leur origine. Formant d’abord une fratrie si nombreuse que l’on eût dit un couvent plutôt qu’un foyer, les Nabasco s’étaient dénaturés au point de n’avoir plus qu’un petit nombre d’enfants, surtout après la guerre de 1914, lorsque la vie était devenue bizarre et divertissante. Dans la bonne bourgeoisie d’alors, on se piquait de n’avoir qu’un seul enfant, ou bien un “petit couple”. Le temps de l’aïeul Nabasco – celui de la tombe en béton armé – avait marqué la fin d’une procréation naturelle, sans recours aux préservatifs ni au coït interrompu. Il eut neuf enfants, dont trois étaient des déficients mentaux aux instincts retors, des pyromanes, et ainsi de suite.
Mais Maria Rosa Nabasco, la grand-mère de Martinho, se limita à mettre au monde un garçon et une fille, à laquelle elle donna le nom de Paula, qui n’existait pas encore dans la famille et qu’elle estimait indispensable dans une généalogie catholique. Saint Paul était l’un de ses amis de prédilection, pour des raisons qu’elle préférait ne pas aborder et qui du reste n’étaient pas des plus canoniques.
Jusqu’à l’âge de neuf ans, Martinho vécut persuadé que le monde était peuplé de personnes intelligentes, inventives et créatrices. Aussi, s’apercevoir que beaucoup, parmi elles, étaient des “demeurées”, comme disait sa grand-mère Maria Rosa, le perturba. Lorsque, comme Martinho, on est issu d’une famille où même les déficients mentaux sont assez bien pourvus en matière grise pour lancer des histoires drôles, des bons mots et des calembours géniaux, prendre conscience qu’il existe bien pire, des hordes de véritables brutes et de mélancoliques actifs et passifs, cause un véritable choc. Les Cunhas eux-mêmes, par tradition serviteurs des Nabasco, constituaient une élite de gens raffinés dans leurs goûts et leurs pensées. Les Cunhas étaient au nombre de huit, sept frères et une sœur appelée Ana. Très laide, au contraire de ses frères tous élégants et jolis garçons, celle-ci possédait l’esprit le plus élevé qui soit, avec la grâce qui lui correspond. Jamais elle ne se maria, et Maria Rosa l’appelait souvent auprès d’elle afin qu’elle lui réjouît le cœur, qu’elle avait sujet à toutes sortes d’appréhensions, comme celui du roi David.
“Je crois que lui et moi nous sommes parents, disait-elle. Moi aussi, j’aime la musique en tant que remède, non pour le plaisir.” Les Cunhas étaient de bons joueurs de guitare et de cavaquinho, ils connaissaient beaucoup de chansons amusantes et cuisinaient très bien. Deux générations de Cunhas avaient vécu dans la maison des Nabasco, où ils contribuaient au bonheur de journées pas toujours enchanteresses.
Derrière Maria Rosa et son petit-fils venait une descendante des Cunhas, les bras chargés des fleurs du jour des Morts. De simples chrysanthèmes, mais pommelés, blancs et ronds comme des nuages blancs et ronds. Cette Elisa était une femme robuste, vêtue d’un uniforme bleu marine, ou du moins d’un vêtement qu’elle faisait ressembler à un uniforme, avec son petit col et son gilet gris assorti. Il s’en dégageait une grande sobriété, mais aussi une grande extravagance à une époque où les habitudes vestimentaires étaient dictées par les rayons de prêt-à-porter. Ne pas se convertir aux jeans faisait la fierté d’Elisa ; cependant, à préférer les jupes plissées, elle faisait ressortir son port de matrone.
“Vous verrez que les hommes finiront par porter des jupes, disait-elle. Elles sont plus pratiques et plus aérées.” On entrait ainsi dans de grandes discussions autour de petits problèmes, et cela gardait l’esprit éveillé, incandescent. C’était surtout un peu avant l’heure du dîner, quand on pénétrait dans la cuisine pour soulever le couvercle des casseroles et goûter les sauces, que l’on se perdait en conversations sur les mots, les habitudes et leurs raisons d’être. Martinho n’avait pas connu la maison de la rue de Belomonte, où la cuisine et la salle à manger se trouvaient au troisième étage et donnaient sur le fleuve. Pour lui, c’était une maison mythique. A six heures du soir, on ouvrait aux chiens la porte du jardin, et ils se précipitaient dans les escaliers comme un escadron de la garde. Ils allaient dans la cuisine, renversant les chaises, agitant leurs queues comme des fouets. Gémissant de plaisir. C’étaient des chiens de chasse ; bien qu’il n’y eût plus de chasseurs dans la maison, on entretenait la tradition de ces beaux setters couleur feu, dont le poil luisait devant les flammes de la cuisinière à bois. Car on avait longtemps cuisiné au bois et utilisé le bois pour les cheminées des pièces à vivre. On entendait crépiter les bûches sèches comme un son de bon augure, dans le matin brumeux. En ce temps-là, le fleuve variait encore ses humeurs selon la saison, il gonflait en hiver, accumulant sur ses rives oranges et branches cassées ; un chevreau mort arrivait dans le courant, rapide, à fleur des vagues déjà envahies par la marée montante. Mais tout cela, Martinho ne l’avait pas connu. Pas plus que sa mère, Paula, remarquable pour être encore l’une de ces femmes qui vivent entre quatre murs mais apprennent à monter à cheval, pour le cas où elles partageraient la vie grand style d’un seigneur de terres d’abondances ou d’un lord anglais. Fantasmes qui s’évanouissaient au premier bal des débutantes, encore un usage en déclin, mais toujours une source précieuse de renseignements matrimoniaux.
Martinho, sans le vouloir, serra plus fort le bras de sa grand-mère lorsqu’ils furent devant la lourde pierre du tombeau. Un tombeau réellement terrible, avec ses anneaux de fer rouillé et la mousse noire qui le recouvrait. “Je ne permettrai pas qu’on la mette là”, pensa-t-il, désolé. Un reste de poudre de riz sur le visage de Maria Rosa, près de l’oreille gauche, l’attendrit brusquement, comme la trace d’une jolie femme. “Jusqu’au bout nous sommes amants les uns des autres”, pensa-t-il, triste. Éduqué par des femmes, il en avait gardé une impudence rituelle sans rien de pervers, mûrie seulement par la réflexion.
Il promena son regard sur les tombes couvertes d’épitaphes mélancoliques, de fleurs coûteuses, de lampes rouges dans lesquelles une maigre flamme était en train de mourir. La mort était devenue une gloriole de plus, une fête d’anniversaire où manquaient les joyeux anniversaires, mais non une table abondante.
–Vous n’avez pas froid, grand-mère ? demanda-t-il.
–Froid, non. Seulement un peu faim. Mais, attends : ce n’est peut-être pas de la faim, pas vraiment. La mort est un excitant. Tous ces gens vont trop manger, puis se lover dans leur lit en gardant leurs chaussettes et tout. On ne devrait pas fréquenter ce genre d’endroit, à mon âge. Ils sont lubriques, presque mal famés.
Une de ses dents branlait lorsqu’elle parlait, et Martinho remarqua un léger zézaiement qu’elle n’avait pas auparavant. “Eh bien, voilà, c’est la vieillesse qui frappe à sa porte. N’y pensons pas, je ne veux pas y penser. Voilà, point final, foin des pensées vagabondes !” Il l’embrassa en riant et remarqua que ses cheveux avaient une odeur de fer à friser.
Les cheveux. Tout à coup les femmes s’étaient mises à porter la frange, et Nietzsche avait déclaré qu’elles voulaient cacher leur front et tout ce que le front présuppose : intelligence, indépendance, sexe, gestion des affaires, etc. Martinho avait beau regarder partout autour de lui, les femmes ne semblaient guère avoir changé. Peut-être s’adaptaient-elles plus difficilement à un destin de maîtresses de maison, mères de cinq enfants morveux et impertinents. La vérité tombait sous le sens, la cruauté était une forme de raison pratique qui du reste avait toujours existé entre femmes, et entre hommes également. Seule une éducation rigide permettait de les contrôler. On se mariait par amour, mais l’amour renfermait tout ce que l’on peut imaginer, comme dans l’histoire de Humpty Dumpty. Des coquilles d’huître, des fourrures de renard, ou ces eaux de Cologne éventées dont on ne sait que faire des flacons, car ils n’appartiennent à aucun lieu : ni à la poubelle, ni à une vitrine de collections ; on ne peut même pas s’en servir pour les remplir de nouveau. Paula Nabasco déclara que si on lui offrait encore un de ces flacons, elle s’empresserait de l’offrir à son tour à une autre personne.
–Moi, je n’aime que la lavande. Mais lorsque je suis tombée enceinte de Martinho, cette odeur-là m’a soulevé le cœur et, depuis, je ne la supporte plus. Je ne sais pas, mais cela doit avoir une signification quelconque.
Paula peignait ses longs cheveux noirs. Aussi noirs qu’il était possible, avec des reflets métalliques. Certaines expressions, on les lit dans les livres, mais cela ne les empêche pas d’être exactes. Ainsi, noir aile de corbeau, cela existait. C’étaient les cheveux de Paula.
“Les cheveux, voilà qui met du temps à disparaître”, pensa Martinho. Il se mit à observer la tête des gens qui envahissaient le cimetière et se sentit déconcerté. Toutes évoquaient celles des condamnés à la guillotine ou à la hache, avec leurs mèches coupées n’importe comment, on eût dit selon le critère d’un barbier de prison. Puis ses pensées prirent une autre direction, entraînées par une curiosité qui le faisait mémoriser les moments les plus futiles de sa vie. Des choses dont personne ne se souvenait sortaient de sa mémoire, comme des rats d’un gigantesque fromage. C’était une idée folle mais amusante, comme en aiment les enfants.
L’aïeule se retint d’une main à la grille de la tombe, fit un signe de croix et observa un instant de recueillement. Du coup, Martinho aussi prit un air plein de componction ; bien qu’avec sa grand-mère, on ne pût être sûr de rien. Sans doute était-elle plongée dans des pensées totalement étrangères à la circonstance, orientées plutôt vers des nécessités de base, comme de menus achats ou des rencontres avec ses amies. Elle en avait peu, la plupart d’entre elles étant mortes, ce qui du reste ne l’avait guère affectée. Les vieux doivent mourir, les poulaillers être rajeunis et laisser monter le joyeux caquetage de nouvelles poulettes. Le coq, avec ses brillantes plumes rousses, la faisait toujours rire.
–On dirait un mousquetaire, avec les éperons et tout et tout !
Elle arrangea les plis de sa robe et se redressa comme si quelqu’un s’apprêtait à la photographier. Elle détestait cela. Elle pensait, comme bien des peuples autrefois, que la photographie pouvait lui dérober son âme – ce qui ne laissait pas d’avoir quelque fondement. Martinho se dit qu’elle prenait pourtant la pose idéale pour un portrait, avec cette masse d’énormes chrysanthèmes blancs étendus à ses pieds et lui montant à hauteur de la taille. C’était une belle femme, plus belle même qu’au temps de sa jeunesse. Paula en était jalouse. Elle avait passé son temps à l’imiter, à ramper autour d’elle comme un petit chien avide de caresses. Mais la grand-mère avait toujours été avare de baisers et de câlins. “Ça me retourne l’estomac, disait-elle. Un enfant heureux s’en passe fort bien.”
Des cheveux noirs. La première fois que Martinho avait eu conscience du caractère indestructible des cheveux, ce fut lorsqu’’on rouvrit la tombe de Patricía Xavier afin de procéder à des travaux de maçonnerie. Ses cheveux étaient là, intacts. Enroulés sous un crâne entièrement dépouillé de sa chair, ils lui faisaient comme un oreiller. Si Martinho était présent, c’est que le tombeau appartenait aux Nabasco ; mais, par gentillesse, parce que, à cause de morts successives dans leur famille, celui des Xavier était entièrement occupé, on avait enseveli Patricía dans le mausolée ancestral du cimetière de Lapa, mausolée par deux fois cambriolé depuis la révolution des Œillets. Bien proportionné, il avait l’air majestueux d’un grand studio, un appartement de standing, dirons-nous. De vieilles dentelles pendaient mollement de la table d’autel, dont on avait dérobé les chandeliers d’argent ; à terre gisaient des accessoires du culte, un lutrin et des burettes maculées d’un dépôt de vin aigre. Le candélabre, qui venait de Venise, manquait également. L’air était humide, il y avait des infiltrations et les souris avaient rongé des papiers, peut-être des feuillets portant la vie des saints, ainsi que des bouquets froissés et abandonnés dans un coin, comme des détritus. Et les cheveux. Épais, abondants, tels qu’il les avait toujours vus à Patricía. Celle-ci allait tous les mercredis jouer au bridge avec Maria Rosa Nabasco. Elles étaient ainsi quatre femmes strictement vêtues et gantées de suède qui prenaient le thé à la pâtisserie Oliveira, de temps en temps, lorsqu’elles sortaient faire leurs emplettes. Des femmes habituées au luxe, on le sentait aussitôt, et qui ne demandaient jamais le prix des choses ; elles se contentaient de dire : “Faites-les porter chez moi.” Elles ne dépendaient pas d’un budget, faisaient simplement confiance au mari qu’elles avaient et à la couturière qui les habillait. Maria Rosa était la dernière représentante de ce genre de femmes, la relique d’un temps révolu, un temps de privilèges qui avait eu sa mode, pour les chapeaux, par exemple, les recettes de gâteaux et pour des puddings faits sans un gramme de farine.
Patricía Xavier avait été la première à “déroger”, comme on disait. Elle était grande, toujours bien chaussée, et portait des bas si fins qu’il fallait les enfiler avec des gants, comme le recommandait leur emballage d’origine. Jamais on n’aurait imaginé qu’elle allait mourir d’un avortement qui aurait mal tourné : c’est pourtant ce qui arriva. L’effroi avait balayé les salons quand l’affaire fut ébruitée. Mais elle demeura cachée pour Paula, alors âgée de douze ans et dont le Noël ne fut gâché en rien ; il n’y manqua même pas les cadeaux de Patricía, des cadeaux de valeur, comme toujours, des cachemires ou des nécessaires à ongles taillés dans la peau de quelque animal rare, dans le ventre d’un alligator, par exemple.
En réalité, on ensevelit Patricía dans la chapelle des Nabasco non parce qu’il n’y avait plus de place dans le tombeau de sa famille, mais à cause d’une vive opposition due aux circonstances de sa mort. Les avortements n’étaient pourtant pas si rares, surtout passé la quarantaine ; les femmes recouraient alors aux médecins pour effacer les traces d’un accident pourtant bien prévisible, mais contre lequel elles ne s’étaient pas prémunies. Patricía n’avait dit qu’à Maria Rosa ce qu’elle avait l’intention de faire.
–Rogério Conceição résout le problème en huit secondes. C’est son dernier record : huit secondes.
Inquiète, Maria Rosa la dévisagea. Non qu’elle la censurât, mais tout cela lui semblait faire partie de la malédiction qui pèse sur les femmes. Un jour, quelqu’un lui avait dit que le monde ne serait sauvé que lorsque les femmes cesseraient d’avoir des enfants, que les sexes ne seraient plus qu’un seul. Chose inconcevable, mais peut-être y arriverait-on un jour.
–Où as-tu entendu ça ? demanda Patricía, qui voyait là une atteinte à sa dignité, même si cette dignité était pour le moment bien compromise.
–Je ne sais pas.
–Ne fais pas de cachotteries avec moi.
–Je ne fais pas de cachotteries, ce n’est pas mon genre. C’est peut-être quelque chose que j’ai lu.
–Que lis-tu donc, ma petite ? Après Lady Chatterley, j’aurais cru que tu avais tout lu. Et voilà que tu me sors cette histoire d’un sexe unique. Tu te rends compte de ce que tu dis ?
–Parfaitement. Je m’en rends compte. Dans ce cas, tu ne te mettrais plus dans des histoires pareilles, tu ne te retrouverais pas dans une clinique où l’on farfouillera dans tes entrailles comme s’il était question d’ouvrir un coffre en huit secondes. Il faut déjà être expert en effraction ! Tu me fais rire et pleurer à la fois.
–Tu ne pleures jamais, Maria Rosa.
–Si, quelquefois. Un jour, j’ai pleuré, j’avais quatre ans : on m’avait coupé les cheveux à la garçonne. J’ai poussé de tels cris que les voisins m’ont entendue. Et ils n’étaient pas tout près : nous vivions dans une villa construite au milieu d’un grand jardin.
–Tu ne voulais pas ressembler à un garçon.
–Je ne sais pas. C’était vraiment un gros chagrin. Jamais depuis lors je ne me suis sentie aussi malheureuse. Je me demande parfois ce qui m’a fait pleurer autant ; je n’ai jamais trouvé la réponse. J’ai perdu un enfant tout petit, mais ce n’est pas la même chose. Tu crois vraiment que le fait d’être une femme est à l’origine de tout le mal ? Le désir des hommes, le plaisir des hommes quand ils arrivent à leurs fins sont choses horribles, si nous pensons à toutes les sortes de méchancetés qui en constituent l’excitant indispensable. Et voilà que tu mentionnes Lady Chatterley, cette femme effrayante, dénuée de compassion. Sans compassion, le sexe est une bataille triviale, un crime sans égal.
–Tu es décourageante. Voilà que je ne sais plus si je dois avorter ou non. Mais tu as raison : ce Lawrence est un âne bâté qui ne comprend rien aux femmes. Ou alors il ne les comprend qu’à travers lui-même. Il n’y a pas eu de premier Adam, mais une première Ève. Donne-moi encore une goutte de thé. Où l’achètes-tu ? Ma mère l’achetait dans une boutique de mode ; c’était d’un chic ! Je n’ai jamais compris la différence entre ce qui est chic et ce qui ne l’est pas. Mariano, tu sais, celui qui est professeur à l’université ; il m’a dit un jour : “Pourquoi donc le jaune n’irait-il pas avec le rose ?” Depuis, les couleurs psychédéliques sont devenues à la mode. Est-ce une question de suffrages, et non de goût ? Mais alors que représente le vote ?
–Aie pitié de moi ! Il a plu toute la journée et le chauffage est en panne. Un vote, c’est une envie compulsive, voilà.
Quelques jours plus tard, Patricía était morte, et cette mort considérée comme un accident. Les médecins gardèrent le silence sur leur diagnostic et cela aviva encore les soupçons. D’autant qu’elle avait eu recours à une sage-femme, et non au fameux expert en effractions. Maria Rosa s’efforça de chasser de son esprit l’idée que son amie s’était crue invulnérable, à l’abri de tout déboire. Elle n’avait pas vu le danger, alors que le danger nous cerne tous, sans trêve et de toutes parts. Nous étions plus malins il y a cinq cent millions d’années, nous étions comme le crocodile des marais, dont on ne peut savoir s’il est endormi ou éveillé. Peut-être ne dort-il jamais et les quatre lobes de son cerveau sont-ils toujours en alerte. Dans ce cas, nous ne nous sommes pas perfectionnés, au contraire, et la nature, depuis, a commis une succession d’erreurs. Quelle vie ! Patricía Xavier fut mise au tombeau impeccablement coiffée. Elle paraissait à son avantage : c’eût été son plus cher désir.



" Mille femmes blanches " Jim Fergus

4ème de couverture
En 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien.
Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des " Mille femmes " viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les Etats-Unis d'Amérique. Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l'une d'entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool.
Aux côtés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste alors à la lente agonie de son peuple d'adoption.

 

Né en 1950 d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus, chasseur, pêcheur, et cuisinier hors pair, est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il a sillonné seul avec ses chiens le middle west, pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes, afin d'écrire ce livre. Mille femmes blanches est son premier roman.




" La rêveuse d'Ostende" Eric-Emmanuel Schmitt
Editions Albin Michel 2007 ( nouvelles)

4ème de couverture
Pour guérir d'une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du Nord. Sa logeuse, Anna van A., une femme solitaire vivant parmi ses livres et ses souvvenirs, va le surprendre en lui racontant l'étrange histoire de sa vie, où se conjuguent l'amour le plus passionné et un érotisme baroque. Le récit s'avère si surprenant que l'homme, doutant de sa véracité, va enquêter pour déterminer ce qui tient de la réalité ou du fantasme...A-t-il affaire à une superbe mystificatrice ou à une femme unique ? Jusqu'à la fin, il ira de découvertes en découvertes.
Cinq histoires qui montrent le pouvoir de l'imagination dans nos existences. Cinq histoires - La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La Guérison, Les mauvaises lectures et La Femme au bouquet- suggérant que le rêve est la véritable trame qui constitue l'étoffe de nos jours.




" Hiver arctique" Arnaldur Indridason
Editions Métailié 2009 ( Polar)

Le corps d’un petit garçon était couché dans la neige lorsque la voiture d’Erlendur est arrivée au pied de l’immeuble de banlieue, en cette fin d’après-midi glaciale de Reykjavik. Il avait douze ans, rêvait de forêts, ses parents avaient divorcé et sa mère venait de Thaïlande, son grand frère avait du mal à accepter un pays aussi froid.

Le commissaire Erlendur et son équipe n’ont aucun indice et vont explorer tous les préjugés qu’éveille la présence croissante d’émigrés dans une société fermée. Erlendur est pressé de voir cette enquête aboutir, il néglige ses autres affaires, bouscule cette femme qui pleure au téléphone et manque de philosophie lorsque ses enfants s’obstinent à exiger de lui des explications sur sa vie qu’il n’a aucune envie de donner. La résolution surprenante de ce crime ne sortira pas Erlendur de son pessimisme sur ses contemporains.

 

Dans cet impressionnant dernier roman, Indridason surprend en nous plongeant dans un monde à la Simenon.

Il a reçu pour ce livre et pour la troisième fois le prix Clé de Verre du roman noir scandinave.


1er chapitre


On parvenait à deviner son âge, mais il était plus difficile de se prononcer avec précision sur l’endroit du monde dont il était originaire.

Ils lui donnaient environ dix ans. Vêtu d’une doudoune déboutonnée grise à capuche et d’un pantalon couleur camou­flage, une sorte de treillis militaire, l’enfant avait encore son cartable sur le dos. Il avait perdu l’une de ses bottes. Les policiers remarquèrent à l’extrémité de sa chaussette un trou duquel dépassait un orteil. Le petit garçon ne portait ni moufles ni bonnet. Le froid avait déjà collé ses cheveux noirs au verglas. Il était allongé sur le ventre, une joue tournée vers les policiers qui regardaient ses yeux éteints fixer la surface glacée de la terre. Le sang qui avait coulé sous son corps avait déjà commencé à geler.

Elinborg s’agenouilla près de lui.

– Mon Dieu, soupira-t-elle, que se passe-t-il donc ?

Elle tendit le bras, comme pour poser sa main sur le corps sans vie. L’enfant semblait s’être couché pour se reposer. Elinborg avait du mal à se maîtriser. Comme si elle refusait de croire ce qu’elle voyait.

– Ne le touche pas, demanda Erlendur d’un ton calme, debout à côté du corps avec Sigurdur Oli.

– Il a dû avoir froid, marmonna Elinborg en ramenant son bras.

La scène se passait au milieu du mois de janvier. L’hiver était resté clément jusqu’à la nouvelle année, puis le temps s’était considérablement refroidi. Une coque de glace enserrait la terre, le vent du nord sifflait et fredonnait contre l’immeuble. De grandes nappes de neige recouvraient le sol. La poudreuse s’accumulait par endroits en formant de petits monticules dont les flocons les plus fins s’envolaient en volutes. Le vent leur mordait le visage, les pénétrant jusqu’aux os à travers leurs vêtements. Saisi d’un frisson, Erlendur enfonça profondément ses mains dans les poches de son épais manteau. Le ciel était chargé de nuages. Il était à peine quatre heures. La nuit avait déjà commencé à tomber.

– Quelle idée d’aller fabriquer des pantalons militaires pour des enfants ! observa-t-il.

Les trois policiers se tenaient en cercle autour du cadavre. Les gyrophares bleus projetaient leur lueur sur l’immeuble et les maisons alentour. Quelques passants s’étaient agglutinés à côté des véhicules de police. Les premiers journalistes étaient arrivés sur les lieux. Les policiers de la Scientifique prenaient des clichés, rivalisant de flashs avec les gyrophares. Ils faisaient des relevés de l’emplacement où se trouvait le corps de l’enfant ainsi que des abords immédiats. C’était la première étape de l’investigation sur la scène du crime.

– Les treillis sont à la mode, nota Elinborg.

– Tu trouves quelque chose à redire au fait que les gamins portent ce genre de pantalons ? s’agaça Sigurdur Oli.

– Je ne sais pas, répondit Erlendur avant d’ajouter : en effet, cela me semble étrange.

Il laissa son regard glisser le long de la façade de l’immeuble. A certains étages, des gens étaient sortis, bravant le froid, pour observer la scène depuis leur balcon. D’autres se calfeutraient chez eux et se contentaient de regarder depuis leur fenêtre. La plupart des habitants de l’immeuble n’étaient toutefois pas rentrés du travail, l’obscurité régnait derrière les vitres. Ils allaient devoir frapper aux portes de tous ces appartements pour interroger leurs occupants. Le témoin qui avait découvert l’enfant leur avait précisé qu’il vivait dans ce bâtiment. Peut-être la victime avait-elle été laissée seule à la maison, peut-être était-elle tombée du balcon, événement qui entrerait alors dans la catégorie des accidents domestiques stupides. Erlendur préférait cette hypothèse à celle d’un assassinat, à quoi il ne parvenait pas à se résoudre.

Il scruta les alentours. L’ensemble des immeubles qui for­maient comme une cour ne semblait pas très bien entretenu. Au centre, une petite aire de jeu délimitée par du gravier abri­tait deux balançoires dont une cassée : son assise secouée par le vent pendait jusqu’à terre. Il y avait aussi un toboggan usé et rouillé à la vieille peinture rouge écaillée, ainsi qu’un tape-cul sommaire avec deux petits sièges en bois. L’une des extrémités était fichée dans la terre, piégée par le gel, alors que l’autre pointait en l’air, tel un gigantesque canon.

– Il faut que nous retrouvions sa botte, observa Sigurdur Oli.

Tous les trois avaient le regard rivé sur la chaussette trouée.

– Je n’arrive pas à y croire, soupira Elinborg.

Des policiers de la Scientifique recherchaient des empreintes sur les lieux, mais la nuit tombait et le verglas ne semblait receler aucune trace. Le terrain tout entier était recouvert d’un épais bouclier de glace mortellement glissant où affleuraient çà et là quelques taches d’herbe. Le médecin régional de Reykjavik avait confirmé le décès et, ayant trouvé un endroit où il imaginait pouvoir s’abriter du vent du nord, il s’efforçait de s’allumer une cigarette. N’étant pas certain de l’heure du décès, qu’il pensait remonter à une heure tout au plus, il affirmait qu’un expert médicolégal devrait effectuer des recoupements entre la température extérieure et celle du corps afin de la déterminer avec précision. L’examen prélimi­naire ne lui avait pas permis d’en déceler la cause. Probablement une chute, avait-il observé en parcourant du regard l’immeuble morne et terne.

Le corps n’avait pas été déplacé. Un expert médicolégal était en chemin. S’il parvenait à trouver un créneau dans son emploi du temps, il voulait être présent sur la scène de crime afin d’examiner les circonstances du décès en compagnie de la police. Erlendur s’inquiétait à la vue du nombre grandissant de curieux qui se massaient devant la façade de l’immeuble d’où on pouvait voir le corps, illuminé par les flashs. Les voitures passant au ralenti étaient autant d’yeux qui buvaient la scène. On installa un petit projecteur qui permettrait d’explorer les lieux avec plus de précision. Erlendur suggéra à un policier de protéger le périmètre des badauds.

Vues d’en bas, toutes les portes des balcons dont le petit garçon aurait pu tomber semblaient fermées. Les fenêtres étaient closes. L’immeuble, plutôt imposant, se composait de six étages desservis par quatre cages d’escalier. Il était vétuste. Les rambardes métalliques des balcons étaient rouillées. La peinture, délavée, s’écaillait çà et là à la surface du ciment. De l’endroit où se tenait Erlendur, on distinguait deux baies vitrées de salle à manger fendues sur toute leur longueur, donnant chacune sur un appartement. Nul n’avait jugé bon de les remplacer.

– C’est peut-être un crime raciste ? suggéra Sigurdur Oli en regardant le corps de l’enfant.

– Je crois que nous ne devrions pas formuler d’hypothèses trop précises, répondit Erlendur.

– Est-ce qu’il aurait tenté d’escalader la façade ? demanda Elinborg en levant les yeux sur l’immeuble.

– Les mômes font les trucs les plus insensés, convint Sigurdur Oli.

– En effet, il faut vérifier qu’il n’a pas tenté de grimper au mur, observa Erlendur.

– D’où vous croyez qu’il vient ? se demanda Sigurdur Oli à voix haute.

– J’ai l’impression qu’il est d’origine asiatique, répondit Elinborg.

– Il pourrait être philippin, vietnamien, coréen, japonais, chinois, énuméra Sigurdur Oli.

– On ne devrait pas tout bonnement dire qu’il est islandais jusqu’à preuve du contraire ? proposa Erlendur.

Debout dans le froid, ils regardaient en silence la neige fine et poudreuse qui s’accumulait autour du corps du petit garçon. Erlendur toisa de loin les badauds rassemblés devant l’immeuble, à côté des voitures de police. Puis il enleva son manteau afin d’en recouvrir l’enfant.

– Ça ne risque pas de compromettre l’enquête ? demanda Elinborg en lançant un regard aux policiers de la Scientifique. En effet, Erlendur et son équipe auraient dû attendre leur
feu vert avant de s’approcher si près du cadavre au risque de brouiller les indices.

– Je n’en sais rien, répondit Erlendur.

– Pas très professionnel, lança Sigurdur Oli.

– Personne n’a signalé la disparition de ce gamin ? demanda Erlendur sans relever l’observation. Personne n’a cherché à retrouver un garçon qui lui ressemblerait et se serait perdu ?

– J’ai vérifié en route, rien de tel n’a été signalé à la police, répon­dit Elinborg.

Erlendur baissa les yeux vers son manteau. Il grelottait.

– Où est celui qui l’a découvert ?

– Nous lui avons demandé de patienter dans une cage d’escalier, répondit Sigurdur Oli. Il a attendu que nous arri­vions. C’est lui qui nous a appelés avec son téléphone portable. Tous les mômes ont des portables, aujourd’hui. Il nous a dit qu’il a coupé par le terrain entre les immeubles en rentrant de l’école et que c’est là qu’il est tombé sur le corps.

– Je vais aller l’interroger, répondit Erlendur. Vérifiez si le gamin n’aurait pas laissé une piste quelconque sur le terrain. S’il a saigné, il a dû laisser des traces derrière lui. Ce n’est peut-être pas une chute.

– Ça ne serait pas plutôt à la Scientifique de s’occuper de ça ? marmonna Sigurdur Oli sans que ses deux collègues l’entendent.

– En tout cas, je n’ai pas l’impression qu’il ait été agressé ici, observa Elinborg.

– Et pour l’amour de Dieu, essayez de retrouver sa botte, supplia Erlendur avant de s’en aller.

– L’adolescent qui l’a trouvé… commença Sigurdur Oli.

– Oui ? s’enquit Erlendur en se retournant.

– Il est aussi basa… Sigurdur Oli hésitait.

– Quoi donc ?

– C’est un jeune d’origine étrangère, corrigea Sigurdur Oli.

 

L’adolescent était assis sur une marche dans l’une des cages d’escalier de l’immeuble, aux côtés d’une policière. Il avait près de lui ses vêtements de sport entortillés dans un sac en plas­tique jaune. Il lança à Erlendur un regard méfiant. Ils n’avaient pas voulu le mettre au chaud dans une voiture de police. Cela aurait pu éveiller des soupçons quant à son implication dans le décès du petit garçon, et quelqu’un avait émis l’idée de le faire plutôt patienter dans cette cage d’escalier.

Le couloir était sale, il y régnait une odeur de crasse mêlée à celles de cigarette et de cuisine qui filtraient des appartements. Le sol était recouvert d’un lino usé, les murs salis de graffitis qu’Erlendur parvenait difficilement à déchiffrer. Les parents de l’adolescent, encore au travail, avaient été prévenus. Il avait le teint mat, des cheveux noir corbeau et lisses, encore humides après la douche, et de grandes dents bien blanches. Vêtu d’une épaisse doudoune et d’un jeans, il tenait un bonnet à la main.

– Quel froid de canard ! commença Erlendur en se frottant les mains pour se réchauffer.

Le gamin ne lui répondit pas.

Erlendur vint s’asseoir à côté de lui. L’adolescent déclara s’appeler Stefan. Il avait treize ans. Il habitait depuis toujours dans l’immeuble juste à côté. Il expliqua que sa mère venait des Philippines.

– Tu as dû être très choqué quand tu l’as découvert, observa Erlendur au bout d’un moment.

– Oui.

– Et tu sais qui c’est ? Tu le connaissais ?

Stefan avait indiqué à la police le nom du petit garçon en précisant qu’il habitait dans l’un des appartements de cet immeuble, mais dans une autre cage d’escalier. Les policiers avaient tenté de contacter les parents de la victime. Personne n’avait répondu quand ils étaient allés frapper à la porte. Tout ce que Stefan savait de la famille de l’enfant, c’était que sa mère fabriquait des bonbons et qu’il avait un frère. Il avait affirmé ne pas bien les connaître. Il n’y avait pas très longtemps qu’ils s’étaient installés là.

– Tout le monde l’appelait Elli, mais son vrai nom, c’était Elias, précisa Stefan.

– Est-ce qu’il était mort quand tu l’as découvert ?

– Oui, je crois. Je l’ai secoué, mais il n’a pas bougé.

– Alors, tu nous as appelés ? compléta Erlendur comme s’il lui semblait légitime de réconforter l’adolescent. Tu as bien fait. Tu as eu parfaitement raison. Qu’est-ce que tu veux dire par “sa mère fabrique des bonbons” ?

– Euh, ben, qu’elle travaille dans une usine où on fait des bonbons.

– Tu as une idée sur ce qui aurait pu arriver à Elli ?

– Non.

– Est-ce que tu connais certains de ses camarades ?

– Pas très bien.

– Qu’est-ce que tu as fait après l’avoir secoué ?

– Rien, répondit l’adolescent. J’ai seulement téléphoné à la police.

– Tu connais le numéro de la police ?

– Oui, je suis tout seul à la maison quand je rentre de l’école et ma mère veut pouvoir me surveiller. Elle…

– Quoi donc ?

– Elle me dit toujours d’appeler immédiatement la police au cas où…

– Au cas où quoi ?

– Au cas où il se passerait quelque chose.

– Qu’est-ce que tu crois qu’il est arrivé à Elli ?

– Je ne sais pas.

– Tu es né en Islande ?

– Oui.

– Tu sais si c’est aussi le cas d’Elli ?

L’adolescent, qui avait passé son temps à fixer le lino de l’escalier, leva les yeux vers Erlendur.

– Oui, répondit-il.

Elinborg fit irruption dans le sas de l’immeuble, séparé de la cage d’escalier par une simple vitre, et Erlendur vit qu’elle lui avait rapporté son manteau. Il adressa un sourire à l’adolescent en lui disant qu’il reviendrait peut-être plus tard pour discuter un peu plus longuement avec lui, avant de se lever et de rejoindre Elinborg.

– Tu sais que tu n’as le droit d’interroger des enfants qu’en présence de leurs parents, de leur tuteur, des services de la Protection de l’enfance ou de tout le saint-frusquin, reprocha-
t-elle d’un ton cassant en lui tendant son vêtement.

– Je n’étais pas en train de l’interroger, je me contentais de lui poser quelques questions, rétorqua Erlendur en regardant son manteau. Je dois comprendre qu’ils ont emmené le corps ?

– Il est en route pour la morgue. Ce n’était pas une chute. La Scientifique a relevé des traces.

Erlendur grimaça.

– Le petit est arrivé au pied de l’immeuble par le côté ouest, informa Elinborg. Il y a un sentier qui devrait être éclairé, mais un habitant du quartier nous a signalé que l’ampoule de l’un des lampadaires était constamment cassée. L’enfant est entré sur le terrain en passant par-dessus une clô­ture sur laquelle on a trouvé des traces de sang. C’est là qu’il a perdu sa botte, probablement en l’enjambant.

Elinborg inspira profondément.

– Il a été poignardé, poursuivit-elle. Il est probablement mort après avoir reçu un coup de couteau dans le ventre. En enlevant le corps, on a découvert une mare de sang qui a gelé instantanément.

Elinborg s’accorda une pause.

– Il rentrait chez lui, reprit-elle.

– Est-on en mesure de remonter la piste jusqu’au lieu de l’agression ?

– Nous sommes en train.

– Avez-vous contacté ses parents ?

– Sa mère est en route. Elle s’appelle Sunee. Nous ne lui avons pas dit ce qui s’est passé. Ça promet d’être affreux.

– Tu restes avec elle, répondit Erlendur. Et le père ?

– Je ne sais pas, il y a trois noms sur la sonnette. L’un d’entre eux est quelque chose comme Niran.

– J’ai cru comprendre qu’il avait un frère, observa Erlendur.

Il ouvrit la porte, puis ils sortirent tous les deux affronter le vent du nord. Elinborg attendit la mère afin de l’accom­pagner à la morgue. Un policier escorta Stefan à son domicile où serait enregistrée sa déposition. Erlendur retourna sur le terrain au pied de l’immeuble. Il remit son manteau. Le sol était noir à l’endroit où le petit garçon avait été retrouvé.

 

Tombé je suis à terre*.

 

Un vieux quatrain revint à la mémoire d’Erlendur alors qu’il se tenait immobile, profondément plongé dans ses pensées. Il leva les yeux sur l’immeuble terne avant de traverser prudemment l’épaisse carapace de verglas qui le séparait de l’aire de jeux et d’aller poser sa main sur l’acier glacé du toboggan. Il sentit le froid mordant remonter le long de son bras.

 

Tombé je suis à terre,

Transi et à jamais…

 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
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Lundi 30 mars 2009



" les Fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire"
de Vikas Swarup
Editeur : Belfond - 2006

Traduit de l’anglais (Inde) par Roxane Azimi


4ème de couverture
Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de 'Qui veut gagner un milliard de roupies ?', la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à douze questions pernicieuses ? Accusé d'escroquerie, sommé de s'expliquer, Thomas replonge alors dans l'histoire de sa vie... Du prêtre louche, qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants, à la capricieuse diva de Bollywood, du tueur à gage fou de cricket au diplomate australien espion de sa propre famille, des petits mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés de Taj Mahal, au fil de ces rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux... Splendeur et misère de l'Inde d'aujourd' hui ou les rocambolesques aventures d'un gamin des rues qui rêve de devenir quelqu'un.


Interview de l'auteur sur le site des éditions Belfond :
http://www.belfond.fr/site/les_fabuleuses_aventures_dun_indien_malchanceux_qui_devint_milliardaire_&100&9782714445636.html



Editions les solitaires intempestifs - 1997

Résumé
Cinq femmes dans la maison, vers la fin de l'été, de la fin de l'après-midi au matin encore du lendemain, lorsque la fraîcheur sera revenue et que la nuit et ses démons se seront éloignés.
Cinq femmes et un jeune homme, revenu de tout, revenu de ses guerres et de ses batailles, enfin rentré à la maison, posé là, dans la maison, maintenant, épuisé par la route et la vie, endormi paisiblement ou mourant, rien d'autre, revenu à son point de départ pour y mourir.
Il est dans sa chambre, cette chambre où il vivait lorsqu'il était enfant, adolescent, où il vivait avant de les quitter brutalement, il est dans sa chambre, c'est là qu'il est revenu se reposer, mourir, possible, achever sa route, son errance.
Elles tournent autour de ce jeune homme dans son lit. Elles le protègent et se rassurent aussi les unes et les autres. Elles le soignent et écoutent sa respiration, elles marchent à pas lents, elles chuchotent leur propre histoire, cette absence d'histoire qu'elles vivent depuis qu'il les quitta et son histoire à lui, sa longue balade à travers le monde, sa fuite sans but et sans raison.
C'est une lente pavane des femmes autour du lit d'un jeune homme endormi.
Le sourd ballet des filles et leurs éclats parfois, leurs haines rentrées qui explosent soudain, les cris et les chuchotements, le règlement des comptes et les derniers déchirements avant l'apaisement définitif, désespéré.
On lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l'amour, on s'arrache la tendresse exclusive. On voudrait bien savoir.
Elles l'attendaient, longtemps déjà, des années, toujours la même histoire, et jamais elles ne pensaient le revoir vivant, elles se désespéraient de jamais avoir de nouvelles de lui, aucune lettre, cartes postales pas plus, jamais, aucun signe qui puisse rassurer ou définitivement faire renoncer à l'attente.
Aujourd'hui, est-ce que enfin, elles vont obtenir quelques paroles, la vie qu'elles rêvèrent, avoir la vérité ? Il est capable aussi de dormir toujours, de s'éteindre sans plus jamais leur parler, les laisser à leur folie.
(...)
La première femme, la deuxième femme, la troisième femme, la quatrième et la cinquième, toutes semblables, toutes sensiblement du même âge, habillées à l'identique, le même tissu sur la tête, cachant le visage, la même couleur pâle, comme les murs, comme la lumière de cette fin d'après-midi.
Jean-Luc Lagarce
avril 1994

Prix du syndicat de la critique pour la meilleure création de langue française 1994

Les femmes parlent du temps qu'elles ont vécu à ne pas vivre, sinon à travers l'absence. Du temps présent qui les envahit - trop fort d'avoir été tant désiré.
Le Monde

Une pièce fragile et touchante, toute en flux et reflux, poétique et amère.
Le Point

Lagarce écrit en poète populaire, sait trouver les phrases lancinantes qui martèlent et blessent comme une ritournelle.
Télérama

Un quintette pour voix de femme, dont les harmonies rappellent certaines scènes de Tchekhov, et l'écriture celle, frémissante et répétitive, de Marguerite Duras.
L'Avant-Scène Théâtre


EXTRAIT

L’AÎNÉE. – J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne.
Je regardais le ciel comme je le fais toujours‚ comme je l’ai toujours fait‚ je regardais le ciel et je regardais encore la campagne qui descend doucement et s’éloigne de chez nous‚ la route qui disparaît au détour du bois‚ là-bas.

Je regardais‚ c’était le soir et c’est toujours le soir que je regarde‚ toujours le soir que je m’attarde sur le pas de la porte et que je regarde. J’étais là‚ debout comme je le suis toujours‚ comme je l’ai toujours été‚ j’imagine cela‚ j’étais là‚ debout‚ et j’attendais que la pluie vienne‚ qu’elle tombe sur la campagne‚ les champs et les bois et nous apaise.

J’attendais.

Est-ce que je n’ai pas toujours attendu ?

(Et dans ma tête‚ encore‚ je pensais cela : est-ce que je n’ai pas toujours attendu ? et cela me fit sourire‚ de me voir ainsi.)

Je regardais la route et je songeais aussi‚ comme j’y songe souvent‚ le soir‚ lorsque je suis sur le pas de la porte et que j’attends que la pluie vienne‚ je songeais encore aux années que nous avions vécues là‚ toutes ces années ainsi‚ nous‚ vous et moi‚ toutes les cinq‚ comme nous sommes toujours et comme nous avons toujours été‚ je songeais à cela‚ toutes ces années que nous avions vécues et que nous avions perdues‚ car nous les avons perdues‚ toutes ces années que nous avions passées à l’attendre‚ celui-là‚ le jeune frère‚ depuis qu’il était parti‚ s’était enfui‚ nous avait abandonnées‚ depuis que son père l’avait chassé‚ aujourd’hui‚ ce jour précis‚ je pensais à cela‚ en ce jour précis‚ je pensais à cela‚

toutes ces années que nous avons perdues à ne plus bouger‚ à attendre donc (et là encore‚ peut-être‚ je me mis‚ une fois de plus‚ à sourire de moi-même‚ de me voir ainsi‚ de m’imaginer ainsi‚ et de sourire ainsi de moi-même me mena vers le bord des larmes‚ et j’eus peur d’y sombrer) toutes ces années que nous avions vécues à attendre et perdues encore à ne rien faire d’autre qu’attendre et ne rien pouvoir obtenir‚ jamais‚ et être sans autre but que celui-là‚ et je songeais‚ en ce jour précis‚ oui‚ au temps que j’aurais pu passer loin d’ici‚ déjà‚ à m’enfuir‚ au temps que j’aurais pu passer dans une autre vie‚ un autre monde‚ l’idée que je m’en fais‚ seule‚ sans vous‚ les autres‚ là‚ sans vous autres‚ toutes‚ tout ce temps que j’aurais pu vivre différemment‚ simplement‚ à ne pas attendre‚ ne plus l’attendre‚ à bouger de moi-même.

J’attendais la pluie‚ j’espérais qu’elle tombe‚ j’attendais‚ comme‚ d’une certaine manière‚ j’ai toujours attendu‚ j’attendais et je le vis‚ j’attendais et c’est alors que je le vis‚ celui-là‚ le jeune frère‚ prenant la courbe du chemin et montant vers la maison‚ j’attendais sans rien espérer de précis et je le vis revenir‚ j’attendais comme j’attends toujours‚ depuis tant d’années‚ sans espoir de rien‚ et c’est à ce moment exact‚ lorsque vient le soir‚ c’est à ce moment exact qu’il apparut‚ et que je le vis.

Une voiture le dépose et il marche les dernières centaines de mètres‚ son sac jeté sur l’épaule‚ en ma direction.

Je le regarde venir vers moi‚ vers moi et cette maison. Je le regarde.

Je ne bougeais pas mais j’étais certaine que ce serait lui‚ j’étais certaine que c’était lui‚ il rentrait chez nous après tant d’années‚ tout à fait cela‚ nous avions toujours imaginé qu’il reviendrait ainsi sans nous prévenir‚ sans crier gare et il faisait ce que j’avais toujours pensé‚ ce que nous avions toujours imaginé.
Il regardait devant lui et marchait calmement sans se hâter et il semblait ne pas me voir pourtant‚ et celui-là‚ le jeune frère‚ pour qui j’avais tant attendu et perdu ma vie – je l’ai perdue‚ oui‚ je n’ai plus de doute‚ et d’une manière si inutile‚ ‚ désormais‚ je sais cela‚ je l’ai perdue – celui-là‚ le jeune frère‚ revenu de ses guerres‚ je le vis enfin et rien ne changea en moi‚ j’étais étonnée de mon propre calme‚ aucun cri comme j’avais imaginé encore et comme vous imaginiez toutes‚ toujours‚ que j’en pousserais‚ que vous en pousseriez‚ notre version des choses‚ aucun hurlement de surprise ou de joie‚
rien‚ je le voyais marcher vers moi et je songeais qu’il revenait et que rien ne serait différent‚ que je m’étais trompée.
Aucune solution.

(…)

la Compagnie Artbooka organise les 16 et 17 mai 2009, un stage théâtre autour des textes de Jean-Luc Lagarce. Pour en savoir plus : http://artbooka.over-blog.com




Editions Stock - 1999
 

4ème de couverture
- Allô, bonjour Docteur, la Noiraude à l'appareil.
- Bonjour la Noiraude, qu'est-ce qui ne va pas encore ? - Docteur, c'est affreux, on publie un livre sur moi. - C'est très bien, la Noiraude ! Il est temps que les lecteurs vous découvrent. - Oui, mais ils vont découvrir mon coeur de biche qui bat au milieu de mes rumsteaks, et ils vont se moquer. - Au contraire, la Noiraude, ils vont vous aimer encore plus.






Editions Marval - 2006 ( dernier texte de Marguerite Duras )
Photographies d'Hélène Bamberger


« Marguerite a dit, tu vois, c'est l'Intelligence » Marguerite Duras, à partir de l'été 1980, pendant de longues promenades autour de Trouville, mais aussi dans son appartement de Paris, fit prendre par la jeune photographe Hélène Bamberger des images de très nombreux lieux, maisons, objets qui retenaient son regard. Ce sont quelques-unes de ces photos, accompagnées des paroles que Marguerite Duras écrivit en les regardant, que les éditions Marval publient sous le titre : La Mer écrite. Hélène Bamberger raconte l'aventure de ces photos, de ce livre.
    « C'était une petite chapelle, à Vauville, vers le soir. Dedans il faisait encore assez clair. Marguerite Duras avait voulu entrer, elle s'est arrêtée, elle a tendu la main vers la surface nue du mur. Elle m'a dit : "Tu fais la photo, là." Le mur était resté tel quel depuis longtemps. Il y avait, sur la patine orangée, ocrée, des taches inégales noires, des épaisseurs de suie, usées, et des granules de champignons, presque blancs, et aussi des griffures, comme dans les grottes. Le fond orangé formait, sur un autre fond plus clair, une ligne d'horizon, courbe comme font les longs horizons. Marguerite Duras restait clouée devant ce fragment de mur, très beau, elle ne disait pas un mot, alors que d'habitude, quand elle s'arrêtait, comme là, elle disait quelque chose, très court, très simple, et qui illuminait tout. Par exemple juste avant d'approcher de Vauville elle avait demandé à Yann d'arrêter la voiture, elle était descendue, elle était revenue quelques pas en arrière, c'était un massif de fleurs d'un bleu très clair, très mat, qui se découpaient sur le granit neutre d'un mur gris. Marguerite avait dit : "Tu vois, c'est l'Intelligence." Je sais, à raconter comme ça, il manque tout pour revivre cette seconde, pour sentir à quel point ces mots étaient flagrants, incontestables, la voix de Marguerite Duras qui était encore d'une telle clarté d'enfance : "Tu vois, c'est l'Intelligence", la découpe bleue, nette, vivante, modeste, sur l'ancienneté de la pierre grise, le silence qu'un vent caressait à peine. Mais là, dans la petite chapelle, Marguerite Duras se taisait, je chargeais une autre pellicule et quelqu'un venait vers nous, le plus frappant c'était son visage, rond, très rouge, je revoyais des images de moines dans des livres d'Alphonse Daudet, et en s'approchant il souriait, nous le sentions tout réjoui de ce qu'il allait nous dire : "Cette fois, c'est sûr, j'ai enfin réuni tous les dons qu'il fallait, nous allons pouvoir repeindre la chapelle, elle va être toute belle, toute blanche, immaculée." Yann et moi, nous regardions Marguerite, devant cette grande robe noire à tête rouge elle était un petit bout de femme, un tout petit bout, cela m'avait même égarée ; les premiers jours quand elle m'emmena en voiture pour photographier ce qu'elle voulait, elle m'avait dit : "Tiens, prends-moi ça", c'était une flaque d'eau sur le côté de la route, rien, et je lui ai dit : "Vous croyez vraiment ?", et elle m'a coupée, elle m'a dit : "Fais vite, tu vois bien que le nuage s'en va", et je me suis alors penchée tout contre son épaule (parce que moi, au contraire, je suis plutôt grande), je me suis penchée à la hauteur de ses yeux, et c'était vrai, de là apparaissaient, dans cette eau, des irisations d'arc-en-ciel et le cerne du nuage, et à partir de ce soir-là, lorsque ce n'était pas évident, je me penchais pour voir moi aussi ce qu'elle, si petite, voyait, mais là, dans la chapelle de Vauville, j'avais devant mes yeux les mêmes touches de couleur, les mêmes reliefs de salpêtre, le même mirage qu'elle, et d'un seul coup je vois Marguerite Duras se transformer en furie, prendre une voix de tonnerre, elle hurlait, elle engueulait le pauvre homme qui ne comprenait rien à ce qui se passait, rien à ce qu'elle criait d'une vitesse folle, Venise, Tiepolo, le Golgotha, San Marco, la mer Rouge, le massacre des Innocents, le curé avançait les mains dans un geste de conciliation, Marguerite Duras continuait de traiter le curé de vandale, d'iconoclaste, Yann l'entraînait doucement vers la petite porte de bois de la chapelle, nous nous sommes retrouvés à l'air libre, Marguerite s'apaisait, elle s'en allait doucement vers une tombe, dans l'herbe, à l'écart du cimetière, la tombe de l'aviateur anglais qui avait été abattu là, dans les champs du village, il n'avait que dix-huit ans. Marguerite Duras avait eu un choc lorsqu'elle avait vu, la première fois, cette tombe, le nom et les dates, elle s'était enquise, les habitants du village avaient dit qu'un militaire anglais était venu, après la guerre, poser des fleurs sur cette tombe, puis il n'était plus revenu, il avait dit que cet aviateur était un enfant sans famille, et Marguerite Duras a écrit, a inventé, toute l'histoire de l'aviateur anglais abattu là. Chaque fois qu'elle imaginait, elle était lancée par une chose vraie. Et une photo, dans ce cas-là elle ne la demandait pas, peut-être justement pour garder la chose entière en elle, à elle. Je me suis dit cela à la longue, parce que durant toutes ces années où elle écrivait le matin et m'emmenait les après-midi avec Yann dans de très longues promenades et me disait de photographier ce à quoi je n'aurais pas pensé, je me demandais souvent si elle ne me faisait pas prendre ces images à seule fin de les oublier. D'en avoir fini avec elles dès qu'elle entendait le déclic de la caméra. J'avais surtout ce sentiment dans l'appartement de Paris, quand elle me faisait photographier un peu tout presque à tort et à travers, combien de photos m'a-t-elle fait prendre des fenêtres de l'appartement, des rainures du parquet, du seuil des portes, des boîtes quelconques (mais une fois il y avait une mèche de cheveux dans l'une de ces boîtes), et jamais elle ne me demandait de revoir ces photos. Alors, il y a quatre ans, de moi-même, d'accord avec Yann, je lui ai mis sous les yeux tout un tas de photos qu'elle m'avait fait prendre lors des promenades, elle les a regardées lentement. Elle a reconnu les routes, les fermes, qui n'existaient plus, parce qu'elles avaient été détruites par les constructeurs du grand pont sur la Seine, et aussi la cheminée d'usine qu'elle aimait regarder par l'une des fenêtres de son appartement, abattue entre-temps aussi. Mais ce qui était demeuré, elle n'en gardait pas le souvenir. Rarement, tout de même, elle disait : "Oui. ça c'est le Café de la Guêpe", ou "Là, c'est Under the Trees", toujours des noms inventés, parce qu'elle donnait des noms à tout ce qui la saisissait. Et j'avais oublié ces images moi aussi, tant elle m'en avait fait prendre. C'est Yann seul qui se rappelait, parce que, disait-il, c'est lui qui avait conduit la voiture, il gardait une mémoire plus vive que nous, qui nous laissions emmener. Les photos à la vue desquelles Marguerite Duras avait réagi, je les ai collées sur de grandes feuilles blanches, et Yann lui a demandé si elle ne voulait pas écrire quelque chose à côté de l'image, et elle a dit : "Non, comment voulez-vous ? Toutes ces images ?..." J'ai laissé passer quelque temps, et je lui ai apporté, un matin, juste trois images, et là, en prenant chaque photo en main, elle a dit des mots... c'était tellement elle, si beau, si secret, Yann et moi nous en tremblions. Des fois elle écrivait dans les marges, contre la photo. Des fois elle demandait à Yann, à moi, de noter. J'ai apporté comme cela trois ou quatre photos, de temps en temps. Puis elle n'a plus voulu. Yann lui a demandé si l'on ne pourrait pas publier ces mots d'elle, avec les images, et elle n'a pas dit non. Je suis allée proposer cela dans des maisons d'édition, Gallimard, d'autres, elles ont refusé. Je n'ai pas continué, j'ai abandonné l'idée. Et, je n'ai pas très bien compris pourquoi, c'est lorsque Mitterrand est mort que j'ai été prise d'une nécessité absolue de faire éditer cela. J'ai pensé à un livre de dimensions modestes, quelques photos seulement. Je suis allée feuilleter dans les librairies les albums de photos, et les seuls qui me touchaient étaient faits chez le même éditeur. Je suis allée le trouver, il a accepté. Je trouvais le format un peu trop petit quand même, mais lui me disait : non, c'est bien, et surtout j'ai été surprise par la vérité, la délicatesse des reproductions des photos. Mais quand Yann m'a téléphoné que Marguerite n'était plus, j'ai couru chez l'éditeur, je lui ai demandé d'arrêter tout, de ne pas publier. Je lui ai dit qu'il fallait attendre que je me retrouve, que tout ce bouleversement s'apaise. Mais l'éditeur m'a dit qu'il était désolé, que la distribution du livre était en marche, qu'il ne pouvait plus l'arrêter. Je suis rentrée à la maison, j'ai pris dans mes mains des images que Marguerite avait retenues et qui ne sont pas dans le livre, et des photos que j'avais faites de Marguerite elle-même, j'ai pensé à toutes ces promenades qu'elle nous faisait faire, à Yann et moi, en voiture, les après-midi, très loin parfois de Trouville, jusqu'à la tombée de la nuit. » ( PROPOS RECUEILLIS PAR MICHEL COURNOT )
   



" Alabama Song " de Gilles leroy
Editions Gallimard - Collection Folio -2009

4ème de couverture

Alabama, 1918. Quand Zelda, « Belle du Sud », rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes…
Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister… Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand « roman américain ».


EXTRAITS : http://www.evene.fr/livres/livre/gilles-leroy-alabama-song-29711.php?citations



" Au commencement était la mer" de Maïssa Bey
Editions de l'Aube - Collection Poche - 2007

4ème de couverture
Au commencement était la mer...
Les criques violentes et sauvages découvertes une à une. Des refuges où les mènent leurs échappées. Des refuges déserts le plus souvent. Ils s’y promènent sans crainte. Ils ont oublié, ils oublient - dangereux et merveilleux prodige de l’amour - la peur qui fait se terrer les hommes derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus fortifiés.




Edition la Table Ronde - 1995
"Un ange auprès de moi " de Tobias Palmer
trad. de l'anglais par Laurence E. Fritsch ( actuellement indisponible )



Edition Poche - 2003
" Le témoin imprévu " de Jo Wajsblat

4ème de couverture
«Une odeur de chair et de cheveux brûlés flotte constamment dans l'air. Les fours incinérateurs ne suffisent plus, on a creusé en lisière de la forêt de grandes fosses où l'on entasse les cadavres avant de les arroser d'essence, comme à Chelmno ou à Treblinka.»

En octobre 1944, Jo Wajsblat, un juif polonais de 15 ans, est poussé dans la chambre à gaz. La porte s'est refermée... puis rouverte sur ordre de Mengele. Survivant de Birkenau, il attendra plus de cinquante ans pour révéler son secret. Le témoin imprévu parle de son expérience exceptionnelle, mais également des personnages qui l'ont marqué.

Si raconter son histoire est un moyen de lutter contre la banalisation, comme le souligne Gilles Lambert, «c'est aussi pour Jo Wajsblat une ultime façon de s'excuser d'avoir survécu».


Edition Flammarion - 2002
Mademoiselle Chambon d'Eric Holder

4ème de couverture
Montmirail, Marne, 51. Antonio, un maçon portugais, croise un jour Véronique Chambon, l'institutrice de son fils. Entre eux se noue une idylle secrète, inavouée.
Pourquoi et comment tombe-t-on amoureux ? Il peut suffire d'un regard timide, d'une sonate de violon, d'un champ de blé pour découvrir des sentiments et des émotions qu'on ne soupçonnait pas... Mademoiselle Chambon est l'histoire d'une passion simple mais aussi une chronique de la vie provinciale.

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
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Lundi 9 mars 2009



" Birmane " d'Ono-Dit-Biot
Editions Plon - 2007

Résumé de l'éditeur
Décidé à changer le cours de sa vie, un jeune homme s’envole pour le pays de tous ses fantasmes avec un projet fou : décrocher l’interview du plus grand trafiquant d’opium de tous les temps. Un scoop sans prix.
Double problème : César est un amateur, et la Birmanie une dictature.
A Rangoon, où la paranoïa le dispute à la moiteur tropicale, il rencontre une jeune femme au charme trouble. Médecin humanitaire passionnée et déterminée, elle se montre parfois mélancolique, lointaine... Fasciné, il en tombe amoureux.
En lui venant en aide, elle va le faire plonger au cœur d’un pays où tous ses repères volent en éclats. Jusqu’à le mettre sur le chemin d’une figure mythique de la rébellion politique réfugiée dans la jungle : la Femme-Tigre.

De la jeunesse dorée de Rangoon aux ethnies du Triangle d’Or, des villages lacustres du lac Inle à la vallée des Rubis, voici l’itinéraire aventureux d’un héros de notre temps
. En quête d’amour et d’absolu dans le pays le plus fermé, le plus enivrant, le plus sensuel de toute l’Asie.





Editions Stock, 2008

4ème de couverture
Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J’avais honte ? Peur qu’on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c’était pour échapper à la question terrible : « Qu’est-ce qu’ils font ? » Aujourd’hui que le temps presse, que la fi n du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j’ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu’on ne les oublie pas, qu’il ne reste pas d’eux seulement une photo sur une carte d’invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n’ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d’ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d’une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d’eux avec le sourire. Ils m’ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. Grâce à eux, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu’ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien. Et surtout, pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j’ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.


"Cher Mathieu, cher Thomas, 

Quand vous étiez petits, j’ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois. 
Je ne l’ai jamais fait. Ce n’était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu’à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures…


Jusqu’à ce jour, je n’ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J’avais honte ? Peur qu’on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c’était pour échapper à la question terrible : « Qu’est-ce qu’ils font ? » 
Aujourd’hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j’ai décidé de leur écrire un livre. 
Pour qu’on ne les oublie pas, qu’il ne reste pas d’eux seulement une photo sur une carte d’invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n’ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d’ange, et je ne suis pas un ange. 
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d’une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d’eux avec le sourire. Ils m’ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. 
Grâce à eux, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu’ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serait : rien. 
Et surtout, pendant de nombreuses années, j’ai bénéficié d’une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j’ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. "Jean Louis Fournier





Editions poche - 1997

«Quand je prends mes décisions, je n'invente pas la poudre», déclara un jour à la radio un important leader politique, plusieurs fois ministre. C'est peut-être la raison pour laquelle lui comme ses congénères – de la gauche de la gauche à la droite de la droite – sont passés maîtres dans l'art de masquer le vide par les mots.
Journaliste à Canal +, auteur du Dico français/français et du Livre des pourquoi, Philippe Vandel nous offre ici un sottisier admirablement documenté de la politique contemporaine. On y apprendra à décrypter comme autant de dialectes «le» centriste, «le» RPR, «le» socialiste, «le» Pasqua, et bien sûr «le» technocrate. On saura désormais qu'en politique, intolérable = toléré, conséquences pour l'emploi = licenciements, sérénité = inquiétude à peine voilée, et «J'ai confiance dans la justice de mon pays» = «Je suis un escroc».
Et l'on en déduira que le rire pourrait bien être un des meilleurs alliés du citoyen...
Source : Le Livre de Poche

 




Editions Stock - 2007

Résumé
Une jonque qui transporte une
troupe de comédiens accoste un jour dans l'île où vivent nos amis Jeanne, son frère Thomas, M. Henri... Le soir même, ils jouent 'Roméo et Juliette', faisant rêver d'amour tous les habitants de l'île. Le lendemain, stupeur ! la jonque est partie. Elle a emporté avec elle les accents et les épices. L' île découvre alors comme la vie est morne sans eux. Comment avaler, jour après jour, du riz sans safran ? Comment s'émouvoir ou s'émerveiller s'il n'y a plus d'accent aigu sur le e ? Jeanne décide de partir à leur recherche, d'autant plus que son frère s'est embarqué avec la troupe pour travailler comme souffleur. Son périple va la mener jusqu'en Inde, dans une vallée magique où se réunissent chaque année des comédiens du monde entier pour un festival secret de théâtre et d'épices. Ne viendraient-ils pas là pour se faire épicer ? Mais les accents se sont installés plus haut, sur les contreforts de l'Himalaya. Elle a retrouvé Thomas, qui mènera l'expédition jusqu'à la villégiature des accents, où se rassemblent régulièrement tous les accents du monde. Sur ces hauteurs, Jeanne va commencer à découvrir ce que c'est qu'aimer : accentuer sa vie. Elle poursuivra cette exploration dans le prochain livre qui traitera, avec un chef d'orchestre, de la ponctuation.

En savoir plus :
http://www.erik-orsenna.com/revolte_oeuvre.php




Editions Grasset
Collection : Les Cahiers Rouges
Parution :
avril 2002

4ème de couverture
Dans un village de Colombie, un jeune homme, Santiago Nasar, est assassiné un matin à l'issue d'une nuit blanche très mouvementée et d'une visite au port pour apercevoir l'évêque dont le passage est un événement. Une enquête menée par le narrateur révèle l'aspect insolite de ce fait divers : tout le monde, en fait, était au courant du projet des deux assassins. Cette mort était "annoncée" et même clamée par les tueurs. Pourquoi n'a-t-on rien fait pour empêcher l'assassinat en avertissant la future victime ?

Des servantes familiales au responsable de la sécurité du village, en passant par le curé, ou les bouchers des abattoirs, on avait, semble-t-il, ses raisons. Consultés par le narrateur, les témoins expliquent ce qu'ils savent, ou mieux, ce qu'ils savaient. Mais pourquoi les frères Vicario ont-ils tué Santiago Nasar à l'aube, alors qu'ils ont passé une partie de la nuit avec lui à festoyer et à s'enivrer à l'occasion du fastueux mariage de leur soeur Angela ? En pleine nuit de noces, le marié, Bayardo, congédie brusquement sa femme car il s'aperçoit qu'elle n'est pas vierge. Interrogée par ses deux frères, Angela révèle le nom de celui qui l'a déflorée : Santiago Nasar. Mais est-ce vrai ? Et le mari mérite-t-il vraiment cette vengeance familiale ?

Ainsi l'affaire est reconstituée peu à peu, mais les détails fournis, loin d'éclairer l'ensemble, le rendent de plus en plus mystérieux et rocambolesque. Voici un livre hallucinant où l'humour et l'imagination de Garcia Marquez se débrident plus que jamais pour créer une nouvelle et géniale fiction sur les vieux et éternels thèmes de l'honneur et de la fatalité.



Editions Seuil - 2008

Présentation de l’éditeur :
Les destins croisés d’Edouard Manet, qui meurt à 51 ans de gangrène, et de son collectionneur et modèle occasionnel, Eugène Pertuiset, aventurier, chasseur de lions, homme à femmes, gros mangeur et buveur, explorateur à ses heures, jusqu’à la Terre de feu. En 1881, deux ans avant sa mort, Edouard Manet fait le portrait d’un personnage haut en couleurs de l’époque, Eugène Pertuiset, à ses heures chasseur de lions en Algérie, mais aussi magnétiseur, explorateur, inventeur et trafiquant d’armes, activités qui le mèneront à accomplir de nombreux voyages en Amérique du Sud, et à faire la première tentative d’exploration de la Terre de Feu. Ce Portrait de Pertuiset, le chasseur de lions, qui n’est peut-être pas le plus connu de Manet aujourd’hui, ni le plus admiré, valut à l’artiste un prix au Salon. Les deux hommes étaient liés, et l’aventurier avait le bon goût d’être un collectionneur de Manet. Ce sont les aventures de ce Pertuiset, rocambolesques et assez farcesques, que retrace Olivier Rolin, croisées avec divers épisodes de la vie de Manet. C’est aussi un voyage à travers l’espace (l’Algérie coloniale, Lima, Valparaiso, la Terre de Feu), le temps (le Paris de Napoléon III, la guerre de 70, la Commune), les souvenirs littéraires (Baudelaire, Zola, Maupassant, etc.). Un roman mené tambour battant, comme une suite très rythmée de scènes ou de tableaux colorés. Mais bien sûr, Olivier Rolin ne fait pas un roman classique, et il entrecoupe son récit par l’évocation de souvenirs personnels qui le ramènent vingt-cinq ans en arrière lorsque, journaliste, il arpentait le continent latino-américain. « Le lion que tu chassais, la Terre de Feu que tu explorais, le trésor que tu cherchais, c’était, comme toujours, le temps perdu. »

L'Auteur :
Olivier Rolin, né en 1947, est l’auteur de plusieurs romans, dont L’Invention du monde (1993), Port-Soudan (prix Femina 1994), Méroé (1998) et Tigre en papier (2000 et prix France-Culture 2003). Il a également écrit des récits de voyage dont En Russie (1987), Mon Galurin gris (1997), a été journaliste et est éditeur.

EXTRAIT

(...) Les "dames Morisot", Berthe et sa mère, habitent rue Franklin, sur la colline de Chaillot, une maison dont le jardin domine la Seine et, de l'autre côté du pont d'Iéna, le Champ-de-Mars, qui n'est alors qu'une immense prairie. Berthe s'enfonce dans une incurable mélancolie. Ses imaginations romantiques se défont, le monde qu'elle a connu est en proie à la violence et à la mort. Paris est un camp retranché. Le jardin où, il y peu, Manet peignait Edma, dans la même grande robe d'un blanc nacré, légèrement moucheté, que celle que Berthe porte dans Le Repos, avec un enfant dans son landau, et des taches de soleil moirant la pelouse, ce jardin est à l'abandon, dévasté par les bottes des gardes nationaux qui campent dans son atelier. C'était l'été, alors, et c'était l'été encore qui mettait qui mettait un rectangle d'émeraude derrière la nuque d'Yves quand degas la peignait, ici, dans cette maison - l'été, chatoiement des étoffes claires, des fleurs, miroitements de l'eau, couleurs éblouies, comme surexposées par l'excès de la lumière, tendant vers ce blanc irrisé qui est aussi celui des chemises, des robes, des bas des jeunes filles qu'elle peindra. C'était l'été, et maintenant l'hiver est venu. Ses soeurs l'ont abandonnée, parties vivre en province, mariées à des hommes dont on se dit, dont elle se dit qu'elles auraient pu se passer. Le tête-à-tête avec sa mère est épuisant, qui ne la quitte pas, la couve du regard, l'adjure de se marier - à trente ans bientôt, à quoi songe-t-elle ? Son père, elle n'a jamais eu beaucoup de familiarité avec lui. La vie dont elle a rêvé, sans même en être consciente, c'était sans doute une vie d'artiste et d'éternelle jeune fille, entre son chevalet et ses soeurs, Edma surtout, qui comme elle peignait, avec qui elle partageait tout. (...)




Editions Pocket - 2005

Présentation de l'éditeur
Ecrit sous forme de nouvelles, l'auteur croque, dans l'atmosphère feutrée et nostalgique d'un salon de coiffure des années 1960, les portraits de personnages attachants, drôles, pathétiques à travers le regard espiègle et curieux d'un jeune garçon. « Mon père, c'est un vrai champion dans sa discipline. Il arriverait à faire parler les muets... Il a un don. C'est un mystère. D'emblée il inspire confiance. Il a sa façon à lui de regarder les gens... C'est comme une danse de sorcier quand il bouge. Il a une manière de passer sa main dans les cheveux, comme s'il transmettait un fluide... » Monsieur Georges a en effet le talent de coiffer et de recevoir les confidences en même temps. Les secrets, les désirs et les vices cachés, les rêves inavouables, se révèlent sous les doigts agiles de ce coiffeur pas comme les autres.

L'auteur vu par l'éditeur
Claude Couderc est journaliste, écrivain et réalisateur. Il a collaboré à plusieurs titres de la presse écrite, à différentes chaînes de télévision et a publié une dizaine d'ouvrages. Il est actuellement Responsable de programmes sur France3.




Editions Payot - 1992
"Grammaire française et impertinente"
de Laurent Fournier

Note de l'éditeur

Elle montre souvent le mauvais exemple, mais donne toujours la bonne règle ! Voici une grammaire impertinente qui réunit l'ensemble des règles à suivre pour dire et écrire correctement bêtises et grossièretés. Les héros, une charcutière, un condamné à mort, un gangster, un commandant de bord aveugle, un bûcheron ivre, nous enseignent l'usage des prépositions et des conjonctions, et conjuguent avec aisance le subjonctif imparfait des verbes les plus délurés.

Ancien écolier que les exemples puisés dans Anatole France ou Pierre Loti n'arrivaient pas à dérider, Jean-Louis Fournier a pensé aux nouveaux élèves. Un manuel que ces derniers auraient pu écrire pour rire si au moins ils avaient su la grammaire, et que devra posséder tout instituteur rêvant de voir une petite lueur s'allumer au fond du regard vide des cancres.

"Jean-Louis Fournier est un fou chiffoné d'angoisse poru qui tout allait bien jusqu'au jour où il est né." (Pierre Desproges) 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
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Dimanche 18 janvier 2009



"Prenez un coq" Jean-Baptiste Harang
Editions Verdier poche


4ème de couverture

Prenez un coq et plumez-le jusqu’à lui faire rendre l’âne. Car il n’y a jamais loin du coq à l’âne, guère plus que de la coupe aux lèvres, guère moins que du Capitole à la Roche Tarpéienne, surtout si l’on s’y rend à pied, la pointe d’une dague dans les reins.
Pendant l’été 2003, l’auteur fut mis en demeure chaque jour d’illustrer par la plume une expression qu’il n’avait pas choisie, tombée par hasard dans une conversation et prise au pied de la lettre : « Passer du coq à l’âne ».
On voit bien qu’il suffisait de plumer l’un pour éviter le bonnet de l’autre.
Le passage du coq vers l’âne est étroit et ne connaît pas de retour. Pour l’avoir parcouru trente-cinq fois, et revenir à vide dans le sens de la pente, on peut dire ce qu’il faut d’humour, de santé, d’érudition et de mauvaise foi, d’abnégation et de ridicule pour fouiller des entrailles qui ne nous ont rien fait, les retourner comme des gants (c’est assez salissant), leur chatouiller l’étymologie, la généalogie et la parentèle pour que, comme jadis elles prédisaient à Rome un avenir incertain, elles nous lâchent de guerre lasse : « Pour faire l’âne, c’est par là… »
Nous y sommes.

 

EXTRAIT :

 

Le coq est un mauvais palindrome

   Prenez un coq. Ou, exceptionnellement, si vous n’avez pas de coq, imaginez un coq, vous verrez, c’est beaucoup moins salissant. Vous avez là un animal approximativement palindromique, le coq est un qoc. Le coq se retourne comme un gant, et tout comme le gant qui, une fois retourné, a toujours l’air d’un gant, mais mal foutu, un gant à l’envers, les coutures en l’air, de même le coq. Pour retourner un coq, prenez un gant. Serrer le poing et l’enfoncer dans le fondement de la bête, assez profondément (le coq aura bien sûr été vidé au préalable par votre volailler, inventez un prétexte culinaire quelconque si l’homme de l’art ne s’intéresse pas à la sémantique), une fois à l’intérieur, la main se déplie dans la position du nageur et s’engage assez entre les poumons pour attraper délicatement mais fermement entre le pouce et l’index la base du cou (les moufles ne conviennent pas pour cet exercice), l’autre main qu’il est inutile de ganter vient pincer la peau du cul du coq à la hauteur de votre coude fouailleur. Tirer d’un coup sec, le coq se retrousse et vient cul par-dessus tête se présenter à vous comme un écorché, les ailes à l’intérieur. Si vous avez deux coqs, poser le coq retroussé à côté de l’autre, vous verrez que, physiquement aussi, le coq est un palindrome approximatif, ils ont vraiment l’air d’un coq et d’un qoc. Bon, certes, il faut le coup de main, mais toute personne s’étant entraînée toute une vie avec des chaussettes peut réussir cette expérience. Procéder de même pour remettre le qoc à l’endroit. Certains, avec les coqs, ne prennent pas de gants, mais ces gens-là n’aiment ni les coqs ni les palindromes.
   À la décharge du coq, il faut avouer qu’il fait son possible, car le règne animal contient peu d’animaux purement palindromiques. On pense tout d’abord à la baudroie et à la grenouille, qui semblent si faciles à retourner avec leur gueule plus grosse que le ventre, mais elles ne donnent rien. On écarte les grands fauves, je voudrais vous y voir. Le loup à l’envers a l’air d’une poule et le cheval ressemble à la vache (lavehc). Certains animaux donnent le change à première vue mais ne résistent pas à l’examen : l’anoa (bovidaé des îles Célèbes), le bonobo, l’urubu (vautour à tête rouge), la nason (poisson chirurgien) ou l’ibis. D’autres confondent palindrome et bégaiement, le coucou, le caracaca (faucon d’Amérique du Sud), le rara et le bulbul (des passereaux), le pipit. Le susu, lui, se rattrape au pluriel : les susus sont des dauphins du Gange. Le longissor (poisson des mers) et le rossignol (oiseau des airs) sont de parfaites anagrammes, il suffirait qu’ils s’accouplent pour un somptueux rossignol-longissor, mais ils ne se fréquentent pas. Seul l’hocco (dit coq de Curaçao) atteint une approximation proche du coq. Du sténodactyle, on espérait beaucoup, mais ce petit lézard ne sait même pas taper à la machine. Non, seuls trois animaux ont assez de jugeote pour se lover tête-bêche dans la posture palindromique : l’ara, le sus et le kayak. L’ara est un perroquet, le sus est le nom savant du sanglier, et le kayak un bateau de pêche groenlandais en peau de bête morte qui se demande bien ce qu’il fait là. Quant à l’âne, à peine retourné, il fait l’ENA.

 


 

"Une idée de bonheur par jour" Janine Casevecchie

 Editions chêne- 2008

 
« Pour chaque jour de l'année, une pensée heureuse pour voir la vie du bon côté ! »

 

 


"Les 5 doigts de la main"

 

Théâtre jeune public / Acte Sud Papiers / à partir de 5 ans
Collectif d'auteurs

4ème de couverture
Les cinq doigts de la main prennent chacun leur tour la parole. Le Pouce, l'Index, le Majeur, l'Annulaire et le Petit Doigt s'amusent ou s'attristent de leur sort. Après tout, ces doigts auxquels on ne pense pas ont aussi leur mot à dire. Cinq ailleurs, cinq écritures, convoquent avec humour ces petits êtres aux mille facéties.

Le pouce de Camille Laurens
L'index de Jean Debernard
Le majeur de Michaël Glück
L'annulaire de Laurent Gaudé
L'auriculaire d'Emmanuel Darley

Extrait :


...Alors bon, je suis le Petit Doigt et je suis coincé dans l'oreille à Nono. C'est pas ma faute. Faut voir aussi. Toujours à me fourrer dans le nez ou dans l'oreille. Histoire de nettoyer. Les cacas d'oreille et les cacas de nez. Et le matin, tout en buvant le chocolat avec la paille, Nono y me fait frotter doucement ses oeils. Et pour enlever quoi ? les cacas d'oeil. C'est qu'y en a des cacas chez Nono. Pas possible combien y en a. Je les enlève, je fais de mon mieux mais rien à faire ça recommence. Tous les jours pareils...Alors pour protester, pour que Nono y comprenne, je me suis mis à gonfler, gonfler, jusqu'à plus pouvoir sortir...

 

 

 

"Syngué Sabour - Pierre de patience" Atiq Rahimi

   Edition P.O .L

 

4ème de couverture

En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera...
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.

 

EXTRAIT :

 

La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d'oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués ça et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d'un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras.

La chambre est vide. Vide de tout ornement. Sauf le mur qui sépare les deux fenêtres où on a accroché un petit kandjar et, au-dessus du kandjar, une photo, celle d'un homme moustachu. Il a peut-être trente ans. Cheveux bouclés. Visage carré, tenu entre parenthèses par deux favoris, taillés avec soin. Ses yeux noirs brillent. Ils sont petits, séparés par un nez en bec d'aigle. L'homme ne rit pas, cependant il a l'air de quelqu'un qui réfrène son rire. Cela lui donne une mine étrange, celle d'un homme qui, de l'intérieur, se moque de celui qui le regarde. La photo est en noir et blanc, coloriée artisanalement avec des teintes fades.

 

 

Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul (Afghanistan), il vit et travaille aujourd'hui à Paris. Il a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul puis à l'université (section littérature).
En 1984, il quitte l'Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis demande et obtient l'asile politique en France où il passe un doctorat de communication audiovisuelle à la Sorbonne. Il réalise des films documentaires et adapte en 2004 son roman Terre et cendres, qui, présenté à au festival de Cannes obtient le prix "Regard sur l'avenir".


Lire les premières pages :

http://www.pol-editeur.fr/catalogue/fichelivre.asp?Clef=6224

  

 


"Contes d’hiver" Karen Blixen

Edition Gallimard Folio - 1962

4ème de couverture

Un jeune mousse sauve un faucon et est sauvé par une Laponne. L'aventure, dans le port d'Anvers, d'un écrivain malheureux, qui fuit sa propre vie. Le symbole mystérieux d'un collier qui a une perle de trop. Deux sœurs ruinées qui jouent aux riches héritières. Une héroïne de la Grande Guerre... Tels sont quelques-uns des thèmes et des personnages de ces Contes d'hiver, plus doux, plus tendres que les Contes gothiques de la grande romancière danoise

 

Biographie
Descendante d'une famille patricienne du Danemark, la baronne Karen von Blixen-Finecke est née en 1885 près de Copenhague. Elle part en 1914 pour le Kenya afin d'y diriger avec son mari la plantation du café qui lui inspirera son œuvre célèbre, La ferme africaine et y demeure, dix ans après son divorce, jusqu'en 1931. Elle se retire ensuite dans la demeure familiale de Rungstedlund, où elle se consacre à son œuvre jusqu'à sa mort en 1962.

 

 

"Acide sulfurique" Amélie Nothomb

  Editions Albin Michel

 

« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle »

 4ème de couverture

"Concentration" : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme! Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l'audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l'horreur dénoncée.
Etudiante à la beauté stupéfiante, Pannonique est devenue CKZ 114 dans le camp de concentration télévisé. Le premier sévice étant la perte de son nom, partant de son identité. Zdena, chômeuse devenue la kapo Zdena, découvre en Pannonique son double inversé et se met à l'aimer éperdument. Le bien et le mal en couple fatal, la victime et le bourreau, la belle et la bête aussi.
Quand les organisateurs du jeu, pour stimuler encore l'audience, décident de faire voter le public pour désigner les prisonniers à abattre, un tollé médiatique s'élève mais personne ne s'abstient de voter et Pannonique joue sa vie...

Les jeux du cirque modernes : téléréalité, voyeurisme, ignominie, bonne conscience, dénonciation moralisante y ont partie liée. Un monde de bêtise et de cruauté, d'hypocrisie bien-pensante où l'individu a perdu toute liberté d'agir puisque tout est récupéré, où même la dénonciation du système appartient au système. Et cependant qui dit victime dit désir de sauver sa peau. En premier chef de reconquérir la faculté de nommer, le début de l'humanité selon Nothomb!



 

"Entre Fantoine et Agapa" Robert Pinget

   Edition de Minuit

 

4ème de couverture

Recueil composé de vingt nouvelles : « Vishnu se venge » – « Ubiquité » – « Baramine » – « Suicida, AE, M ou F » – « Velléités » – « Les concombres » – « Les citrouilles » – « Le perroquet » – « Entre Fantoine et Agapa » – « Le cantonnier » – « Polycarpe de Lanslebourg » – « Le café du Cygne » – « La chaise longue » – « Monsieur Maurice » – « Hippocrate » – «  Le coffret – Histoire bête – Le testament d’Artaxerxès – En marge de l’Orestie – “ Firenze Delle Nevi ” – Journal.

 

Les premières pages :

VISHNU SE VENGE

Le curé Fantoine est un amateur. Il n'a pas la bosse de Dieu. Il s'ennuie. Il est abonné à des revues de théâtre. Il lisote les auteurs à la mode. Il grapille dans les vignes savantes. Il passe pour un érudit mais il est un faquin. Le clocher de Fantoine est du neuvième siècle. Il a beaucoup d'allure. Dommage qu'il se promène la nuit. Il ne sait pas lire. Il visite l'église, le village, les alentours. On s'habitue à son humeur. Les habitants de Fantoine sont désespérants. Ils boivent. Ils travaillent. Ils boivent. Leurs enfants sont épileptiques. Leurs femmes pleines. Le Facteur de Fantoine est un rigolo. Quand il rentre au café, il commande un vermouth. Le patron lui demande : " Avec un zeste de citron ? ". Il répond : " Avec un geste de syphon". Toujours la même chose. Quand il a finit, il sort en disant : " Bons baisers, à bientôt ". Formule épistolaire. Les crocodiles de Fantoine sont empaillés. Les vaches sont en sapin. Les fenils marmonnent. A midi, ils hurlent d'une rue à l'autre, ils étouffent des poules, ils égorgent des veaux. Mais le curé de Fantoine s'ennuie...



"Vie et opinions philosophiques d’un chat"   Hippolyte Taine

    Editions Payot et Rivages – 2008

 

4ème de couverture

 

" J’ai beaucoup étudié les philosophes et les chats. La sagesse des chats est infiniment supérieure. "(Hippolyte Taine)

Vie et opinions philosophiques d’un chat est un texte court, cynique et plein d’humour, que l’historien, philosophe et critique littéraire, Hippolyte Taine (1828-1893), rédige, comme entre parenthèses, pour reposer et amuser le lecteur, dans la seconde édition du Voyage aux Pyrénées, ouvrage paru en 1858 à la Librairie Hachette.

Considéré comme un texte rare, souvent cité, mais introuvable, c’est un petit classique de la littérature sur les chats.


EXTRAIT :

 Je suis né dans un tonneau au fond d’un grenier à foin ; la lumière tombait sur mes paupières fermées, en sorte que, les huit premiers jours, tout me parut couleur de rose.

Le huitième, ce fut encore mieux ; je regardai, et vis une grande chute de clarté sur l’ombre noire ; la poussière et les insectes y dansaient. Le foin était chaud et odorant ; les araignées dormaient pendues aux tuile ; les moucherons bourdonnaient ; tout le monde avait l’air heureux ; cela m’enhardit, je voulus toucher la plaque blanche où tourbillonnaient ces petits diamants et qui rejoignait le toit par une colonne d’or. Je roulai comme une boue, j’eus les yeux brûlés, les côtes meurtries ; j’étranglais, et je toussai jusqu’au soir.


II


Mes pattes étant devenues solides, je sortis et fis bientôt amitié avec une oie, bête estimable, car elle avait le ventre tiède ; je me blotissais dessous, et pendant ce temps ses discours philosophiques me formaient. Elle disait que la basse-cour était une république d’alliés ; que le plus industrieux, l’homme, avait été choisi pour chef, et que les chiens, quoique turbulents, étaient nos gardiens. Je pleurais d’attendrissement sous le ventre de ma bonne amie.

 

 

Un matin la cuisinière approcha d’un air bonasse, montrant dans la main une poignée d’orge. L’oie tendit le cou, que la cuisinière empoigna, tirant un grand couteau. Mon oncle, philosophe alerte, accourut et commença à exhorter l’oie, qui poussait des cris inconvenants : "Chère soeur, disait-il, le fermier, ayant mangé votre chair, aura l’intelligence plus nette et veillera mieux notre bien-être ; et les chiens, s’étant nourris de vos os, seront plus capables de vous défendre." Là-dessus l’oie se tut, car sa tête était coupée, et une sorte de tuyau rouge s’avança hors du cou qui saignait. Mon oncle courut à la tête et l’emporta prestement ; pour moi, un peu effarouché, j’approchai de la mare de sang, et sans réfléchir, j’y trempai ma langue ; ce sang était bien bon, et j’allai à la cuisine pour voir si je n’en aurais pas davantage.


III


Mon oncle, animal fort expérimenté et très vieux, m’a enseigné l’histoire universelle.

À l’origine des choses, quand il naquit, le maître étant mort, les enfants à l’enterrement, les valets à la danse, tous les animaux se trouvèrent libres. Ce fut un tintamarre épouvantable ; un dindon ayant de trop belles plumes fut mis à nu par ses confrères. Le soir, un furet, s’étant insinué, suça à la veine du cou les trois quarts des combattants, lesquels, naturellement, ne crièrent plus. Le spectacle était beau dans la basse-cour ; le chiens çà et là avalaient un canard ; les chevaux par gaieté cassaient l’échine des chiens ; mon oncle lui-même croqua une demi-douzaine de petits poulets. C’était le bon temps, dit-il.

Le soir, les gens étant rentrés, les coups de fouet commencèrent. Mon oncle en reçut un qui lui emporta une bande de poils. Les chiens, bien sanglés et à l’attache, hurlèrent de repentir et léchèrent les mains du nouveau maître. Les chevaux reprirent leur dossée avec un zèle administratif. Les volailles protégée, poussèrent des gloussements de bénédiction ; seulement, au bout de six mois, quand passa le coquetier, d’un coup on en saigna cinquante. Les oies, au nombre desquelles était ma bonne amie défunte, battirent des ailes, disant que tout était dans l’ordre, et louant le fermier, bienfaiteur du public.

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Vendredi 9 janvier 2009



http://www.lire.fr/enquete.asp/idC=53017/idR=200/idG=3


                                                        ...à bientôt et Bonne année 2009 !

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Lundi 15 décembre 2008

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 ‘‘Les enfants du limon’’ de Raymond Queneau  
Edition Gallimard - 1938

Né au Havre le 21 février 1903, Raymond Queneau fait ses études au lycée du Havre puis à la faculté des Lettres de Paris. Il rencontre les surréalistes dont il subit l’influence. Il est élu à l’Académie Goncourt en 1951. Il meurt à Paris le 25 octobre 1976.

 

EXTRAIT :

Soleils ambulants, Chambernac et Purpulan se promenaient dans la campagne, l’un lent et lourd, l’autre sifflant l’air d’une baguette et décapitant les fleurs. Le sentier filait le long d’une pente, entre champs, jusqu’à la route nationale. Là le proviseur s’assit dans un petit abri érigé par les soins de la compagnie des Autocars de la Région Mourméchienne. Purpulan mit son pied sur une borne, s’accouda sur son genou et regarda les autos qui gazaient sur la belle ligne droite qui leur était offerte.
- Le soleil, dit Chambernac, le soleil ce sera le point central. C’est le centre du système.
Excrémentiel, satanique - qui donc a jamais pu concevoir cela ? Qu’en pensez-vous, Purpulan ? Purpulan ne daigna répondre.
- Enfin, dit Chambernac, vous devez bien en savoir quelque chose.
Purpulan mima l’ignorance, comme décidé à laisser l’autre monologuer.
- Comment, reprit Chambernac soudain résigné à l’ignorance sur ce chapitre peut-être prétendu de la démonologie, cette opinion a-t-elle pu naître ?
Purpulan témoigna par un geste qu’il s’en foutait royalement.

 

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‘‘Kétala’’ de Fatou Diome Edition Flammarion 2006
4ème de couverture

 

Que restera-t-il de nous ? Peut-être des souvenirs, magnifiés, interprétés, réinterprétés ou, pire, falsifiés. Inanimés, nos meubles, nos habits, nos objets familiers jalonnent le sillage de notre vie. Ils sont les témoins silencieux de nos joies et peines. “Pourtant, lorsque quelqu’un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles”. Le Kétala, le partage de l’héritage, disperse tout ce que possédait celui ou celle qui n’est plus. Attristés par leur séparation imminente, des meubles et divers objets cherchent un moyen d’éviter l’éparpillement des traces de Mémoria, leur défunte et aimée propriétaire.

Ecrit dans une langue belle et musicale, Kétala est un roman virtuose.

EXTRAIT :

 « Je viens d’une civilisation où les hommes se transmettent leur histoire familiale, leurs traditions, leur culture, simplement en se les racontant, de génération en génération [...] Comme nous ne pourrons pas empêcher les humains de nous disperser, je propose que chacun de nous raconte aux autres tout ce qu’il sait de Mémoria. Ainsi, pendant les six nuits et les cinq jours qui nous séparent du Kétala, nous allons tous, ensemble, reconstituer le puzzle de sa vie », conseille Masque à ses compagnons d’infortune. Ainsi, comme dans la tradition des contes des Milles et Une nuits, les objets de Mémoria se donnent six nuits et sept jours pour se transmettre mutuellement les souvenirs de la défunte. Avec une stratégie fondée sur la parole car « parler, encore et encore, est une façon de ne pas pleurer ». La suggestion est alors faite de rendre compte de ce qu’ils ont vu, seulement ce qu’ils ont vu, sans aucune interprétation.

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‘‘Les fleurs bleues’’ de Raymond Queneau

Edition Gallimard – Collection Folio

4ème de couverture

On connaît le célèbre apologue chinois : Tchouang-tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce point le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ? De même dans ce roman, est-ce le duc d’Auge qui rêve qu’il est Cidrolin ou Cidrolin qui rêve qu’il est le duc d’Auge ?

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‘‘Petites natures mortes au travail’’ d’Yves Pagès

4ème de couverture

Vingt-trois courts récits qui ont pour cadre le monde du travail. Vingt-trois personnages recrutés à contre-emploi ou exposés aux paradoxes de leur statut social. Et à chaque fois, un détail inattendu qui, mettant le quotidien en porte-à-faux, excite, comme par accident, notre imagination… Les ” petits métiers ” d’aujourd’hui portant de drôles de noms, on croisera, au fil des pages, un consultant d’entreprise, une hôtesse d’accueil, un télévigile, un enseignant par correspondance, un acteur de complément, etc. S’il s’agissait d’un film, on parlerait de ” documentaire-fiction “. C’est sur ce même fil du rasoir qu’Yves Pagès a conçu ses Petites natures mortes au travail, entre cinéma du réel et dérives imaginaires. Entre témoignages vécus et jeux de rôle fictifs.

Yves Pagès est né à Paris en 1963. Dramaturge et éditeur, il est l’auteur d’un essai critique sur Céline et de plusieurs romans dont La police des sentiments (Denoël, 1990), Les Gauchers (Julliard, 1993) et Le théoriste (Verticales, prix Wepler 2001).


9782742771684 

La desoeuvre de Karine Henry

Actes Sud 2008

4ème de couverture

Sa soeur Barbara, qu’elle n’a plus revue depuis son internement, lui a légué sa maison d’Artel. Aussitôt Marie décide de la mettre en vente après l’avoir vidée de ses meubles. La voici donc de retour dans cet endroit isolé et menaçant – et peu à peu captive de douloureux souvenirs. Sa jeunesse a été dévastée par un accident mais aussi, de longue date, par la folie de Barbara, personnalité terrifiante et imprévisible. Dans la maison à l’abandon, la présence de Barbara se manifeste encore. Marie retrouve ses carnets, somptueux sismogramme d’une jeune femme torturée par le mépris des contingences, acharnée à faire rempart, dans le huis clos de l’écriture, aux lois inexorables du temps et de la mort auxquelles, de toutes ses forces, elle veut opposer l’OEuvre. L’une voulait écrire, l’autre simplement vivre. Presque malgré elle, Marie recompose l’histoire familiale, fait ressurgir les figures contrastées de leurs parents et tente de déchiffrer, jusque dans les cicatrices de l’enfance, des raisons de comprendre et d’aimer Barbara en dépit de tout. Roman d’une folie dévastatrice et pourtant créatrice, La Désoeuvre entremêle ces deux voix distinctes et cependant complémentaires, pour faire entendre la beauté de la fiction qui les unit. Karine Henry vit à Paris, elle est libraire. La Désoeuvre est son premier roman.

EXTRAIT :

Un bruit. Un bruit sec d’os qui se brise. Je me redresse. Le feu. C’est le feu qui éclate, claque devant mes jambes rougeoyantes. Ma jupe est brûlante, je dois l’écarter de mes cuisses avant de ramener mes pieds nus sous mon corps abandonné au fauteuil et à la chaleur de la cheminée qui l’enveloppe, alanguit sa chair. La nuque ploie, et de là, de cet angle cassé, j’aperçois à mes pieds la bouteille de sancerre vide à la moitié… Et plus loin, sur la table, mon verre empli d’un liquide blanc, ou blond, parfois, lorsque les flammes s’avivent, jettent sur lui ces reflets roux qui l’animent, s’agitent, leur danse m’attire, un geste suffit, ma soif s’apaise… Puis à nouveau elle semble sans fin, alors je cède, je bois.
La nuit est tombée maintenant. Je viens d’allumer une cigarette, entre mes doigts je fixe le cercle luminescent et en son centre, l’étrange incendie qu’à lui seul il asservit… Fumées, alcools, brasier, l’ensemble neutralise le chaos dont mon front résonne. Je crois m’apaiser, m’amollir. Je crois ne plus penser aux cahiers quand ils ne cessent d’occuper l’arrière-fond de chaque idée. Ils sont en moi, je ne m’en débarrasserai pas comme cela. Mon verre s’engourdit, ma main peut-être… Un liquide s’égoutte sur le tapis, du vin… Le verre semble tomber… Infiniment… Eveillée, je somnole. L’esprit errant… Je visite notre histoire. L’oeil affolé, voyant fou au coeur de son funeste musée.
C’était il y a deux semaines. Je me rappelle en­core, lorsque le téléphone a sonné, la peur, cette peur ancienne qui immédiatement m’a rattrapée, entière, intacte, aussi tenace et assourdissante qu’au temps d’Artel. La sonnerie ne s’arrêtait pas. François a décroché. C’était pour moi.
Aussitôt la force dont j’usai pour fixer cette voix d’homme inconnue m’épuisa, et je ne sais combien d’interminables minutes s’écoulèrent avant qu’un oui étale ne tombe enfin de mes lèvres, un son noir, raclé, arraché à la gorge. Alors je raccrochai, immobile, les yeux rivés au vide.
- Marie, c’est qui ce notaire ?
Sans relever la tête, le regard enfoncé plus loin encore dans le sol, j’articulai péniblement, comme à rebours, en dehors de moi, comme si les mots provenaient d’ailleurs, d’une autre bouche, un écho brumeux qui n’esquissait que les contours perdus d’une mauvaise scène où je n’étais pas, qui ne me concernait pas et bientôt serait abolie par François, ou n’importe quel autre élément du réel venant la démentir et m’en extraire, me ramener à l’instant précédent, juste avant que ne me soit annoncée la nouvelle : à nouveau ma soeur aînée prenait place dans ma vie, s’imposait à moi.
- Barbara me lègue la maison…
- Quoi ?
-… la maison d’Artel !
Pourquoi soudain cet énervement, cette brusquerie du ton ? A cet instant je n’avais plus envie que de me taire, d’ignorer cet appel, de l’oublier, l’annuler par la simple force du silence. Cela faisait presque trois ans que nous étions partis, François et moi, que nous avions quitté Artel, laissant seule Barbara là-bas. Depuis nous n’avions plus eu aucune nouvelle, nous ne savions plus rien d’elle, excepté - nous le devinions seulement -que depuis longtemps déjà elle devait être sortie de la clinique.
- Marie, t’es sûre que c’est ce qu’il t’a dit ?
- Mais oui ! Je dois même aller là-bas pour signer… mais pourquoi elle fait ça, ça lui sert à quoi ?
Lorsque François avait décidé en urgence de notre départ, c’était avant tout pour moi, pour me préserver, mais aussi pour elle, pour Barbara, afin qu’une fois soignée, elle puisse retourner habiter la maison, s’y isoler et reprendre, continuer à écrire.
- Je ne sais pas, elle a certainement de nouveaux projets… elle a peut-être terminé d’écrire ou arrêté, elle veut passer à autre chose…
Non. François se trompait. D’après le notaire, cette décision n’était pas récente, cela datait de 2004, quelques jours avant mes dix-sept ans, c’est là qu’elle l’avait contacté et mandaté pour organiser ce legs en lui imposant de ne pas me prévenir avant aujourd’hui.

Disponible à la Bibliothèque de Fécamp

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
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Lundi 1 décembre 2008

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On progresse d’Alain Bertrand

Edition Le Dilettante

4ème de couverture

Au nom du confort, du progrès et du bonheur, on invente tout un tas d’objets. Or, à regarder vivre nos contemporains, on n s’aperçoit que sous prétxte de nous faciliter la vie, ils nous la compliquent singulièrement. Ce livre n’est ni un pamphlet ni un sermon. Il s’agit de prendre les moeurs d’aujourd’hui dans le filet du style, afin d’en jouer sur le mode de la drôlerie cruelle ou de la cruauté drôle. C’est ce regard, qui n’exclut pas une certaine tendresse, qu’Alain Bertrand tente de poser, dans l’héritage de Vialatte ou de Blondin. Et sans que soit reniée la part d’autodérision qui sied à tout écrivain, surtout originaire de Belgique. ( disponible à la Bibliothèque de Senneville-sur-Fécamp)

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En savoir plus :http://www.ledilettante.com/fiche-livre.asp?Clef=1019

 

 

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‘‘Colette’’

La Renaissance du Livre - Beaux livres littéraires

De l’enfance en Bourgogne à la femme mûre ou veillissante (L’Étoile Vesper et Le Fanal bleu), ce florilège nous entraîne parmi les extraits de Claudine à l’école, Le Blé en herbe, Les Vrilles de la vigne, La Retraite sentimentale, Chats, La Naissance du jour, etc. On y retrouvera les thèmes chers à Colette : la campagne et sa flore, ses chats et ses chiens dans leurs tours pendables, sa passion pour le mime, ses déboires sentimentaux, son besoin vital d’écrire, sa paresse et sa gourmandise aussi, et ceux qui firent sa vie et son œuvre : sa mère, Sido, son père le poète, Willy, mais aussi sa fille, la baronne de Jouvenel, etc. Une œuvre en prose chargée de tendresse et de poésie, accompagnée tout en douceur et en humour par les aquarelles de Gabriel Lefebvre.

Texte : Colette

Illustrations : Gabriel Lefebvre

Gabriel Lefebvre est illustrateur de livres pour la jeunesse. Il dessine des affiches pour le théâtre, le cinéma, la danse. Il a exposé son travail en Belgique, France, Sénégal, Vietnam, Canada. Il a réalisé de nombreux ouvrages chez divers éditeurs (La Martinière, Casterman, Milan, Hachette). Pour la collection “Littérature illustrée”, à la Renaissance du Livre, il accompagne de dessins à l’aquarelle, à l’encre de chine ou de collage les grands auteurs de la littérature : Arthur Rimbaud, Jean de La Fontaine, Jacques Brel, Khalil Gibran.

Parution Belgique: 20/05/2004

 

 

 

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” Le Dit de Tianyi “
de François Cheng

L’histoire du peintre Tianyi est présentée comme la confession d’un homme proche de la mort vivant dans un hospice en Chine. Le récit de Tianyi s’ouvre sur une drôle d’histoire d’âmes errantes, il est un enfant de cinq ans dans les années trente. Très jeune il se place sous le signe de l’errance et il s’initie, se consacre à la beauté. Sa quête esthétique l’amène à découvrir la culture occidentale en même temps que la tradition picturale chinoise. Son exil et ses voyages renforcent cette quête éperdue de beauté. La vie de Tianyi se déroule sur un demi-siècle d’histoire chinoise. En arrière plan défilent la guerre sino-japonaise, les soubresauts révolutionnaires, Paris dans les années 50 où le jeune exilé fait la découverte d’une ville cruelle et pleine de préjugés, la révolution culturelle au moment du retour en Chine pour retrouver l’amante Yumei et l’ami Haolang, le régime de Mao, les camps de travail.
François Cheng a reçu pour ce livre le prix Femina en novembre 1998.

Extraits :

” Rien qu’à me le demander, je ressens combien nous sommes différents, combien aussi nous sommes complémentaires. Haolang aura toujours été cet être qui s’arrache à la terre la plus charnelle, qui va droit de l’avant ou qui s’efforce de s’élever vers l’air libre des hauteurs coûte que coûte, vaille que vaille, fût-ce au prix d’atroces blessures infligées à lui-même et aux autres. Tandis que moi, j’aurai été cet être qui vient d’ailleurs et qui sera perpétuellement choqué par ce qu’offre cette terre. Si en dépit de tout je garde intacte en moi cette capacité d’étonnement et d’émerveillement, c’est que sans cesse je suis porté par les échos d’une très lointaine nostalgie dont j’ignore l’origine. Cette voix prenante qui à présent nous enveloppe tous deux ne peut provenir, bien entendu, que de Yumei, elle qui nous avait totalement aimés l’un et l’autre et qui avait reconnu justement cette différence et cette complémentarité dont elle n’avait pu se passer. “

“Au sortir de la famine, Haolang et moi, pareils à tant d’autres, nous nous découvrons vieillis mais vivants. La trop longue faim a miné les organes ; le trop long froid a glacé la moelle et érodé les os. La peau, pendante et flasque, a noirci. Et pas un mouvement de notre corps qui n’avive les douleurs accumulées. Pas un mouvement de notre corps, cependant, qui n’aspire au fou désir d’être à nouveau. Nous sommes devenus des demi-sauvages, à l’image de cette terre à laquelle nous demeurons fatalement liés. Nous ne nous imaginons plus vivant dans une autre région soumise à l’emprise d’une dictature plus forte encore. Cloués sur ce sol du Grand Nord, sans attache ailleurs, ne finissons-nous pas, mentalement par consentir à cet espace dont la dureté minérale devient, à nos yeux l’emblème de la grandeur et de la pureté ? Les dirigeants des camps, éprouvés eux-mêmes, ne se hasardent pas à revenir à la discipline de fer d’avant la famine. Notre camp porte maintenant le nom anodin de « ferme collective ». Nous partageons une chambre. La porcherie est incorporée à une structure d’ensemble. Nous n’avons plus à nous occuper, à part la participation ponctuelle à des travaux collectifs, que des potagers… et toujours, hélas ! des latrines, certes passablement améliorées. Notre indépendance est à ce prix. En dehors du travail obligatoire, chacun, disposant d’un temps à lui, peut exercer une activité jugée « correcte ». Non loin des camps et autour des bourgs, des villages commencent à se former, habités par des familles d’anciens militaires et d’artisans et par de nouveaux venus dans la région. Celle-ci ayant été fertilisée par la sueur et le sang des pionniers est devenue plus exploitable, en dépit de son climat hostile.

 

 

 

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‘‘Petite plume’’ d’Eran Kroband

 

 

Roman à facettes multiples et déroutantes, Petite Plume débute au XIXe par une bataille qui fait rage entre des Indiens et des émigrés écossais. Suite à un malencontreux éboulement de neige, les combattants vont se retrouver coincés et marris. Coupés à jamais du reste du monde, Indiens et Écossais vont apprendre à vivre ensemble dans une belle harmonie et donner naissance à des rejetons merveilleux, comme Petite Plume, à la fois doté d’un corps souple et agile et d’un nez retroussé parsemé de tâches de rousseurs. Un jour, un idiot d’aviateur portant dans son appareil une bombe atomique se retrouve pris dans une tempête de neige. Il se débarrasse de sa bombe en rase campagne, éliminant sans le savoir de la carte la ville de Loneville, restée inconnue de tous, ainsi que tous ses habitants. Réchappé miraculeux de ce désastre, Petite Plume – âgé de dix ans –, contraint de s’aventurer pour la première fois hors de sa ville, est bientôt recueilli par un capitaine puis adopté par le shérif d’une bourgade qui se prend d’affection pour ce drôle de petit homme.

Voici un roman qui se lit d’une traite, comme un délicieux récit caustique sur les mœurs et les travers des sociétés modernes, doublé d’une méditation profonde sur le modèle utopiste d’une cité idéale. En ce sens, ce petit roman rentre dignement dans la grande lignée des fables utopistes, au même titre que Atlantide, de Pierre Benoît, ou que Le Baron perché, d’Italo Calvino. Petite Plume est enfin une invitation à percevoir le monde sous un autre angle, plus joyeux et plus romanesque. Comme le dit l’auteur dans sa “note d’un rêveur” : “ce ne sont pas les miracles qui nous échappent, mais nous qui leur échappons !” –Denis Gombert –Ce texte fait référence à l’édition Broché .

Extraits :

« C’est parce que j’écoute le monde. J’écoute les arbres, le vent, le ciel, et puis le ruisseau et le silence. C’est très important d’écouter le silence, parce que ce n’est que dans le silence qu’on peut trouver la vérité et comprendre ce que le monde nous dit. Les mots ne sont qu’un bruit de fond. Si on veut vraiment écouter, il faut le faire avec ses yeux et avec son cœur, pas avec ses oreilles. Les oreilles sont utiles pour chasser, elles ne servent à rien parmi les hommes. »

 

 

 

 

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Morts en mer d’André Dubus -Acte Sud

Textes anglais ou américains
Traduit de l’ américain par Christine Le Bœuf

En quatre lettres adressées à sa femme depuis un porte-avions croisant dans la mer du Japon, un jeune lieutenant cajun raconte l’arrivée d’un officier noir de son âge qui partage désormais sa cabine, l’amitié ombrageuse qui advient entre ces deux sudistes, leurs soirées dans les bars aux escales, leurs conversations sur l’amour, les dangers qu’ils affrontent, le paternalisme méprisant de certains officiers, la mort d’un petit Blanc à la suite d’une bagarre avec un marin noir… Autant de circonstances dont la relation, teintée d’une irrésistible tendresse, révèle une fois encore cette aptitude à saisir les moments les plus secrets de la pensée et de la conduite, qui vaut à André Dubus de s’imposer aujourd’hui parmi les écrivains américains du premier rang.

EXTRAITS :

 

Le 2 juillet 1961

En mer.



 Bonjour, Camille…

 

Nous avons fui le Sud, je suppose. Je n’en suis toujours pas certain. Peut-être le moment était-il simplement venu pour nous de partir, de nous retrouver ensemble loin de Lafayette, où tant de gens nous connaissaient depuis le berceau. Nous avons discuté de ça pendant quatre ans, alors pourquoi en reparler ? A cause de Willie Brooks.

Et je pense à toi, seule dans ta maison préfabriquée à Alameda, Californie, avec les autres femmes d’officiers, et pas une Noire parmi vous. Et moi je me trouve sur un porte-avions dans le Pacifique ouest, et les stewards philippins sont les Nègres de la marine. Ils font la cuisine et le service dans le carré des officiers, et le ménage dans nos cabines ; c’est une condition que, grâce au ciel, ni toi ni moi n’avons jamais connue dans nos familles : celle des gens aisés qui faisaient tout faire chez eux par des Nègres. Maintenant, au bout d’un mois à bord du Ranger, je pense que mon compte est juste : il y a trois officiers noirs. Sur un effectif de trois mille cinq cents hommes, et je ne sais combien encore dans le groupe des aviateurs. Ah, je t’imagine lisant ceci, tu dis : Minute. Et tu as raison. Je t’ai raconté, en effet, qu’ils n’étaient que deux, et faisaient tous deux partie des aviateurs, pas de l’équipage ; l’un est chirurgien et l’autre chargé des relations humaines. Pas de pilote noir. Mais à présent nous avons, nous aussi, notre enseigne de vaisseau. Il est dans les relations publiques. (Il souhaite travailler à la radio ou à la télévision quand il sera démobilisé.) Il vient de Philadelphie. Il s’appelle Wilson Jason Brooks. Et, Camille, il est mon compagnon de chambre.

Le destin ? Dieu ? Bill a été transféré sur un destroyer. Une couchette s’est donc trouvée libre dans ma cabine. Alors Willie est arrivé à bord. Ainsi ma fuite loin du Sud, si c’en était une, m’a bel et bien entraîné plus loin encore que je ne l’avais prévu. J’ai cru d’abord, lorsqu’il a frappé à la porte et qu’en lui ouvrant j’ai vu son visage noir, hésitant mais souriant, que j’étais revenu à la case départ. Mais très vite, dès que je lui ai montré son bureau à côté du mien et fait remarquer que nous avions notre propre lavabo, avec un miroir et une prise pour le rasoir – il le voyait bien, naturellement, mais je parlais, je parlais, je parlais, plein de timidité, d’excitation et, oui : de peur –, et dès que je lui ai dit que je dormais dans la couchette supérieure, mais que ça m’était égal et qu’il pouvait choisir celle qui lui paraissait la plus confortable, j’ai su que je n’étais revenu nulle part. Parce que j’étais maintenant aussi loin du Sud que je pouvais l’imaginer : j’avais un Nègre pour compagnon de chambre. Et puis j’ai su aussi qu’il serait mon ami, quand il a répondu :

— Je prends celle du bas. Tu risques d’avoir assez de problèmes sans renoncer à ton lit.

— Des problèmes ?

— Tu n’as pas attrapé cet accent dans le New Jersey.

— Je suis catholique, ai-je dit.

Il m’a regardé comme si j’avais annoncé je suis marié, ou je mesure un mètre quatre-vingts, ou j’ai vingt-six ans. Puis il a ri, un rire bref, mais pas forcé : ça venait du cœur, et il souriait.

— C’est pour ça que tu m’as proposé ton lit ? Ordre du pape ?

— Je voulais dire que je viens du sud de la Louisiane. Cajuns et créoles. Des catholiques français. Je croyais que je parlais comme eux.

— Eh bien, à t’entendre, on ne te prendrait pas pour un cracker. Mais il y a une trace d’accent, Gerry. Sans doute quelques méchants baptistes qui traînaient dans ton coin.

— On se serre la main ? ai-je demandé. Ou on reste plantés là à essayer de deviner à quel point ça pourrait être moche ?

Il m’a tendu la main, une grande main, et nous nous les sommes serrées, en hommes. Jamais de poignée de main molle comme un poisson mort, me disait ma mère. Pourquoi elle, et non papa ?

— C’est une première ?

— Non pas. Collège intégré, les trois dernières années. Et en été j’ai travaillé sur un chantier avec des Noirs. Et il y avait un type quand j’étais petit. Leonard. Il tondait la pelouse une fois par semaine. Je l’aimais bien. Et il y avait des méchants baptistes dans le coin. Des méchants catholiques aussi.

— Du calme, vieux. Ça va aller. Moi aussi je suis mort de trouille.

— Tu as eu des problèmes ?

— Qui, moi ?

Pour toi, à la lecture de ma lettre, ceci doit ressembler à une confrontation plutôt qu’à une rencontre. Mais ce n’était pas le cas. Tu vois – c’est toi qui m’as dit que mon visage exprime toujours ce que je pense –, il savait ce que je ressentais. Il le voyait ; en sentait presque l’odeur, m’a-t-il dit plus tard. Il m’a dit qu’il y avait de la culpabilité jusque dans l’air de la cabine, et qu’il lisait dans mes yeux que je ne l’avais pas méritée, mais que j’avais simplement grandi avec. Plus tard encore, dans un bar de Yokosuka, il a ajouté que je lui avais rappelé un homme qui, pour avoir un jour essayé de s’opposer à un lynchage, s’était fait tabasser, mais pas tuer, juste parce qu’il était blanc et que les types avaient déjà un Nègre à pendre : je m’en voulais, et ne pouvais m’empêcher de m’en vouloir, d’avoir lancé des pierres dans un champ de blé sans briser une seule tige.

Nous étions en mer quand Willie est arrivé. Un avion l’a amené à bord, et nous sommes restés au large encore une semaine avant d’aller à Yokosuka. Pendant la journée, sauf le samedi après-midi et le dimanche, nous ne nous sommes guère vus. On se réveillait ensemble. A l’appel de son réveil, désormais, parce qu’il sonne plus doux que le mien. C’est presque une métaphore, n’est-ce pas ? Car… Oh, Dieu, Camille ; foutue distance, foutues lettres. J’ai envie de te tenir dans mes bras, que tu m’entendes, que tu me touches pendant que je te raconte ceci : je lui ai parlé de tout, de toi, et de moi, et de nous deux avec Emmett Till, et du soir, dans ce bar, où j’ai mis mon couteau sur la gorge de ce stupide imbécile. Ça lui a fait plaisir, à Willie. Je veux dire, il était ému. Mais il l’a vite caché en disant :

— Un couteau ! Je pensais que seuls les miens avaient des couteaux.

Et ça m’a soulagé. Car il y avait trop d’émotion entre nous ce soir-là, le quatrième ou le cinquième, dans notre cabine. Ou trop d’émotion de ma part, tandis que j’évoquais notre chagrin et notre colère de témoins, que j’en parlais à une victime, mais sans culpabilité, comme s’il s’était agi d’une maladie à laquelle il aurait survécu, et que je lui racontais comment d’autres en avaient souffert et étaient morts, et comment je n’avais rien pu faire pour eux que regarder. C’est bien ça : nous aurions pu être en train de discuter de l’épidémie de grippe de 1918. Nous étions assis sur nos sièges de bureau, tournés de manière à nous faire face. Alors il a dit :

— Je suis content que tu ne l’aies pas tué.

Il a posé la main sur la mienne, sur mon bureau. Puis il a soulevé ma main et l’a retournée, ma paume contre la sienne, et serrée.

— Ces bons vieux dix pour cent, a-t-il dit.

— Quoi ?

— Les gens comme toi. Quand seront-ils quatre-vingt-dix ? Et quatre-vingt-dix comme moi, tant qu’à faire. Nous n’avions pas le sou, mais mes parents nous ont payé le collège. Je suis officier de marine. Tu ne peux pas savoir ce que ça représente pour eux. Ils n’auront jamais besoin de retapisser. Pas dans mon ancienne chambre, en tout cas. Sauf s’ils décrochent toutes ces photos de leur gars Willie. En kaki. En bleu. En blanc. C’est ça qui est drôle.

— Je comprends.

— Je sais que tu comprends.

— Mais pas les dix pour cent comme toi.

— Ça c’était par amertume. Contre ceux qui nous maintiennent en bas on se prend parfois d’une telle colère qu’on en veut à ceux des nôtres qui n’essaient pas de s’élever. Non. Pas dix pour cent. Nous ne sommes pas les Indiens. Ils nous ont laissé la vie.

Nous nous éveillons ensemble et nous rasons chacun à notre tour. Il est grand et fort et, non, je ne l’ai pas encore vu nu, donc oublie pour quelque temps ce mythe. Ma dévote catholique, ma concupiscente épouse cajun. Nous prenons le petit déjeuner au mess. Puis je monte à l’artillerie et lui au bureau des relations publiques, et nous nous retrouvons pour déjeuner. J’ai suggéré ceci les premiers jours, comme je l’aurais fait pour n’importe quel nouveau compagnon de chambre, et à midi nous nous attendons dans le couloir, devant le carré.

Le deuxième ou le troisième jour, pendant que je l’attendais, je me suis rendu compte que mon exaltation n’était pas seulement due au fait d’avoir enfin une chance de faire pour les Noirs autre chose que prier ; j’avais l’impression que la rédemption était à ma portée, puisque je pouvais enfin exprimer mes sentiments, et l’histoire de mes sentiments, à un Noir tout proche. Aussi proche que son corps l’est du mien. Rien qu’avec un sourire, un salut, un repas partagé. Après le travail, vers quatre heures et demie, nous redescendons dans la cabine pour bavarder ou lire, puis nous allons dîner à six heures. Depuis le départ de Bill, c’est moi le plus ancien des enseignes de vaisseau dans le carré des officiers subalternes ; après les quatre sonneries, c’est donc à moi qu’incombe la bénédiction du repas. Je récite la seule que je connaisse, la catholique, et Willie, assis à ma gauche ou à ma droite – je préside la table centrale –, dit qu’il aime ça, qu’il apprécie la brièveté de la prière. Et qu’en la récitant j’ai l’air d’un vieil enfant de chœur.




Le 26 juillet 1961

En mer.

 

… Et après huit jours de ce régime, dont deux passés à bord, sans boire, parce que j’étais de garde, je crois que j’ai encore la gueule de bois. C’est étrange l’effet que ça fait, d’être en mer. Même si on reste quinze jours au large, il m’arrive de penser de temps en temps à une bière. Mais je n’en ai pas besoin. Et puis on touche au port et je deviens fou, je bois comme si je me préparais à hiverner. Ces merveilleuses bières japonaises : l’Asahi, la Kirin. Du saké. Ou bien Willie et moi achetons à la base pour un dollar vingt-cinq de Gordon’s Gin que nous apportons dans un bar pour le boire avec ce qu’on nous y sert. Je t’écris ça chaque fois que je vais en mer, je ne peux pas m’en empêcher : comme le besoin de gnôle, ma solitude est pire quand nous sommes au port. Bien sûr, dans tous les bars, il y a des entraîneuses japonaises, mais ce ne sont pas leurs visages, leurs corps, leurs kimonos ni leurs obis, si ravissants soient-ils, qui rendent ma solitude si profonde qu’elle devient un tourment. Ce sont leurs voix, qu’elles parlent un anglais hésitant et comique, ou qu’elles bavardent (ou semblent bavarder) en vagues rapides, montantes et descendantes – des vagues qui chanteraient comme des oiseaux. Je lis le français, l’espagnol et le latin, et je peux même soutenir une conversation, lentement, dans ces trois langues, mais maintenant encore, à mon troisième voyage dans le Pacifique, je n’arrive pas à distinguer les syllabes japonaises, à détecter la fin d’une phrase ni le début d’une autre. Mais ce sont leurs voix. Et, comme je te l’ai dit lors de ma première affectation ici, je ne ressens pas de désir. Le désir serait plus facile à satisfaire. Ma main. Et je ne m’en confesse plus ; je ne peux pas croire que Dieu se préoccupe de la semence gaspillée des marins. Je ne dis pas ceci par plaisanterie. Non, pas le désir, la solitude. Et aucune main ne peut la soulager ; et pas davantage le corps d’une autre femme. Je voudrais être à la maison, et je me demande si je vais vraiment pouvoir rester vingt ou vingt-cinq ans dans la marine. Mais quel autre moyen de travailler sur la mer ? Il doit y avoir une solution. S’il n’y en a pas, je risque fort de renoncer à naviguer ; peut-être pourrais-je au moins enseigner l’histoire près d’une côte. Je serai bientôt lieutenant.

Je pense que la raison pour laquelle la gnôle et la solitude me font, paradoxalement, moins problème en mer qu’au port, c’est que je change quand je m’embarque, quand je sais que nous partons pour une semaine, dix jours, deux semaines. Un peu comme si je prononçais des vœux mineurs, comme la retraite des grands à l’école, ces trois jours pendant lesquels on ne pouvait pas parler, sauf pour prier et se confesser. Ensuite on rentre au port et la plupart d’entre nous boivent trop et de nombreux maris sont infidèles, et peut-être leurs épouses et d’autres épouses le sont-elles aussi à Alameda, et je ne vois pas comment on pourrait le leur reprocher. Willie est marié, il a un fils d’un an, et nous avons adopté, lui et moi, la conduite qui a toujours été la mienne et celle de mes amis mariés (et fidèles) : nous ne buvons pas avec les femmes. L’épouse de Willie s’appelle Louisa, elle est encore à San Diego, son dernier port avant le Ranger, et elle ne s’installera pas à Alameda avant notre retour, en janvier. J’aimerais bien qu’elle déménage maintenant. Pour que tu puisses faire sa connaissance. Leur fils s’appelle Jimmy.

A Yokosuka, Willie m’a rendu la solitude moins pénible. Pas à la manière de mes autres amis, qui la partagent, et parlent de leurs femmes et de leurs enfants. (Quand aurons-nous un enfant ? De tous ceux que nous connaissons, nous sommes les seuls catholiques pratiquants qui ne font même pas attention aux cycles et sont encore sans enfants, alors que les autres ont un bébé chaque année et se désespèrent et se rapprochent du moment où ils quitteront l’Eglise. Tout est mystérieux. Peut-être est-ce pour cela que j’aime la mer.) Non, Willie atténuait ma solitude parce qu’il est un Nègre et que la faveur qu’il m’accordait, en buvant et en bavardant avec moi, constituait une compensation à mon enfance, durant laquelle j’en étais réduit à observer et à écouter. Une compensation aussi à nos trois dernières années de collège quand, l’intégration enfin réalisée, il nous restait trop d’Histoire à surmonter, à nous et aux étudiants noirs ; elle nous accablait, et nous marchions avec précaution à la surface, dans les salles et les jardins du campus, en échangeant des propos courtois, des signes de tête et des sourires. Les Japonaises ont envie de Willie : elles sont enfantines, joyeuses et timides avec lui ; et certaines veulent appuyer leurs petites paumes contre les siennes. Il les laisse faire, et les prévient avec courtoisie qu’il est marié, qu’il est un papa-san et pas un papillon. Dommage, répliquent-elles, et elles lui disent leurs noms. Peut-être tu changes d’avis la prochaine fois que Lanegah vient à Yokosuka. Alors nous buvons, Willie et moi. 

 

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Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part  d’Anna Gavalda / Editions du Dilettante en 1999 ( existe également en poche )

 

Ce recueil de douze nouvelles nous propose des portraits de femmes et d’hommes pleins d’espoirs futiles, ou de désespoir grave. Ils ne sont pas héroïques, simplement humains.  Ils ne cherchent pas à changer le monde. Quoi qu’il leur arrive, ils n’ont rien à prouver. On les croise tous les jours sans leur prêter attention, sans se rendre compte de la charge d’émotion qu’ils transportent et que révèle tout à coup la plume si juste d’Anna Gavalda. En pointant sur eux ce projecteur, elle éclaire par ricochet nos propres existences.


Extrait :
http://www.ledilettante.com/fiche-livre.asp?Clef=850

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Anna Karénine, Tolstoï

Anna n’est pas qu’une femme, qu’un splendide spécimen du sexe féminin, c’est une femme dotée d’un sens moral entier, tout d’un bloc, prédominant : tout ce qui fait partie de sa personne est important, a une intensité dramatique, et cela s’applique aussi bien à son amour.
Elle n’est pas, comme Emma Bovary, une rêveuse de province, une femme désenchantée qui court en rasant des murs croulants vers les lits d’amants interchangeables. Anna donne à Vronski toute sa vie.
Elle part vivre avec lui d’abord en Italie, puis dans les terres de la Russie centrale, bien que cette liaison « notoire » la stigmatise, aux yeux du monde immoral dans lequel elle évolue, comme une femme immorale. Anna scandalise la société hypocrite moins par sa liaison amoureuse que par son mépris affiché des conventions sociales.
Avec Anna Karénine, Tolstoï atteint le comble de la perfection créative.
Vladimir Nabokov.
 

 

9782234059467

Le monde sans les enfants, Philippe claudel

Editions Stock, 2006 
Les enfants aujourd’hui ne s’en laissent pas conter, mais ce sont néanmoins des enfants, avec leurs angoisses, leur naïveté, leurs interrogations, leurs espoirs. Ces histoires, souvent cocasses et drôles, leur ouvrent une fenêtre poétique et parfois philosophique sur le monde. Au fil des pages, on croise des fées maladroites, des balayeuses de soucis, des chasseurs de cauchemars, des fillettes qui inventent des vaccins pour rendre les gens heureux, et d’autres personnages pleins de tendresse. Toujours avec pudeur et émotion, Philippe Claudel aborde, grâce à eux, des sujets graves ou tabous, comme la maltraitance, la maladie, la guerre, la mort, la différence, mais aussi tout simplement ces petites peurs ou ces complexes que l’on doit vaincre pour devenir grand. Ces histoires à partager en famille sont une invitation au dialogue, au débat avec les adultes…

 

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La Famille Karnovski d’Israël Joshua Singer
Traduit du yiddish par Monique Charbonnel

 Présentation de l’éditeur
Dans la grande tradition du roman familial, La Famille Karnovski retrace le destin de trois générations d’une même famille juive après qu’au début du siècle dernier l’aïeul, David Karnovski, las des traditions, décide de s’émanciper en quittant son shtetl de Grande Pologne pour rejoindre la société juive assimilée de Berlin. Adepte de Mendelssohn et de ses idéaux, il cherche à inculquer à son fils Georg Moïse les valeurs de la haskala : ” juif parmi les Juifs et allemand parmi les Allemands “. D’année en année, les Karnovski s’ancrent un peu plus dans la culture de leur pays d’élection. Et pourtant, chaque épisode de la vie de cette famille questionne sa place dans leur société d’adoption. Alors que la peur et les humiliations s’installent, qu’adviendra-t-il de Jegor, le petit-fils né dans l’Allemagne nazie d’un père juif et d’une mère aryenne ? Publié en 1943 alors que les nazis massacrent les communautés juives en Europe, le roman de Singer, inédit en français, est hanté par cette tragique conjoncture et par la volonté, qui traverse son œuvre tout entière, de démêler le complexe destin de son peuple.

 

Biographie de l’auteur
Israël Joshua Singer (1893-1944), frère aîné du prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer, est longtemps resté ignoré du grand public en France, malgré son succès outre-Atlantique : on redécouvre aujourd’hui son œuvre à la modernité inégalable. Denoël a publié en 2005 ses deux principaux romans, Yoshe le fou et Les Frères Ashkenazi puis, l’année suivante, son récit autobiographique, D’un monde qui n’est plus.

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
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