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Janvier 2012 - Salon de Thé d'Est en Ouest -

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photo©Voyelle

 

 

"Les vacances d'un sérial Killer" de Nadine Monfils

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Editions Belfond- 2011

(disponible à la bibliothèque de Fécamp) 


4ème de couverture

 

Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane.

Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s'enfuit. Furieux, Alfonse s'arrête dans un snack pour s'enfiler une bière pendant que les deux ados, avec leur manie de tout filmer, s'amusent à planquer leur caméra dans les toilettes, histoire de recueillir quelques images truculentes. La famille Destrooper reprend finalement la route. À l'arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leur vidéo. Quand, soudain, ils découvrent à l'écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute ! Et, pour couronner le tout, la magnifique pension dans laquelle les Destrooper ont prévu de séjourner est un rade pourri. Les vacances en enfer ne font que commencer... Une comédie décapante, teintée d'humour noir et d'un zeste de poésie, un hymne à la Belgique.

 

Finaliste du prix du meilleur polar francophone de Montigny-lès-lès Cormeilles
Finaliste du prix du Prix Lion Noir de Neuilly Plaisance

 

Nadine Monfils est belge et vit à Montmartre. Elle est l'auteur d'une quarantaine de romans dont les polars à succès Monsieur Émile et Une petite douceur meurtrière, parus dans la collection " Série noire " de Gallimard. Également cinéaste, elle a réalisé Madame Édouard, dans lequel elle met en scène le commissaire Léon, héros de sa série policière aujourd'hui étudiée dans les lycées. Elle a publié chez Belfond Babylone Dream, prix Polar 2007 au salon Polar & Co de Cognac, Nickel Blues, prix des Lycéens de Bourgogne 2008, Tequila frappée (2009) et Coco givrée, prix de la Ville de Limoges 2010 

 

Le site de l'auteur


EXTRAITS

 

Le grand jour est arrivé ! Ceux qui ont du pognon vont à la Costa del Sol s'enduire de crème solaire et pavaner sur la Playa en sirotant des punchs. Les autres se rendent à la mer du Nord où il pleut trois jours sur quatre, et encore, c'est quand t'as du bol.

[…]

Les phares allumés, la voiture des Destrooper est arrêtée devant une grosse baraque vieillotte et mal entretenue, située derrière les dunes. La zone. Vue sur la misère du monde. Les passagers semblent tous figés à l'intérieur de la bagnole.
- Dis, Chou, t'es sûr que c'est ici ? s'inquiète Josette.
- Tu vois bien comme moi ce qui est écrit sur la façade. Les Mouettes rieuses. C'est notre pension.
[…]
Josette sort de la voiture en soupirant. Alfonse se tourne vers ses rejetons qui roupillent à l'arrière. Il jubile à l'idée de les réveiller en sursaut.
- Debout, bande de feignants ! On est en vacances ! Enfin ! se marre-t-il.
Les deux ados fixent la bicoque d'un air ahuri.
- Hé, t'as vu, Lourdes, on dirait la maison du psychopathe dans Psychose. Ça craint.
- Ouais, c'est relou.

[…]

Pensive, Josette regarde un bateau s'éloigner à l'horizon. Elle rêve à nouveau de partir à l'aventure, de traverser les océans avec Di Caprio sur le Titanic. Et tant pis s'il coule. Vaut mieux faire naufrage avec Leonardo que de rester le cul sur la plage avec un péquenot.

 

Voyelle a aimé : CLICK

 

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photo©Voyelle


"Le club des incorrigibles optimistes" de Jean-Michel Guenassia

 

4ème de couverture

Michel Marini avait douze ans en 1959. C’était l’époque du rock’n’roll et de la guerre d’Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l’arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux, et tout ce qu’ils étaient. Ils s’étaient retrouvés à Paris dans ce club d’échecs d’arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu’ils étaient tous d’incorrigibles optimistes.

Portrait de génération, reconstitution minutieuse d’une époque, chronique douce-amère d’une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l’ampleur du projet que par l’authenticité qui souffle sur ces pages.

 

EXTRAIT (source L'EXPRESS)

 

Aujourd'hui, on enterre un écrivain. Comme une dernière manifestation. Une foule inattendue, silencieuse, respectueuse et anarchique bloque les rues et les boulevards autour du cimetière Montparnasse. Combien sont-ils? Trente mille? Cinquante mille? Moins? Plus? On a beau dire, c'est important d'avoir du monde à son enterrement. Si on lui avait dit qu'il y aurait une telle cohue, il ne l'aurait pas cru. Ça l'aurait fait rire. Cette question ne devait pas beaucoup le préoccuper. Il s'attendait à être enterré à la sauvette avec douze fidèles, pas avec les honneurs d'un Hugo ou d'un Tolstoï. Jamais dans ce demi-siècle, on n'avait vu autant de monde pour accompagner un intellectuel. A croire qu'il était indispensable ou faisait l'unanimité. Pourquoi sont-ils là, eux? Pour ce qu'ils connaissent de lui, ils n'auraient pas dû venir. Quelle absurdité de rendre hommage à un homme qui s'est trompé sur tout ou presque, fourvoyé avec constance et a mis son talent à défendre l'indéfendable avec conviction. Ils auraient mieux fait d'aller aux obsèques de ceux qui avaient raison, qu'il avait méprisés et descendus en flammes. Pour eux, personne ne s'est déplacé. 

Et si, derrière ses échecs, il y avait autre chose, d'admirable, chez ce petit homme, cette rage de forcer le destin avec son esprit, d'avancer envers et contre toute logique, de ne pas renoncer malgré la certitude de la défaite, d'assumer la contradiction d'une cause juste et d'un combat perdu d'avance, d'une lutte éternelle, toujours recommencée et sans solution. Impossible de rentrer dans le cimetière où on piétine les tombes, escalade les monuments et renverse les stèles pour s'approcher plus près et voir le cercueil. On dirait l'inhumation d'une vedette de la chanson ou d'un saint. Ce n'est pas un homme qu'on porte en terre. C'est une vieille idée qu'on ensevelit avec lui. Rien ne changera et nous le savons. Il n'y aura pas de société meilleure. On l'accepte ou on ne l'accepte pas. Ici, on a un pied dans la tombe avec nos croyances et nos illusions disparues. Une foule comme une absolution pour l'expiation des fautes commises par idéal. Pour les victimes, ça ne change rien. Il n'y aura ni excuse, ni réparation, ni inhumation de première classe. Qu'y a-t-il de pire que de faire le mal quand on voulait faire le bien? C'est une époque révolue qu'on porte en terre. Pas facile de vivre dans un univers sans espoir. 

A cet instant, on ne règle plus de comptes. On ne fait pas de bilan. On est tous égaux et on a tous tort. Je ne suis pas venu pour le penseur. Je n'ai jamais compris sa philosophie, son théâtre est indigeste et ses romans, je les ai oubliés. Je suis venu pour de vieux souvenirs. La foule m'a rappelé qui il était. On ne peut pas pleurer un héros qui a soutenu les bourreaux. Je fais demi-tour. Je l'enterrerai dans un coin de ma tête. 

Il y a des quartiers mal famés qui vous renvoient dans votre passé et où il est préférable de ne pas traîner. On croit qu'on oublie parce qu'on n'y pense pas mais il ne demande qu'à revenir. J'évitais Montparnasse. Il y avait là des fantômes dont je ne savais pas quoi faire. J'en voyais un devant moi dans la contre-allée du boulevard Raspail. J'ai reconnu son pardessus inimitable en chevrons clairs, façon Humphrey Bogart années cinquante. Il y a des hommes qu'on mesure à leur façon de marcher. Pavel Cibulka, l'orthodoxe, le partisan, le roi du grand écart idéologique et des blagues à deux balles, altier et fière allure, avançait sans se presser. Je l'ai dépassé. Il avait épaissi et ne pouvait plus fermer son manteau. Ses cheveux blancs en bataille lui donnaient un air d'artiste. 

- Pavel. 

Il s'est arrêté, m'a détaillé. Il a cherché dans sa mémoire où il avait vu ce visage. Je devais évoquer une vague réminiscence. Il secoua la tête. Je ne lui rappelais rien. 

- C'est moi... Michel. Tu te souviens? 

Il me scruta, incrédule, toujours méfiant. 

- Michel?... Le petit Michel? 

- Arrête, je suis plus grand que toi. 

- Le petit Michel!... Ça fait combien de temps? 

- La dernière fois qu'on s'est vus, c'était ici, pour Sacha. Ça fait quinze ans. 

On est restés silencieux, embarrassés par nos souvenirs. 

On est tombés dans les bras l'un de l'autre. Il m'a serré fort contre lui. 

- Je ne t'aurais pas reconnu. 

- Toi, tu n'as pas changé. 

- Ne te moque pas de moi. J'ai pris cent kilos. A cause des régimes. 

- Je suis heureux de te revoir. Les autres ne sont pas avec toi? Tu es venu seul? 

- Je vais au boulot, moi. Je ne suis pas retraité. 

Son accent traînant de Bohême s'était fait véhément. On est allés au Select, une brasserie où tout le monde avait l'air de le connaître. A peine étions-nous assis, le serveur lui apportait, sans qu'il ait rien commandé, un café serré avec un pot de lait froid et prenait ma commande. Pavel s'est penché pour attraper la boîte à croissants sur la table voisine et, ravi, en a englouti trois, parlant la bouche pleine avec une infinie distinction. Pavel avait fui la Tchécoslovaquie depuis près de trente ans et vivait en France dans des conditions précaires. Il avait échappé in extremis à la purge qui avait emporté Slansky, l'ancien secrétaire général du parti communiste, et Clementis, son ministre des Affaires étrangères dont il était un proche collaborateur. Ancien ambassadeur en Bulgarie, auteur d'un ouvrage de référence, La Paix de Brest-Litovsk: diplomatie et révolution, dont aucun éditeur parisien ne voulait, Pavel était gardien de nuit dans un hôtel à Saint- Germain-des-Prés où il vivait dans une petite chambre au dernier étage. Il espérait retrouver son frère aîné qui avait gagné les Etats-Unis à la fin de la guerre et attendait un visa qui lui était refusé à cause de son passé. 

- Ils ne me donneront pas mon visa. Je ne reverrai pas mon frère. 

- Je connais un attaché à l'ambassade. Je peux lui en parler. 

- Ne te casse pas la tête. J'ai un dossier aussi gros que moi. Il paraît que je suis un des fondateurs du Parti communiste tchécoslovaque. 

- C'est vrai? 

Il a haussé les épaules, fataliste. 

- Quand tu étais étudiant à Prague dans les années trente, l'alternative était claire. Tu étais soit pour les exploiteurs, soit pour les exploités. Je n'ai pas choisi mon camp. Je suis né dedans. J'étais jeune, convaincu qu'on avait raison, qu'il n'y avait pas d'autre solution pour notre pays. C'est vrai: j'ai été un responsable du Parti. J'avais un diplôme en droit. Je croyais que l'éducation des masses et l'électricité allaient accoucher d'un homme nouveau. On ne pouvait pas imaginer que le communisme allait nous broyer. Le capitalisme, on en était sûr. Pendant la guerre, c'était évident. Tu étais soit pour les communistes, soit pour les fascistes. Ceux qui n'avaient pas d'opinion, tant pis pour eux. On avançait avec enthousiasme. Je ne me suis pas posé la question. Après la libération, rien ne s'est passé comme on l'espérait. Aujourd'hui, que mes amis aient été pendus, que ma famille ait été tourmentée jusqu'à ce qu'elle me renie, ils s'en foutent. Ils ne veulent pas d'un vieux coco et j'ai décidé de les emmerder. Chaque année, je dépose une demande de visa. Ils refusent. Ça ne fait rien, je continue. 

- Dis-moi, Pavel, tu n'es plus communiste? 

- Encore et toujours! 

- C'est l'échec total. Ça s'écroule de partout. 

- Le communisme est une belle idée, Michel. Le mot camarade a un sens. Ce sont les hommes qui sont mauvais. Si on leur avait laissé le temps, Dubcek et Svoboda y seraient arrivés. Remarque, la roue est en train de tourner pour moi. 

- Pourquoi? 

- Figure-toi que j'ai écrit à Cyrus Vance, le secrétaire d'Etat de Jimmy Carter. Il m'a répondu. Tu te rends compte? 

De son portefeuille, il sortit avec délicatesse une lettre restée dans son enveloppe d'origine et me la donna à lire. Cyrus Vance répondait à son courrier du 11 janvier 79 en lui disant qu'il le transmettait au service compétent. 

- Qu'en penses-tu? demanda-t-il. 

- C'est une formule type. Il ne s'engage pas beaucoup. 

- En vingt-cinq ans, c'est la première fois qu'ils réagissent. C'est un signe. Cyrus Vance, ce n'est pas un républicain, c'est un démocrate. 

- Avant, tu n'avais pas de réponse? 

- J'étais con, j'écrivais au président des Etats-Unis. Il n'a pas le temps de répondre à ceux qui lui écrivent. C'est Imré qui m'a conseillé d'écrire au secrétaire d'Etat. 

- Tu as peut-être frappé à la bonne porte. S'ils refusent encore, que vas-tu faire? 

- Je ne suis plus tchèque. Je ne suis pas français. Je suis apatride. C'est la pire des situations. Tu n'existes pas. Je garde un petit espoir de revoir mon frère. Lui, il est américain. On se téléphone une fois par an pour se souhaiter une bonne année. Il est contremaître dans le bâtiment. Il a une famille. Il vit bien. Il n'a pas les moyens de venir en Europe. Je ferai une nouvelle demande l'année prochaine. Et la suivante. 

Petit à petit, la brasserie s'était remplie d'une foule venue se reposer après les funérailles. Un groupe se dirigea vers notre table. Une femme voulut investir notre banquette. 

- La place est libre? 

- C'est pris! 

La femme recula, surprise par son ton agressif. Le petit groupe s'éloigna. 

- Non mais je rêve! Tu as vu cette bande de cons qui se déplacent pour ce connard. Ils ont de la merde dans la tête ou quoi? 

- C'était un symbole. 

- Moi, j'irai pisser sur sa tombe. Il ne mérite rien d'autre. Y a pas de quoi être fier. 

- Il ne pouvait pas se renier. 

- Il savait. Depuis Gide et Rousset. Je lui ai raconté pour Slansky et Clementis. Il n'a rien dit. Il savait pour Kravchenko. Il a condamné Kravchenko. Tu expliques ça, toi? Hurler avec la meute. Mépriser les martyrs. Nier la vérité. Ce n'est pas être complice? C'était un salaud. 

Il est resté pensif, le front penché, le visage contracté. 

- Je suis mal placé pour donner des leçons, je ne devrais pas dire ça. 

- Je ne comprends pas. 

- La moindre des choses, c'est d'avoir la reconnaissance du ventre. On survivait avec le pognon qu'ils nous filaient. Sans eux, on n'y serait pas arrivés. 

- Qui vous filait du pognon? 

Pavel m'a regardé en coin comme si je faisais l'imbécile. Il a vu que j'étais sincère. 

- Tous les deux. Kessel et Sartre. Ils nous pistonnaient pour des traductions, des petits boulots. Ils connaissaient plein de gens. Ils nous recommandaient à des revues, à des directeurs de journaux. On faisait des piges. Si on était raides, c'est eux qui payaient le proprio ou les huissiers. Comment on aurait pu s'en sortir? On n'avait pas une thune. On avait tout perdu. S'ils ne nous avaient pas aidés, on aurait fini sous les ponts. Ça a été plus dur quand il est devenu aveugle et qu'il n'est plus sorti de chez lui. Il y a deux ans, ils ont dépanné Vladimir, tu te souviens de lui? 

- Comme si c'était hier. 

- Il a eu des ennuis. 

Ça le démangeait de me raconter. Je revoyais Vladimir Gorenko dans l'arrière-salle du Balto en train de distribuer ses victuailles.

 

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photo©Voyelle

 

" Banquises"  de Valentine Goby

editions Albin Michel - 2011

(disponible à la bibliothèque de Fécamp)


4ème de couverture

En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. La dernière fois que sa famille l’a vue, c’était au moment où, à Roissy, elle est montée dans l’avion qui l’emportait vers la calotte glaciaire. Après, plus rien. Elle a disparu corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Lisa, vingt-sept ans plus tard, part sur les traces de cette sœur disparue. Elle quitte mari et enfants pour parcourir le même trajet qu’elle. Elle arrive dans un Groenland dévasté, habité par une population abandonnée, qui voit se réduire peu à peu son territoire de glace. Cette quête va la mener loin dans son propre cheminement identitaire, depuis l’impossibilité du deuil jusqu’à la construction de soi. Roman sur le temps, roman sur l’attente, roman sur l’urgence et la disparition d’un monde. Roman familial et magnifique évocation d’un Grand Nord en perdition. Valentine Goby signe ici un très beau livre sur la douleur des Hommes. Valentine Goby est née en 1974. Après des études à Sciences Po elle a effectué des séjours humanitaires à Hanoï et Manille. Elle a été lauréate de la fondation Hachette et a reçu divers prix pour ses livres précédents tous publiés chez Gallimard, dont Qui touche à mon corps je le tue en 2008 et Des corps en silence, 2010. Elle publie également pour la jeunesse.

 

EXTRAIT

La mère n’a jamais changé de coiffure, ses cheveux tombent sur ses épaules, mais elle a fait une couleur hier, à cause des cheveux blancs. Un brushing ? Elle répond non, elle n’a jamais eu de brushing. Il pourrait parler à sa place, le père, il pourrait dire les mots qui cognent dans la tête de cette femme, il sent les vibrations de ses terminaisons nerveuses, devine le rythme de son cœur, il fait le compte, quarante-deux ans qu’ils se connaissent, il pense se connaissent plutôt que s’aiment non par manque d’amour, non parce qu’il doute, mais parce que à ce point de la vie ce n’est plus la question, l’amour, il est en elle, elle est en lui, distincts et soudés, bouturés, et ce qu’ils forment pourrait s’appeler chimère, du nom de ces organismes greffés l’un à l’autre, poire et coing, orange et mandarine, qui donnent un même plant mais conservent chacun leur patrimoine génétique. Mêmes, et différents. Présentation du livre avec Valentine Goby

 

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"Retour à Reims" de Didier Eribon

Editions Flammarion - Collection champs essais

 

4ème de couverture

Didier Eribon Retour à Reims Après la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims, sa ville natale, et retrouve son milieu d'origine, avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l'histoire de sa famille. Évoquant le monde ouvrier de son enfance, restituant son ascension sociale, il mêle a chaque étape de ce récit intime et bouleversant les éléments d'une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités, la sexualité, la politique, le vote, la démocratie... Réinscrivant ainsi les trajectoires individuelles dans les déterminismes collectifs, Didier Eribon s'interroge sur la multiplicité des formes de la domination et donc de la résistance. Un grand livre de sociologie et de théorie critique.

 

« Difficile de rendre compte de toute la réflexion et de toute l'émotion que suscite la lecture du livre .» Annie Ernaux

 

EXTRAIT ( source L'EXPRESS)

 

Longtemps, ce ne fut pour moi qu'un nom. Mes parents s'étaient installés dans ce village à une époque où je n'allais plus les voir. De temps à autre, au cours de mes voyages à l'étranger, je leur envoyais une carte pos tale, ultime effort pour maintenir un lien que je souhaitais le plus ténu possible. En écrivant l'adresse, je me demandais à quoi ressemblait l'endroit où ils habitaient. Je ne poussais jamais plus loin la curiosité. Lorsque je lui parlais au télé phone, une fois ou deux par trimestre, souvent moins, ma mère me demandait : "Quand viens- tu nous voir ?" J'éludais, prétextant que j'étais très occupé, et lui promettais de venir bientôt. Mais je n'en avais pas l'intention. J'avais fui ma famille et n'éprouvais aucune envie de la retrouver. 

Je n'ai donc connu Muizon que tout récemment. C'était conforme à l'idée que j'en avais conçu : un exemple caricatural de "rurbanisation", un de ces espaces semi- urbains en plein milieu des champs, dont on ne sait plus très bien s'ils appartiennent encore à la campagne ou s'ils sont devenus, au fil des ans, ce qu'il convient d'appeler une banlieue. Au début des années 1950, ai- je appris depuis lors, le nombre d'habitants ne dépassait pas la cinquantaine, regroupés autour d'une église dont certains éléments subsistent du xiie siècle, mal gré les guerres qui dévastèrent, par vagues toujours recommencées, le nord- est de la France, cette région au "statut particulier", selon les mots de Claude Simon, où les noms de villes et de villages semblent synonymes de "batailles" et de "camps retranchés", de "sourdes canonnades" et de "vastes cimetières". Aujourd'hui, ils sont plus de deux mille à y vivre, entre, d'un côté, la Route du cham pagne qui commence à sinuer non loin de là dans un paysage de coteaux cou verts de vignes et, de l'autre, une zone industrielle plu tôt sinistre, dans les faubourgs de Reims, que l'on rejoint après 15 ou 20 minutes de voiture. Des rues ont été créées, le long desquelles s'alignent des maisons semblables les unes aux autres et accolées deux par deux. Ce sont, pour la plu part, des logements sociaux : leurs locataires ne sont pas des gens riches, loin s'en faut.  

Pendant près de vingt ans, mes parents vécurent là sans que je me décide à faire le déplacement. Je ne vins dans cette bourgade ? comment désigner un tel endroit ? -et dans leur mai son nette qu'après que mon père l'eut quittée pour être installé par ma mère dans une clinique accueillant des per sonnes frappées par la maladie d'Alzheimer, d'où il n'allait plus sortir. Elle avait retardé ce moment le plus long temps possible, mais, épuisée et effrayée par ses soudains accès de violence ? un jour, il avait pris un couteau de cuisine et s'était précipité sur elle ?, elle avait fi ni par se rendre à l'évidence : il n'y avait pas d'autre solution. Dès qu'il fut absent, il me devint possible d'entre prendre ce voyage ou plutôt ce processus de retour auquel je n'avais pu me résoudre auparavant. De retrouver cette "contrée de moi- même", comme aurait dit Genet, d'où j'avais tant cherché à m'évader : un espace social que j'avais mis à dis tance, un espace mental contre lequel je m'étais construit, mais qui n'en constituait pas moins une part essentielle de mon être. Je vins voir ma mère. Ce fut le début d'une réconciliation avec elle. Ou, plus exactement, d'une réconciliation avec moi- même, avec toute une part de moi- même que j'avais refusée, rejetée, reniée. 

Ma mère me parla beaucoup au cours des quelques visites que je lui rendis dans les mois qui sui virent. D'elle, de son enfance, de son adolescence, de son existence de femme mariée... Elle me parla de mon père aussi, de leur rencontre, de leur relation, des existences qu'ils avaient menées, de la dureté des métiers qu'ils avaient exercés. Elle voulait tout me dire et son verbe s'emballait, intarissable. C'était comme si elle avait eu à coeur de rattraper le temps perdu, de gommer d'un coup la tristesse qu'avaient représentée pour elle les conversations que nous n'avions pas eues. Je l'écoutais, en buvant du café, assis en face d'elle. Avec attention quand elle se racontait elle- même ; avec lassitude et ennui quand elle me détaillait les faits et gestes de ses petits- enfants, mes neveux, que je n'avais jamais vus et auxquels je ne m'intéressais guère. Un lien se recréait entre nous. Quelque chose se réparait en moi. 

 

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photo©Voyelle

 

"La terre des mensonges" et "La ferme des Neshov"

de Anne.B. Radge - Editions 10/18 - 2011

traduit du norvégien par Jean Renaud


 "La terre des mensonges" T1

«Un registre de condoléances était ouvert, un stylo posé en travers de la première page. Une photo encadrée de la défunte la montrait en blouson sur une plage de galets, tenant à la main une racine d'arbre grise qui avait l'air d'un cygne.»

Après la mort de leur mère, trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale. Tor,
l'aîné, se consacre à l'élevage de porcs, Margido dirige une entreprise de pompes funèbres et Erlend est décorateur de vitrines à Copenhague. Les retrouvailles s'annoncent mouvementées : la tension atteint son paroxysme lorsque la question de l'héritage amène le père de famille à révéler un terrible secret.   Les premières pages 

 

"La ferme des Neshov" T2

Après l'enterrement de leur mère, les frères Neshov pensaient reprendre le cours de leur vie. Mais tout a changé : Erlend est confronté au désir d'enfant de son compagnon, Margido à sa solitude et Tor, l'aîné, vit mal son quotidien à la ferme, auprès du « père »...À leur insu, le drame couve et pour chacun d'eux, l'heure des choix a sonné.

 

EXTRAIT (p.21)

  Une heure plus tard, la petite voiture de location était pleine à craquer. C'était une Golf, Krumme l'avait louée à l'aéroport de Vaernes et ils allaient la rendre au même endroit. Torunn rentra en trombe dans le petit salon voir le grand-père, après avoir enfilé manteau et bottines. Elle voulait donner l'impression qu'ils étaient pressés maintenant. Elle avait longtemps retardé le moment de dire au revoir, fait comme si c'était une simple tasse de café qu'ils avaient bue, en dépit des allées et venues fébriles d'Erlend entre le premier étage et la voiture dans la cour, pour descendre toutes sortes de choses qu'il voulait emporter à la dernière minute.

Le grand-père était assis devant une tasse sans soucoupe, des miettes sur la table et sur les genoux – elle lui avait donné une part de gâteau fourré aux amandes. Il portait son dentier, en haut comme en bas, la télé était éteinte, elle jeta un rapide coup d'œil aux plantes vertes sur le rebord de la fenêtre, celles qu'Erlend avait achetées, et fut intimement persuadée qu'elles seraient crevées d'ici quinze jours. Ou bien complètement desséchées, ou bien trop arrosées. Elle était également persuadée qu'il ne se raserait pas avant longtemps. Ni ne changerait de caleçon. Comment vont-ils se débrouiller ? se demanda-t-elle. Et moi qui m'en vais. Mais elle pensa aussitôt qu'Erlend aussi s'en allait, et il était quand même plus proche d'eux, pour autant qu'on puisse établir une telle hiérarchie. Erlend était le frère cadet, elle était la fille : qui des deux devait avoir davantage mauvaise conscience ? Mais Margido habitait de l'autre côté de la colline, à lui maintenant de venir en aide à sa famille à Neshov ! Il y serait obligé, en tant que frère. La question était de savoir comment il pourrait s'y prendre et si Tor le laisserait faire, alors qu'il s'était tenu à l'écart de la ferme pendant sept ans.

- C'est le départ ? Demanda le grand-père.

- Oui.

Elle se pencha et appuya sa joue contre la sienne. Ça piquait. Il sentait le vieillard, les vieux habit, le renfermé, le gâteau aux amandes et le café. Elle l'embrassait pour la première fois, il parvint à lever le bras assez haut pour lui toucher la joue.

- Au revoir, murmura-t-elle.

Qu'aurait-elle pu lui dire d'autres ? Rien qu'elle puisse promettre.

- Porte-toi bien !


 Anne B. Ragde, née en 1957, a fait ses débuts en littérature en 1986 avec le livre pour la jeunesse Hallo! Her er jo! Depuis, elle a écrit plusieurs livres pour la jeunesse, dont une biographie de Sigrid Undset pour laquelle elle a reçu le Prix Brage. Son premier roman pour adulte En tiger for en engel a été publié en 1990. D’autres romans ont suivis, tout comme des polars et des recueils de nouvelles. La Terre des mensonges (dont le titre original est Berlinerpoplene), paru en 2004 a été traduit dans plus de vingt langues et a obtenu le obtenu les prix littéraires Riksmål et Booksellers' prize. La Ferme des Neshov a reçu le Prix des libraires et prix des lecteurs en Norvège.

 

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"La délicatesse" de David Foenkinos

Editions Folio - 2011

 

4ème de couverture

François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, ça serait parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »
La délicatesse a obtenu dix prix littéraires et a été traduit dans plus de quinze langues.

 

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Adaptation au cinéma (décembre 2011) par l'auteur. Avec : Audrey Tautou, François damiens, Bruno Todeschini

 

9782221112526

"Mademoiselle des palissades" T1 de Martine Marie Muller

Editions Robert Laffont - 2010

 

Résumé de l'éditeur

La figure tragique du jeune Noël de Miromesnil hantera longtemps les lecteurs de Mademoiselle des palissages - premier volet de La Trilogie des servantes de Martine Marie Muller.

Patriarche hautain et cassant, craint et révéré de tous au château, le marquis de Miromesnil est un aristocrate normand à l'esprit volontiers conservateur, qui se montre moins intéressé par la conduite des destinées humaines que par sa vigne - la Viévigne -, à laquelle il consacre le plus clair de son temps. Etrange et funeste lien que celui qui unit si inextricablement le vieil homme à sa terre plutôt qu'aux siens. Ne prétend-on pas, d'ailleurs, que : « Le vin, c'est le désordre » ?...
Noël est le petit dernier des Miromesnil - le ravisé, comme on a coutume d'appeler l'enfant non désiré, advenu sur le tard. Solitaire et mélancolique, le jeune homme éprouve une aversion profonde pour la passion exclusive et dévorante de son marquis de père. Au point qu'un jour, il en vient à souhaiter publiquement que quelque cataclysme les délivre de la tyrannie de la vigne. Peu de temps plus tard, l'hiver 1684, la malédiction prédite par le fils maudit se produit : un froid polaire s'abat durant plusieurs mois sur la Normandie ; la Viévigne ne s'en relèvera jamais.
Si le père et son fils ne sont plus là pour conter la tragédie qui s'ensuivit, la servante des Miromesnil, témoin privilégié et héroïne à part entière du drame, se souvient... « Mademoiselle des palissages », comme l'avait surnommée le marquis pour son habileté à soigner la vigne, rend le plus vibrant des hommages à l'enfant réprouvé du château, dont elle était secrètement éprise. Avec Mademoiselle des palissages, roman historique au récit haletant, Martine Marie Muller inaugure de brillante manière sa Trilogie des servantes.
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D'origine alsacienne et béarnaise, Martine Marie Muller est professeur de lettres dans un lycée de la région parisienne. Elle a notamment publié, aux Éditions Robert Laffont, Terre-Mégère, La Porte, L'Homme de la frontière, Quai des Amériques, Les Enfants de l'Arche, La Belle Camarade, ainsi que les deux premiers volets de « La trilogie des servantes » - Mademoiselle des palissages et La Servante de Monsieur Vincent - parus l'année dernière.

 


 


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R
Je retiens le dernier,très à mon gout.Merci et bonne soirée!
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