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Février 2012 - Bibliothèque Municipale de Fécamp

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"Sonates de bar" de Hervé LE TELLIER

Editions le Castor astral


résumé de l'éditeur

 Au «Jay’s», Archi chante le blues et Rose Singer sert des cocktails à des noctambules désœuvrés et fabuleux. Hervé Le Tellier saisit l’occasion pour nous servir quatre-vingt-six blues et autant de cocktails personnalisés (incluant les véritables recettes). Ce texte, fréquemment adapté au théâtre, est à lire et à boire sans modération.Dans les années soixante, Archie, le pianiste, chante le blues dans la pénombre feutrée du Jay's, un bar de la 40e Rue à New York. Rose, la serveuse, chaloupe entre les tables parmi une clientèle nocturne de paumés et de coeurs solitaires. Dans le brouhaha des conversations, derrière le tintement des glaçons, Jay, barman imperturbable, compose des cocktails à l'image de ses clients : un Bronx pour un écrivain en mal d'inspiration, un Pink Lady pour une jeune fille... Les textes d’Hervé Le Tellier, tour à tour nimbés d’érotisme, de mélancolie ou d’humour, s’articulent autour d’une authentique recette de cocktail. Shaker, tumbler, mixer... Ces sonates à contrainte sont accompagnées de délicates aquarelles de l'artiste japonaise Yoko Ueta.

Sur un air de jazz ou de blues, voici une petite centaine d’instantanés, de sentiments fondus enchaînés, rythmés par le shaker de Jay. C’est beau et triste. C’est bon et fort, ou doux selon l’humeur, selon l’envie. Cette ambiance nostalgique est propice à l’écoute de sa propre sensibilité. Le film de la vie se déroule au son des notes, au fil des pages, au trait fin des aquarelles. On en vient presque à penser que l’existence se résume en un cocktail de feelings musical, amoureux, plus ou moins coloré, liquide. Dans l’atmosphère capiteuse de cocktails aux noms évocateurs, sirotez ce condensé tendre et mélancolique. Vous vous ferez de ces parfaits inconnus de vrais amis. Sonates de bar a du punch ! À consommer sans modération…

Sonates de bar a reçu le Prix Thyde Monier 91 de la SGDL et le Prix de la Littérature Gourmande 91.Lire des extraits

 

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"les trois dames de la kasbah / Suleïma " de Pierre Loti

Editions folio - 2006

 

4ème de couverture

Sous le soleil aveuglant d'Alger la blanche, Kadidja et ses deux filles vivent dans la Kasbah où elles vendent leurs charmes. Les jeunes matelots français en escale découvrent avec elles les plaisirs de l'Orient, mais aussi ses dangers...
Homme de lettres, officier de marine et grand voyageur, Pierre Loti, dans une prose limpide, nous offre un tableau sensuel et cruel de l'Algérie française.

 

Suleïma - L'exotisme ne fut pas pour rien dans le succès de Pierre Loti (1850-1923), officier de marine qui sillonna les mers du monde pendant plus de cinquante années. Au fil de ses voyages, il ne cesse de tenir un journal intime d'où il puisera la matière de ses romans.
Suleïma se présente comme un montage des pages écrites lors de ses escales en Algérie, de 1869 à 1880. Au centre de celle « histoire bien décousue », la figure énigmatique d'une jeune femme qui fait commerce de ses charmes, rencontrée par l'auteur à Oran alors qu'elle était enfant, et une tortue qu'il baptise du même prénom. Chaleur de l'évocation de l'Algérie et délicatesses du désenchantement font tout l'attrait de ce texte dandy ( Editions les 1001 nuits - 2000).

 

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"Veuf" de jean-Louis Fournier

Editions Stock - 2011

 

4ème de couverture

« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c’est bien triste, cette année on n’ira pas faire les soldes ensemble. Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Sylvie m’a quitté, mais pas pour un autre. Elle est tombée délicatement avec les feuilles. On discutait de la couleur du bec d’un oiseau qui traversait la rivière. On n’était pas d’accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n’as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m’a répondu je vois très bien de loin, et elle s’est tue, définitivement. 
J’ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m’a porté à bout de bras, toujours avec le sourire. C’était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste. On était complémentaires, j’avais les défauts, elle avait les qualités. Elle m’a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne. Elle n’aimait pas parler d’elle, encore moins qu’on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu’elle est partie. »

 

Jean-Louis Fournier souhaitait mourir le premier, il a perdu. Sa femme partie, il n’a plus personne avec qui parler de lui. Alors pour se consoler, ou pour se venger, en nous parlant d’elle, il nous parle de lui.

 

Citations, phrases, extraits...

 

"Tu as été ma plus belle qualité. J'espère ne pas avoir été ton plus gros défaut."

 

"Si je dis que je vais bien, ce n'est pas vrai; si je dis que je vais mal, ce n'est pas vrai non plus. Je vais."

 

"C'est triste de penser qu'il faut attendre le pire pour enfin comprendre. Pourquoi le bonheur, on le reconnaît seulement au bruit qu'il fait en partant ?"

 

" Sur mon téléphone portable, j'ai retiré ton nom de mes contacts. J'ai appuyé sur "chercher", j'ai fait dérouler tous les noms jusqu'à "Sylvie", puis j'ai appuyé sur "option" et là j'ai choisi "supprimer". Mon écran a affiché une terrible question : "Supprimer Sylvie ?". J'ai hésité longtemps. Finalement, j'ai enfoncé avec émotion la touche "OK". J'avais l'impression d'être le président de la République qui appuyait sur le bouton rouge de la bombe atomique. Est apparu alors sur l'écran une petite poubelle avec un couvercle sautillant qui s'est posé dessus pour la fermer. Voilà, c'était fait, je t'avais mise à la poubelle."

 

"Tout ce que les machines compliquées de la Salpêtrière n'ont pas réussi à faire, moi, je le fais avec des mots. Je te réanime."

 

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"La gloire de Rubens" de Philippe Muray

Editions Grasset - 1991 / Collection : Figures

 

résumé de l'éditeur

Pourquoi l'un des peintres les plus illustres de l'histoire de l'art est-il aussi l'un des plus méconnus ? Philippe Muray se penche sur cette énigme. Rubens revit ; on le suit partout, à travers ses innombrables voyages, ses missions diplomatiques, ses négociations. L'Europe déchirée des guerres de religion ressuscite. On redécouvre, enfin, une oeuvre aussi magnifique qu'inépuisable, d'une positivité sensuelle sans égale, et où s'affirme une suprême passion : celle des corps des femmes. Avec Rubens, la peinture se fait chair. Avec lui ressurgissent toutes ces choses désormais, semble-t-il, en voie de disparition : la volupté, le désir, la violence du plaisir. Le Pays des Merveilles de l'art, en somme, comme de la littérature. "Je chante donc ce peintre, écrit Philippe Muray, parce qu'il n'est pas de notre siècle. Il y a des éternités que la peinture est dépassée, sortie du monde, rocher des couleurs arraché au globe, planète de plus en plus lointaine, et Rubens est toute la peinture. Je remonte aux sources non pieuses, non "sacrées", d'une disparition. Je ne déterre pas un mort, je révèle un furieux vivant qui m'éblouit..."

 

On sait peu de choses sur la vie de Philippe Muray. Son père était écrivain et traducteur d'auteurs anglo-saxons (Jack London, Melville, Kipling, Barbara Cartland, etc.), sa mère une lectrice passionnée. D'après Philippe Muray (in Après l'Histoire, I), ses parents ont joué un rôle important dans son éducation littéraire et son goût pour la lecture. Si bien qu'à l'âge adulte, Philippe Muray suivit des études de lettres à Paris.

Durant quelques mois, en 1983, il enseigna la littérature française à l'université Stanford, en Californie. C'est là que lui vint l'idée de L'empire du Bien et qu'il rassembla la matière de Le XIXe siècle à travers les âges, publié par Philippe Sollers chez Denoël, en 1984 (réédition Gallimard, 1999), fresque foisonnante et audacieuse dans laquelle Muray souligne l'importance de l'occultisme dans la fondation du socialisme. Auparavant, il avait publié un essai controversé sur Louis-Ferdinand Céline (Seuil, collection « Tel Quel », 1981, réédition Gallimard, 2000), dans lequel il refusait de séparer l'auteur du Voyage au bout de la nuit et le pamphlétaire antisémite de Bagatelles pour un massacre.


Auteur de romans (Chant pluriel, son premier livre, Gallimard, 1973 ; Postérité, Grasset, 1988 ; On ferme, Les Belles Lettres, 1997, ainsi que de près d'une centaine de romans policiers de commande sous un pseudonyme pour l'instant toujours inconnu), d'un essai sur Rubens (La Gloire de Rubens, Grasset, 1991) et d'un recueil de poèmes comiques (Minimum Respect, Les Belles Lettres, 2003), Philippe Muray a été assimilé par Daniel Lindenberg, dans son ouvrage Le Rappel à l'ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires, à Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. En 2002, avec notamment Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Pierre Manent et Pierre-André Taguieff, il signa un Manifeste pour une pensée libre contre le livre de Daniel Lindenberg, qui le rangeait dans la catégorie des « nouveaux réactionnaires ».

Les trois derniers livres publiés de son vivant sont Chers djihadistes... (Éditions Mille et une nuits-Fondation du 2 mars, 2002), Festivus festivus, conversations avec Elisabeth Lévy (Fayard, mars 2005), "Moderne contre Moderne (octobre 2005).

Décédé le 2 mars 2006 d'un cancer du poumon, Philippe Muray a été enterré le 8 mars au cimetière du Montparnasse.( Source Babelio.com)

 

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"Diego et Frida" de J.M.G. Le Clézio

Editions Folio - 1995

 

résumé de l'éditeur

Lorsque Frida annonce son intention d'épouser Diego Rivera, son père a ce commentaire acide : «ce seront les noces d'un éléphant et d'une colombe». Tout le monde reçoit avec scepticisme la nouvelle du mariage de cette fille turbulente mais de santé fragile avec le «génie» des muralistes mexicains, qui a le double de son âge, le triple de son poids, une réputation d'«ogre» et de séducteur, ce communiste athée qui ose peindre à la gloire des Indiens des fresques où il incite les ouvriers à prendre machettes et fusils pour jeter à bas la trinité démoniaque du Mexique - le prêtre, le bourgeois, l'homme de loi. Diego et Frida raconte l'histoire d'un couple hors du commun. Histoire de leur rencontre, le passé chargé de Diego et l'expérience de la douleur et de la solitude pour Frida. Leur foi dans la révolution, leur rencontre avec Trotski et Breton, l'aventure américaine et la surprenante fascination exercée par Henry Ford. Leur rôle enfin dans le renouvellement du monde de l'art.
Étrange histoire d'amour, qui se construit et s'exprime par la peinture, tandis que Diego et Frida poursuivent une œuvre à la fois dissemblable et complémentaire. L'art et la révolution sont les seuls points communs de ces deux êtres qui ont exploré toutes les formes de la déraison. Frida est, pour Diego, cette femme douée de magie entrevue chez sa nourrice indienne et, pour Frida, Diego est l'enfant tout-puissant que son ventre n'a pas pu porter. Ils forment donc un couple indestructible, mythique, aussi parfait et contradictoire que la dualité mexicaine originelle, Ometecuhtli et Omecihuatl.

 

EXTRAITS


 "
Il est difficile aujourd'hui, dans un monde laminé par les désillusions, les guerres les plus meurtrières de tous les temps, et par la pauvreté culturelle grandissante, de se représenter le tourbillon d'idées qui enflamment Mexico durant cette décennie qui va de 1923 à 1933. Alors le Mexique est en train de tout inventer, de tout changer, de tout mettre au jour, dans la période la plus chaotique de son histoire, quand, sur la scène politique, se succèdent les régimes, depuis les derniers rituels médiévaux de Porfirio Díaz jusqu'à l'héroïsme révolutionnaire de Lázaro Cárdenas, en passant par les aléas de la politique d'Alvaro Obregón, de Plutarco Elias Calles et de De La Huerta.

   Tout est à inventer et tout apparaît durant cette époque fiévreuse: l'art des muralistes au service du peuple – les seuls vrais «romanciers de la Révolution», comme les appelle Miguel Angel Asturias – écrivant sur les lieux publics l'histoire tragique et merveilleuse du continent amérindien; l'art au service de l'éducation, quand les campagnes d'alphabétisation du monde rural utilisent le théâtre de marionnettes, la gravure populaire à la manière de Posada, la comédie de rue, les écoles rurales. L'enthousiasme pour l'ère nouvelle gagne tout le pays. Dans les villages les plus isolés (dans la vallée de Toluca, les steppes du Yucatán, ou le désert de Sonora), les maîtres d'école indigènes fondent des académies de nahuatl, de maya, de yaqui, éditent des journaux, des lexiques, des recueils de légendes. La peinture naïve – non pas celle des chapelles et des marchands de tableaux, mais comme plus tard en Haïti ou au Brésil, la peinture née dans les champs et dans la rue – éclate comme un feu d'artifice dans une fête: elle pénètre et force la peinture officielle, apporte ses formes, ses visions nouvelles, une façon inédite d'embrasser le monde, de rendre sa pureté à la culture. La révolution fauve et cubiste qui avait un instant attiré les grands peintres de la modernité est balayée au Mexique par cette révolution populaire qui détourne l'art de la culture gréco-romaine, le replonge dans sa réalité contorsionnée du quotidien où les expressions, les symboles, les équilibres et jusqu'aux lois de la perspective n'obéissent pas aux mêmes critères."

 

"Pour Diego, cette liberté sexuelle est nécessaire, elle est l'aliment même de son art et une des expressions de la révolution; Mais il s'agit de toute autre chose que l'immoralisme antibourgeois imité de la bohème parisienne. Pour Diego, la recherche du corps des femmes est essentielle. Comme pour Gauguin ou pour Matisse, il lui faut cette identification joyeuse avec la femme, cette permanente proximité physique. La beauté du corps féminin, la beauté des modèles, est le symbole de la violence créatrice de la vie, de la réalité de la vie face à toutes les idées et impuissances de l'intellect. Toute sa peinture exprime cette confiance absolue danas la jouissance, dans la force de la vie, dans la radiance de la beauté féminine, opposée aux instincts de mort et de guerre des homme."

 

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"Un verre de lait s'il vous plaît" de  Herbjorg Wassmo

Traduit du Norvégien par Luce Hinsch

Editions Gaïa - 2007

 

Un roman engagé, d’une rare violence, quasiment insoutenable, sur la descente aux enfers d’une jeune Lituanienne, embarquée malgré elle dans un réseau de prostitution. Par l’auteur du Livre de Dina.


résumé de l'éditeur
Dans un village de Lituanie, Dorte, 15 ans, vit un quotidien difficile avec sa mère. Elle rêve d’une vie plus facile, d’une mère moins triste. Le jour où le propriétaire menace de les mettre dehors parce que le loyer n’est toujours pas payé, Dorte accepte la proposition d’une vague copine de venir travailler comme serveuse à Stockholm. Elle se rend rapidement compte que quelque chose ne va pas, mais sa jeunesse et son manque ­d’expérience ne lui permettent pas de deviner l’enfer qui l’attend.
Voilà un récit d’une grande violence. Très vite, on espère que la lecture va prendre une tournure moins violente, moins insupportable, mais ce n’est pas le cas. Par le descriptif cru et minutieux de ce qui arrive à Dorte, le lecteur est maintenu dans le cauchemar que vit la jeune fille. Pour fuir la réalité, les pensées de Dorte s’évadent en rêves et souvenirs, et surtout en dialogues imaginaires avec le père qu’elle n’a plus. Ces pensées et rêves composent le mince fil qui la rattache à la vie, et c’est aussi ce qui aide le lecteur à supporter la lecture jusqu’au bout.

Le style concis et sans fioritures renforce le sentiment que Herbjørg Wassmo refuse de transformer son sujet en « littérature ». La force littéraire de Un verre de lait, s’il vous plaît réside dans son réalisme sans merci. Il faut que cette histoire nous dérange le plus longtemps possible. Car il est certain que Wassmo n’a pas écrit ce roman pour son plaisir, mais par révolte.
Herbjørg Wassmo est l’auteur d’une œuvre considérable, des livres pour enfants à l’écriture théâtrale en passant par la poésie. Œuvre inscrite aux programmes scolaires et universitaires, et qui, traduite en de nombreuses langues, connaît un succès populaire exceptionnel. Elle est, en Scandinavie, l’écrivain mondial le plus lu, et Dina a pris place aux côtés des grandes héroïnes de la littérature.

EXTRAITS

« Dorte se rendit compte alors que le plus grand défi à relever quand on partait à la conquête du monde, c’était de se savoir seule. Mais il fallait bien en passer par là, sinon on n’oserait jamais rien. C’était comme ça, un point c’est tout. Une fois faite à cette idée, tout irait mieux. Beaucoup mieux. Elle serait libre de se réjouir de ce qu’elle allait rencontrer. Une fois arrivée en Suède, quand elle commencerait à travailler, elle n’aurait plus besoin d’être enfermée toute la journée dans une voiture nauséabonde avec deux types. Bien sûr, elle n’aurait certainement plus besoin de les voir. Maintenant il fallait avancer. Arriver à destination (p.50) »

« Ils étaient sans visage. Ils étaient plus ou moins lourds. Leurs mains étaient plus ou moins dures. Ils étaient plus ou moins bruyants, plus ou moins suants. Prenaient plus ou moins de temps. Mais, finalement, elle sut déchiffrer tous leurs signes – les mouvements ou les bruits qui faisaient espérer une fin prochaine, laquelle ne laissait qu’une odeur d’œuf pourri. Quand la porte claquait, quand elle pouvait enfin souffler, arracher une large feuille au rouleau de papier près du lit et s’essuyer entre les jambes pour que ça ne coule pas sur le plancher quand elle irait à la douche. Elle prenait chaque matin les pilules que Lara avaient achetées pour qu’elle ne tombe pas enceinte ( pp. 183-184 ) ».

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"Entre ciel et terre" de Jon Kalman Stefansson
Editions Gallimard 2010
trad. de l'islandais par Éric Boury

Résumé chez l'éditeur
Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d’autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts.

Parfois les mots font que l’on meurt de froid. Cela arrive à Bárður, pêcheur à la morue parti en mer sans sa vareuse. Trop occupé à retenir les vers du
Paradis perdu, du grand poète anglais Milton, il n’a pensé ni aux préparatifs de son équipage ni à se protéger du mauvais temps. Quand, de retour sur la terre ferme, ses camarades sortent du bateau le cadavre gelé de Bárður, son meilleur ami, qui n’est pas parvenu à le sauver, entame un périlleux voyage à travers l’île pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, ce livre dans lequel Bárður s’était fatalement plongé, et pour savoir s’il a encore la force et l’envie de continuer à vivre.
Par la grâce d’une narration où chaque mot est à sa place, nous accompagnons dans son voyage initiatique un jeune pêcheur islandais qui pleure son meilleur ami : sa douleur devient la nôtre, puis son espoir aussi.
Entre ciel et terre, d’une force hypnotique, nous offre une de ces lectures trop rares dont on ne sort pas indemne. Une révélation…

EXTRAITS

« Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l'existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s'évanouit en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c'est une trahison que d'oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu'elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C'est la vie qui l'exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut être telle qu'elle vous transperce le coeur. »

«Les mots ont parfois le pouvoir des trolls et ils sont capables d’abattre les dieux, ils peuvent sauver des vies et les anéantir. Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l’abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que le mort et le malheur piétinent sans effort. Les mots sont cependant tout ce que le gamin possède. À part les lettres de sa mère, un pantalon de grosse toile, ses vêtements de laine, trois livres peu épais ou plutôt des fascicules qu’il a emportés avec lui en quittant le baraquement, des bottes de mer et de mauvaises chaussures. Les mots sont ses compagnons les plus dévoués et ses amis les plus fidèles, ils se révèlent pourtant inutiles au moment où il en aurait le plus besoin – il ne parvient pas à ressusciter Bár∂ur […]»

«Le temps a bien des visages, la pendule mesure rarement celui qui passe en notre for intérieur et qui constitue la véritable durée de la vie, d'ailleurs, une foule de jours pourrait tenir en quelques heures et inversement, le nombre des années est une échelle peu fiable pour mesurer la durée de la vie d'un homme, celui qui meurt à quarante ans a peut-être vécu bien plus longtemps qu'un autre qui part à quatre-vingt dix. »

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"L'encre serait de l'ombre " de Philippe Jaccottet
Editions Gallimard 2011 / Poésies

Résumé chez l'éditeur
Comment par le leurre de l'écriture lever le voile qui couvre le monde et le temps ? Philippe Jaccottet se veut un promeneur attentif, disponible, capable d'émerveillement aussi bien que d'effroi, et qui transmet son approche lucide, sombre ou éblouie, de la lumière en chacune de ses métamoprhoses. Il ne témoigne pas du spectacle de la nature, mais de la nature du mystère. Il participe plus qu'il n'assiste aux éblouissements fugaces qui sont autant de révélations simples sous un ciel déserté par les dieux. Il est celui qui approche au plus près du point où la vision et la vie paraissent aptes à se fondre. Comme s'il accédait, par grâce singulière et fragmentée, à une sorte d'entre-monde où la pensée est action, le sentiment intelligence, la beauté oxygène et poésie la trame secrète des jours.

L'œuvre de Philippe Jaccottet fait escorte, parfois sombrement, quelques fois sereinement, à la part incertaine et sublime qui, par éclairs, par effractions, apparaît, déchire, force ou découvre le passage. « Je pense quelquefois que si j'écris encore, c'est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d'une joie dont on serait tenté de croire qu'elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. »

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"L'art du haïku pour une philosophie de l'instant" de Vincent Brochard, Pascale Senk, BASHÔ, ISSA,  SHIKI
Editions Belfond 2009
Traduit par Vincent Brochard

Saisir la vérité de l'instant, capter le jaillissement de la vie, faire vibrer le présent : telle est la magie du haïku.

Résumé chez l'éditeur

Renouer le lien primordial avec la nature, cultiver la modestie et la simplicité, rechercher la spontanéité : L'Art du haïku nous entraîne sur le chemin de cette sagesse qui nous a laissé les textes les plus étonnants de la littérature japonaise et nous démontre toute la modernité de son enseignement.
L'enquête de Pascale Senk nous fait découvrir comment la pratique du haïku inspire aujourd'hui, à des adeptes venus de tous horizons, une nouvelle approche de la vie.
En introduction aux haïkus les plus emblématiques, la présentation de Vincent Brochard n'apporte pas seulement un éclairage historique et littéraire, elle est aussi une véritable initiation à la visée spirituelle qui est au coeur de cet usage de l'écriture.

À la fois essai, guide pratique et anthologie, L'Art du haïku montre la voie d'un authentique art de vivre.

 

Vieille mare
une grenouille plonge
bruit de l'eau
Bashô
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R
Supeeerrrr!!!J'adore la lecture,je trouverai surement le nouveau Le Clézio.Merci et bonne soirée.
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