Kafka sur le rivage / Haruki Murakami
Traducteur : ATLAN Corinne
Collection : Domaine Etranger
Sous-collection : Domaine étranger - Littérature japonaise
Titre original : Umibe No Kafuka
Présentation de l’éditeur
Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d’initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur et la richesse de Haruki Murakami.
Une œuvre majeure, qui s’inscrit parmi les plus grands romans d’apprentissage de la littérature universelle. Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible
prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d’esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse.
Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un
inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et bien d’autres choses encore… Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.
Biographie de l’auteur
Né à Kobe en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque à l’université de Tokyo, puis a dirigé un club de jazz, avant d’enseigner à Princeton pendant quatre ans. En 1995, suite au
tremblement de terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il décide de rentrer au japon. Son premier livre, Ecoute le chant du vent (1979, non traduit), lui a valu le prix Gunzo.
Suivront, notamment, Chroniques de l’oiseau à ressort (Le Seuil, 2001), Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (Belfond, 2002 ; 10/18, 2003), Après le tremblement de terre (10/18, 2002),
Les Amants du Spoutnik (Belfond, 2003 ; 10/18, 2004). Kafka sur le rivage inscrit définitivement Murakami parmi les grands de la littérature
1er chapître :
Avant de quitter la maison, je n’ai pas pris que du liquide dans le bureau de mon père. J’ai aussi pris un petit briquet ancien en or (j’aime bien sa forme et son
poids dans ma main) et un couteau pliant bien pointu. Le manche est recouvert de peau de daim, et, avec sa lame de douze centimètres de long, il est plutôt lourd. Mon père a dû l’acheter lors
d’un de ses voyages à l’étranger. Je récupère aussi dans un tiroir une solide lampe de poche qui éclaire bien. Ainsi que des lunettes de soleil Revo aux verres bleus, pour dissimuler mon
âge.
J’ai bien envie aussi d’emporter la Rolex Sea-Dweller Oyster de mon père, sa montre préférée. Elle est magnifique, mais un peu trop voyante, elle attirerait l’attention. Ma Casio en plastique
avec alarme et chronomètre fera très bien l’affaire. En fait, elle me sera même plus utile que la Rolex, que je laisse à regret.
Du fond d’un autre tiroir, je sors une photo de moi et de ma soeur aînée quand nous étions petits. Nous sommes sur une plage,souriants, l’air heureux. Ma soeur est tournée de côté, une moitié
de visage dans l’ombre. Son sourire ainsi coupé au milieu lui donne l’air d’exprimer deux sentiments opposés, comme sur ces masques de tragédie grecque qui ornent certains livres de classe.
Ombre et lumière. Espoir et désespoir. Rire et tristesse.
Confiance et solitude. Quant à moi, je regarde droit vers l’objectif, sans la moindre hésitation. Nous sommes seuls sur la plage, en tenue de bain ; ma soeur porte un maillot une pièce rouge à
fleurs, et moi je flotte dans un caleçon bleu informe. Je tiens à la main une espèce de bâton en plastique.
L’écume blanche des vagues vient lécher nos pieds.
Qui a pris cette photo, quand, sur quelle plage ? Pourquoi ai-je l’air aussi heureux ? Comment est-il possible que j’aie l’air aussi heureux ? Pourquoi est-ce la seule photo de famille que mon
père ait gardée ? Tout cela est bien énigmatique. Je dois avoir trois ans, sur ce cliché, et ma soeur neuf. Je m’entendais donc si bien avec elle ? Je n’ai aucun souvenir de vacances au bord de
la mer. Je n’ai aucun souvenir de vacances où que ce soit. En tout cas, je n’ai pas envie de laisser cette photo à mon père. Je la glisse dans mon portefeuille. Il n’y a aucune photo de ma
mère. Apparemment, mon père a jeté toutes celles où elle figurait.
Après avoir réfléchi un moment, je décide d’emporter aussi son téléphone portable. Quand mon père s’en apercevra, il appellera sans doute son fournisseur pour résilier son contrat et le
portable ne me sera plus d’aucune utilité. Je le mets tout de même dans mon sac à dos, ainsi que le chargeur. L’appareil est léger de toute façon. Je n’aurai qu’à le jeter si mon père
interrompt l’abonnement.
Je décide de n’emporter que le strict nécessaire dans mon sac à dos. Le plus difficile est le choix des vêtements. Il me faut quelques sous-vêtements, quelques pulls. Une chemise, un pantalon,
des gants, un short, un manteau… Si je commence à réfléchir à ce que je dois prendre, c’est sans fin. Une chose est sûre : je n’ai pas envie de déambuler dans une ville inconnue avec un gros
sac et une allure qui clament : « Je suis un adolescent en fugue ! » J’attirerais aussitôt l’attention, on appellerait la police, et je serais renvoyé à la maison aussi sec. Ou alors, j’aurais
des ennuis avec des voyous ou des gens pas nets.
Il suffit que je choisisse un endroit où il ne fait pas froid. Voilà la conclusion à laquelle je parviens. Évident, non ? Un endroit chaud, où je n’aurai pas besoin de gants ni de manteau. Mon
tas de vêtements diminue aussitôt de moitié. Je choisis des habits légers, faciles à laver et séchant facilement ; je les plie le plus petit possible et les
fourre dans mon sac à dos. En dehors de ça, je prends un sac de couchage pour toutes saisons, le genre qui ne tient pas de place une fois roulé, un nécessaire de toilette minimal, une cape de
pluie, un bloc-notes et un stylo,mon baladeur MD ainsi qu’une dizaine de CD (je ne peux pas me passer de musique), et une batterie de rechange.
C’est à peu près tout. Pas besoin de matériel de cuisine de camping, c’est lourd et trop encombrant. Je pourrai acheter de quoi manger dans des supérettes ouvertes vingt-quatre heures sur
vingt-quatre. Réduire ma liste de matériel à emporter m’a pris un certain temps. J’ai ajouté un bon nombre de choses, que j’ai enlevées ensuite.
J’en rajoute encore, pour finir par les éliminer.
J’ai pensé que l’anniversaire de mes quinze ans était le jour idéal pour m’enfuir. Avant c’était trop tôt, et après, il sera peut-être trop tard.
J’ai passé les deux dernières années, mes années de collège, à m’entraîner en vue de cette fugue. J’ai commencé à faire du judo dès l’école primaire, et j’ai continué au collège, mais sans
m’inscrire dans un club de sport. Quand j’avais du temps, je courais sur le terrain de l’école, je nageais ou j’allais à la salle de gym du quartier pour faire de la musculation. Il y avait un
jeune entraîneur, là-bas, qui me donnait des conseils sur la façon d’utiliser correctement les machines, ou de faire du stretching. Qui m’expliquait comment je devais faire pour développer
efficacement tous les muscles de mon corps. Quels muscles on utilise dans la vie quotidienne, ceux qu’on peut faire travailler avec les machines. Par chance, je suis plutôt grand de taille et,
grâce à cette gymnastique quotidienne, ma carrure et mes pectoraux ont pris de l’ampleur. Les gens qui ne me connaissent pas me donnent facilement dix-sept ans. Si je faisais une fugue avec
l’apparence d’un adolescent de quinze ans, je m’exposerais sans aucun doute à un certain nombre de problèmes dès le départ.
À part mes conversations avec l’entraîneur de la salle de gym, les quelques mots que j’adresse à la femme de ménage qui vient tous les deux jours à la maison et, bien sûr, les échanges verbaux
minimaux imposés par l’école, je ne parle à presque personne. Ça fait un moment que mon père et moi nous nous évitons. On vit sous le même toit mais on n’a pas les mêmes horaires. Il passe
presque toutes ses journées seul dans son atelier, et inutile de vous dire que je prends soin de le croiser le moins souvent possible.
Je fréquente un collège privé destiné aux enfants des classes supérieures, ou, dit plus simplement, aux gosses de riches. On peut y tracer sans peine son petit bonhomme de chemin jusqu’au
lycée, dans la mesure où on n’a pas eu des résultats trop nuls. Tous mes camarades ont des dents bien alignées, portent des vêtements impeccables et sont d’un ennui mortel. Naturellement, dans
ma classe, je n’étais guère apprécié. J’ai construit autour de moi un
mur que je n’autorise personne à franchir. Moi-même, je ne m’aventure guère en dehors de ces limites. Qui pourrait être ami avec quelqu’un comme moi ? Les autres m’observent de loin, ils me
surveillent. Peut-être trouvent-ils ma présence désagréable ou ont-ils peur de moi. Mais je préfère qu’ils ne s’occupent pas trop de ma personne. J’ai un tas de choses à faire de mon côté : je
passe mes récréations à la bibliothèque de l’école, à dévorer tous les livres qui me tombent sous la main.
J’écoute tout de même attentivement ce que les profs disent en cours. Le garçon nommé Corbeau me l’a vivement recommandé.
Les connaissances et les techniques enseignées au collège ne te serviront pas à grand-chose dans la vie réelle, c’est sûr. Les profs sont, pour la plupart, des incapables. Tout ça, je le sais.
Mais écoute bien : tu vas faire une fugue, pas vrai ? Tu n’auras peut-être plus jamais l’occasion d’aller à l’école, et que tu aimes ou pas les matières qu’on y enseigne, tu dois tout absorber
sans en laisser une goutte. Tu dois être un véritable buvard. Par la suite, tu feras le tri entre ce qu’il faut garder et ce que tu peux
oublier.
J’ai suivi son conseil. (D’une manière générale, je suis toujours les conseils du garçon nommé Corbeau.) Je me suis concentré, ai transformé mon cerveau en éponge et me suis imprégné de tout ce
qui était dit en classe.
J’ai compris le contenu des cours, l’ai mémorisé dans le temps limité des heures de classe et, grâce à ça, même sans travailler beaucoup en dehors, je suis parvenu à me maintenir en tête aux
examens.
Je suis devenu aussi fort que si mes muscles étaient en métal, et de plus en plus taciturne. Je me suis efforcé de ne jamais montrer mes émotions, de dissimuler ce que je pensais, aussi bien
aux profs qu’à mes camarades de classe.
Bientôt, j’allais me retrouver lancé dans le monde sans pitié des adultes et pour pouvoir y survivre seul, il fallait que je devienne plus fort que n’importe qui. En me regardant dans le
miroir, je voyais bien que mes yeux avaient un éclat aussi froid que celui d’un lézard, et que mon visage était de plus en plus inexpressif. Je ne me rappelais plus quand j’avais ri pour la
dernière fois.
Je n’adressais jamais un sourire à personne. Pas même à mon reflet.
Mais je ne pouvais pas me maintenir en permanence dans cette solitude paisible. Le mur que j’avais érigé autour de moi s’écroulait parfois. Pas très souvent, mais cela arrivait. Le mur
disparaissait avant même que je m’en sois rendu compte, et je me retrouvais tout nu, exposé au monde. Dans ces moments-là, j’étais dans la confusion la plus totale.
Et, il y avait aussi la prédiction. La prédiction, pareille à une étendue d’eau noire.
La prédiction, constamment présente, telle une mystérieuse étendue d’eau noire.D’ordinaire, elle se dissimule quelque part dans un lieu inconnu. Mais, quand le moment vient,elle s’avance sans
bruit, et vient glacer chaque cellule de ton corps, et toi, tu te noies, pantelant,dans cette eau qui monte implacablement. Tu t’accroches à une bouche d’aération proche du plafond, et essaies
désespérément d’aspirer l’air du dehors. Mais l’air que tu respires est sec et te brûle la gorge. Des éléments normalement opposés, l’eau et la sécheresse, le froid et le chaud,rassemblent
leurs forces pour te terrasser.
Dans l’immensité du monde, tu ne vois nulle part d’espace pour toi – un espace minuscule te suffirait, pourtant. Tu cherches une voix, mais ne rencontres qu’un profond silence. À
l’inverse,quand tu réclames le silence, c’est la voix de la prédiction qui se fait entendre sans fin. Et, de temps en temps, cette voix prophétique appuie sur un bouton secret dissimulé au fond
de ton cerveau.
Ton esprit ressemble à un vaste fleuve en crue après une longue période de pluies. Tous les poteaux de signalisation ont disparu sous l’eau, et ont peut-être déjà été entraînés vers un lieu
obscur.
Et la pluie continue à frapper violemment la surface du fleuve. C’est ce que tu te dis chaque fois que tu vois des images d’inondation au journal télévisé : « Voilà exactement à quoi ressemble
mon esprit. »
Avant de quitter la maison, je me récure les mains et le visage avec du savon. Je me coupe les ongles, me nettoie les oreilles, me lave les dents. Je prends mon temps pour bien me purifier.
Dans certains cas, être propre est la chose la plus importante qui soit. Ensuite je me tourne vers le miroir au-dessus du lavabo, et me regarde attentivement. Ce que je vois là, ce sont les
traits que j’ai hérités de mon père et de ma mère – bien qu’en ce qui la concerne, je n’aie plus le moindre souvenir. J’aurai beau faire tout ce que je peux pour effacer toute expression de mon
visage, toute lumière de mon regard, et me bâtir des muscles d’acier, jamais je ne pourrai changer mes traits. Quel que soit le désir que j’en aie, il m’est impossible d’arracher de mon visage
les longs sourcils épais que je tiens de mon père et la ride qui se creuse entre eux. Si je le souhaitais vraiment, je pourrais tuer mon père (ce ne serait pas très difficile avec la force que
j’ai acquise maintenant), et je serais capable aussi d’effacer complètement de ma mémoire le souvenir de ma mère. Mais je ne peux pas me débarrasser de leurs gènes. Pour cela, il faudrait que
je me débarrasse de moi-même.
Et puis, il y a la prédiction. Ce mécanisme enfoui au fond de moi.
Ce mécanisme enfoui au fond de toi.
J’éteins la lumière, je sors de la salle de bains.
Un lourd silence flotte sur la maison. Chuchotements de gens qui n’existent pas, respiration de ceux qui ne sontplus. Je regarde autour de moi, je m’arrête, je prends une inspiration profonde.
Les aiguilles de ma montre indiquent trois heures de l’après-midi. Elles ont l’air terriblement distantes. Elles prétendent être neutres, mais, en réalité, elles ne sont pas de mon côté. Il va
être temps pour moi de quitter ce lieu. Je prends mon petit sac à dos, le
mets sur mes épaules. J’avais pourtant répété cette scène plusieurs fois, mais il me paraît soudain plus lourd que prévu.
J’ai décidé de partir pour le Shikoku. Sans raison particulière. Simplement, en regardant la carte, j’ai pensé que c’était là que je devais me rendre. J’ai souvent examiné l’atlas et, chaque
fois, ce lieu m’a attiré. Il est situé au sud de Tokyo, bien au large, séparé de l’île principale par la mer, le climat y est doux. Je n’y suis jamais allé, je n’y ai ni famille ni amis. Aussi,
si quelqu’un se mettait à me chercher (ce dont je doute), il n’y a aucun risque qu’il pense à cette région.
J’ai retiré au guichet le billet que j’avais réservé et suis monté dans le car de nuit. C’est le moyen le plus simple de se rendre à Takamatsu depuis Tokyo. À peine un peu plus de dix mille
yens. Personne ne fait attention à moi.
Personne ne me demande mon âge. Personne ne me regarde d’un air soupçonneux. Le chauffeur vérifie mon billet avec une froideur toute professionnelle.
Un tiers des sièges à peine est occupé. La plupart des passagers sont seuls comme moi. Et le car est étrangement silencieux. La route est plutôt longue jusqu’à Takamatsu : dix heures de bus.
Nous arriverons tôt demain matin.
Mais ça ne me dérange pas. Du temps, j’en ai plus qu’il n’en faut. Le car quitte la gare routière peu après huit heures du soir, j’abaisse mon dossier. Aussitôt enfoncé dans mon siège, ma
conscience s’amenuise, comme une pile qui achève de se décharger, et je m’endors.
Vers le milieu de la nuit, un orage éclate. Je me réveille de temps en temps, jette un petit coup d’oeil entre les rideaux bon marché, regarde l’autoroute. Les gouttes de pluie frappent
violemment les vitres, brouillant la lumière des réverbères qui bordent la route. Ils défilent à perte de vue, plantés à intervalles réguliers comme s’ils étaient destinés à mesurerle monde.
Une nouvelle lumière surgit et l’instant d’après elle n’est déjà plus qu’un souvenir, une lueur surannée qui disparaît derrière nous. Je regarde ma montre : minuit vient de passer. Et mon
quinzième anniversaire est là, propulsé d’un coup à l’avant de la scène.
— Bon anniversaire ! dit le garçon nommé Corbeau.
— Merci, dis-je.
Mais la prédiction me suit comme une ombre. Je vérifie que le mur que j’ai élevé autour de moi est toujours intact. Je tire le rideau et me rendors.
LA PRESSE
« À Kafka sur le rivage, il ne manque aucun ingrédient pour enchaîner tout lecteur jusqu’à la dernière page. suspense, initiation, amour, tout y est, avec ce zeste
de bizarrerie qui est la signature de l’écrivain. [...] On est enchantés et surpris à chaque page [...]. Plus on entre dans le roman, plus on est transportés et comme contaminés par la vision
du monde selon Murakami. C’est heureusement une maladie bénigne, qui ne nous laissera en guise de séquelles que des visions inoubliables. »
Héléna Villovitch, Elle
« Murakami maîtrise tout mais ne dévoile rien, laisse toujours dans le doute tout en jouant avec une flopée de références, tout à la fois musicales et littéraires,
comme si son livre était une sorte de précis de ses amours esthétiques, où se mélangent toutes les formes culturelles, de la plus haute à la plus populaire, de Franz Kafka et Shakespeare à la
japanese-pop des années soixante.»
Joseph Ghosn, Les Inrockuptibles
« Il faut laisser le soin à Murakami de relier entre eux les différents fils de cet incroyable roman où l’on ne sera pas étonné de croiser des fantômes vivants,
des poissons qui tombent du ciel, des prostituées citant Henri Bergson et des chats capables de comprendre notre langue. Quête existencielle d’une rare puissance, Kafka sur le rivage vous fera
pénétrer dans un monde qui ne s’oublie pas de sitôt. »
Alexandre Fillon, Livres Hebdo
« Haruki Murakami distille ses nectars dans une œuvre subtile, complexe, où les ténèbres les plus inquiétantes et la grâce la plus lumineuse se mêlent jusqu’au
vertige. L’auteur de La Fin des temps y ajoute l’élégance toute japonaise d’une prose presque impalpable, feutrée, aussi dépouillée qu’un champs de neige. »
André Clavel, L’Express
« Comme le dit un des personnages citant Tolstoï : le bonheur est une allégorie, le malheur est une histoire. Murakami l’éclectique mélange les deux avec une
habileté de prestidigitateur et y ajoute poésie et exotisme. Avec lui on écoute le vent, on tend l’oreille au temps qui passe, on croit aux miracles et aux coïncidences. Grâce à lui, on lit un
chef-d’œuvre. »
Daphné de Saint Sauveur, Madame Figaro
« C’est cruel, beau, cru. Les personnages commencent peu à peu à voir, goûter, écouter, sentir, toucher une vie nouvelle. Feu d’artifices d’épreuves. Solitudes
cassées comme de la brique. Dialogues avec ciel et terre. [...] L’auteur des Chroniques de l’oiseau à ressort nous entraîne dans des contrées sauvages jamais fouillées par âme humaine. Forte
sensation de dépaysement. Il fait appel à notre souplesse et à notre ouverture. Venez voir ailleurs et autrement ! »
Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche
Les Dames à la licorne / Barjavel et Olenka De Veer
Une terre de légendes : l’Irlande.
Un descendant de roi, chef rebelle en fuite Hugh O’Farran. Une jeune sauvageonne au prénom étrange : Griselda… Griselda qui rêve, en cette fin du XIXe siècle, d’un destin extraordinaire loin de
cette île de Saint-Albans où elle vit avec ses quatre soeurs et ses parents…
Voici les personnages principaux d’un magnifique roman d’amour inspiré d’une histoire vraie. Une histoire qui pourrait commencer par “Il était une fois cinq filles dans une prison d’eau…” tant
elle a la beauté et le mystère d’un conte…
Extrait de la 1ère page: Foulques, premier comte d’Anjou, dit le Roux, puis le Plante-Genest, rencontra la licorne le deuxième vendredi de juin de l’année 929 et toute l’histoire de la France, de l’Angleterre, de l’Irlande et de Jérusalem en fut changée. Et aussi, à cause de l’Irlande, celle des Etats-Unis, qui reçurent tant d’irlandais bannis, jusqu’à la grande revanche de John Kennedy. Et, par ce dernier et la lointaine licorne l’histoire de la lune fut changée aussi.
Mourir sur Seine / Michel Bussi
Deux mois avant le grand rendez-vous de l’Armada, Michel Bussi, chroniqueur à France Bleu Haute-Normandie et professeur de géographie à l’université de Rouen édite
opportunément aux Editions des falaises son dernier roman policier “Mourir sur Seine“.
Un meurtre… Huit millions de témoins. En résumé, au 6ème jour de l’Armada 2008 un marin est retrouvé poignardé au beau milieu des quais de Rouen. Un étrange pacte semble lier des matelots du
monde entier tandis que les autorités dissimulent un scandale.
L’histoire de la navigation en Seine, stupéfiante et pourtant bien réelle, livre la clé de l’énigme, assure l’auteur qui finalise ici son troisième roman policier dont “Omaha crimes“ qui a reçu
les prix “Sang d’encre“ 2007 de la ville de Vienne et du “1er roman policier“ de la ville de Lens.
La fin du chant / Galsan Tschinag
Traduit de l’allemand par Dominique Petit
Titre original : Das ende des liedes.
Collection Picquier poche
Des chevaux et des hommes. Sous le ciel de l’Altaï, au milieu des immenses plaines de Mongolie, Galsan Tschinag plante le somptueux décor d’une double tragédie : la disparition d’une mère, qui laisse trois enfants et un époux qui avait appris à l’aimer ; le refus d’une jument, en deuil de son petit, de nourrir un poulain orphelin. Chez les humains comme chez les animaux, il s’agit que la vie l’emporte sur la mort, il s’agit de retrouver le chemin de la source d’amour.
En contrepoint de ces drames, l’auteur révèle un autre aspect de son exceptionnel talent de conteur en s’attachant aux luttes des nomades contre les envahisseurs
venus de tous les horizons.
Galsan Tschinag au sommet de son art
« Donne ton lait, ton lait blanc, ô Mère ! / Éteins le feu, le feu ardent, / Le feu de la soif qui brûle la langue, / La langue de ton pauvre enfant, / Guruj-guruj-guruj ! » Ce chant, qui monte du plus profond des entrailles de la terre comme une imploration à la vie, est une métaphore qui va traverser tout le récit.
EXTRAIT
« elle est encore une enfant lorsqu’elle était venue chez lui. Il l’avait méprisée sans toutefois se priver d’elle ; aiguillonnée par son désir viril, il en avait fait une femme et ainsi une mère. Elle lui avait donné onze enfants, les avait nourris, pleurant la mort de certains d’entre eux et vivant dans l’angoisse d’en perdre d’autres ; elle avait trait les bêtes, cuisiné, cousu, lavé, veillé sur la propreté, ramassé du fumier, et c’est ainsi que s’était écoulées les quinze années passées près de lui, ou plutôt sous son autorité. Elle s’était livrée à lui sans réserve, vivant plus pour lui que pour elle-même et se montrant ainsi une bonne épouse (p.30-31) ».
Parce que je t’aime / Guillaume Musso
Layla, une petite fille de cinq ans, disparaît dans un centre commercial de Los Angeles. Ses parents, brisés, finissent par se séparer. Cinq ans plus tard, elle
est retrouvée à l’endroit exact où on avait perdu sa trace. Elle est vivante, mais reste plongée dans un étrange mutisme.
À la joie des retrouvailles, succèdent alors les interrogations. Où était Layla pendant cette période ? Avec qui ?
Et surtout : pourquoi est-elle revenue ?
Une histoire d’amour envoûtante.
Un livre profondément humain qui nous plonge dans le mystère et le suspense.
Un dénouement que vous n’oublierez pas.
Guillaume Musso est un phénomène. En seulement trois romans Et après… (2004), Sauve-moi (2005), et Seras-tu là ? (2006), ce jeune auteur de 32 ans a conquis des millions de lecteurs et imposé un style original où le suspense se mêle à l’émotion. Traduits dans 22 langues, ses romans sont en cours d’adaptation au cinéma.
EXTRAIT
La disparue
Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons.Freud
Brooklyn, de l’autre côté du fleuve, dans le confort douillet d’une petite maison victorienne ornée de tourelles et de gargouilles…
Un feu nourri crépitait dans la cheminée.
Toujours inconscient, Mark Hathaway était allongé sur le canapé du salon, une épaisse couverture enroulée autour des jambes. Penchée sur son épaule, le Dr Susan Kingston terminait de lui poser
des points de suture.
- La blessure est superficielle, expliqua-t-elle à Nicole en retirant ses gants. C’est plutôt l’état de santé général de Mark qui m’inquiète : il a une sale bronchite et son corps est couvert
d’hématomes et d’engelures.
Un peu plus tôt dans la soirée, alors qu’elle dégustait en famille le traditionnel Christmas pudding, Susan avait reçu un appel de sa voisine, Nicole Hathaway, la suppliant de venir soigner son
mari blessé.
Malgré sa surprise, elle n’avait pas hésité une seconde. Son époux et elle connaissaient bien Mark et Nicole. Avant le drame, survenu cinq ans auparavant, les deux couples avaient sympathisé et
sortaient souvent ensemble, expérimentant un à un les restaurants italiens de Park Slope, chinant chez les antiquaires de Brooklyn Height et courant le week-end sur les immenses pelouses de
Prospect Park.
Aujourd’hui, cette époque paraissait lointaine, presque irréelle.
Les yeux fixés sur Mark, Susan ne pouvait s’empêcher d’éprouver une terrible impression de gâchis.
- Tu savais qu’il vivait dans la rue ? Nicole secoua la tête, incapable de parler.
Un matin, deux ans plus tôt, son mari lui avait dit qu’il partait, qu’il n’arrivait plus à vivre «comme ça», qu’il n’en avait plus la force. Elle avait tout fait pour le retenir, mais parfois
tout n’est pas suffisant. Depuis, elle n’avait plus eu de ses nouvelles.
- Je lui ai donné une dose de calmants ainsi que des antibiotiques, précisa Susan en rangeant ses affaires.
Nicole la raccompagna jusqu’à la porte.
- Je repasserai demain matin , promit Susan, mais… Elle s’arrêta au milieu de sa phrase, à la fois honteuse et terrifiée par ce qu’elle allait dire :
…ne le laisse pas repartir dans cet état, terminât-elle, sinon…il en mourra.
Recettes de campagne…simples et naturelles
Marie-Claire / Michele Cranston
Imaginez-vous attablés avec des amis ou en famille, une cocotte sur la cuisinière, un rôti dans le four et la subtile évocation dans l’air d’un dessert incroyablement alléchant… La chaleur et les arômes enveloppent les convives d’une sensation vaporeuse, un agréable bien-être s’installe à table…
Poésie au féminin
Auteur(s) : Collectif
Editeur : Gallimard Jeunesse
Genre : POESIE
Collection : FOLIO JUNIOR POÉSIE
À travers les siècles, de la comtesse de Die à Andrée Chedid en passant par Pernette du Guillet, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noailles, Renée Vivien, Marie Noël, Louise de Vilmorin…, les femmes n’ont jamais cessé d’écrire en poésie… Elles chantent la nature, la renaissance, la vie, l’amour, la nostalgie, la joie et la souffrance d’aimer. ( La femme désert / Annie Salager ). Leurs poèmes disent l’attente, l’absence, la solitude. Ils disent aussi la beauté du monde et l’éblouissement de vivre…
Contes de l’absurde / Pierre Boulle
Prix de la nouvelle
Edition 1953
Un tortionnaire torturé par l’Enfer de Dante, des êtres venus du passé et du futur qui se rencontrent dans un célèbre café de Montparnasse, un sonnet qui renaît de
ses cendres, deux scientifiques enthousiastes qui ne réussissent qu’a intervertir le pôle et l’équateur… Autant de personnages hors du commun, autant de clins d’oeil à des auteurs aussi
prestigieux que Wells, Poe et Swift. Ces contes où absurde rime avec humour nous plongent dans un univers fantastique qui surprend, ravit, jusqu’à remettre en question toutes nos
certitudes.
1. Hallucination (l’)
2. Une nuit interminable
3. Poids d’un sonnet (le)
4. Règne des sages (le)
5. Parfait robot (le)
La Promesse de l’aube / Romain Gary
- Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France - tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : - Alors, tu as honte de ta vieille mère ?
Ce récit coïncide sur bien des points avec ce que l’on sait de l’auteur des Racines du ciel, et Romain Gary s’est expliqué là-dessus : ” Ce livre est d’inspiration autobiographique, mais ce n’est pas une autobiographie. Mon métier d’orfèvre, mon souci de l’an s’est à chaque instant glissé entre l’événement et son expression littéraire, entre la réalité et l’oeuvre qui s’en réclamait. Sous la plume, sous le pinceau, sous le burin, toute vérité se réduit seulement à une vérité artistique. ” Le narrateur raconte son enfance en Russie, en Pologne puis à Nice, le luxe et la pauvreté qu’il a connus tour à tour, son dur apprentissage d’aviateur, ses aventures de guerre en France, en Angleterre, en Ethiopie, en Syrie, en Afrique Equatoriale, il nous raconte surtout le grand amour que fut sa vie. Cette ” promesse de l’aube ” que l’auteur a choisie pour titre est une promesse dans les deux sens du mot : promesse que fait la vie au narrateur à travers une mère passionnée ; promesse qu’il fait tacitement à cette mère d’accomplir tout ce qu’elle attend de lui dans l’ordre de l’héroïsme et de la réalisation de soi-même. Le caractère de cette Russe chimérique, idéaliste, éprise de la France, mélange pittoresque de courage et d’étourderie, d’énergie indomptable et de légèreté, de sens des affaires et de crédulité, prend un relief extraordinaire. La suprême preuve d’amour qu’elle donne à son fils est à la hauteur de son coeur démesuré. Mais les enfants élevés par ces mères trop ferventes restent toujours, dit l’auteur, ” frileux ” de coeur et d’âme, et chargés d’une dette écrasante qu’ils se sentent incapables d’acquitter. Rarement la piété filiale s’est exprimée avec plus de tendresse, de sensibilité, et cependant avec plus de clairvoyance et d’humour. Et rarement un homme a lutté avec plus d’acharnement pour démontrer ” l’honorabilité du monde “, pour ” tendre la main vers le voile qui obscurcissait l’univers et découvrir soudain un visage de sagesse et de pitié “. –Ce texte fait référence à l’édition
Extraits
C’est fini. La plage de Big Sur est vide, et je demeure couché sur le sable, à l’endroit même où je suis tombé. La brume matinale adoucit les choses ; àl’horizon, pas un mât ; sur un rocher devant moi, des milliers d’oiseaux ; sur un autre, une famille de phoques : le père émerge inlassablement des flots, un poisson dans la gueule, luisant et dévoué.”
“Dans un univers de plus en plus démystifié, la mystification devenait une hygiène indispensable, une respiration artificielle, en attendant la naissance de nouveaux grands rythmes respiratoires.”
“Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.”
“Ma course fut une poursuite errante de quelque chose dont l’art me donnait la soif, mais dont la vie ne pouvait m’offrir l’apaisement.”
“Chaque fois que je lève la tête et que je reprends mon carnet, la faiblesse de ma voix et la pauvreté de mes moyens me semblent une insulte à tout ce que j’essaye de dire, à tout ce que j’ai aimé.”
“Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.”