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"Octobre 2008" Bibliothèque ” Les Amarres ” - YPORT

4ème de couverture

Si vous aimez les gens ni héroïques ni pleutres, des gens comme vous et moi, qui demeurent debout dans la tragédie d’une guerre, et continuent d’espérer le retour de celui qui est parti
si vous aimez l’écriture dépouillée de tout, sauf de l’essentiel, vous garderez longtemps en vous ce bref récit.
Sainte-Adresse en Normandie, bombardée par les alliés, et dit, en l’été 1944, « On fait son métier de femme, attendre et se salir les mains ».

Ses personnages : des ados tendres et inconsciemment cruels, la mère qui rêve au retour de l’Aimé, refuse de quitter sa ville

L’auteur n’a pas l’âge d’avoir vécu ces affres. C’est sans doute pourquoi les personnages sonnent si justes dans leurs méandres, car avouons-le avec Rimbaud : « Je est un autre ».

Catherine Laurent a publié Les Criants aux Editions du Seuil en 2002

 

 

“Le Sabotage amoureux”

Amélie NOTHOMB

4ème de couverture

 

Saviez-vous qu’un pays communiste, c’est un pays où il y a des ventilateurs ? Que de 1972 à 1975, une guerre mondiale a fait rage dans la cité-ghetto de San Li Tun, à Pékin ? Qu’un vélo est en réalité un cheval ? Que passé la puberté, tout le reste n’est qu’un épilogue ? Vous l’apprendrez et bien d’autres choses encore dans ce roman inclassable, épique et drôle, fantastique et tragique, qui nous conte aussi une histoire d’amour authentique, absolu, celui qui peut naître dans un coeur de sept ans. Un sabotage amoureux : sabotage, comme sous les sabots d’un cheval qui est un vélo…

 

 

 

4ème de couverture 

Loin de Rueil est le roman de la « rêverie éveillée ». Jacques l’Aumône, qui en est le héros, rêvasse, tout en vivant sa vie, cent vies possibles. Quelques lignes lues au hasard, une rencontre, un propos saisi au vol, suffisent à provoquer le démarrage grâce auquel il se quitte lui-même, et devient boxeur, général, évêque ou grand seigneur. Il vit à côté de sa vie avec application et constance; et le passage du réel au rêve est si naturel chez lui que, sans doute, il ne sait plus exactement qui il est. Il deviendra, enfin, acteur à Hollywood, et point de départ lui-même d’infinies rêveries. Ce Jacques L’Aumône a - comme les personnages qui l’entourent - cette sorte de consistance à la fois obsédante et fluide qu’ont les personnages de nos rêves. La rêverie, ici, se matérialise par le détour de l’humour, un humour tantôt léger tantôt cruel, et aussi par une technique d’écriture qui se rapproche de celle du cinéma.

 

 

 

4ème de couverture

 

Dans un orphelinat situé au fin fond du Maine, Wilbur Larch, gynécologue excentrique, se livre à une double mission : mettre au monde des enfants non désirés, et futurs orphelins - ” l’oeuvre de Dieu ” -, interrompre illégalement des grossesses - ” la part du Diable “. Mais entre lui et un orphelin réfractaire à quatre tentatives d’adoption, vont peu à peu se développer des sentiments qui ressemblent fort à ceux d’un père et d’un fils.

 

 

 

4ème de couverture

Des histoires de fantômes prétextes à des jeux interdits où les enfants rient pendant que leurs parents pleurent. Les studios de la M.G.M. maquillés en usine d’armement pour abuser l’ennemi en 1940. D’étranges tours de cartes dans un train de nuit en direction de Cincinnati. Un bien curieux voleur qui s’empare des vieilles lettres d’amour d’une femme de quatre-vingt-deux ans. Une famille qui a acquis un broyeur à ordures d’un type tout nouveau, rugissant comme un lion dès qu’on lui donne à manger. Camouflage, illusion, gémellité, Bradbury renverse les rôles et retourne le gant en vingt et un récits espiègles et tendres. ( Nouvelles )

” La voleuse de livres “

deMarkus ZUSAK

4ème de couverture
” Quand la Mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l’écouter.” 
INTERVIEW DE L’AUTEUR

Dans La Voleuse de livres, la Mort dit nous raconter l’histoire d’une petite fille. Mais ne croyez-vous pas qu’un des messages du roman – au-delà de l’histoire – est la façon dont l’amour et la bonté peuvent avoir une sorte de pouvoir sur la mort ?

Une histoire étrange et émouvante où il est question
- d’une fillette ;
- de mots ;
- d’un accordéoniste ;
- d’Allemands fanatiques ;
- d’un boxeur juif ;
- de vols. 

Je me suis essentiellement concentré sur le fait que l’homme porte en soi à la fois une grande beauté et une grande monstruosité, et tout notre combat est de faire émerger la beauté dont on est détenteur. Je crois, comme le dit le vieil adage, que la mort donne à la vie tout son prix. Savoir que nous ne sommes pas ici pour toujours nous fait apprécier les choses et ce sont souvent les démonstrations de bonté et d’amour qui, à la fin, nous définissent.

Aux Etats-Unis, le livre est sorti en édition jeunes adultes. Pensez-vous qu’il y ait une différence entre un livre pour adolescents et un roman pour adultes ?

Chez moi j’ai des centaines de livres. Tout en haut de l’étagère, j’y ai mis mes livres préférés – les livres que j’adore et le genre de livres que j’essaie d’écrire quand je suis à ma table de travail. Pour cette raison, je trouve les catégorisations « livres pour adolescents » / « livres pour adultes » non pertinentes. Personne ne dit jamais : « J’adore votre comédie de science-fiction pour la jeunesse » mais plutôt : « j’adore votre livre », et c’est ce que je cherche.

Parlez-nous du personnage de la Mort.

Je voulais que la Mort soit à la fois différente et semblable à nous. Je voulais que la Mort fasse partie des grands éléments, au même titre que le ciel, les nuages, les arbres. Je voulais aussi qu’elle soit vulnérable. Elle a beaucoup de points communs avec les hommes, notamment leur face sombre. Une fois, je l’ai décrite effrayée par les hommes, je sais que j’avais le ton juste, bien que ce renversement de situation soit inattendu : pour une fois, c’est la Mort qui avait peur des hommes et non pas, comme c’est souvent le cas, l’inverse.

Que pouvez-vous nous dire au sujet de L’homme qui se penchait, le livre écrit par l’un des protagonistes de votre roman, Max, l’ami juif de Liesel ? 

Ce devait être le livre de quelqu’un qui n’est pas écrivain. Trudy White a fait les illustrations. Sur les 20 pages, nous en avons gardé une douzaine. J’ai coupé aussi beaucoup de texte pour donner toute leur force évocatrice aux images. L’un des moments les plus importants est Mein Kampf disparaissant à travers les pages, lorsque Max utilise un vieil exemplaire dont il repeint les pages en blanc et sur lequel il écrira sa propre histoire. C’était une idée que j’avais eue très tôt, et Trudy a eu la même idée un peu plus tard. Montrer que les mots ont un pouvoir et que chacun d’entre nous a le pouvoir de réécrire l’histoire dans toute sa monstruosité pour en faire une belle histoire.

Est-ce que l’idée de la Mort comme élément comique vous est venue tout de suite ?

La Mort utilise l’humour pour se protéger et se tenir à distance. Son problème est qu’elle devient vite obsédée par Liesel.

Liesel aime Max parce qu’elle comprend qu’ils ont des points communs et que ces ressemblances sont plus fortes que leurs différences de culture ou de religion.

Je n’ai jamais parlé de ce genre de choses en public. En revanche, si on en trouve des échos dans le livre, je suis ravi. J’ai toujours pensé que si un écrivain créait une situation suffisamment forte, les lecteurs pouvaient y trouver des choses qui auraient échappé à l’auteur. Je pense qu’on a plusieurs étiquettes. Max par exemple est juif. Il est aussi l’ami de Liesel. Il est pluriel et sans doute ces différentes étiquettes ont-elles à voir avec son identité. Il n’aurait pas connu Liesel s’il n’avait pas été juif. Il n’aurait pas donné naissance à toutes ces œuvres artistiques. Mais il n’aurait pas été non plus persécuté. Parfois les étiquettes dont on hérite sont le fruit du destin, mais elles peuvent aussi l’infléchir, en bien comme en mal.

  

EXTRAIT

MORT ET CHOCOLAT

D’abord les couleurs. Ensuite les humains. C’est comme ça que je vois les choses, d’habitude. Ou que j’essaie, du moins.

UN DÉTAIL

Vous allez mourir.

En toute bonne foi, j’essaie d’aborder ce sujet avec entrain, même si la plupart des gens ont du mal à me croire, malgré mes protestations. Faites-moi confiance. Je peux vraiment être enjouée. Je peux être aimable. Affable. Agréable. Et nous n’en sommes qu’aux « A ». Mais ne me demandez pas d’être gentil. La gentillesse n’a rien à voir avec moi.

RÉACTION AU DÉTAIL CI-DESSUS

Ça vous inquiète ?

Surtout, n’ayez pas peur.

Je suis quelqu’un de correct.

Une présentation s’impose. Un début. J’allais manquer à tous mes devoirs. Je pourrais me présenter dans les règles, mais ce n’est pas vraiment nécessaire. Vous ferez bien assez tôt ma connaissance, en fonction d’un certain nombre de paramètres. Disons simplement qu’à un moment donné, je me pencherai sur vous, avec bienveillance. Votre âme reposera entre mes bras. Une couleur sera perchée sur mon épaule. Je vous emporterai avec douceur. À cet instant, vous serez étendu (je trouve rarement les gens debout). Vous serez pris dans la masse de votre propre corps. Peut-être vous découvrira-t-on ; un cri déchirera l’air. Ensuite, je n’entendrai plus que mon propre souffle et le bruit de l’odeur, celui de mes pas. L’essentiel, c’est la couleur dont seront les choses lorsque je viendrai vous chercher. Que dira le ciel ? Personnellement, j’aime quand le ciel est couleur chocolat. Chocolat noir, très noir. Il paraît que ça me va bien. J’essaie quand même d’apprécier chaque couleur que je vois – la totalité du spectre. Un milliard de saveurs, toutes différentes, et un ciel à déguster lentement. Ça atténue le stress. Ça m’aide à me détendre.

UNE PETITE THÉORIE 
Les gens ne remarquent les couleurs du jour qu’à l’aube et au crépuscule, mais pour moi, une multitude de teintes et de nuances s’enchaînent au cours d’une journée. 
Rien que dans une heure, il peut exister des milliers de couleurs variées. Des jaunes cireux, des bleus recrachés par les nuages, des ténèbres épaisses. Dans mon travail, j’ai à cœur de les remarquer.

Comme je l’ai laissé entendre, j’ai besoin de me distraire. Cela me permet de conserver mon équilibre et de tenir le coup, étant donné que je fais ce métier depuis une éternité. Car qui pourrait me remplacer ? Qui prendrait le relais pendant que j’irais bronzer sur l’une de vos plages ou dévaler les pistes à ski ? Personne, évidemment. Aussi ai-je décidé, consciemment, délibérément, de remplacer les vacances par de la distraction. Inutile de préciser que je me repose au compte-gouttes. Avec les couleurs. Mais, penserez-vous peut-être, pourquoi donc a-t-elle besoin de vacances ? De quoi a-t-elle besoin d’être distraite ? Ce qui m’amène au point suivant. Les humains qui en ont réchappé. Les survivants. Ceux-là, je ne supporte pas de les regarder, et je ne parviens pas toujours à m’y soustraire. Je recherche délibérément les couleurs pour ne plus penser à eux, mais j’en vois de temps en temps, effondrés entre surprise et désespoir. Leur cœur saigne. Ils ont les poumons en charpie. Ce qui m’amène au sujet dont je veux vous parler ce soir, ou ce matin – qu’importent l’heure et la couleur. C’est l’histoire de quelqu’un qui fait partie de ces éternels survivants, quelqu’un qui sait ce qu’être abandonné veut dire. Une simple histoire, à vrai dire, où il est question, notamment :

D’une fillette ;

De mots ;

D’un accordéoniste ;

D’Allemands fanatiques ;

D’un boxeur juif ;

Et d’un certain nombre de vols.

J’ai vu la voleuse de livres à trois reprises.

PRÈS DE LA VOIE FERRÉE

D’abord, il y a du blanc. Du genre éblouissant. Certains d’entre vous penseront sans doute que le blanc n’est pas une couleur, ou une ânerie de ce genre. Je peux vous dire que si. Le blanc est une couleur, cela ne fait aucun doute. Et vous n’avez pas envie de discuter avec moi, n’est-ce pas ?

UNE ANNONCE RASSURANTE 
Surtout, ne vous affolez pas, malgré cette menace. 
C’est du bluff. 
Je n’ai rien de violent. 
Ni de méchant. 
Je suis un résultat.

Donc, c’était blanc. On aurait cru que la planète entière était vêtue de neige. Qu’elle l’avait enfilée comme un pull-over. Près de la voie ferrée, les empreintes de pas étaient enfoncées jusqu’au talon. La glace enrobait les arbres. Comme vous vous en doutez, quelqu’un était mort.

* * *

On ne pouvait pas le laisser comme ça sur le sol. Pour le moment, ce n’était pas un problème, mais bientôt la voie serait dégagée et le train devrait avancer. Il y avait deux gardes. Il y avait une mère et sa fille. Et un cadavre. La mère, la fille et le cadavre restaient là, têtus et silencieux.

« Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? » L’un des gardes était grand, l’autre petit. Le grand parlait toujours en premier, même s’il ne commandait pas. Il regardait le petit rondouillard, au visage rouge et plein. « Voyons, on ne peut pas les laisser comme ça », fut la réponse. Le grand commençait à s’impatienter. « Pourquoi pas ? » Le petit faillit exploser. Il leva les yeux vers le menton de l’autre et s’écria : « Spinnst du ? Tu es idiot, ou quoi ? » Sous l’effet de l’aversion, ses joues se gonflaient. « Allons-y, dit-il en pataugeant dans la neige. On va les ramener tous les trois, si l’on n’a pas le choix. On fera un rapport au prochain arrêt. »

Quant à moi, j’avais déjà commis une erreur des plus élémentaires. Je ne peux vous expliquer à quel point je m’en suis voulu. Au départ, pourtant, j’avais agi comme il fallait. J’étudiai le ciel d’une blancheur aveuglante qui se tenait à la fenêtre du train en marche. Je l’inhalai presque, mais j’hésitais encore. Je flanchais – je commençais à éprouver de l’intérêt. Pour la fillette. Finalement, la curiosité l’emporta et, me résignant à rester autant que mon planning le permettait, j’observai ce qui se passait. Vingt-trois minutes plus tard, quand le train s’arrêta, je descendis avec eux. J’avais une jeune âme dans les bras. Je me tenais légèrement sur la droite.

Le dynamique duo de gardes revint vers la mère, la fillette et le petit cadavre. Je me souviens que ce jour-là, ma respiration était bruyante. Je suis étonnée que les gardes n’aient pas remarqué ma présence en passant à côté de moi. Le monde pliait maintenant sous le poids de toute cette neige. À une dizaine de mètres sur ma gauche se tenait la fillette, pâle, le ventre vide, transie de froid. Ses lèvres tremblaient. Elle avait croisé ses bras glacés. Sur le visage de la voleuse de livres, les larmes avaient gelé.

L’ÉCLIPSE

La fois suivante, on passe au noir monogrammé, ce qui nous place à l’opposé du spectre. C’était avant le lever du jour, quand la nuit est la plus épaisse. Je venais chercher un homme d’environ vingt-quatre ans. Par certains aspects, la scène était assez belle. L’avion toussait encore. De la fumée s’échappait de ses deux poumons. En s’écrasant, il avait creusé trois profondes entailles dans le sol. Ses ailes étaient maintenant des bras sectionnés à la racine. Pour cet oiseau de métal, c’en était fini de voler.

QUELQUES AUTRES DÉTAILS 
Parfois, j’arrive trop tôt. 
Je me précipite, et certaines personnes s’accrochent à la vie plus longtemps que prévu.

Au bout de quelques minutes, la fumée s’épuisa, et ce fut tout. Le garçon arriva le premier, le souffle court, portant une boîte à outils. En émoi, il s’approcha du cockpit et observa le pilote, cherchant à savoir s’il était vivant. Il l’était encore. La voleuse de livres apparut trente secondes plus tard. Des années avaient passé, mais je la reconnus. Elle haletait.

De la boîte à outils, le garçon sortit un ours en peluche. Il passa la main à travers le pare-brise éclaté et le déposa sur le torse du pilote. L’ours souriant resta niché contre l’homme ensanglanté. Au bout de quelques minutes, je saisis l’occasion. C’était le bon moment. Je pénétrai dans l’épave, libérai l’âme de l’homme et l’emportai avec précaution. Il ne restait plus que le corps, l’odeur de fumée persistante, et l’ours en peluche qui souriait.

 

 

Roman / Oh Editions

 

 

l’Insolite , Paris

collection L’art en perspective ( 2006)

 

Depuis vingt cinq ans, Philippe Caubère a construit un grand roman théâtral dont il est à la fois le créateur et l’unique interprète. Un public nombreux, qui compte maintenant plusieurs générations, a suivi l’aventure avec ferveur. Le compositeur Pierre Charvet en fait partie. Il admire Philippe Caubère depuis l’enfance. Leur rencontre est intense. Leur dialogue, vif et captivant, interroge au plus intime l’origine et le déploiement de cette oeuvre immense et singulière.

Philippe Caubère :

«Ce que je raconte, c’est la vie du prolétariat du théâtre, vue par un de ses membres, un de ses acteurs. C’est ça qui est nouveau dans cette affaire. L’histoire du théâtre est toujours écrite par des dramaturges, des metteurs en scène, des journalistes ou des chercheurs, bref des spectateurs. Elle n’a jamais été racontée par un acteur. Et pas par une vedette, non: un petit comédien qui s’appelle Ferdinand Faure, qui veut être Gérard Philipe et qui n’y arrive pas. Un acteur de base.»

 

Pierre Charvet :

Au commencement il y eut un spectacle, la Danse du Diable, que je vis à Montpellier en 1981, j’avais treize ans. De ce jour date mon admiration pour Philippe Caubère dont j’ai suivi le parcours avec ferveur.
À mes yeux l’œuvre de Philippe Caubère réunit les traits essentiels qui définissent un grand créateur. C’est l’enchanteur qui nous attire dans son cercle magique où tout est plus vrai que le réel, et qui soumet le temps à ses propres règles. Avec cela, il a le souci d’être compris d’un large public, de ne pas ennuyer, de créer du plaisir et de l’émotion, mais sans rien céder jamais sur la complexité et l’ambition de son propos.
Enfin son projet artistique est appuyé sur une éblouissante maîtrise technique sans laquelle aucune œuvre, dans aucun domaine, ne peut être menée à bien. Je le considère donc comme l’un des grands créateurs de notre époque et Dieu sait qu’ils sont rares à toutes les époques !

Cie Artbooka : INCONTOURNABLE !

 

 

Traduit du russe par Jacques Catteau et georges Nivat

 

1910 : Andréi Biély (1880-1934) a trente ans. Il a été intimement mêlé, dix années durant, à l’aventure du symbolisme russe. Ami d’Alexandre Blok, il a contribué à fonder une nouvelle conception de la littérature comme recherche spirituelle. Poète (Or sur azur, 1904), prosateur (Les Symphonies, 1900-1905), théoricien et philosophe (Le Symbolisme comme vision du monde, 1904), il a intensément vécu les secousses historiques de son temps, et, à partir de l’insurrection de 1905, s’est senti très attiré par les partis d’extrême gauche, dont il partage largement le maximalisme anarchiste. L’idée révolutionnaire est pour Biély partie prenante d’une vision apocalyptique des destinées de la Russie, qui trouvera son expression dans deux grands romans. Le premier sera Le Pigeon d’argent (1910), où une peinture de la Russie des campagnes est mise au service d’une réflexion sur la faille qui divise de manière catastrophique le pays entre une culture urbaine occidentale et l’appel violent qui monte « des profondeurs » du pays. Après Kotik Letaev (1914), Pétersbourg, conçu comme le volet « urbain » de la trilogie, sera le chef-d’œuvre de Biély et l’un des grands romans européens du XXe siècle.(…)

 

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