"Chimères" de Nuala
O'Faolain
Editions Sabine Wespieser - 2003
Récit traduit de l'anglais (Irlande) par Stéphane Camille - Titre original : My Dream of You
Ouvrage traduit avec le soutien de l'Ireland Literature Exchange et du Centre national du
livre
4ème de couverture
A vingt ans, Kathleen quitte sa terre natale sans se retourner. Croyant se libérer d'une Irlande qui peut briser les femmes et les enterrer vives sous le poids des traditions, elle rejoint Londres pour mener sa vie d'adulte du côté du vainqueur. Jusqu'au jour où, devenue journaliste, elle rentre au pays enquêter sur un scandale qui ne cesse de la fasciner: la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais au temps de la famine. Une passion folle, symbole de la revanche sociale de tout un peuple, qui ne tarde pas à se muer en questionnement sur le désir, l'exil, l'identité, la vérité...
Biographie de l'auteur
Née en Irlande au début des années quarante, Nuala O'Faolain est désormais un auteur internationalement
reconnu. Elle a publié deux récits autobiographiques -On s'est déjà vu quelque part ?, J'y suis presque (Sabine Wespieser, 2005) - et deux romans - Chimères et L'Histoire de Chicago May (Sabine
Wespieser, 2006). Nuala O'Faolain partage son temps entre l'Irlande et New York où elle enseigne l'écriture à l'Université.
EXTRAIT
On peut difficilement imaginer deux personnes moins susceptibles de se rencontrer que l’épouse d’un landlord anglo-irlandais et un garçon d’écurie
irlandais. Chacune d’elle venait d’une culture forte au cœur même de laquelle l’autre était définie comme une culture étrangère. Mais ils s’étaient dépouillés de ces deux cultures afin de
s’atteindre l’un et l’autre. Ils n’avaient même pas de langue maternelle en commun, et cependant ils ont transpercé les différentes strates de la coutume, bravé toutes les sanctions, poussés par
le besoin de s'exprimer qui sous-tend le désir.
Je connaissais tout de l'amour en tant que non-évènement, mais j'étais encore persuadée que c'était l'acte grâce auquel un individu pouvait vraiment
apprendre à en connaître un autre et bâtir quelque chose à partir de ce qu'ils apprenaient. Il me semblait que William Mullan et Mme Talbot avaient été des bâtisseurs - avaient fait l'amour au
sens littéral de "faire"-, ils avaient fabriqué l'amour. Leur passion menait à l'amour. Le jugement était plein des petites attentions qu'elle avait pour lui. Et lui -les trois ans qu'il avait
passés avec elle étaient les trois mêmes années pendant lesquelles son monde à lui se convulsait et expulsait son propre peuple, mais il était resté avec elle alors qu'il ne pouvait y trouver, en
fin de parcours que le châtiment. D'autant plus que je n'avais jamais réussi à faire ce voyage de l'amour; je croyais que le corps menait directement au chemin du coeur et que le coeur menait au
chemin de l'âme.
LES PREMIERES PAGES : ICI
"Les âmes soeurs" de Valérie Zenatti
Editions de l'olivier - 2010
"Elle n'avait qu'une hâte : retrouver le livre, se sentir absorbée par lui, reprendre place dans cette vie secrète etintense où tout lui était possible, où tout était vivable. "
4ème de couverture
« Rien ne doit gâcher la journée qui s’ouvre, telle une fleur fragile et rare. Le temps
s’écoule seconde après seconde et il devient précieux. 9 heures 05. »
Ce matin-là, Emmanuelle a décidé de tout envoyer promener : enfants, mari, travail… et de
prendre sa journée. Pour elle, pour vivre quelques heures de liberté absolue. Et pour lire le roman qu’elle vient de commencer et que nous découvrons avec elle : la confession d’une photographe,
une passion fulgurante, des images de guerre.
Elle marche dans Paris, obsédée par cette femme qu’elle ne connaît pas mais qui touche en
elle ce qu’elle a de plus intime, des peines assourdies et des amours non vécues. Son errance se double alors d’un voyage intérieur à travers les fragments d’un passé soudainement
libéré.
1er EXTRAIT
Enhardie par ses confidences, elle avait tourné autour du trou noir qu'elle visualisait chaque
matin en regardant son ventre. Elle avait raconté comment elle avait mystérieusement survécu à la mort de sa mère, combien cela lui avait paru facile, la plupart du temps, puisqu'elle ne
ressentait plus rien. Comme si on l'avait trempée dans un bain glacé pour figer toute émotion. Elle avait honte de sentir sur elle ces regards apitoyés. La pauvre petite. C'est si dur de perdre
sa mère, à cet âge. Mais ce n'était pas dur puisqu'elle y arrivait, du haut de ses dix ans.
Plus encore que le manque de sa mère, elle avait le manque de la peine qu'elle aurait dû
ressentir. La petite fille assise à l'avant de la voiture sur une route en lacets s'était enfuie en emportant son chagrin, etEmmanuelle ne savait pas où la chercher. Elle l'imaginait
échevelée, vivant au coeur d'une forêt lointaine, mi-recluse, mi prisonnière, se nourrissant de baies et de champignons, creusant la terre à mains nues pour enfouir son chagrin par petits paquets
qui, mêlés aux brindilles et à la mousse, donnaient vie à des fleurs géantes et rouges, vénéneuses, invisibles pour tous sauf pour la petite fille. - page : 99
2ème EXTRAIT
Un jour, je n'ai plus rien supporté : les meubles des années 60 dont les portes fermaient mal et
qu'il fallait caler avec un rectangle en carton, la nappe au crochet sur la table du salon, l'odeur de légumes boullis mélangée à celle du tabac. Et l'album photo de maman.
Surtout l'album photo.
Peuplé de gens que je n'avais pas connu, qui avaient vécu et étaient morts bien avant moi, dont
j'avais du mal à retenir les prénoms compliqués - personne ne s'appelait comme ça autour de moi, personne ne portait ces noms dans les livres que je lisais, les films que je voyais : Bluma, Olga,
Yehiel, Rivka, Eliezer, Yitzhok, Myriam, Saralé, Shlomo,j'avais envie de mordre l'index de ma mère qui pointait les poitrines, de le croquer jusqu'à l'os.
Elle psalmodiait des mots qui valsaient comme de la poussière dans un rayon de soleil : oncle, tante, cousin, grand-père, grand-mère, petit cousin...
Parfois, je m'imaginais jeter l'album dans la Seine. Les photos flottaient quelques secondes avant de disparaître. Je me sentais légère, aérienne, débarassée de ces inconnus aux sourires figés et plein de reproches. - page : 114
"Grâce et dénuement" d'Alice FERNEY
Editions Acte sud / Poche Babel - 2000
Présentation de l'éditeur
Dans un décor de banlieue, une libraire est saisie d’un désir presque fou : celui d’initier à la lecture
des enfants gitans privés de scolarité. Elle se heurte d’abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu’inspirent les gadjé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps
qu’elle entrevoit le destin d’une famille sur laquelle règne une veuve mère de cinq fils.
Dans ce troisième roman, récompensé par le prix "Culture et bibliothèques pour tous", Alice Ferney
excelle à faire entendre les voix intérieures de ses personnages, leurs sentiments inavoués, leurs désirs brimés, leurs solitaires affrontements avec la fatalité.
Extrait :
"Un peu plus loin, du côté des caravanes, les femmes étaient aussi entre elles , groupées autour du feu comme autour de leurs secrets, qui n’étaient pas tant ce qu’elles savaient ou fabriquaient, et qu’elles auraient voulu taire, mais ce qu’elles ressentaient et qu’elles ne pouvaient pas dire. Parce qu’on a beau vouloir croire le contraire, un homme, un mari, ça ne comprend pas tout. Ca ne comprend rien ! disait Angéline, qui pensait à ses nuits de désir muet que l’époux n’avait pas soupçonnées, lui qui avait pu dormir à côté d’elle sans la toucher. Oh mais oui ! Il avait refusé de voir cette nature flamboyante qui avait fait cinq fils sans se coucher. Elle le répétait : les hommes et les femmes, c’est rien de commun, et ça tient toujours à cause des femmes. Parce qu’elles en finissent assez vite de s’aveugler et de vouloir. Elles voient, après la chair, l’amour et les caresses, qu’ils s’arrêtent jamais de prendre, et qu’il y a rien d’autre à faire que donner. Et ce qu’elle-même avait donné, non décidément elle ne l’avait plus, pensait Angéline., son ventre, sa douceur de nid, son élan pour diriger la vie sur un bon chemin et la gaieté d’avoir à le faire. Toute cette grâce pour vivre s’était diluée dans une grande fatigue. L’épuisement était entré en elle imperceptiblement, un jour derrière l’autre à se dire qu’elle se sentirait mieux le lendemain, un mois glacé après un autre, une année mauvaise suivant une qui n’avait pas été facile (on passe son temps à attendre au lieu d’être). L’épuisement avait d’abord emporté la fraîcheur de son visage – sans que personne n’y vît rien car elle continuait de sourire et elle était encore jolie. Puis la force incroyable de son corps, la vitalité inaltérable qui le portait vers une tâche, cela s’était perdu ensuite. Son visage alors était devenu ridé et gris (lui qui avait été rond et fruité) et ses yeux étaient entrés dans deux petites cavernes bleues dont ils ne sortiraient plus jamais, et elle avait grossi à force de moins se remuer. Pour finir il n’était rien resté de ce qui avait fait la femme et la mère. Quand l’immense appétit (de plaisir et d’enfant, de vin, de fêtes, de bon sommeil et de vie) s’était usé contre le mari endormi, affalé, mort enfin, elle était restée seule avec une étrangère : elle-même veuve et vieillie. Elle était lasse maintenant, et lui, ce mari qui l’avait prise et gardée, tout de même n’en était pas venu à bout : il était mort avant elle. Elle n’en avait pas choisi d’autre. Non qu’elle n’eût pas une nouvelle envie d’amour, mais c’était une envie simple et minuscule, elle aurait voulu cette fois ne donner que sa peau. Or sa peau ne pouvait suffire (ça ne suffisait jamais d’ailleurs), elle était fripée depuis longtemps. Que la vie est triste se disait quelquefois Angéline, on ne fait que décliner après avoir travaillé, et nous, les Gitanes, on a pas le temps d’apprendre quelque chose, un métier, le monde comment il est tourné, que déjà on se trouve grosse, accaparée par les enfants et le mari.
Alors, les jours noirs, Misia disait à Milena : Les hommes c’est rien même la vieille elle le croit." (Pages 46 - 47)
"Marie sans terre"" d'Yves Jacob
Présentation de l'éditeur
L'authentique histoire de Marie, jeune Normande du Bessin, au cours du 20e siècle. Un émouvant roman témoignage du passé.
1920, en Normandie. Une fillette de trois ans vagabonde avec son jeune frère et une mère alcoolique sur les plages et dans les chemins du Bessin. Ils survivent en récoltant moules et escargots qu'ils revendront au plus offrant. Ils dorment dans les fossés ou sur la paille des granges. A onze ans, Marie devient apprentie puis trayeuse de vaches dans une ferme. A seize ans, elle touche son premier salaire. Sa rencontre avec Julien à la veille de la déclaration de guerre bouscule définitivement sa vie.
"Le Premier jour " de Marc Levy
Editions Pocket - 2010
4ème de couverture
Une grande histoire d'amour
Un grand roman d'aventures
Un étrange objet trouvé dans un volcan éteint va révolutionner tout ce que l'on croit savoir de la naissance du monde.
Il est astrophysicien, elle est archéologue. Ensemble, ils vont vivre une aventure qui va changer le cours de leur vie et de la nôtre.
"Les énervés de Jumièges" de Dominique Bussillet
Editions Cahiers du Temps - 2007
4ème de couverture
Inspiré par un épisode légendaire de notre histoire, le tableau d'Évariste Vital Luminais
« Les Énervés de Jumièges » n'a pas cessé d'exercer une étrange fascination. La légende et le tableau ont fait couler beaucoup d'encre. Ronsard, Marcel Proust, Simone de Beauvoir, Salvador Dali
se sont exprimés en leur temps sur le sujet.
Dominique Bussillet a ressenti un tel
choc émotionnel en découvrant le tableau au musée des Beaux-Arts de Rouen qu'elle a voulu en savoir plus sur cette toile et l'insolite présence de ces deux personnages dérivant sur la Seine vers
l'abbaye de Jumièges.
"Stoner" de John Williams
Editions La dillettante - 2011
Traduit par Anna Gavalda
Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père – et au prix de quels sacrifices –, pour y étudier l’agronomie. Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit.
4ème de couverture
C’est en lisant une interview de Colum McCann parue dans le quotidien anglais The
Guardian il y a quelques années que j’ai découvert Stoner de John Williams. McCann affirmait que ce roman, publié en 1965, était un grand oublié de la littérature américaine,
ajoutait qu’il en avait déjà acheté plus d’une cinquantaine d’exemplaires pour l’offrir à ses amis et que c’était un texte qui touchait autant les écrivains que les simples lecteurs. Cette
précision m’avait mis la puce à l’oreille et je m’étais empressée de le lire. De le lire, de l’aimer et d’avoir envie de le partager à mon tour. Hélas, il n’avait jamais été édité en français. La
suite est simple : j’ai demandé à mon éditeur d’en acquérir les droits, ai vaguement cherché un traducteur patenté et ai fini par m’avouer ce que je savais déjà, à savoir que William Stoner,
c’était moi, et que c’était à moi de m’y coller. Pour le meilleur, pour ce « vertige de l’orpailleur » évoqué dans le chapitre IX – expression qui n’est pas dans le texte original et que je me
sais gré d’avoir inventée – ceux qui liront jugeront, et pour le pire: des heures et des heures passées arc-boutée sur un bout de phrase que je comprenais, que je « voyais » mentalement, mais
qu’il m’était impossible de traduire… Pourquoi tant d’enthousiasme et tant de peines ? Je ne sais pas. Voilà un roman qui n’a rien de spectaculaire. Le récit d’une vie âpre, austère, une vie de
prof, une vie passée sous silence et tout entière consacrée à la littérature, bref pas très sexy, j’en conviens et n’en espère aucun miracle, mais je suis bien heureuse d’avoir été au bout de ce
projet. D’une part parce qu’il m’a beaucoup appris sur « le métier », toutes ces histoires de légitimité, de liberté, de respect dû à une voix plutôt qu’à une langue m’ont passionnée, d’autre
part parce c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire. Or, avoir besoin de lire n’est pas forcément un atout, ce peut être, même,
souvent, un handicap. Se dire que la vie, bah… tout compte fait, n’est pas si importante que ça et que les livres pareront à ses manquements, c’est prendre le risque, souvent, de passer à côté.
William Stoner donne cette impression de gâchis. D’ailleurs c’est une question qui le hante au moment de sa mort : parce que j’ai aimé lire plus que tout, j’ai déçu mes parents, perdu des amis,
abîmé ma famille, renoncé à ma carrière et eu peur du bonheur, ai-je raté ma vie ?
Quelques battements de cils plus tard, il y répond et, en essayant de le servir le mieux
possible, j’y ai répondu aussi. Car en vérité, et nous pouvons l’avouer, que nos vies soient ratées ou pas nous importe moins que cette question posée par un professeur à ce jeune homme gauche,
fruste et solitaire qui n’a encore jamais mis les pieds dans une bibliothèque et qui deviendra mon héros :
« M.Stoner, M.Shakespeare s’adresse à vous à travers trois siècles.
L’entendez-vous ? »
Anna Gavalda
« Au cours de sa quarante-troisième année, William Stoner apprit ce que d’autres, bien plus jeunes, avaient compris avant lui : que la personne que l’on aime en premier n’est pas celle que l’on aime en dernier et que l’amour n’est pas une fin en soi, mais un cheminement grâce auquel un être humain apprend à en connaître un autre. »