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"Décembre 2008" Maison du Port - Fécamp

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 ‘‘Les enfants du limon’’ de Raymond Queneau  
Edition Gallimard - 1938

Né au Havre le 21 février 1903, Raymond Queneau fait ses études au lycée du Havre puis à la faculté des Lettres de Paris. Il rencontre les surréalistes dont il subit l’influence. Il est élu à l’Académie Goncourt en 1951. Il meurt à Paris le 25 octobre 1976.

 

EXTRAIT :

Soleils ambulants, Chambernac et Purpulan se promenaient dans la campagne, l’un lent et lourd, l’autre sifflant l’air d’une baguette et décapitant les fleurs. Le sentier filait le long d’une pente, entre champs, jusqu’à la route nationale. Là le proviseur s’assit dans un petit abri érigé par les soins de la compagnie des Autocars de la Région Mourméchienne. Purpulan mit son pied sur une borne, s’accouda sur son genou et regarda les autos qui gazaient sur la belle ligne droite qui leur était offerte.
- Le soleil, dit Chambernac, le soleil ce sera le point central. C’est le centre du système.
Excrémentiel, satanique - qui donc a jamais pu concevoir cela ? Qu’en pensez-vous, Purpulan ? Purpulan ne daigna répondre.
- Enfin, dit Chambernac, vous devez bien en savoir quelque chose.
Purpulan mima l’ignorance, comme décidé à laisser l’autre monologuer.
- Comment, reprit Chambernac soudain résigné à l’ignorance sur ce chapitre peut-être prétendu de la démonologie, cette opinion a-t-elle pu naître ?
Purpulan témoigna par un geste qu’il s’en foutait royalement.

 

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‘‘Kétala’’ de Fatou Diome Edition Flammarion 2006
4ème de couverture

 

Que restera-t-il de nous ? Peut-être des souvenirs, magnifiés, interprétés, réinterprétés ou, pire, falsifiés. Inanimés, nos meubles, nos habits, nos objets familiers jalonnent le sillage de notre vie. Ils sont les témoins silencieux de nos joies et peines. “Pourtant, lorsque quelqu’un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles”. Le Kétala, le partage de l’héritage, disperse tout ce que possédait celui ou celle qui n’est plus. Attristés par leur séparation imminente, des meubles et divers objets cherchent un moyen d’éviter l’éparpillement des traces de Mémoria, leur défunte et aimée propriétaire.

Ecrit dans une langue belle et musicale, Kétala est un roman virtuose.

EXTRAIT :

 « Je viens d’une civilisation où les hommes se transmettent leur histoire familiale, leurs traditions, leur culture, simplement en se les racontant, de génération en génération [...] Comme nous ne pourrons pas empêcher les humains de nous disperser, je propose que chacun de nous raconte aux autres tout ce qu’il sait de Mémoria. Ainsi, pendant les six nuits et les cinq jours qui nous séparent du Kétala, nous allons tous, ensemble, reconstituer le puzzle de sa vie », conseille Masque à ses compagnons d’infortune. Ainsi, comme dans la tradition des contes des Milles et Une nuits, les objets de Mémoria se donnent six nuits et sept jours pour se transmettre mutuellement les souvenirs de la défunte. Avec une stratégie fondée sur la parole car « parler, encore et encore, est une façon de ne pas pleurer ». La suggestion est alors faite de rendre compte de ce qu’ils ont vu, seulement ce qu’ils ont vu, sans aucune interprétation.

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‘‘Les fleurs bleues’’ de Raymond Queneau

Edition Gallimard – Collection Folio

4ème de couverture

On connaît le célèbre apologue chinois : Tchouang-tseu rêve qu’il est un papillon, mais n’est-ce point le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu ? De même dans ce roman, est-ce le duc d’Auge qui rêve qu’il est Cidrolin ou Cidrolin qui rêve qu’il est le duc d’Auge ?

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‘‘Petites natures mortes au travail’’ d’Yves Pagès

4ème de couverture

Vingt-trois courts récits qui ont pour cadre le monde du travail. Vingt-trois personnages recrutés à contre-emploi ou exposés aux paradoxes de leur statut social. Et à chaque fois, un détail inattendu qui, mettant le quotidien en porte-à-faux, excite, comme par accident, notre imagination… Les ” petits métiers ” d’aujourd’hui portant de drôles de noms, on croisera, au fil des pages, un consultant d’entreprise, une hôtesse d’accueil, un télévigile, un enseignant par correspondance, un acteur de complément, etc. S’il s’agissait d’un film, on parlerait de ” documentaire-fiction “. C’est sur ce même fil du rasoir qu’Yves Pagès a conçu ses Petites natures mortes au travail, entre cinéma du réel et dérives imaginaires. Entre témoignages vécus et jeux de rôle fictifs.

Yves Pagès est né à Paris en 1963. Dramaturge et éditeur, il est l’auteur d’un essai critique sur Céline et de plusieurs romans dont La police des sentiments (Denoël, 1990), Les Gauchers (Julliard, 1993) et Le théoriste (Verticales, prix Wepler 2001).


9782742771684 

La desoeuvre de Karine Henry

Actes Sud 2008

4ème de couverture

Sa soeur Barbara, qu’elle n’a plus revue depuis son internement, lui a légué sa maison d’Artel. Aussitôt Marie décide de la mettre en vente après l’avoir vidée de ses meubles. La voici donc de retour dans cet endroit isolé et menaçant – et peu à peu captive de douloureux souvenirs. Sa jeunesse a été dévastée par un accident mais aussi, de longue date, par la folie de Barbara, personnalité terrifiante et imprévisible. Dans la maison à l’abandon, la présence de Barbara se manifeste encore. Marie retrouve ses carnets, somptueux sismogramme d’une jeune femme torturée par le mépris des contingences, acharnée à faire rempart, dans le huis clos de l’écriture, aux lois inexorables du temps et de la mort auxquelles, de toutes ses forces, elle veut opposer l’OEuvre. L’une voulait écrire, l’autre simplement vivre. Presque malgré elle, Marie recompose l’histoire familiale, fait ressurgir les figures contrastées de leurs parents et tente de déchiffrer, jusque dans les cicatrices de l’enfance, des raisons de comprendre et d’aimer Barbara en dépit de tout. Roman d’une folie dévastatrice et pourtant créatrice, La Désoeuvre entremêle ces deux voix distinctes et cependant complémentaires, pour faire entendre la beauté de la fiction qui les unit. Karine Henry vit à Paris, elle est libraire. La Désoeuvre est son premier roman.

EXTRAIT :

Un bruit. Un bruit sec d’os qui se brise. Je me redresse. Le feu. C’est le feu qui éclate, claque devant mes jambes rougeoyantes. Ma jupe est brûlante, je dois l’écarter de mes cuisses avant de ramener mes pieds nus sous mon corps abandonné au fauteuil et à la chaleur de la cheminée qui l’enveloppe, alanguit sa chair. La nuque ploie, et de là, de cet angle cassé, j’aperçois à mes pieds la bouteille de sancerre vide à la moitié… Et plus loin, sur la table, mon verre empli d’un liquide blanc, ou blond, parfois, lorsque les flammes s’avivent, jettent sur lui ces reflets roux qui l’animent, s’agitent, leur danse m’attire, un geste suffit, ma soif s’apaise… Puis à nouveau elle semble sans fin, alors je cède, je bois.
La nuit est tombée maintenant. Je viens d’allumer une cigarette, entre mes doigts je fixe le cercle luminescent et en son centre, l’étrange incendie qu’à lui seul il asservit… Fumées, alcools, brasier, l’ensemble neutralise le chaos dont mon front résonne. Je crois m’apaiser, m’amollir. Je crois ne plus penser aux cahiers quand ils ne cessent d’occuper l’arrière-fond de chaque idée. Ils sont en moi, je ne m’en débarrasserai pas comme cela. Mon verre s’engourdit, ma main peut-être… Un liquide s’égoutte sur le tapis, du vin… Le verre semble tomber… Infiniment… Eveillée, je somnole. L’esprit errant… Je visite notre histoire. L’oeil affolé, voyant fou au coeur de son funeste musée.
C’était il y a deux semaines. Je me rappelle en­core, lorsque le téléphone a sonné, la peur, cette peur ancienne qui immédiatement m’a rattrapée, entière, intacte, aussi tenace et assourdissante qu’au temps d’Artel. La sonnerie ne s’arrêtait pas. François a décroché. C’était pour moi.
Aussitôt la force dont j’usai pour fixer cette voix d’homme inconnue m’épuisa, et je ne sais combien d’interminables minutes s’écoulèrent avant qu’un oui étale ne tombe enfin de mes lèvres, un son noir, raclé, arraché à la gorge. Alors je raccrochai, immobile, les yeux rivés au vide.
- Marie, c’est qui ce notaire ?
Sans relever la tête, le regard enfoncé plus loin encore dans le sol, j’articulai péniblement, comme à rebours, en dehors de moi, comme si les mots provenaient d’ailleurs, d’une autre bouche, un écho brumeux qui n’esquissait que les contours perdus d’une mauvaise scène où je n’étais pas, qui ne me concernait pas et bientôt serait abolie par François, ou n’importe quel autre élément du réel venant la démentir et m’en extraire, me ramener à l’instant précédent, juste avant que ne me soit annoncée la nouvelle : à nouveau ma soeur aînée prenait place dans ma vie, s’imposait à moi.
- Barbara me lègue la maison…
- Quoi ?
-… la maison d’Artel !
Pourquoi soudain cet énervement, cette brusquerie du ton ? A cet instant je n’avais plus envie que de me taire, d’ignorer cet appel, de l’oublier, l’annuler par la simple force du silence. Cela faisait presque trois ans que nous étions partis, François et moi, que nous avions quitté Artel, laissant seule Barbara là-bas. Depuis nous n’avions plus eu aucune nouvelle, nous ne savions plus rien d’elle, excepté - nous le devinions seulement -que depuis longtemps déjà elle devait être sortie de la clinique.
- Marie, t’es sûre que c’est ce qu’il t’a dit ?
- Mais oui ! Je dois même aller là-bas pour signer… mais pourquoi elle fait ça, ça lui sert à quoi ?
Lorsque François avait décidé en urgence de notre départ, c’était avant tout pour moi, pour me préserver, mais aussi pour elle, pour Barbara, afin qu’une fois soignée, elle puisse retourner habiter la maison, s’y isoler et reprendre, continuer à écrire.
- Je ne sais pas, elle a certainement de nouveaux projets… elle a peut-être terminé d’écrire ou arrêté, elle veut passer à autre chose…
Non. François se trompait. D’après le notaire, cette décision n’était pas récente, cela datait de 2004, quelques jours avant mes dix-sept ans, c’est là qu’elle l’avait contacté et mandaté pour organiser ce legs en lui imposant de ne pas me prévenir avant aujourd’hui.

Disponible à la Bibliothèque de Fécamp

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