C'est quoi ?

Les artbookins se composent de lectures spontanées à voix haute de vos coups de coeur littéraires.
Au menu : roman, nouvelle, poésie, théâtre… Et c’est vous qui lisez !
Nous vous offrons le café, apportez vos grignotages c’est encore mieux ! ou venez tout simplement pour écouter.
 C’est gratuit !

Calendrier 2011/2012

de 20H à 23H
7 octobre

Bibliothèque « Paul Lajoinie »

Espace Charles Gobbe -

76400 -Senneville


  4novembre

Bibliothèque "Les amarres"
40 rue Charles de Gaulle

76 111 -YPORT 

 

  2 décembre 

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure 

76400-Fécamp


6 janvier  

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure 

76400-Fécamp


  3 Février 

Bibliothèque Municipale
  5 rue Théagène Boufart

76400-Fécamp


spécial "Printemps des poètes"

 9 mars

Salon de Thé d’Est en Ouest

14 rue Félix Faure 

76400-Fécamp


 13 avril

Bibliothèque "Les amarres"
40 rue Charles de Gaulle

76 111 -YPORT 


11 mai 

Bibliothèque Municipale
  5 rue Théagène Boufart

76400-Fécamp


8 juin 

 

Bibliothèque « Paul Lajoinie »

Espace Charles Gobbe -

76400 -Senneville

 

Contact

Samedi 24 avril 2010 6 24 /04 /Avr /2010 18:10

100 0937100 0938100 0941100 0939

 

 

 

"Le Quai de Ouistreham" de Florence Aubenas  

9782879296777.jpg

 

Editions de l'olivier 2010

 

 « La crise. On ne parlait que de ça, mais sans savoir réellement qu’en dire, ni comment en prendre la mesure. Tout donnait l’impression d’un monde en train de s’écrouler. Et pourtant, autour de nous, les choses semblaient toujours à leur place. J’ai décidé de partir dans une ville française où je n’ai aucune attache, pour chercher anonymement du travail… J’ai loué une chambre meublée.

Je ne suis revenue chez moi que deux fois, en coup de vent : j’avais trop à faire là-bas. J’ai conservé mon identité, mon nom, mes papiers, et je me suis inscrite au chômage avec un baccalauréat pour seul bagage. Je suis devenue blonde. Je n’ai plus quitté mes lunettes. Je n’ai touché aucune allocation. Il était convenu que je m’arrêterais le jour où ma recherche aboutirait, c’est-à-dire celui où je décrocherais un CDI. Ce livre raconte ma quête, qui a duré presque six mois, de février à juillet 2009.


J’ai gardé ma chambre meublée. J’y suis retournée cet hiver écrire ce livre. » Florence Aubenas

 

EXTRAITS ( source NOUVEL obs.com)

"Tout le monde m’avait mise en garde. Si tu tombes sur une petite annonce pour un boulot sur le ferry-boat à Ouistreham, fais attention. N’y va pas. Ne réponds pas. N’y pense même pas. Oublie-la. Parmi ceux que j’ai rencontrés, personne n’a travaillé là-bas, mais tous en disent la même chose : cette place-là est pire que tout, pire que dans les boîtes de bâtiment turques qui te payent encore plus mal qu’en Turquie et parfois même jamais ; pire que les ostréiculteurs, qui te font attendre des heures entre les marées avant d’aller secouer les poches en mer par n’importe quel temps ; pire que dans le maraîchage, qui te casse le dos pour des endives ou des carottes ; pire que les grottes souterraines de Fleury, ces anciennes carrières de pierre, puis abris antiaériens pendant la guerre, devenues aujourd’hui des champignonnières, qui te laissent en morceaux au bout d’un après-midi de travail. Pour les pommes, on en bave aussi, mais la saison commence plus tard. Ces boulots-là, c’est le bagne et la galère réunis. Mais tous valent mieux que le ferry d’Ouistreham.
[…]
C’est exactement à ce moment-là que les deux petites lignes sont apparues sur mon écran : « Société de nettoyage à Ouistreham cherche employé(e)s pour travailler sur les ferrys. Débutant accepté. » La voilà, la fameuse petite annonce. J’appelle immédiatement, c’est irrésistible. Il faut se présenter le jour suivant, à 9h30, au siège de l’entreprise, quai Charcot à Ouistreham, avec papiers d’identité et photo en couleur. Le lendemain, un ciel blanc a tout enveloppé, pas tout à fait du brouillard, plutôt une brume légère comme de la gaze, qui semble assourdir tous les bruits et dont s’échappe de temps en temps un petit bateau ou un cycliste. Le quai Charcot, à Ouistreham, longe le canal qui vient de Caen, jusqu’à l’endroit où il se jette dans la Manche. Les locaux de l’entreprise sont plantés là, un peu en amont du large.
[…]
Nous sommes cinq nouveaux embauchés ce jour-là, à l’embarcadère. Arriver jusqu’au ferry est un nouveau périple. Il faut pénétrer dans la zone sous douane en montrant un badge avec une photo, fourni par la société. Parfois, des vigiles sortent de la guérite et s’accroupissent pour ausculter les essieux ou les habitacles, en parlant de trafics et de clandestins.
Nous nous postons devant un bâtiment composé d’une petite salle nue flanquée de deux toilettes. Nous attendons l’autocar de la compagnie qui nous conduira jusqu’au ferry. La distance entre les deux ne doit pas excéder 700 mètres, mais il est interdit de les effectuer à pied. Entre l’attente, le trajet en car, l’attente à nouveau avant de grimper à bord, il faut compter une bonne demi-heure supplémentaire.
[…]
L’heure de travail dure une seconde et une éternité. En signant les feuilles de présence, je distingue enfin les visages autour de moi. Il y a le monde entier sur le ferry, des belles, des moches, des demi-clochardes, des mères de famille, des petites paysannes, des créatures ou des top models. Mais on se côtoie, on se bouscule, dans une sorte de fraternité, que lissent le port de l’uniforme et la dureté de la tâche.
Une jeune fille ravissante, avec un piercing posé comme une mouche au bord de la lèvre, me demande sur quelle vacation j’ai été embauchée. « Le soir », je réponds. Elle paraît considérer que c’est une chance. Elle me dit : « Tu verras, il y a une autre ambiance. L’après-midi a quelque chose de morbide, mais ça passe. Le matin est vraiment horrible. La seule chose drôle, c’est de voir les vieilles pas maquillées. »
Je reconduis Marilou en voiture, pour fêter notre nouvel attelage. Elle a déjà deux boulots, dans le ménage, en CDD, et elle précise : « Bien sûr. » Il y a celui du matin, son préféré, pour lequel elle voudrait « décrocher le CDI ».
Elle en énumère les qualités : « Le chef est gentil. Il n’y a pas trop à faire. On n’a personne sur le dos. » C’est de 6h30 à 8h30, dans une grande surface avant l’ouverture. Le soir, de 18h45 à 20 heures, elle nettoie des bureaux chez Youpi-Métal. Son supérieur l’a convoquée l’autre jour.[...]

 

 

9782226193988g.jpg

"Hors champ" de Sylvie Germain

Editions Albin Michel2009

 

Présentation de l'éditeur

En une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître. Il est de plus en plus hors champ, perdant jusqu’à sa voix, son odeur et son ombre. Au fur et à mesure de cette genèse à rebours, il sort aussi de la pensée et de la mémoire des autres, même de ses proches. Cet effacement intensif s’opère au grand jour, dans l’agitation de la ville, à l’aune de tous ces naufragés qu’on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne.

 

EXTRAITS lus par Sylvie Germain  "ICI"

 

h-20-110.jpg

"J'étais capitaine de l'exodus" d'Ike ARONOWICZ

Editions Michel Lafon 2008

 

Présentation de l'éditeur

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Ike, 17 ans, décide de combattre les Allemands. En novembre 1946, le Palmach – unité d’élite de la Haganah, mouvement d’autodéfense des Juifs de Palestine –, auquel il appartient, lui demande de récupérer à Baltimore, en Virginie, un bateau battant pavillon panaméen. Objectif : rejoindre la France et embarquer des réfugiés juifs pour les emmener clandestinement jusqu’en Palestine. Il récupère le rafiot, qu’on baptisera Exodus 47, le rafistole et, dans la nuit du 10 au 11 juillet 1947, lève l’ancre avec, à bord, 4 500 Juifs rescapés de la Shoah. Arrivés le 18 juillet dans le port de Haïfa, ceux-ci sont refoulés par les Britanniques qui administrent la Palestine. Le navire est reconduit sous escorte militaire jusqu'à Marseille, où les passagers refusent de descendre à terre. L’Exodus devient alors une prison flottante où croupissent, sous un soleil de braise, tous ces Juifs honteusement éconduits. Le 7 septembre, les passagers récalcitrants sont débarqués de force et avec violence. Le scandale de l’Exodus émeut le monde entier. Le 29 novembre 1947, l’ONU adopte la résolution 273, qui pose le principe de partage de la Palestine en deux États et marque la création de l’État d’Israël.

 

 

000216736.jpg

"Le grand courage" de Georges Fleury

Editions Grasset 1988

 

RESUME

Face à l'océan déchaîné, des hommes acceptent de mourir pour que d'autres vivent. Leur combat de tous les jours se déroule dans les tempêtes les plus folles, en Manche, en Méditerranée, dans le golfe de Gascogne, en Atlantique Nord, au Maroc et aux Petites Antilles. Le
Paul Tourreil, canot de sauvetage de l'île d'Yeu, devient cercueil de glace au cours d'une folle dérive en 1917. Des marins de Saint-Gilles-Croix-de-Vie arrachent en 1965 vingt-deux enfants à un chalutier en flammes. Deux plongeurs de la Royale retrouvent les miraculés de l'Elodie prisonniers de leur navire renversé. Ancien commando de la Marine qui a bourlingué de Terre-Neuve au Spitzberg, Georges Fleury a travaillé sur un siècle d'archives de la Société nationale de sauvetage en mer afin de restituer, en une fresque puissante et colorée, le grand courage de ceux qui, relevant tous les défis, partent sauver les autres.


 

50837_2653787.jpg

"Le ciel t'aidera" de Sylvie Testud

Editions Fayard 2005

 

4ème de couverture

« T'as peur, t'as peur de tout, sauf du ridicule », m'a dit mon copain qui est d'une mauvaise foi sidérante !
« Il n'y a aucun danger dans cette maison, à part toi ! », il a rajouté.
Mon copain dit que je suis une trouillarde, et ça m'énerve !
Si le courage peut se mesurer à la peur à surmonter, alors je me proclame la fille la plus courageuse du monde.
Je ne suis quand même pas la seule fille qui balise à l'idée de dormir seule ?
Je ne suis pas la seule fille à dire que se garer dans un parking non surveillé, la nuit, ça fout les jetons ?
C'est pas moi qui invente les cambriolages ? les dingues qui vous guettent au coin de la rue ? les monstres pervers pires que des loups ?
C'est pas moi qui invente les tempêtes de neige et les maladies fulgurantes ?
« Alors ? Ça peut arriver ou pas ? », j'ai demandé à mon copain, un jour.
« Le pire n'est jamais sûr, la peur n'évite pas le danger », il m'a répondu.
Ça m'a encore plus énervée.


Flippée, Sylvie Testud ?
Le Ciel t'aidera est l'histoire de sa vie quand elle ne joue pas un rôle sur un plateau, c'est l'histoire d'une fille trop imaginative qui rêve de mourir centenaire et dans son lit. Alors elle se bat comme un diable : elle planque des couteaux sous ses matelas, elle se balade avec un ravissant pistolet de dame, elle s'entraîne au sabre sur ses plantes vertes. C'est vrai qu'elle est flippée, mais il y a quand même des trucs bizarres? Son copain, lui, trouve que tout est normal, à part elle.

 

EXTRAIT

Ce soir, j'avais fait un effort. J'étais morte de trouille à l'idée de sortir de chez moi.
Si le courage peut se mesurer à la hauteur de la trouille qui lui fait obstacle. Si le courage se quantifie. Si on peut juger le courage à l'intensité de ce qu'on doit surmonter, alors je m'autoproclame la fille la plus courageuse que je connaisse. Je suis en effet la fille la plus flippée que j'aie jamais rencontrée. La fille la plus flippée dont j'aie jamais entendu parler, même. À «je pense, donc je suis», je réponds : je suis flippée, donc j'ai du courage.
La voiture était garée en bas de mon immeuble.
— J'ai eu de la chance hier, j'ai trouvé une place devant la maison, je me suis dit tout haut pour me donner une bonne raison de ne pas trembler de tous mes membres, quand j'ai ouvert la lourde porte blindée de mon appartement.
Je n'ai pas réussi à atteindre ma voiture dans le calme, certes, mais j'ai réussi à atteindre ma voiture sans encombre.
«T'as peur, t'as peur... T'as peur de tout, sauf du ridicule !», il m'a dit plus d'une fois, mon copain. Il m'a dit ça d'entre ses dents serrées, devant mon attitude. Il m'a dit ça parce que, lui, il n'a peur de rien, sauf du ridicule, justement. C'est vrai que mon copain n'aime pas du tout la façon que j'ai de courir le bras en l'air, dans la rue, la nuit. Non. Ça, il n'aime vraiment pas. Même, ça lui fout les nerfs en boules. Quand je cours le bras en l'air dans la rue, mon copain fait exprès de marcher moins vite. Ça me fait encore plus peur, alors je cours plus vite, et je mouline de l'autre bras pour qu'il avance. Je mouline en lui faisant de grands gestes qui, normalement effectués, c'est-à-dire, à la bonne vitesse, signifieraient : dépêche-toi.
Quand j'ai peur, je fais tout plus vite.
Je lui fais le signe «dépêche-toi» en beaucoup plus rapide que la normale. A force, ça fait que je mouline sans obtenir de résultat.
Mon copain s'en fout complètement.
Il ne se presse jamais. Il prend même plaisir à marcher encore plus lentement. Ça ne m'a jamais calmée. Il y a carrément des soirs où je mouline si vite qu'il se demande comment je ne m'envole pas.
Je ferais mieux d'arrêter de mouliner avec lui. C'est plus fort que moi.
C'est mon bras qui se déclenche tout seul, on dirait.
— Et ton autre bras en l'air? il m'a demandé plusieurs fois.
Mon autre bras est en l'air quand je cours la nuit vers ma voiture parce que j'ai un boîtier qui déverrouille les portes. Dès que je suis dans la rue, la nuit, je lève le bras et j'appuie très fort sur le bouton de la télécommande du boîtier. Ça fait clignoter les phares. Je sais ainsi que je peux me ruer dans la voiture sans perdre de temps.

 

9782221108727.jpg

"Les enfants de l'arche" de Martine Marie Muller

Editions Robert Laffont 2007

 

PRESENTATION DE L'EDITEUR

La paix a beau être revenue depuis presque vingt ans, Antoine Désombières semble n’être jamais tout à fait parvenu à faire son deuil de la guerre. En ce début des années 1960, il mène, à Rouen, une existence chaotique, jusqu’au jour où un étrange tandem, formé par Erbo von Oeringen et son fils adoptif, né Jacob Rafovicz – illustre chef d’orchestre rescapé de la Shoah –, vient frapper à sa porte. Les deux hommes souhaitent lui confier une singulière mission : retrouver la trace d’une femme, la fascinante et mystérieuse Jouvence Ozanne, qui les a recueillis en 1944 et leur a ainsi sauvé la vie.
Dans le sillon de l’Arche, la péniche où vivait la famille Ozanne, Antoine Désombières se met en quête des « enfants » de Jouvence. Il parvient à restituer le destin de chacun des membres de la tribu et à rassembler le clan. Ne manque plus que Jouvence pour compléter ce puzzle. Désombières, convaincu que cette femme solaire, mère Courage et résistante, vit toujours, espère percer le secret de sa troublante disparition.
Construit sur des allers et retours entre les années 1944 et 1962, Les Enfants de l’Arche mêle en permanence la petite histoire d’une famille cauchoise et la « grande », celle du débarquement de Normandie. Antoine Désombières, hier acteur de la Résistance, se fait aujourd’hui passeur de mémoire pour réconcilier passé et présent.
Ce roman est également un très bel hommage rendu aux hommes et aux femmes du pays de Caux, dont les silences en disent souvent long.


  9782070358786-big.jpg

"L'échappée" de Valentine Goby

Editions Folio

 

4ème de couverture

Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l'avenue Janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d'immeubles en ruine, pendant des semaines c'étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j'imagine que c'était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n'ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j'étais terrée dans un couvent mais je sais tout, ils m'ont fait ce que la guerre leur a fait. »
L'Echappée ou le destin d'une jeune paysanne bretonne coupable d'avoir aimé un officier allemand. Valentine Goby signe un livre terrible et fort. Elle parvient à dessiner un motif extraordinaire sur un canevas ordinaire : le destin de Madeleine Lanel, 16 ans en 1941, maîtresse d'un officier allemand reparti dans son pays avant qu'elle n'accouche de leur enfant, ce qui lui vaudra d'être tondue à la Libération. Par son rythme, son élégance, son émotion contenue, ce roman sur l'identité et la liberté est un livre incandescent, à même d'éclairer les zones d'ombre les plus rebutantes.

 

L'échappée ou le destin d'une jeune paysanne bretonne coupable d'avoir aimé un pianiste allemand pendant l'Occupation. Avec ce quatrième roman, Valentin Goby signe un livre tragique et puissant sur l'identité et la liberté.

 

L'auteur en parle "ICI"  ( interview interressant ! )


 

9782253126676-G.jpg

"Au tribunal de mon père" de Isaac Bashevis SInger

Edtions poche 2009

 

PRESENTATION DE L'EDITEUR

Dans notre maison de Varsovie, au 10, rue Krochmalna, vivait un couple âgé. […] Mais les voisins racontaient que, malgré leur âge avancé, ces deux-là étaient toujours amoureux l’un de l’autre… Or soudain, une rumeur se mit à circuler qui scandalisa tout le monde : les deux vieillards allaient divorcer ! La rue Krochmalna était sens dessus dessous… 
I. B. S. 

Isaac Bashevis Singer nous raconte ici ses souvenirs d’enfance dans la Varsovie juive d’autrefois. Son père, rabbin, était juge et arbitre des petits et des grands problèmes qui se posaient quotidiennement au sein de la communauté. Dans l’embrasure de la porte, un petit garçon écoutait avec passion, ignorant que ce qu’il entendait deviendrait la matière même d’une des plus grandes oeuvres littéraires du xxe siècle. Peut-être le plus beau, le plus parfait des livres d’Isaac Bashevis Singer.


 

20070924_rmav1g.jpg

"Royaume magique à vendre !" de Terry Brooks

Editions Bragelonne 2007

 

4ème de couverture

Landover était un authentique royaume magique, livré au complet avec créatures féeriques et sorcellerie incluse, exactement comme la publicité l’avait promis. Alors Ben Holiday l’a acheté… un million de dollars. Ce n’est qu’après qu’il a découvert que la pub avait soigneusement négligé de mentionner certains détails…
Comme le fait que le royaume tombe en ruines, par exemple. Faute d’un roi pour unir les barons, les impôts ne sont plus collectés. Un dragon de très mauvaise humeur ravage la campagne tandis qu’une sorcière maléfique fomente la destruction de… tout. Et comme si ça ne suffisait pas, le seigneur des démons provoque tous les prétendants au trône de Landover en un duel à mort que nul mortel ne peut espérer gagner.
Sauf que Ben a un truc typiquement humain dont aucune magie ne peut venir à bout : il est têtu comme une mule…


 


9782264043023R1.JPG
"Autant en emporte la femme" d'Erlend Loe
Editions 10/18 - 2008
Traducteur : COURSAUD Jean-Baptiste
Collection : Domaine Etranger
Sous-collection : Domaine étranger - Littérature norvégienne
Titre original : Tatt av kvinnen

4ème de couverture
Quand Marianne s'installe sans crier gare dans l'appartement du narrateur, la vie de ce dernier prend un tour bien singulier. Peu à peu, il voit les décisions lui échapper, sans trouver quoi que ce soit à y redire. Il se laisse porter, extérieur à sa propre existence, à la maison comme en voyage, dans leur Norvège natale ou sur les routes d’Europe. Marianne prend les initiatives, décide de tout. Mais l'a-t-il au moins choisie ? Rien n’est moins sûr... Un hymne à l'humour absurde sur l'amour et l'incompréhension, la difficulté et le bonheur d'être deux.

« Erlend Loe manie un humour diabolique, fait de situations aussi absurdes qu'ordinaires. Mais c'est sa voix qui touche et émeut. Sa manière honnête et radicale de commenter amour et désamour, disputes et incompréhensions, élans et malentendus. Sa conception fraternelle du monde. Du commerce équitable, en quelque sorte. »
Geneviève Brisac, Le Monde 2


lafillequi.gif
"La fille qui marchait dans le désert" de Vénus Khoury Ghata
Editions Mercure de France - Collection Bleue - 2010

4ème de couverture
Adam m’aimait à cause du désert, de l’odeur de sable qui collait à la plante de mes pieds, aimait Mathilde parce qu’elle lisait et écrivait. Elle tapait ses romans, tapait jour et nuit jusqu’à oublier qu’elle était une femme. Mathilde n’aimait pas le plaisir. Pauvre Mathilde qui n’a connu qu’un seul homme, un mari, pas un amant. Elle s’est privée de la halwa de la vie, de ce qui fait scintiller une femme comme lune de septembre. Mais les responsabilités l’ont vieillie : gérer un domaine a blanchi ses cheveux et noirci son cœur. Ma sœur m’a tout appris sauf à aimer. Adam s’en est chargé. Mathilde me manque. Une seule main ne peut applaudir. Elle était la main droite, j’étais la main gauche et Adam était les applaudissements.

    À l’occasion d’une conférence sur l’écrivain Adam Saint-Gilles, Anne rencontre sa veuve, Mathilde, et passe la nuit dans son gîte rural. La nuit devient des mois. Anne ne quitte pas les lieux malgré les rudes taches exigées par Mathilde : débiter du bois, redresser une haie affaissée lui vaudront la lecture d’un roman inédit, promise jour après jour. Anne esclave consentante de Mathilde. La découverte, à l’autre bout du domaine, de Zohra clouée dans un fauteuil roulant, demi-sœur de Mathilde et jadis amante de Saint-Gilles, éclaire d’une lumière crue la face cachée de la vie de l’écrivain…


loffrande-sauvage-jp-milovanoff.jpg
"L'offrande sauvage" de Jean-Pierre Milovanoff
Editions Grasset  1999

4ème de couverture
En 1919, dans un minuscule et imaginaire village perché dans les Alpes, un groupe se forme autour d'un enfant que l'on vient de trouver dans la neige. Un fermier riche et lunatique, Bienvenu Jardre, décide de l'adopter. Ephraïm (le plus usuel des cinq prénoms reçus par le garçon) redonne la vie au fermier quadragénaire sur le déclin et étonne chacun au village par son intelligence. Il devient l'"enfant prodige et c'est le début d'innombrables aventures. L'amour, la mort, une servante généreuse, une amante prostituée, un contrebandier, des marchands d'illusions (une mère et son fils), Hannibal et ses éléphants. croisent le destin d'Ephraïm qui ne peut qu'être grand et tragique. A travers ce personnage hors du commun, Jean-Pierre Milovanoff conte avec beaucoup de poésie et de souffle une histoire de ce siècle.
Jean-Pierre Milovanoff est né à Nîmes en 1946. Il est aussi l'auteur de La splendeur d'Antonia et le Maître des paons.
Prix des libraires 2000
1ère PAGE
Croyez-moi. Toute vie est faite de jours, de nuits et de souvenirs. Mais le hasard est un animal affamé qui ne dort pas deux fois au même gîte. Depuis que j’observe le monde, j’ai souvent vu des hommes de valeur perdre en quelques foulées la voie heureuse et ne jamais la retrouver malgré leurs mérites. Je raconterai l’histoire de l’un d’entre eux. Une histoire qui par chance n’est pas la mienne.


Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 14:04
Les artbookins du 26 mars sont annulés...
prochain rendez-vous,
le 23 avril
à la Bibliothèque "Les Amarres" d'Yport


Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 17:58
100 9796100 9794
 photos©Voyelle



Le chat philosophe  de Kwong Kuen Shan
9782809801095.jpg
Editions L'archipel

4ème de couverture
Qu'ils soient joueurs ou hautains, contemplatifs ou curieux, qu'ils ronronnent de plaisir ou aient le poil hérissé, qu'ils soient assoupis ou prêts à bondir sur leur proie, les chats rassemblés dans ce recueil séduiront les amoureux de la gent féline.
Kwong Kuen Shan, artiste chinoise, présente ici ses plus belles aquarelles. Élégantes et intemporelles, elles sont associées à des proverbes asiatiques, des extraits de poèmes de la dynastie Tang, des enseignements de la tradition zen ou à des citations de Confucius, Mencius et Lao Tseu.


artemis-fowl-III.jpg
"Code éternité" Artemis Fowl Tome3 - Eoin Colfer Editions gallimard Jeunesse - 2003 - à partir de 11 ans

4ème de couverture

Appel urgent au Peuple des fées. Message de la part d'Artemis Fowl... 'Ma réputation n'est plus à faire. Je suis un génie, un génie du crime,j'ai monté les mauvais coups les plus audacieux, les arnaques les plus habiles. Mais ceci est ma dernière mission. Grâce à certaines de vos technologies,j'ai pu inventer l'objet ultime, qui devrait révolutionner le monde. La clé de cette petite merveille est un code que je suis le seul à connaître... Mais les choses tournent plutôt mal et, pour la première fois de ma vie, je me retrouve dans une situation désespérée. Je vous lance donc un appel au secours. Si vous n'y répondez pas, je suis perdu. Et vous aussi ...

Prologue

Extrait du journal d'Artemis Fowl
Disque 2, crypté


Au cours des deux dernières années les affaires que j'ai entreprises ont pu prospérer sans aucune interférence de mes parents.Durant cette période j'ai vendu les pyramides d'Egypte à un homme d'affaires américain, fabriqué de toutes pièces puis mis aux enchères les journaux intimes de Léonard de Vinci, et enfin soulagé le Peuple des fées d'une bonne partie de ses précieuses réserves d'or. Mais ma liberté est presque arrivé à son terme. Au moment où j'écris ces lignes, mon père est allongé dans un lit d'hôpital à Helsinki, où il se remet de deux années de captivité aux mains de la Mafiya russe. Cette épruve l'a plongé dans un coma dont il n'est pas encore sorti, mais il se réveillera bientôt et reprendra alors le contrôle des finances de la famille. Avec mes deux parents présents au manoir des Fowl, il me sera désormais impossible de mener mes diverses activités illégales sans attirer leur attention.
Jusqu'alors, je n'avais jamais rencontré ce genre de difficulté, car mon père était un escroc d'une envergure supérieure à la mienne, mais cette fois Maman a décidé de faire rentrer la famille Fowl dans le rang.
Il me reste cependant assez de temps pour mener à bien un dernier projet. Une chose que ma mère ne manquerait pas de désapprouver et que le Peuple des fées n'approuverait pas davantage. Je ne leur en parlerai donc pas.


2936-medium-copie-1.jpg
"White" de Marie Darrieussecq
Editions Folio - 2005

4ème de couverture

Une base scientifique européenne posée quelque part dans l'immensité blanche en Antarctique, le «Projet White». Des chercheurs, des glaciologues, mais aussi un cuisinier, un intendant, un chauffagiste, Peter Tomson, et une standardiste, Edmée Blanco, la seule femme, s'y côtoient, enfermés pour six mois, le temps d'une mission. Tout ce petit monde transporte ses propres fantômes et croise ceux qui rôdent, nombreux, au pôle Sud.
De l'aventure ! Du chaud ! Du froid !
Des bons et des méchants ! De l'amour !
Jusqu'à quel point faut-il se débarrasser des fantômes pour faire l'amour ?


EXTRAIT:

I
Des traces : une tranchée sous l'horizon, s'élargissant sur un cercle de neige battue.
L'empreinte de chenillettes puis de semelles : sentiers reliant les baraques, piétinements. Des
pistes étroites (scooter des neiges). Des crachats noirs (essence ou suie). Une esplanade, une
sorte de centre, lisse et poudreux entre les tentes vides.
C'est l'aube. Ici elle dure longtemps.
Deux centimètres de neige depuis l'année dernière, rien qui suffise à effacer les traces. Sur
un rayon de quatre mille kilomètres, personne encore, sauf trois Russes à la station Vostok,
qui hivernent. Et nous bien entendu, mais comment nous compter ?

La mer est belle, c'est-à-dire (Edmée Blanco l'apprend dans le manuel de bord) presque
plate, avec un petit clapot tranquille. Vagues de moins de cinquante centimètres. « Agitée »,
« forte », « grosse » (vagues de six à neuf mètres), et même « énorme », ça existe : plus de
quatorze mètres. L'injection de Scopolamine, contre le mal de mer, la démange sous l'oreille.
A-t-elle eu tort, a-t-elle eu raison. Il faut se faire piquer avant le départ, ça agit sur l'oreille
interne, et la perte d'équilibre est si forte par mer plate qu'elle se déplace comme les enfants
qui apprennent à marcher, par cabotage, un appui sous la main. L'équipage se marre, une
femme saoule au milieu d'hommes debout. Eux n'en prennent pas, bien sûr, de la
Scopolamine, sauf l'espèce de lutin qui roule lui-même ses cigarettes, elle a vu la trace de la
piqûre sous son bonnet. Se concentrer pour lire le manuel lui a donné le vertige. Les lignes
s'éloignent et se croisent, cassent l'espace en cubes. Sortir sur le pont, profiter du grand air
tant que c'est possible ? Dès demain la température va chuter et la houle forcir, le pont sera
balayé par les vagues, c'est ce que lui explique en anglais des hauts-fonds le matelot
moldave qui oscille et s'évase dans son regard (rira bien qui rira le dernier, alors, pour la
Scopolamine).

heures-souterraines.jpg
"Les heures souterraines" de Delphine de Vigan
Prix du roman d'entreprise 2009
Editions JC Lattès - 2009


                        « Elle va s’asseoir parce que personne ne l’attend, parce qu’elle ne sert plus à rien »

 

4ème de couverture

Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu’au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l’attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n’ait été dit, sans raison objective, Mathilde n’a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu’elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l’attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l’immense solitude qu’elle abrite.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d’eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s’arrête. Autour d’eux s’agite un monde privé de douceur. 
Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse. Au cœur d’une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l’on risque de se perdre sans aucun bruit.


EXTRAIT  :  PDF

9782070379477.jpg
"Chocolat amer" de Laura Esquivel
Editions Folio - 2009

4ème de couverture
Dans le Mexique du début du siècle, en pleine tempête révolutionnaire, Tita, éperdument éprise de Pedro, brave les interdits pour vivre une impossible passion.
À cette intrigue empruntée à la littérature sentimentale, Laura Esquivel mêle des recettes de cuisine. Car Tita possède d'étranges talents culinaires : ses cailles aux pétales de rose ont un effet aphrodisiaque, ses gâteaux un pouvoir destructeur. L'amour de la vie est exalté dans ces pages d'un style joyeux et tendre, dont le réalisme magique renvoie aux grandes œuvres de la littérature latino-américaine.
Chocolat amer, adapté en film sous le titre Les épices de la passion, s'est vendu à plus de quatre millions d'exemplaires dans le monde.


EXTRAIT :

On raconte que Tita était tellement sensible que, dans le ventre de mon arrière-grand-mère, elle pleurait quand celle-ci hachait des oignons. Elle pleurait si fort que Nacha, la cuisinière à moitié sourde de la maison, n'avait pas à tendre l'oreille pour l'entendre. Un jour, à force de hoqueter, elle déclencha l'accouchement. Mon arrière-grand-mère n'eut pas le temps de dire ouf ! Tita arrivait dans ce bas monde avant l'heure, sur la table de la cuisine, dans les odeurs d'une soupe au vermicelle, du thym, du laurier, de la coriandre, de lait bouilli, de l'ail et de l'oignon. Vous devinez que la traditionnelle tape sur les fesses fut inutile. Tita était née en pleurant. Peut-être se doutait-elle que son sort était fixé, que, dans cette vie, le mariage lui serait refusé. Voilà comment Nacha racontait l'irruption de Tita sur terre : elle fut projetée dans un torrent de larmes formidable qui inonda le sol de la cuisine.
L'après-midi, la frayeur était passée et l'eau évaporée par les rayons du soleil. Nacha ramassa le résidu des larmes sur le carrelage rouge. Avec ce sel, elle remplit un sac de cinq kilos qu'on utilisa longtemps pour cuisiner.


ObjetsBavards.jpg
"Les objets bavards" de Sophie Carquain
Editions Rocher - 2009

4ème de couverture
De la Barbie maltraitée au Malabar mâchouillé avec rage, de a chaussette esseulée au «sac à foutoir», de la queue du Mickey au talon aiguille, l'auteur passe en revue bon nombre d'objets qui, en toute innocence, en disent long sur notre personnalité.
Pourquoi, enfant, colle-t-on son chewing-gum sous le pupitre ? Pourquoi boit-on son chocolat chaud dans un bol mais son thé dans un mug ? Pourquoi les souvenirs de vacances sont-ils si kitsch ?

Au pays des objets bavards, notre monde révèle bien des surprises ! Ces chroniques, savoureuses comme des petites madeleines, sont à déguster lors d'un trajet en bus, dans un hamac ou un rocking-chair... Dans l'ordre ou le désordre des mots.

Auteur de nombreux récits pour la jeunesse et journaliste, Sophie Carquain dresse ici un inventaire plein d'humour de nos compagnons du quotidien, tout en explorant notre tendance à la re-création infantile. Peut-être parce que, comme les odeurs, les objets sont des chatouilleurs d'enfance...

EXTRAIT :

(...) Notre chat en résine ronronne sur le bureau les poupées russes veillent sur nous de leur inquiétant regard fixe , le kit créatif nous nargue d'un air sadique tandis que les cadeaux de Noël ratés sont, eux, réduits au silence tout en haut du placard.
Les choses comptent dans nos vies plus qu'on ne le croit. On entend dire, souvent qu'elles sont diaboliques ; qu'elles nous trahissent et nous persécutent. (...)

9782841112296.gif
" La nostalgie de l'ange" Alice Sebold
Nil Editions 

Résumé

Le viol et le meurtre de la petite Susie sont sans doute les souvenirs les plus effroyables qu'elle ait emmenés au paradis. Mais la vie se poursuit en bas pour les êtres que Susie a quittés, et elle a maintenant le pouvoir de tout regarder et de tout savoir. Elle assiste à l'enquête, aux dramatiques frissons qui secouent sa famille. Elle voit son meurtrier, ses amis du collège, elle voit son petit frère grandir, sa petite soeur la dépasser. Elle observe, au bord du ciel, pendant des années, la blessure des siens, d'abord béante, puis sa lente cicatrisation... Habité d'une invincible nostalgie, l'ange pourra enfin quitter ce monde dans la paix.


La première phrase
Nom de famille : Salmon, saumon comme le poisson ; prénom : Susie. Assassinée à l'âge de quatorze ans, le 6 décembre 1973.


La dernière phrase
Je vous souhaite à tous une longue vie de bonheur.


Extrait
Mr. Harvey pressait ses lèvres contre les miennes. Elles étaient couleur myrtille, et mouillées ;j'avais envie de crier parce quej'avais trop peur et quej'étais trop épuisée pour la lutte.J'avais été embrassée une fois par quelqu'un quej'aimais. Il s'appelait Ray et il était indien. Il avait un accent et le teint mat. Je n'étais pas supposée l'aimer. Clarissa trouvait que ses grands yeux aux paupières à moitié closes étaient "psychédélices", mais il était gentil et intelligent et m'avait aidée à tricher pour mon interro d'algèbre tout en faisant semblant du contraire. Il m'avait embrassée près de mon casier. Je me souviens que ses lèvres étaient gercées.
'Non, Mr. Harvey', ai-je réussi à dire, et j'ai continué à répéter ce mot plusieurs fois. Non. Puis j'ai dit je vous en supplie beaucoup de fois aussi. Franny m'a expliqué que presque tout le monde disait  "je vous en supplie" avant de mourir.

         Adaptation au cinéma sous le titre "The lovely Bones" Février 2010


9782266122351R1.JPG
"Le K" de Dino Buzzati ( auteur du désert des tartares")
Edition Pocket classique - réédition 2002

4ème de couverture
Lorsque le vieux Stefano rencontre enfin le K, le squale qui doit le dévorer, il découvre que le monstre l'a poursuivi sur toutes les mers du monde, non pour le dévorer, mais pour lui remettre la perle merveilleuse "qui donne à celui qui la possède fortune, puissance, amour et paix de l'âme".

Devenu avec "Le désert des Tartares", un classique du XX e siècle, ce récit ouvre un recueil de 50 contes fantastiques où l'on retrouve tous les thèmes poignants et familiers de Dino Buzzati : la fuite des jours, la fatalité de notre condition de mortels, l'angoisse du néant, l'échec de toute vie, le mystère de la souffrance et du mal.

Autant d'histoires merveileuses, tristes ou inquiétantes pour traduire la réalité vécue de ce qui est par nature incommunicable.


EXTRAIT :


L'oeuf

(...) La chasse à l'oeuf commençait à trois heures. A trois heures moins cinq une automobile de type présidentiel arriva , c'était la femme d'un ministre important venue tout exprès de Rome avec ses deux enfants. Alors le président, les conseillers et les dames patronnesses de la Croix Violette Internationale se précipitèrent à la rencontre de la femme du ministre pour lui faire les honneurs et la confusion désirée se produisit enfin, plus forte encore qu'elle ne l'avait souhaitée. Ce qui permit à la femme de ménage Gilda camouflée en nurse de pénétrer dans le jardin avec sa fille, et elle lui faisait mille recommandations pour qu'elle ne se laissât pas intimider par les enfants plus âgés et plus rusés qu'elle.
Le signal fut donné par une sonnerie de trompette, le ruban qui marquait la ligne de départ tomba et les enfants partirent en chasse avec des hurlements indescriptibles. Mais les enfants des riches intimidaient la petite Antonella. Elle courait ça et là sans savoir se décider et pendant ce temps-là les auttes fouillaient dans les tas de foin, certains couraient déjà vers leur maman en serrant dans leurs bras de gigantesques oeufs en chocolat ou en carton multicolores qui refermaient qui sait quelles surprises.
Finalement, Antonella elle aussi, plongeant sa petite main dans le foin, rencontra une surface lisse et dure, à en juger d'après la courbure, se mit à crier : « Je l'ai trouvé ! Je l'ai trouvé ! » et elle cherchait à saisir l'oeuf mais un petit garçon plongea la tête la première comme font les joueurs de rugby et immédiatement Antonella le vit s'éloigner portant sur ses bras une sorte de monument ; et il lui faisait par-dessus le marché des grimaces pour la narguer. (...)


9782266166539.jpg
"Je François Villon" de Jean Teulé
Editions Pocket - 2007

4ème de couverture

Il est peut-être né le jour de la mort de Jeanne d’Arc. On a pendu son père et supplicié sa mère. Il a étudié à l’université de Paris. Il a joui, menti, volé dès son plus jeune âge. Il a fréquenté les miséreux et les nantis, les curés, les assassins, les poètes et les rois. Aucun sentiment humain ne lui était étranger. Des plus sublimes aux plus atroces, il a commis tous les actes qu’un homme peut commettre. Il a traversé comme un météore trente années de l’histoire de son temps. Il a ouvert cette voie somptueuse qu’emprunteront à sa suite tous les autres poètes : l’absolue liberté.

1er CHAPITRE : ICI  (éditions Pocket)

contre-coups_cover.jpg
"A contre-coups" d'Annette Lucas
Photographies Jane Evelyn Atwood
Editions Xavier Barral - 2006

Résumé de l'éditeur

Ce livre présente quinze portraits de femmes, qui, confrontées dans leur intimité à la violence, ont réussi à s'en sortir, et mieux, à se reconstruire. Ce travail est le résultat de deux ans d'enquête menée en France par Annette Lucas et la photographe Jane Evelyn Atwood, auprès de femmes d'âges et de milieux différents, aux histoires singulières. Résolument optimistes, éloignés de tout misérabilisme, ces portraits, écrits et photographiques, témoignent avec force de la dignité, de l'intégrité et du sentiment de liberté qu'elles ont su reconquérir. Les photographies sont prises dans le quotidien de chacune des femmes qui témoignent. Les récits qui les accompagnent suivent au plus près leurs paroles. Ils relatent les souffrances, le chemin difficile qu'elles ont dû parcourir, leur demande de justice, les soutiens nécessaires, et détaillent les étapes de leur reconstruction.


contrecoups2


Le site de Jane Evelyn Atwood   ICI


Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 15:35

9782752903785.jpg
"Lait noir" d'Elif Shafak
Editions Phébus - 2009
Traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy

4ème de couverture
Roman autant qu’essai autobiographique, Lait noir relate avec sincérité et brio les dix mois qui ont suivi la naissance de la fille d’Elif Shafak, ayant coïncidé avec une dépression postpartum. Aujourd’hui cette pathologie n’est plus taboue en Occident. Mais si elle est régulièrement abordée dans les médias et des ouvrages spécialisés, elle n’a que rarement fait l’objet de romans. En outre, aucune femme de confession musulmane n’en avait jusqu’à présent ausculté le déroulement, les enjeux et les arcanes.
Livre polyphonique, Lait noir entrelace les voix intérieures de l’auteur, voix contradictoires représentées par six petites bonnes femmes aux allures de poupées russes. Elif Shafak questionne la féminité en dialoguant tour à tour avec Miss Cynique Intello et Miss Ego Ambition, Miss Intelligence Pratique et Dame Derviche, Maman Gâteau et Miss Satin Volupté.
Onirique et d’une roborative ironie, ce joyau inclassable convoque également de grandes figures littéraires telles que Simone de Beauvoir, Zelda Fitzgerald, Doris Lessing et Sylvia Plath.

Elif Shafak est née à Strasbourg en 1971. Couronnée de nombreux prix, elle est aujourd’hui la romancière la plus lue en Turquie, et son œuvre est traduite dans plus de vingt-cinq langues. Elle est l’auteur de neuf livres (dont sept romans), écrits en turc ou en anglais.

Son premier roman, Pinhan (Le mystique), a reçu le prix Rumi en 1998, qui récompense la meilleure œuvre de littérature mystique en Turquie. Son deuxième roman, Şehrin Aynaları (Les miroirs de la ville), ancré dans le monde méditerranéen du XVIIe siècle, effectue la synthèse du mysticisme juif et islamique. Elif Shafak élargit considérablement son lectorat avec Mahrem (Le regard) qui remporte le prix de l’Union des écrivains turcs en 2000. Quant à Bit Palas (Bonbon Palace, Phébus, 2008), il devient rapidement un best-seller en Turquie. Elif Shafak se consacre ensuite à Med-Cezir, un essai sur le genre, la sexualité, les ghettos mentaux et la littérature.

Elle écrit le roman suivant directement en anglais : The Saint of Incipient Insanities est publié chez Farrar, Straus and Giroux. Le deuxième roman qu’elle écrit dans cette langue, The Bastard of Istanbul (La Bâtarde d’Istanbul, Phébus, 2007; 10/18, 2008), est le livre le plus vendu en Turquie en 2006. En France, il emballe 75 000 lecteurs et intègre la sélection du Grand prix des lectrices de Elle. Certains propos qui y sont tenus, relatifs au sort des Arméniens, conduisent l’auteur à être poursuivie pour « atteinte à la dignité de l’État turc ». Les charges contre elle sont finalement levées.

Après avoir mis au monde une petite fille en 2006, Elif Shafak traverse une dépression postnatale – expérience qui lui inspire son premier texte autobiographique, Black Milk (Lait noir, Phébus, 2009), où elle dépeint les splendeurs et misères de la condition de mère et d’écrivain. Le livre, acclamé par la critique comme par le lectorat féminin, connaît un immense succès.

Son dernier roman, The Forty Rules of Love (Soufi, mon amour), paru en Turquie en 2009, achève de consacrer sa popularité : il s’en écoule 300 000 exemplaires en quatre mois.

En parallèle de son activité d’écrivain, Elif Shafak enseigne les sciences politiques. Diplômée de l’université technique du Moyen Orient à Ankara, elle détient un master en Gender and Women’s studies et un doctorat en sciences politiques. Sa thése sur « le mysticisme islamique et la compréhension circulaire du temps » a été primée par l’Institut des sciences sociales turc. En son pays, l’auteur collabore à divers quotidiens et hebdomadaires. Elle signe également des paroles de chansons pour des groupes de rock. Elif Shafak vit à Istanbul avec son mari et ses deux enfants. ( Source Editions Phébus)


9782020866668.jpg
"Mon histoire des femmes" de Michelle Perrot
Editions Point - 2008

 

4ème de couverture

« Mon » histoire des femmes est en réalité « notre » histoire des femmes, et des relations entre les hommes et les femmes. Comment changent les apparences, la sexualité, la maternité ? Quand est né le désir d’enfant ? Les histoires d’amour ont-elles une histoire ? Quel rôle ont joué les religions dans la vie des femmes ? Pourquoi l’accès au savoir, à la lecture et à l’écriture, au travail et au métier, a-t-il été si difficile ? Peut-on parler de « révolution sexuelle » dans le dernier demi-siècle ? Celle-ci est-elle le fruit de la modernité ? du désir des femmes ? Quel est le poids des féminismes ?
Ce livre, issu d’une série d’émissions diffusées sur France Culture, propose de retracer le combat des femmes pour exister à part entière, à égalité avec les hommes. Un combat aujourd’hui encore nécessaire à mener.

 

 

5193ARHTAYL__SS500_.jpg
"Nora, Nora" Anne Rivers Siddons
Edition Pocket - 2005

4ème de couverture
Au début des années soixante, dans le cadre oppressant d'une bourgade du sud des États-Unis, Peyton, douze ans, s'efforce de trouver sa place entre un père trop distant et une tante étouffante. Se sentant profondément différente de ses camarades, elle ne trouve de réconfort qu'auprès de ses compagnons du club des Losers, qui compte trois membres en tout, dont elle-même... Survient alors Nora, une lointaine cousine. Belle, pétillante, exubérante à souhait, elle fume des cigarettes et conduit une Thunderbird rose fuchsia. D'abord méfiante, Peyton se laisse rapidement séduire. De son côté, Nora se prend d'affection pour cette rebelle en herbe et entreprend de l'aider à passer le cap délicat de l'adolescence. Elle décide également de secouer l'immobilisme de la petite ville en jouant de son arme favorite : la provocation...


Biographie de l'auteur

Anne River Siddons est née à Fairburn, une petite ville de Géorgie proche d'Atlanta, dans une très ancienne famille du sud des États-Unis. Etudiante en arts graphiques, elle milite très tôt pour le respect des droits civils des citoyens noirs américains.
Vers 1960, après avoir travaillé quelque temps dans la publicité, elle devient journaliste pour un magazine d'Atlanta. En 1974, un éditeur, enthousiasmé par ses articles, l'invite à écrire ses premiers romans. Travailleuse acharnée, Anne River Siddons publiera un livre chaque année : des romans comme La Géorgienne, Les lumières d'Atlanta ou La plantation, dans un style clair et direct, décrivent de façon réaliste la vie des États du Sud américain.
Anne River Siddons est mariée et vit entre Atlanta et Brooklin, dans l'Etat du Maine.

Extraits

(...) Comme elle ne pouvait imaginer plus grand changement que celui qui ferait d'elle une femme, Peyton pensait que le moment était arrivé. Allongée sur le dos dans la petite pièce sombre et tranquille la tanière qu'elle n'abandonnerait jamais malgré les récriminations de Tante Augusta elle promena ses mains sur son corps les fit glisser jusqu'à ses hanches, remonta vers son visage puis descendit de nouveau. Par où le changement alllait-il s'amorcer ? Que ressentirait-elle exactement ?
Peyton répétait ces  mêmes gestes presque tous les soirs. cela faisait partie de l'immuable rituel du coucher, au même titre que se brosser les dents, se laver le visage et réciter à voix basse
Now I Lay Me ( prière classique pour enfants du 18ème siècle) la première prière que Clothilde lui avait apprise.

Now I lay me down to sleep,
I pray the Lord my soul to keep;
Should I die before I wake,
I pray the Lord my soul to take...

Maintenant, je me couche pour dormir,
Je prie le Seigneur, mon âme à tenir;
Devrais-je mourir avant que je me réveille,
Je prie le Seigneur, mon âme à prendre...


- Si tu ne dis pas tes prières, je ne sais pas qui viendra te prendre, la nuit lançait cette dernière, mélangeant allègrement théologie et panthéisme. (...)

(...) Saisis chaque occasion de satisfaire tes sens Peyton, déclara Nora. Dorothy Parker...Connais-tu Dorothy Parker ? C'est un poète et satiriste des années vingt et trente, magnifique. Elle a écrit un poème dans lequel elle disait : « passant devant une fontaine, m'accrochant à une pierre. » Ne t'accroche pas aux pierres. Attarde-toi plutôt devant les fontaines.
- D'accord, dit Peyton sans savoir vraiment de quoi parlait Nora mais tout en saisissant malgré tout le sens de ses paroles ( ...)

imagemagic.php.jpeg
"Victor Hugo sur les routes de Normandie"
Editions Magellan - 2002

4ème de couverture
Victor Hugo découvre la Normandie pour la première fois en 1835 au cours d'un voyage romantique avec Juliette Drouet. Dans les bras de sa maîtresse, cet aventurier inlassable décrit les villes qu'il traverse et les paysages qu'il contemple. Il raconte ses impressions à Adèle, sa femme restée à Paris.

Victor Hugo sur les routes de Normandie reprend des lettres, des poèmes, des fragments d'œuvres et de discours de ce poète génial. On y retrouve ses pérégrinations amoureuses avec Juliette à Rouen, à Etretat, à Jumièges, à Caen, à Cherbourg et dans les villages du bocage ; sa description du Mont-Saint-Michel ; le drame familial de Villequier ; son discours visionnaire sur la défense du littoral normand devant la chambre des Pairs en 1846 ; son long exil volontaire - dix-huit ans - à Jersey et Guernesey, conséquence de son idéal de liberté et source féconde de sa force créatrice... C'est un long et beau voyage initiatique au cœur de la Normandie éternelle, largement illustré par des photographies exceptionnelles et des documents d'époque.


9782234056275-G.JPG
"L'anneau du pêcheur" Selma Lagerlof
Editions stock - 2003

Résumé de l'éditeur
C'est tout un monde féerique, tantôt réel, tantôt chimérique, qui revit dans ce recueil de conte, l'un des plus beaux de Selma Lagerlöf. Inspirés des légendes de son Vermland natal et des récits de son enfance, ils mêlent la poésie à l'émotion du quotidien. Les personnages - pasteurs, vagabonds ou paysans entretiennent avec le passé et les morts une relation naturelle et séculaire. Ainsi Mam'zelle Fredrika qui reçoit d'un chevalier - celui qu'elle a attendu toute sa vie ? - le baiser de la mort
Un des plus poignants est celui de cette jeune fille perdue qui, au bout de longues années, revient un soir de Noël à la ferme de son père et n'ose raconter sa terrible histoire qu'au chat venu se blottir sur ses genoux
L'univers si particulier de ces petites communautés suédoises acquit, grâce au talent de conteuse et d'humaniste de Selma Lagerlöf, une signification universelle.




Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 15:42



photos©Voyelle


"Trois femmes puissantes" Marie Ndiaye


4ème de couverture

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Norah, la quarantaine, arrive chez son père en Afrique. Le tyran égocentrique de jadis est devenu mutique, boulimique, et passe ses nuits perché dans le flamboyant de la cour. Fanta enseigne la français à Dakar, mais elle a été obligée de suivre en France son compagnon Rudy. Rudy s'avère incapable d'offrir à Fanta la vie riche et joyeuse qu'elle mérite. Khady Demba est une jeune veuve africaine. Sans argent, elle tente de rejoindre une lointaine cousine, Fanta, qui vit en France. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. ( présenté également en sept 2009 au Salon de Thé "Est en Ouest" )

"La femme de l'Allemand" Marie Sizun


4ème de couverture
Dans le Paris de l’après-guerre, une petite fille, Marion, vit avec sa mère, Fanny, qu’elle adore. Peu à peu, pourtant, une dissonance s’installe, faussant leur relation. Des emportements inexplicables, un silence incompréhensible à propos de ce père allemand dont Marion ne sait rien ou presque. Avec le temps, Marion comprend que sa mère est maniaco-dépressive. Les rôles s’inversent alors. L’adolescente endosse cette raison qui, doucement, abandonne Fanny. Mais l’amour ne suffit pas pour terrasser la folie…

Marie Sizun sait dire avec émotion et pudeur l’amour qui rapproche et sépare les êtres."



EXTRAIT


"Bien sûr qu'il va arriver quelque chose. Tu le sais et elle le sait. Et elle sait que tu le sais. Elle se donne un mal fou pour te cacher qu'elle va mal, que la chose grandit en elle, comme une bête qui serait là, tapie, silencieuse, aux aguets. Car, même si elle se fait pour le moment toute petite, elle est bien là, la folie, cette folie-là : c'est elle qui regarde parfois à travers les yeux de Fanny, elle qui laisse échapper une note discordante dans sa voix."

Chronique littéraire de Jean Mauduit
CLICK


"La douleur" Marguerite Duras


4ème de couverture
« J'ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château. Je n'ai aucun souvenir de l'avoir écrit. Je sais que je l'ai fait, que c'est moi qui l'ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l'endroit, la gare d'Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l'aurais-je écrit, en quelle année, à quelles heures du jour, dans quelles maisons ? Je ne sais plus rien. [...] Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m'épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver. La douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot « écrit » ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d'une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n'ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m'a fait honte. » Marguerite Duras.

« Le mot "douleur" est plus profond que "chagrin" ou "souffrance" qui passent. La douleur, elle, ne vous quitte jamais. » Patrice Chéreau

"La douleur" a été adaptée à la scène en 2008, mis en scène par Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang  avec Dominique Blanc  / entretien avec Patrice Chéreau CLICK


"L'espèce humaine" Robert Antelme


4ème de couverture
Quand l'homme en est réduit à l'extrême dénuement du besoin, quand il devient "celui qui mange les épluchures", l'on s'aperçoit qu'il est réduit à lui-même, et l'homme se découvre comme celui qui n'a besoin de rien d'autre que le besoin pour, niant ce qui le nie, maintenir le rapport humain dans sa primauté. Il faut ajouter que le besoin alors change, qu'il se radicalise au sens propre, qu'il n'est plus qu'un besoin aride, sans jouissance, sans contenu, qu'il est rapport nu à la vie nue et que le pain que l'on mange répond immédiatement à l'exigence du besoin, de même que le besoin est immédiatement le besoin de vivre. Levinas, dans diverses analyses, a montré que le besoin était toujours en même temps jouissance, c'est-à-dire qu'en mangeant je ne me nourrissais pas seulement pour vivre, je jouissais déjà de la vie, m'affirmant moi-même, m'identifiant à moi dans cette première jouissance. Mais ce que nous rencontrons maintenant dans l'expérience d'Antelme qui fut celle de l'homme réduit à l'irréductible, c'est le besoin radical, qui ne me rapporte plus à moi-même, à la satisfaction de moi-même, mais à l'existence humaine pure et simple, vécue comme manque au niveau du besoin. Et sans doute s'agit-il encore d'une sorte d'égoïsme, et même du plus terrible égoïsme, mais d'un égoïsme sans ego, où l'homme, acharné à survivre, attaché d'une manière qu'il faut dire objecte à vivre et à toujours vivre, porte cet attachement comme l'attachement impersonnel à la vie, et porte ce besoin comme le besoin qui n'est plus le sien propre, mais le besoin vide et neutre en quelque sorte, ainsi virtuellement celui de tous. "Vivre, dit-il à peu près, c'est alors tout le sacré."


1947


" Il y a deux ans, durant les premiers jours qui ont suivi notre retour, nous avons été, tous je pense, en proie à un véritable délire. Nous voulions parler, être entendus enfin. On nous dit que notre apparence physique était assez éloquente à elle seule. Mais nous revenions juste, nous ramenions avec nous notre mémoire, notre expérience toute vivante et nous éprouvions un désir frénétique de la dire telle quelle. Et dès les premiers jours cependant, il nous paraissait impossible de combler la distance que nous découvrions entre le langage dont nous disposions et cette expérience que, pour la plupart, nous étions encore en train de poursuivre dans notre corps. Comment nous résigner à ne pas tenter d'expliquer comment nous en étions venus là ? Nous y étions encore. Et cependant c'était impossible. À peine commencions-nous à raconter, que nous suffoquions. À nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable.
  Cette disproportion entre l'expérience que nous avions vécue et le récit qu'il était possible d'en faire ne fit que se confirmer par la suite. Nous avions donc bien affaire à l'une de ces réalités qui font dire qu'elles dépassent l'imagination. Il était clair désormais que c'était seulement par le choix, c'est-à-dire encore par l'imagination que nous pouvions essayer d'en dire quelque chose.
  J'ai essayé de retracer ici la vie d'un kommando (Gandersheim) d'un camp de concentration allemand (Buchenwald).
  On sait aujourd'hui que, dans les camps de concentration d'Allemagne, tous les degrés possibles de l'oppression ont existé. Sans tenir compte des différents types d'organisation qui existaient entre certains camps, les différentes applications d'une même règle pouvaient augmenter ou réduire sans proportion les chances de survie.
  Les dimensions seules de notre kommando entraînaient le contact étroit et permanent entre les détenus et l'appareil directeur SS. Le rôle des intermédiaires était d'avance réduit au minimum. Il se trouve qu'à Gandersheim, l'appareil intermédiaire était entièrement constitué par des détenus allemands de droit commun. Nous étions donc cinq cents hommes environ, qui ne pouvions éviter d'être en contact avec les SS, et encadrés non par des politiques, mais par des assassins, des voleurs, des escrocs, des sadiques ou des trafiquants de marché noir. Ceux-ci, sous les ordres des SS, ont été nos maîtres directs et absolus.
  Il importe de marquer que la lutte pour le pouvoir entre les détenus politiques et les détenus de droit commun n'a jamais pris le sens d'une lutte entre deux factions qui auraient brigué le pouvoir. C'était la lutte entre des hommes dont le but était d'instaurer une légalité, dans la mesure où une légalité était encore possible dans une société conçue comme infernale, et des hommes dont le but était d'éviter à tout prix l'instauration de cette légalité, parce qu'ils pouvaient seulement fructifier dans une société sans lois. Sous eux ne pouvait régner que la loi SS toute nue. Pour vivre, et même bien vivre, ils ne pouvaient être amenés qu'à aggraver la loi SS. Ils ont joué en ce sens un rôle de provocateurs. Ils ont provoqué et maintenu parmi nous avec un acharnement et une logique remarquables l'état d'anarchie qui leur était nécessaire. Ils jouaient parfaitement le jeu. Non seulement ils s'affirmaient ainsi aux yeux des SS comme différents de nous par nature, ils apparaissaient aussi à leurs yeux comme des auxiliaires indispensables et méritaient effectivement de bien vivre. Affamer un homme pour avoir à le punir ensuite parce qu'il vole des épluchures et, de ce fait, mériter la récompense du SS et, par exemple, obtenir en récompense la soupe supplémentaire qui affamera davantage l'homme, tel était le schéma de leur tactique.
  Notre situation ne peut donc être assimilée à celle des détenus qui se trouvaient dans des camps ou dans des kommandos ayant pour responsables des politiques. Même lorsque ces responsables politiques, comme il est arrivé, s'étaient laissé corrompre, il était rare qu'ils n'aient pas gardé un certain sens de l'ancienne solidarité et une haine de l'ennemi commun qui les empêchaient d'aller aux extrémités auxquelles se livraient sans retenue les droit commun.
  À Gandersheim, nos responsables étaient nos ennemis.
  L'appareil administratif étant donc l'instrument, encore aiguisé, de l'oppression SS, la lutte collective était vouée à l'échec. L'échec, c'était le lent assassinat par les SS et les kapos réunis. Toutes les tentatives que certains d'entre nous entreprirent furent vaines.
  En face de cette coalition toute-puissante, notre objectif devenait le plus humble. C'était seulement de survivre. Notre combat, les meilleurs d'entre nous n'ont pu le mener que de façon individuelle. La solidarité même était devenue affaire individuelle.
  Je rapporte ici ce que j'ai vécu. L'horreur n'y est pas gigantesque. Il n'y avait à Gandersheim ni chambre à gaz, ni crématoire. L'horreur y est obscurité, manque absolu de repère, solitude, oppression incessante, anéantissement lent. Le ressort de notre lutte n 'aura été que la revendication forcenée, et presque toujours elle-même solitaire, de rester, jusqu 'au bout, des hommes.
  Les héros que nous connaissons, de l'histoire ou des littératures, qu'ils aient crié l'amour, la solitude, l'angoisse de l'être ou du non-être, la vengeance, qu 'ils se soient dressés contre l'injustice, l'humiliation, nous ne croyons pas qu 'ils aient jamais été amenés à exprimer comme seule et dernière revendication, un sentiment ultime d 'appartenance à l'espèce.
  Dire que l'on se sentait alors contesté comme homme, comme membre de l'espèce, peut apparaître comme un sentiment rétrospectif, une explication après coup. C'est cela cependant qui fut le plus immédiatement et constamment sensible et vécu, et c'est cela d'ailleurs, exactement cela, qui fut voulu par les autres. La mise en question de la qualité d'homme provoque une revendication presque biologique d'appartenance à l'espèce humaine. Elle sert ensuite à méditer sur les limites de cette espèce, sur sa distance à la nature et sa relation avec elle, sur une certaine solitude de l'espèce donc, et pour finir, surtout à concevoir une vue claire de son unité indivisible.
Robert Antelme


"Les Sables de Windee" Arthur Upfield


4ème de couverture
« Huit volumes essentiels dans une collection (Grands Détectives, chez 10/18) qui ne l'est pas moins. Huit romans signés Arthur Upfield, père d'un des flics les plus attachants du genre. Le dénommé Napoléon Bonaparte, Bony pour les intimes, est moitié blanc, moitié aborigène. Intuitif et méticuleux, il est également rompu aux astuces de la vie dans le bush et aux subtilités de l'interprétation des paysages grandioses de l'Australie (chaque roman se situe dans une région spécifique) et des mœurs rudes de leurs habitants. Bony s'avère un guide idéal... et Upfield un grand maître. »

"Refaire le monde" Julia Glass


4ème de couverture
 

« Julia Glass nous offre dans son second roman un superbe récit sur le désir, la perte et la nostalgie. »

    Chicago Tribune

Pâtissière à Greenwich Village, Greenie se consacre tout entière à son jeune fils et à sa passion, la cuisine, tandis que son mari semble plongé dans la mélancolie. Quant à son ami Walter, il panse ses peines de cœur. De passage à New York, le gouverneur du Nouveau-Mexique, conquis par le gâteau à la noix de coco de Greenie, lui propose de devenir chef cuisinier de sa résidence. Par ambition autant que par désespoir, elle accepte et part vers l’Ouest avec leur fils en abandonnant son mari. Leur vie va être bouleversée par ce départ précipité, qui provoquera une série d’événements échappant à tout contrôle.

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sabine Porte

EXTRAIT

« Le monde s’attend à trouver un gâteau cent pour cent chocolat, le truc mortel, tu vois, mais moi ce que je veux c’est une explosion de chocolat, un feu d’artifice, un volcan de chocolat !” Walter lui avait dit. Et c’est ainsi que ce soir-là, après avoir couché George, elle était retournée jusqu’à l’aube dans le sous-sol qui abritait ses cuisines, à deux pas de chez elle, pour créer un gâteau. En principe, c’était le type même de dessert que Greenie avait en horreur, mais il incarnait une telle opulence, une joie si transgressive dans cet étalage de beurre, cette miraculeuse substance protéiforme aussi essentielle au chef pâtissier que l’était le feu pour l’homme primitif. Walter avait baptisé le gâteau Apocalypse Now. » 


"La course à l'abîme" Dominique Fernandez

4ème de couverture
Rome, 1600. Un jeune peintre inconnu débarque dans la capitale et, en quelques tableaux d’une puissance et d’un érotisme jamais vus, révolutionne la peinture. Réalisme, cruauté, clair-obscur : il bouscule trois cents ans de tradition artistique. Les cardinaux le protègent, les princes le courtisent. Il devient, sous le pseudonyme de Caravage, le peintre officiel de l’église. Mais voilà : c’est un marginal-né, un violent, un asocial ; l’idée même de « faire carrière » lui répugne. Au mépris des lois, il aime à la passion les garçons, surtout les mauvais garçons,
les voyous. Il aime se bagarrer, aussi habile à l’épée que virtuose du pinceau.
Condamné à mort pour avoir tué un homme, il s’enfuit, erre entre Naples, Malte, la Sicile, provoque de nouveaux scandales, meurt à trente-huit ans sur une plage au nord de Rome. Assassiné ? Sans doute. Par qui ? On ne sait. Pourquoi ? Tout est mystérieux dans cette vie et dans cette mort.
Il fallait un romancier pour ressusciter, outre cette époque fabuleuse de la Rome baroque, un tempérament hors normes sur lequel on ne sait rien de sûr, sauf qu’il a été un génie absolu, un des plus grands peintres de tous les temps. 



 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 14:56


" Le diable s'habille en Prada"
Lauren Weisberger




4ème de couverture
Andrea n'en revient pas: même avec ses fringues dépareillées, elle l'a décroché, ce job de rêve. La jeune femme de vingt-trois ans va enfin intégrer la rédaction de Runway, prestigieux magazine de mode new-yorkais! Et devenir l'assistante personnelle de la rédactrice en chef, la papesse du bon goût, la dénommée Miranda Priestly. Une chance inouïe pour Andrea: des milliers d'autres filles se damneraient pour être à sa place! Mais derrière les strass et les paillettes de cette usine à rêves se cache un enfer peuplé de talons aiguilles et de langues de vipère...

"Les Quais de la colère"
Philippe Huet


4ème de couverture
Le Havre, 1910. Dans le port, la vapeur des paquebots géants tue la navigation à voile. Sur les quais, le charbon est roi et s'engloutit par milliers de tonnes dans les entrailles des monstres d'acier. Cette boulimie de progrès fait la fortune des négociants, et notamment des « maîtres charbonniers » qui connaissent une prospérité sans précédent. A l'autre bout de la chaîne, les débardeurs vivent un véritable enfer. Rongés par la tuberculose et la misère, minés par l'alcool, les ouvriers charbonniers sont la lie du port, les parias de la classe ouvrière, ouvertement méprisés par les autres dockers. Sauf un. Révolutionnaire idéaliste et buveur d'eau, surnommé « le curé », Jules Durand s'engage chez les charbonniers, reprend en main leur syndicat, devient leur leader. Devant cette menace, les maîtres du charbon n'ont plus qu'une idée : abattre cet homme qui les met en danger. Par tous les moyens.
Avec cette fresque inspirée de faits authentiques, Philippe Huet fait revivre dans la plus pure tradition naturaliste la naissance des grandes luttes sociales à l'orée du xxe siècle.


"Histoires"
Jacques Prévert


4ème de couverture

'Histoires' a paru la même année que 'Paroles, en 1943. On peut voir dans les courts textes que contient ce recueil une des raisons du succès de Jacques Prévert : chacun de ces textes est une 'histoire', il est vrai, et parfois une fable. C'est un recueil de poésie en vers et en prose dont les histoires sont simples et abordent les thèmes de l'amour et de la mort. On a dit : 'Prévert est un des rares poètes qui, depuis longtemps, parlent à la troisième personne.'En effet, il ne se raconte pas seulement lui-même, mais raconte 'ce qui arrive ou 'est arrivé.


LE LEZARD
"Le lézard de l'amour
S'est enfui encore une fois
Et m'a laissé sa queue entre les doigts
C'est bien fait
J'avais voulu le garder pour moi."

LE GARDIEN DU PHARE
Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent

Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux il les aime trop
Alors il dit Tant pis je m'en fous !

Et il éteint tout

Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles
Un cargo chargé d'oiseaux
Des milliers d'oiseaux des îles
Des milliers d'oiseaux noyés. 

"Les deux vies d'Anna"
Hélène Legrais



4ème de couverture
A quatorze ans, Anna est « paperette » dans la célèbre usine de papier à cigarettes Job. Le quotidien est difficile pour ces ouvrières chargées du découpage du papier et de l'assemblage des carnets de feuilles qui seront ensuite vendus dans toute la France.
Par amour, elle se retrouve un beau jour séquestrée dans une maison close du quartier Saint-Jacques. D'abord terrorisée, elle devient bientôt, sous le nom de Stella, une des prostituées les plus célèbres de la ville. Lorsqu'elle tombe enceinte, Anna décide de changer de vie et revient vers l'usine de papier à cigarettes. Mais elle n'est plus la même. Plus sûre d'elle, elle attire rapidement l'attention d'un membre de la direction qui lui propose de devenir gouvernante des enfants du directeur de l'usine et ne tarde pas à demander sa main. Un nouveau tournant dans la vie d'Anna…

"L'élégance du hérisson"
Muriel Barbery



4ème de couverture

« Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bougeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’idée que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.


Je m’appelle Paloma, j’ai douze ans, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. »


Muriel Barbery est née en 1969.
L’élégance du hérisson est son deuxième roman. Le précédent, Une gourmandise, est traduit en douze langues.

EXTRAITS

Pensée profonde n°9 ( Paloma ) p.154 
(...) C'est la première fois que je rencontre quelqu'un qui cherche les gens et qui voit au-delà. ça peut paraître trivial mais je crois quand même que c'est profond.  Nous ne voyons jamais au-delà de nos certitudes et, plus grave encore, nous avons renoncé à la rencontre, nous ne faisons que nous rencontrer nous-mêmes sans nous connaître dans ces miroirs permanents. Si nous nous en rendions compte, si nous prenions conscience du fait que nous ne regardions jamais que nous-même en l'autre, que nous sommes seuls dans le désert, nous deviendrions fous. Quand ma mère offre des macarons de chez Ladurée à Mme Broglie elle se raconte à elle-même l'histoire de sa vie et ne fait que grignoter sa propre saveur ; quand papa boit son café et lit son journal, il se contemple dans une glace tendance méthode Coué ; quand Colombe parle des conférences de Marian, elle déblatère sur son propre reflet et quand les gens passent devant la concierge, ils ne voient que le vide parce que ce n'est pas eux.
Moi, je supplie le sort de m'accorder la chance de voir au-delà de moi-même et de rencontrer quelqu'un.
 

Désolation des révoltes mongoles  ( Renée) p.94 
(...) Le rituel du thé cette reconduction précise des mêmes gestes et de la même dégustation, cette accession à des sensations simples authentiques et raffinées, cette licence donnée à chacun, à peu de frais, de devenir un aristocrate du goût parce que le thé est la boisson des riches comme elle est celle des pauvres, le rituel du thé, donc, a cette vertu extraordinaire d'introduire dans l'absurdité de nos vies une brèche d'harmonie sereine. Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l'insignifiance nous encercle. Alors, buvons une tasse de thé. Le silence se fait, on entend le vent qui souffle au-dehors, les feuilles d'automne bruissent et s'envolent, le chat dort dans une chaude lumière. Et, dans chaque gorgée, se sublime le temps.


"Instants d'âmes"
Marie Le Dily



4ème de couverture
L'âme.
Qu'est-ce donc que l'âme ?
Qu'est-ce donc que cette chose que personne n'a vue mais dont tout le monde parle depuis toujours, les poètes, les curés, les sages et les penseurs ?
Elle est dans tous nos points de suspension, dans nos respirations, nos sensations. Il suffit peut-être de l'écouter …
Il est des rencontres fugaces, des instants étonnants qui s'incrustent à l'infini sans que l'on sache vraiment pourquoi. De minuscules tranches de vie, d'amour, de beauté, de force et de magie, tout ce qui donne le sentiment de liberté, de bonheur, d'émotion.
A l'heure de communication où on ne s'écrit plus et ne se parle plus, et si on s'écoutait ?…
Si enfin on se laissait aller à l'émotion, si on s'abondonnait à elle…

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 10:17


                                                       photo©Voyelle



Editions Gallimard 2009

" Trois femmes puissantes" de Marie NDIAYE

4ème de couverture
Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible.
L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.


EXTRAIT
Et celui qui l’accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n’avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu’elle semblait impérissable. Il gardait les mains croisées sur son ventre et la tête inclinée sur le côté, et cette tête était grise et ce ventre saillant et mou sous la chemise blanche, au-dessus de la ceinture du pantalon crème. Il était là, nimbé de brillance froide, tombé sans doute sur le seuil de sa maison arrogante depuis la branche de quelque flamboyant dont le jardin était planté car, se dit Norah, elle s’était approchée de la maison en fixant du regard la porte d’entrée à travers la grille et ne l’avait pas vue s’ouvrir pour livrer passage à son père — et voilà que, pourtant, il lui était apparu dans le jour finissant, cet homme irradiant et déchu dont un monstrueux coup de masse sur le crâne semblait avoir ravalé les proportions harmonieuses que Norah se rappelait à celles d’un gros homme sans cou, aux jambes lourdes et brèves.

Immobile il la regardait s’avancer et rien dans son regard hésitant, un peu perdu, ne révélait qu’il attendait sa venue ni qu’il lui avait demandé, l’avait instamment priée (pour autant, songeait-elle, qu’un tel homme fût capable d’implorer un quelconque secours) de lui rendre visite. Il était simplement là, ayant quitté peut-être d’un coup d’aile la grosse branche du flamboyant qui ombrageait de jaune la maison, pour atterrir pesamment sur le seuil de béton fissuré, et c’était comme si seul le hasard portait les pas de Norah vers la grille à cet instant. Et cet homme qui pouvait transformer toute adjuration de sa propre part en sollicitation à son égard la regarda pousser la grille et pénétrer dans le jardin avec l’air d’un hôte qui, légèrement importuné, s’efforce de le cacher, la main en visière au-dessus de ses yeux bien que le soir eût déjà noyé d’ombre le seuil qu’illuminait cependant son étrange personne rayonnante, électrique.

— Tiens, c’est toi, fit-il de sa voix sourde, faible, peu assurée en français malgré sa maîtrise excellente de la langue mais comme si l’orgueilleuse appréhension qu’il avait toujours eue de certaines fautes difficiles à éviter avait fini par faire trembloter sa voix même.

Norah ne répondit pas. Elle l’étreignit brièvement, sans le presser contre elle, se rappelant qu’il détestait le contact physique à la façon presque imperceptible dont la chair flasque des bras de son père se rétractait sous ses doigts.

 



               Editions 10/18 - 2004

"Ce que savait Maisie" d'Henry James 

4ème de couverture
Au divorce de ses parents, Maisie est l'objet d'un jugement de Salomon, " coupée par moitié, et les tronçons jetés impartialement aux deux adversaires ". Enjeu et instrument de la haine que se vouent ses géniteurs avant d'être rejetée comme un témoin gênant, elle est la spectatrice passive de l'égoïsme des adultes. A travers son regard innocent et lucide, Henry James compose une peinture ironique des passions humaines. Ce roman est le tour de force d'un maître en psychologie, la recréation d'une âme enfantine et du monde qui l'entoure, où l'analyse minutieuse des sentiments, d'une profondeur remarquable, laisse le lecteur émerveillé.



Editions Gallimard Folio - 2009

"Le canapé rouge" de Michèle Lesbre

4ème de couverture
Sans nouvelles de Gyl, la narratrice part sur ses pas. Dans le Transsibérien, à la faveur de ses rencontres, des paysages qui défilent et de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu'elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l'attendre sur son canapé rouge au fond de l'appartement d'où elle ne sort plus guère. Prix Pierre-Mac-Orlan 2007.


Extrait lu par l'auteur



Xo Editions - 2007 

"Parce que je t'aime" de Guillaume MUSSO 

4ème de couverture

Layla, une petite fille de cinq ans, disparaît dans un centre commercial d'Orange County, au sud de Los Angeles. Ses parents sont brisés et finissent par se séparer. Cinq ans plus tard, elle est retrouvée à l'endroit exact où on avait perdu sa trace. Elle est vivante, mais reste plongée dans un étrange mutisme. A la joie des retrouvailles succèdent alors les interrogations. Où était Layla pendant cette période ? Avec qui ? Et surtout, pourquoi est-elle revenue ?


 Lire un extrait 



Editions verdier-2009
Genre : Litterature Italienne
Traduit par Royere Sophie


"Récits oubliés" d'Elsa MORENTE

4ème de couverture
Ce volume rassemble une cinquantaine de récits inédits publiés par Elsa Morante entre 1939 et 1941 alors qu’elle n’avait pas trente ans. Écartés des volumes dans lesquels la romancière avait réuni certains de ses récits (Le Jeu secret et Le châle andalou), dispersés dans des journaux aujourd’hui introuvables ou sommeillant parmi les papiers qu’elle laissa à sa mort, ces pépites attendaient leur heure. Il fallait les tirer de l’oubli et restituer leur éclat sauvage.
Des personnages singuliers que la vie rend fous d’amour ou de tristesse, des histoires qui se brisent comme des verres après la fête, des rires d’enfant, des chiens peureux, des âmes, des fidélités à toute épreuve : les courts récits d’Elsa Morante tiennent de la fable et de l’anecdote, du réalisme et du rêve, ils chatoient dans la lumière d’un jour qui contiendrait les couleurs et les douleurs du couchant. Une sensibilité merveilleuse les traverse tout entiers. Chacun d’entre eux ouvre un monde et referme un destin.

PREMIERES LIGNES
Le professeur enseignait depuis vingt ans déjà et sa vie avait pris ce rythme immuable, à l'abri des cahots et des surprises, qui représentait une juste récompense pour son dévouement. Comme il était loin maintenant l'enthousiasme des premiers temps, lorsque la présence d'un nouvel élève signifiait presque pour lui le début d'une aventure, et que le vertigineux tourbillon des visages, des noms et des voix le maintenait enveloppé dans un mystère fabuleux, comme le magicien au milieu des lettres d'une énigme...

                         Editions Flammarion-1993

"Au coeur des ténèbres – The Heart Of Darkness"  de Joseph Conrad
( 1898 )

4ème de couverture
C'est une lente et funèbre progression qui mène le capitaine Marlow et son vieux rafiot rouillé, par les bras d'un tortueux fleuve-serpent, jusqu'au "coeur des ténèbres". Kurtz l'y attend, comme une jeune fille endormie dans son château de broussailles. Ou comme Klamm, autre K., autre maître du château tout aussi ensorcelé de Kafka. Éminemment moderne, le récit de Conrad, écrit en 1902, suscitera toutes les interprétations : violent réquisitoire contre le colonialisme, féconde représentation d'une libido tourmentée, rêverie métaphysique sur l'homme et la nature, chacun de puiser selon son désir dans ce texte d'une richesse et d'une portée sans limites. Car au bout du voyage, les ténèbres l'emportent. L'illusion domine un monde où pulsions de mort, masques et travestissements ont stérilisé l'amour. Mais pas le rêve qui, par la magie de cette écriture inflexible, se lève et déploie ses splendeurs comme une brume aux échos incertains.

Dans ce récit d'une grande puissance évocatrice, Joseph Conrad nous invite à une odyssée initiatique que Francis F. Coppola a adaptée au cinéma dans son film Apocalyse Now.




"Contes du jour et de la nuit" de Guy de Maupassant

4ème de couverture
En 1884, lorsqu'il publie les Contes
, Maupassant est devenu un homme riche et un auteur comblé. Mais il n'a rien perdu de l'agressivité qui lui faisait naguère écrire à Flaubert : « Je trouve que 93 a été doux... Il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd'hui comme alors, et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins. »
Il n'y a pas que des crétins et des catins dans les Contes. Il y a aussi un « ivrogne », un « lâche », un « parricide » (qui a d'ailleurs toutes les raisons de l'être), quelques cocus, quelques farces de haute graisse, une superbe histoire corse (La Vendetta). Et même des honnêtes gens et un couple heureux. Le tout décrit avec cette concision aiguë et décapante où se reconnaît le caractère unique d'un écrivain qui disait de lui-même : « Je ne pense comme personne, je ne sens comme personne, je ne raisonne comme personne. »


EXTRAIT " Le vieux"
Une paysanne sortit de la maison. Son corps osseux, large et plat, se dessinait sous un caraco de laine qui serrait la taille. Une jupe grise, trop courte, tombait jusqu'à la moitié des jambes, cachées en des bas bleus, et elle portait aussi des sabots pleins de paille. Un bonnet blanc, devenu jaune, couvrait quelques cheveux collés au crâne, et sa figure brune, maigre, laide, édentée, montrait cette physionomie sauvage et brute qu'ont souvent les faces des paysans.

L'homme demanda:

«Comment qu'y va ?» La femme répondit: «M'sieu l'Curé dit que c'est la fin, qu'il n' passera point la nuit.» Ils entrèrent tous deux dans la maison.

Après avoir traversé la cuisine, ils pénétrèrent dans la chambre, basse, noire, à peine éclairée par un carreau, devant lequel tombait une loque d'indienne normande. Les grosses poutres du plafond, brunies par le temps, noires et enfumées, traversaient la pièce de part en part, portant le mince plancher du grenier, où couraient, jour et nuit, des troupeaux de rats. Le sol de terre, bossué, humide, semblait gras, et dans le fond de l'appartement, le lit faisait une tache vaguement blanche. Un bruit singulier, rauque, une respiration dure, râlante, sifflante avec un gargouillement d'eau comme celui que fait une pompe brisée, partait de la couche enténébrée où agonisait un vieillard, le père de la paysanne.

L'homme et la femme s'approchèrent et regardèrent le moribond, de leur oeil placide et résigné.

Le gendre dit: «C'te fois, c'est fini; il n'ira pas seulement la nuit.» La fermière reprit: «C'est d'puis midi qu'i gargotte comme ça.» Puis ils se turent. Le père avait les yeux fermés, le visage couleur de terre, si sec qu'il semblait en bois. Sa bouche entrouverte laissait passer son souffle clapotant et dur; et le drap de toile grise se soulevait sur la poitrine à chaque aspiration.

Le gendre, après un long silence, prononça: «Y'a qu'à le quitter finir. J'y pouvons rien. Tout d' même c'est dérangeant pour les cossards, vu 1' temps qu'est bon, qu'il faut r'piquer d'main.»

Sa femme parut inquiète à cette pensée. Elle réfléchit quelques instants, puis déclara: «Puisqu'i va passer, on l'enterrera pas avant samedi; t'auras ben d'main pour les cossards.» Le paysan méditait; il dit: «Oui, mais d'main qui faudra qu'invite pour l'imunation, que j' n'ai ben pour cinq à six heures à aller de Tourville à Manetot chez tout le monde.» La femme, après avoir médité deux ou trois minutes, prononça: «I n'est seulement point trois heures, qu' tu pourrais commencer la tournée anuit et faire tout 1' côté de Tourville. Tu peux ben dire qu'il a passé, puisqu'i n'en a pas quasiment pour la relevée.» L'homme demeura quelques instants perplexe, pesant les conséquences et les avantages de l'idée. Enfin il déclara: «Tout d'même, j'y vas.» Il allait sortir; il revint et, après une hésitation: «Pisque t'as point d'ouvrage, loche des pommes à cuire, et pis tu feras quatre douzaines de douillons pour ceux qui viendront à l'imunation, vu qu'i faudra se réconforter.



Editions Acte sud junior - 2008 / Théâtre

"Ah la la ! quelle histoire" de Catherine Anne

4ème de couverture
Il était une fois… Pouce-Pouce, minuscule garçon que ses parents trop pauvres ont abandonné dans la Forêt Défendue. Il était une fois Petite Peau, une princesse – cachée sous une peau de chien – qui fuit le roi son père parce qu’il veut l’épouser. Et s’ils arpentaient ensemble le monde inhospitalier ? Et s’ils rencontraient une petite ogresse, une sorcière, une fée… Ce serait aujourd’hui et ce serait un conte. 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2009/2010 - Communauté : avec ou sans images
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 30 mai 2009 6 30 /05 /Mai /2009 00:13

               


La Saison 2008-2009 des "Artbookins" s'est terminée hier, à la Bibliothèque "Paul Lajoinie" de Senneville-sur-mer.  Une soirée conviviale, riche en genres littéraires et accueillie par une équipe fort sympathique.  Nous avons débuté les lectures sur la terrasse, sous un soleil encore généreux pour une fin de soirée printanière. Plus tard à l'intérieur, les manifestations animalières de la campagne environnante ont animé de manière ponctuelle les lectures, sans que cela perturbe notre concentration, bien au contraire.

Si vous vous balladez dans le coin, faîtes une étape à la Bibliothèque de Senneville, elle ne manque pas de charme, "IN et OFF". Et nous, nous vous donnons rendez-vous dès la rentrée prochaine pour une nouvelle programmation d'"Artbookins" campagnards, citadins et, peut-être bien chez vous
aussi. 


               


Les livres proposés...




"Succubus Blues" de Richelle Mead
Editions Bragelonne -2009
Collection : L'Ombre
4ème de couverture
Georgina Kincaid est succube à Seattle. A priori' un choix de carrière plutôt sympa: la jeunesse éternelle, l'apparence de son choix, une garde-robe top-niveau et des hommes prêts à tout pour un simple effleurement. Pourtant, sa vie n'est pas si glamour : pas moyen de décrocher un rancard potable sans mettre en péril l'âme de l'heureux élu. Heureusement, elle est libraire, et son travail la passionne! Livres à l'œil, moka blanc à volonté... et la possibilité d'approcher le beau Seth Mortensen, un écrivain irrésistible qu'elle rêve - mais s'interdit - de mettre dans son lit. Mais les fantasmes devront attendre. Quelqu'un s'est mis en tête de jouer les justiciers dans la communauté des anges et démons. Bien malgré elle, Georgina est propulsée au cœur de la tourmente. Et pour une fois, ses sortilèges sexy et sa langue bien pendue ne lui seront d'aucun secours.

 

Richelle Mead détient une maîtrise en religion comparée et se passionne pour tout ce qui est drôle et farfelu. Elle vit à Seattle avec son mari et quatre chats.




"Poèmes à Lou" d'Apollinaire
Editions Poésie Gallimard
Préface de Michel Décaudin
Jouant de tous les registres, depuis les mètres traditionnels jusqu'au poème figuré, jamais Apollinaire n'a montré dans son expression une telle audace et une telle invention.
Ni dans son inspiration.
Amant persuadé que
Le vice n'entre pas dans les amours sublimes
il chante la joie et la douleur des corps sans oublier que "le corps ne va pas sans l'âme", à la fois rêvant d'un inacessible absolu et acceptant les partages les plus dérisoires.
Soldat vivant au jour le jour les misères des premières lignes, il a le courage de contempler l'insolite beauté que suscite la guerre, et de la dire.
Mais dans la magnificence de l'amour comme dans l'émerveillement qu'il ressent, artilleur, sur la ligne de feu, il reste, proche de nous, l'homme qui sait sa faiblesse et le prix de l'attente  : 
Je donne à mon espoir tout l'avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.
 »

Ville et coeur

 

La ville sérieuse avec ses girouettes
Sur le chaos figé du toit de ses maisons
Ressemble au coeur figé, mais divers, du poète
Avec les tournoiements stridents des déraisons.

 

O ville comme un coeur tu es déraisonnable.
Contre ma paume j'ai senti les battements
De la ville et du coeur : de la ville imprenable
Et de mon coeur surpris de vie, énormément.


Il y a

Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image

Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t'appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés

Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t'adore



" Le voyage d'Anna Blume" de Paul Auster
Editions Poche - 1995
4ème de couverture
Une ville au bout du monde, cernée de murs, livrée à la désagrégation, dont les habitants tâchent de subsister en fouillant dans les détritus. De ce « pays des choses dernières », comme l’appelle le titre original du roman, la jeune Anna Blume écrit à un ami d’enfance. Venue à la recherche de son frère disparu, elle raconte ses errances dans les rues éventrées, sa lutte contre le froid, les prédations, le désespoir.
Le romancier de L’Invention de la solitude et de la Trilogie new-yorkaise nous entraîne ici dans un de ces univers, à mi-chemin du réel et du symbolique, dont il a le secret. Sur les pas d’Anna Blume et de quelques autres, résolus comme elle à ne pas s’anéantir dans l’abjection et la violence, nous traversons une fin du monde qui ressemble par bien des traits à notre monde. Avec eux, aux dernières pages du livre, nous serons conviés à rêver d’un autre départ, vers d’autres contrées…


"Moon Palace" de Paul Auster 

Editions Poche - 1995
4ème de couverture
Marco Stanley Fogg : le nom même de son héros place ce roman sous le signe de l'exploration et du voyage. Et c'est bien une odyssée qui nous est offerte, dans la tradition des Mille et Une Nuits comme du grand " roman américain ; un parcours fertile en paysages fantastiques, personnages hors du commun, tribulations multiples. Mais tout voyage est aussi une quête intérieure et initiatique. Sous l'abondance des lieux et des couleurs, le vrai périple de Marco Stanley Fogg est une recherche de l'identité, une exploration de la solitude et de l'incomplétude universelles. L'auteur de la " Trilogie new-yorkaise " et du Voyage d'Anna Blume confère ici aux thèmes qui sont ceux de toute son œuvre une ampleur et une richesse inégalées.
Traduit de l'américain par Christine Le Bœuf.




"Le voyage de Gaspard" d'Eric Pauwells
Roman illustré par Eliza Smierzchalska
Oeuvre editions - 2008
4ème de couverture
D’une écriture simple mais de belle facture, illustré de dessins originaux en ouverture et en fin de chaque chapitre, Le Voyage de Gaspard est l’archétype du livre « tout public » et « tous âges ».

Le monde enchanteur de Gaspard happe le lecteur, l’entraîne dans une ronde de l’imagination dont il n’a plus envie de sortir. Lorsque le petit garçon embarque sur le bateau qu’il pense être celui des pirates qui ont volé le tableau que son grand-père, gardien de musée devenu aveugle, aime tant, il plonge dans une réalité autre, mais ô combien complémentaire de celle que nous considérons comme objective.

Le Voyage de Gaspard est peuplé de personnages hauts en couleur tels Barnabé le colporteur de trous, Metkine le dompteur de nuages, ou le sultan de Tenzing et son Salon des Voyages imaginaires ; il nous fait découvrir des lieux aussi fascinants que l’Île aux Mots ou l’Île au Miel au rivage le plus long à cause de sa forme en spirale.

Aventure humaine autant que philosophique, ce livre est une fête de l’intelligence. Le monde à la logique vertigineuse au travers duquel Éric Pauwels éclaire le nôtre à la manière d’un Swift ou d’un Borges, est un condensé de sentiments et de savoirs réjouissants.




"La batarde d'Istambul" d' Elif Shafak
Editions Phébus- 2007
4ème de couverture
Chez les Kazanci, Turcs d’Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment l’amour et parlent avec les djinn, tandis que les hommes s’envolent trop tôt – pour l’au-delà ou pour l’Amérique, comme l’oncle Mustafa. Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux États-Unis dans les années 20, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nommé Mustafa suscitent l’indignation générale. Quand, à l’âge de vingt et un ans, la fille de Rose et de Barsam, désireuse de comprendre d’où vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hébergée par la chaleureuse famille de son beau-père. L’amitié naissante d’Armanoush Tchakhmakhchian et de la jeune Asya Kazanci, la «bâtarde», va faire voler en éclats les secrets les mieux gardés.Avec ses intrigues à foison, ses personnages pour le moins extra-vagants et l’humour corrosif qui le traverse, La Bâtarde d’Istanbul pose une question essentielle: que sait-on vraiment de ses origines? Enchevêtrant la comédie au drame et le passé au présent, Elif Shafak dresse un portrait saisissant de la Turquie contemporaine, de ses contradictions et de ses blessures.

Elif Shafak est l’un des écrivains turcs les plus en vue. Elle a longtemps vécu à l’étranger et travaille désormais entre Istanbul et l’Arizona comme auteur, chroniqueuse et professeur d’université. L’héritage cosmopolite de son pays, les droits des femmes ainsi que la coexistence de l’Islam et des valeurs démocratiques occidentales sont au centre de son œuvre.

EXTRAIT
Qu’importe ce qui tombe du ciel, jamais nous ne devons le maudire. Pas même la pluie. Qu’importe la violence de l’averse, la froideur de la neige fondue, jamais nous ne devons blasphémer contre ce que le ciel nous réserve. Personne n’ignorait cela. Pas même Zeliha. Pourtant, en ce premier vendredi de juillet, elle filait sur le trottoir s’écoulant le long de la chaussée embouteillée, en retard à son rendez-vous, jurant comme un charretier et claquant des talons, furieuse contre l’homme qui s’était mis à la suivre, contre les automobilistes qui appuyaient frénétiquement sur leur klaxon alors que tout citadin savait que le bruit n’avait aucun effet sur le trafic, contre tout l’Empire ottoman, qui avait conquis Constantinople et persisté dans son erreur, et enfin, contre la pluie... cette foutue averse d’été...



"Black Bazar" Alain Mabankou
Editions Seuil - 2009
4ème de couverture
Le héros de Black Bazar est un dandy africain de notre temps, amoureux des cols italiens et des chaussures Weston, qui découvre sa vocation d'écrivain au détour d'un chagrin d'amour. Naviguant entre complainte et dérision, il brosse avec truculence un tableau sans concession du monde qui l'entoure. Tour à tour burlesque et pathétique, son récit va prêter sa voix à toute une galerie de prersonnages étonnants, illustrant chacun à leur manière la misère et la grandeur de la condition humaine.

Un roman à la verve endiablée, tournant le dos aux convenances et aux idées reçues, par l'une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.


Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo-Brazzaville. Professeur de littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles (UCLA), il est notamment l'auteur de Verre Cassé et de Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006).



"Agostino" Alberto Moravia
Editions Flammarion -

4ème de couverture
La vie d'Agostino bascule définitivement le jour où il voit sa mère éprouver du désir pour un homme. La déesse intouchable qu'il imaginait est aussi une femme. Abîmé et perdu par cette découverte, l'adolescent se lie à une bande de voyous qui lui ouvre cruellement les yeux sur le sexe, la violence et les rapports sociaux. Il apprendra beaucoup plus qu'il n'en pourra supporter. Agostino est le récit clinique de l'odyssée suspendue et douloureuse d'un être pris entre deux âges. Relire Agostino dans sa première édition, c'est redonner à ce texte qui a suscité tant d'interprétations une virginité. C'est, enfin, laisser la parole aux mots.




"Le roi des Schnorrers" Israël Zangwill
Traduit par : Isabelle di Natale et Marie-Brunette Spire
Editions Autrement
4ème de couverture
On connaît la parabole du riche et du pauvre, on plaint les miséreux. Eh bien, on a tort ! C'est ce que va découvrir le malheureux Grobstock, pilier de synagogue et bienfaiteur des indigents, lorsqu'il rencontre une sorte d'épouvantail enturbanné : le plus redoutable des Schnorrers - ces mendiants intrépides -, Manasseh le magnifique, sublime fléau et pique-assiette exemplaire, Sépharade grand genre et prince des beaux parleurs. Dès lors, l'existence de Grobstock bascule dans la souffrance, aux prises avec un Manasseh vibrionnant, déchaîné, monumental. Que l'on se rassure, pourtant, car un homme qui harcèle ses victimes avec une telle délicatesse ne saurait être entièrement mauvais.


Israel Zangwill en 1905

Israel Zangwill naît dans une famille de juifs russes émigrés. Après de solides études, il devient un temps instituteur, puis il se tourne vers le journalisme et fonde un journal humoristique, Ariel, qu'il dirige pendant plusieurs années. Parallèlement, il publie ses premiers livres, dont Le Grand Mystère du Bow, l'un des premiers récits policiers de meurtre en chambre close, et Le Roi des Schnorrers. Mais c'est avec la publication des Enfants du Ghetto, où, comme dans d'autres ouvrages, il met en scène la communauté juive, qu'il connaît un succès qui ne se démentira pas. Cette œuvre et les suivantes lui valent le surnom de « Charles Dickens juif » et le placent au rang des plus grands parmi ses contemporains. Après avoir adapté avec succès Les Enfants du ghetto pour le théâtre, il continue d'écrire pour la scène et présente à New York ses principales pièces, dont The Melting Pot (Le Creuset), expression passée à la postérité dans à peu près toutes les langues du monde.



"Sagesse Orientales"
et "Sagesses Asiatiques"
Editions librairie du premier jour - 2007

Sagesses Orientales 
Des pensées profondes, sources inépuisables d'inspiration et de réflexion. Par sa sélection raffinée d'innombrables sagesses rapportées du Levant, ce livre vous transporte dans le royaume mythique des 1001 nuits.
Sagesses Asiatiques
Des pensées profondes, sources inépuisables d'inspiration.
Par sa sélection raffinée d'innombrables sagesses rapportées des multiples royaumes d'Asie, ce livre nous invite à adopter une conduite exemplaire, caractérisée par la placidité et l'harmonie intérieure.


Et les coups de coeur de Martine qui ne pouvait pas être là. Nous les partageons avec vous :



"La note sensible" de Valentine Goby
Edition Gallimart Collection Folio - 2004
4ème de couverture
« Je n'ai jamais connu de vous qu'un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J'écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. À vous entendre, j'ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J'ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois.
Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai nue devant vous, et pourtant moins vulnérable qu'au soir du 15 octobre. Je n'aurai plus rien à dissimuler, pas même de l'amour. »

EXTRAIT DES PREMIERES PAGES

  

Monsieur,


Tout a commencé le 15 octobre dernier. Il était minuit dix lorsque vous avez sonné. Je me suis levée, j’ai traversé le salon sur la pointe des pieds. J’ignorais qui était mon visiteur du soir ; tout me portait à croire que c’était vous. A mi-chemin entre ma chambre et la porte d’entrée, une latte a grincé. Nos cloisons ne sont pas épaisses. Sans doute m’avez-vous entendue approcher.

Je ne savais presque rien de vous. La rumeur avait suffi à me bouleverser. Je craignais de vous rencontrer. J’ai attendu là, au milieu de la pièce. Il faisait froid. Je ne connaissais pas votre visage, je vous avais toujours évité. La semaine dernière encore, alors que je m’approchais du palier, j’ai entendu vos clés tourner dans la serrure. J’ai dévalé les marches, j’ai couru au bout d’un couloir pour ne pas vous croiser. Vous êtes passé sans me voir. Par précaution j’ai fermé les yeux.

Cette nuit d’octobre, vous avez attendu de longues minutes sur le palier ? La lumière du néon filtrait sous ma porte. Je ne quittais pas des yeux cette rayure blanche, une meurtrière. Quelques minutes seulement, et puis il ferait noir. Vous partiriez. La lumière s’et éteinte. Vous êtes rentré chez vous. Quand vous avez tiré la porte, je suis revenue à mon lit. Je me suis couchée. Vous aussi. Vous étiez tout proche. Nos fronts auraient pu se toucher. Nous nous sommes endormis.

Je n’ai jamais connu de vous qu’un univers sonore, où dominaient Mozart et votre violoncelle. Vous jouiez. Les voix chantaient. J’écrivais. Votre musique est dans ce manuscrit. A vous entendre j’ai eu peur de vous aimer. Je vous ai fui. J’ai écrit ce qui aurait pu être notre histoire. Ne me demandez pas pourquoi. Je ne vous demande pas pourquoi vous avez joué pour moi du violoncelle, chaque soir, pendant des mois.
Quand vous aurez terminé votre lecture, je serai devant vous, et pourtant mois vulnérable qu’au soir du 15 octobre. Je n’aurai plus rien à dissimuler, pas même de l’amour. Avec ce manuscrit, je vous rends ce qui n’a pas été. Je sais quelle serait ma souffrance si je devais vous aimer. J’y renonce.

Je ne vous demande qu’une chose. Lorsque vous aurez refermé le manuscrit, asseyez-vous près de la cloison, le violoncelle entre vos bras ; jouez pour moi l’Elégie de Fauré. Je l’espère depuis des semaines. Ce soir, elle sera mon chant de deuil.

J’attends.



"Un territoire fragile" Eric Fottorino
Edition Gallimart Collection Folio - 2009
4ème de couverture

Clara Werner accepte un poste de biologiste à l’Institut Océanographique de Bergen, en Norvège. Une crise d’eczéma la conduit dans le cabinet d’un « accordeur » de corps qui, en manipulant, déliant, massant, palpant, délivre les corps de la souffrance des âmes. travers les récits alternés de l’accordeur et de Clara, Eric Fottorino transporte le lecteur vers une enfance dénuée d’affection, brisée par une mère avare d’amour et de tendresse, qui conduira Clara à fuir dès qu’elle le peut pour tomber entre les mains d’Anas, un mari qui se révèlera brutal. L’accordeur découvre une cliente brisée par la vie, tente de délier les nœuds, assouplir les cicatrices, délivrer les bleus pour soulager cette femme qui ploie sous la souffrance et s’anesthésie à l’aquavit.
Une histoire simple (même si l’épilogue m’a surprise), dont le principal intérêt réside dans la plume cristalline, toute  en finesse et délicatesse. Une plume limpide, qui se lit avec un réel plaisir. Les mots coulent de source, distillent une multitude de sensations. Un exercice lumineux.


EXTRAIT
Cela prend du temps d'accorder le corps d'une femme qui ne s'aime pas. Surtout si on ne veut pas l'aimer comme une femme, mais l'accorder comme un instrument.J'ai lu dans la revue de la Statoil qu'on vient à bout des puits de pétrole en flammes en les bourrant d'explosifs. Le feu guérit le feu grâce au souffle de la déflagration. Moi, je ne me sens pas le droit de guérir l'amour par l'amour, ni le droit ni la force. D'abord la force. [... ]



"La pluie avant qu'elle tombe" de Jonathan Coe
Editions Gallimard - 2009
4ème de couverture
Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences et des échos qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave, le plus poignant, le plus abouti.

Biographie de l'auteur
Né en 1961 à Birmingham, Jonathan Coe est l'un des auteurs majeurs de la littérature britannique actuelle. On lui doit notamment Testament à l'anglaise, prix du Meilleur livre étranger 1996, La maison du sommeil, prix Médicis étranger 1998, et le diptyque que forment Bienvenue au club et Le Cercle fermé.

EXTRAIT
Catharine saisit la télécommande, monta le son, et la première chose qu’elles entendirent, au bout de quelques secondes, fut un souffle de bande, suivi des claquements et crachotements d’un micro qu’on allumait et qu’on réglait, et du grattement du pied de micro en plastique sur une surface dure. Puis il y eut une toux, un raclement de gorge ; et enfin une voix, la voix qu’elles comptaient entendre, ce qui ne la rendait pas moins fantomatique. C’était la voix de Rosamond, seule dans le salon de son bungalow du Shropshire, qui parlait dans le micro quelques jours à peine avant sa mort. 
 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /Avr /2009 21:01

"21 nouvelles" de Samuel Joseph Agnon
              - La Maison du père - (1941 )
                            Edition Albin Michel 1977 -
                        Traduit de l'hébreu M.R Leblanc

A propos de l'auteur :
L'œuvre de l'écrivain israélien Agnon, couronnée par le prix Nobel de littérature, en 1966, est l'une des plus représentatives de la littérature hébraïque moderne, dont elle incarne la prodigieuse aventure artistique et spirituelle. Rédigée, en effet, par un juif, né et élevé dans la Diaspora d'Europe orientale, mais qui s'installe très tôt en Terre sainte, cette œuvre est caractérisée par deux efforts convergents de synthèse. L'un, formel, associe, aux trésors traditionnels et populaires de la prose juive, les ressources audacieuses et innovatrices de la langue hébraïque moderne, qui sera, à partir de 1948, la langue nationale de l'État d'Israël. À cet équilibre formel répond un harmonieux arbitrage entre le fonds religieux de la tradition juive et le patrimoine universel de l'humanité.Agnon chante l'aventure contemporaine du peuple juif comme si l'aventure juive suffisait à rendre compte de celle de l'humanité entière. À ce titre, son œuvre n'est pas seulement caractéristique de l'histoire littéraire juive et israélienne : elle témoigne, plus profondément, de l'esprit d'Israël, attaché simultanément à la Terre sainte qui lui est propre, et plus généralement, à la terre de tous les hommes.( Source : Universalis. Encyclopédie )


Samuel Joseph Agnon (1888-1970)
photographié dans son bureau à Jérusalem, en 1966




" la petite robe de Paul " Philippe Grimbert
Editions Grasset 2001 ( existe en poche )

4ème de couverture
Alors qu'il se promène dans un quartier de Paris qui n est pas le sien, Paul, la cinquantaine, marié, est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche de fillette, exposée dans la vitrine d un magasin. Cet innocent vêtement dont il fait l acquisition va se trouver à l'origine d'un véritable drame, précipitant ses acteurs aux limites de la déraison et de la mort. Dans la vie tranquille de Paul, cet achat impulsif, apparemment anodin, produit des effets dévastateurs au point d'amener Paul et sa femme Irène au bord du gouffre. De fil en aiguille, d'un petit mensonge par omission au réveil des vieux démons, la trame d un couple superficiellement uni va s user jusqu à la corde. Ce couple sans histoires, mais pas sans histoire, confronté au réveil de ses blessures secrètes, va faire l'expérience des ravages provoqués par l'irruption de cet objet dans leur univers feutré, qui les conduira à revivre les moments les plus douloureux de leur existence.


Philippe Grimbert est psychanalyste. Il vit à Paris. Il a déjà publié trois ouvrages de non-fiction : Psychanalyse de la chanson (éditions des Belles-Lettres, 1996), Pas de fumée sans Freud (éditions Armand Colin, 1999) et Evitez le divan (éditions Hachette Littérature, 2001). La Petite robe de Paul est son premier roman.

EXTRAIT :
(...)Une robe d'enfant, parfaitement blanche, taillée comme une chasuble, avec trois roses à l'empiècement, semblables à celles qui émergeaient des pots. Trois boutons délicats qui donnaient naissance à des plis plats poursuivant leur chemin jusqu'à l'ourlet du bas. Le tissu avait la légèreté et la transparence d'un voile de lin, il en respirait la fraîcheur (...)



  " L'inaperçu "
Sylvie germain

Editions Albin Michel - 2008

Note de l'éditeur 

Les arbres généalogiques ont parfois des racines incertaines, tordues, cachées qui donnent des enfants aux blessures secrètes et aux conduites imprévisibles. Chez les Berynx, on trouve le lot ordinaire de patriarches puissants, de mères effacées, d’enfants fragiles et de malheurs. Sabine, la belle-fille, a quatre enfants, son mari s’est tué en voiture. Leur cadette Marie s’en est sortie avec un pied en moins. Sabine a repris l’affaire et engagé Pierre, un inconnu rencontré un soir, déguisé en Père Noël. Il va devenir leur ange gardien, surtout celui de Marie, fillette révoltée, qui vit en compagnie d’une Zoé imaginaire, qui aime les arbres, les mots et le vent. Dix ans plus tard après une fête familiale, Pierre disparaît, pour ne réapparaître furtivement que huit ans après, éconduit par la domestique qui lui reproche son abandon. Un roman où chacun travaille à cette construction de soi qui ne peut se faire que dans le dénouement du lien familial, après en avoir exorcisé le lot des responsabilités et des douleurs. Chaque personnage apparaît comme un mystère à lui-même, nimbé d’un rêve incertain qui lui fait échapper au temps contemporain. Personnage fascinant, énigmatique, bon, sage et insensé, Pierre, dont certains traits rappellent Magnus, est le catalyseur de cette histoire envoutante, singulière et profondément humaine qui passe des drames de la Seconde Guerre mondiale aux errances solitaires des années 80.




" On n'empêche pas un petit coeur d'aimer" de Claire Castillon
Éditeur : Fayard 2007 ( Nouvelles)

Note de l'éditeur
On n'empêche pas un petit coeur d'aimer. Surtout un petit coeur sec. Jaloux. Tordu. Malheureux. Il faut l'admettre, l'amour n'est pas l'apanage des gens aimants. D'ailleurs l'auteur avait pensé intituler son recueil de nouvelles : Infect. Mais d'Insecte à Infect la rime était trop facile. Pourtant, infects, nous le sommes tous plus ou moins quand nous aimons ?

Le site de Claire Castillon :
http://www.clairecastillon.com/petit_coeur.htm




" La ronde de nuit " Agustina bessa-Luis
Editions Métailié - 2008
Traduit du portugais par Françoise Debecker-Bardin

4ème de couverture
 Porto, depuis des générations, La Ronde de nuit de Rembrandt, quoique non signée, orne un mur du salon de la famille Nebasco. Les ambiguïtés du tableau permettent à Martinho, le dernier descendant, de faire des parallèles avec sa vie et celle de ses ancêtres. Cette représentation d’un événement sur le point de se produire devient source d'interrogations. Et une fois réinterprétées à la lumière du regard de l'autre et de celui – non dit, mais toujours présent – de l'auteur, ces interrogations deviennent des états de roman à travers les ébauches de réponse sur l'autorité, la loi, la vie publique et la vie intime.
Le tableau sera détruit par une femme jalouse, par des aléas de la vraie vie, et Martinho mourra d'avoir perdu la source de sur-vie qui éclairait son être. Le roman se définit ici comme un rapport entre ce que Rembrandt a peint, et qui dépasse la commande du tableau, et ce que Martinho déchiffre, et qui finalement le dépasse lui-même.
C'est en observant minutieusement le tableau, en le rêvant aussi, qu'Agustina Bessa-Luís crée un roman, qui, lui aussi, dépasse ce rapport.
Ce texte est le dernier roman de l’un des auteurs européens les plus brillants et les plus lucides de notre époque.
Agustina Bessa-Luís vit à Porto. Auteur de 70 romans dont beaucoup sont traduits en Allemagne, en Italie et en Espagne, elle est aussi scénariste des derniers films de Manoel de Oliveira. Elle a reçu le Prix Camões pour l’ensemble de son œuvre. Parmi ses œuvres : Le Principe de l’incertitude et
L’Ame des riches.


1er Chapitre

JOUR DES MORTS


Cette année-là, il revint à Martinho Dias Nabasco, d’accompagner ce qui restait d’une nombreuse et riche famille au cimetière de son lieu d’origine. Des descendants, il y en avait encore beaucoup à l’étranger, mais la maison où s’entassaient objets et souvenirs les plus évidents était pratiquement inhabitée. Martinho, l’air de mauvaise humeur, comme tout jeune garçon amené à manifester en public son attention envers une personne âgée, prit la main de sa grand-mère afin de l’empêcher de trébucher sur les cailloux du chemin. Un flot de voitures recouvrait la route, les unes en mouvement, les autres cherchant à se garer devant les portes cochères et les entrées dont on pouvait penser que nul ne les utiliserait, en cet austère début du jour des Morts. Les carrosseries brillaient sous les rayons d’un franc soleil. Le cimetière que Martinho avait connu encore à demi rural, et où quelques chapelles funéraires s’élevaient au-dessus des simples tombes de terre, s’était agrandi et débordait de sépultures récentes. Les marbres et le granit poli donnaient à ce champ de repos l’aspect de cuisines bien agencées, égayées par des brassées de fleurs. Au milieu de la masse des chrysanthèmes se détachaient de pâles orchidées. C’était un luxe, un hommage rendu aux morts. Et quels morts ! Martinho admirait leurs pathétiques visages dans les cadres dorés, ainsi que les lettres, également dorées, sur les dalles toutes neuves.
–On croirait qu’ils sont tous morts en même temps, dit-il en tenant toujours fermement la main de sa grand-mère, une main froide, aux jolis doigts squelettiques.
–Tiens-toi convenablement, et surtout ne me fais pas rire.
–Moi ? Mais c’est vous, grand-mère, qui riez de tout sans pitié. Vous savez bien que c’est vrai. Comme notre caveau de famille est délabré ! Tel qu’il est, pourtant, il ne manque pas de grandeur.
Un fil de son chandail se prit à la balustrade du monument, qui avait été novateur en son temps. De faux troncs d’arbres en ciment l’entouraient, ce qui à l’époque devait représenter le summum, sinon du bon goût, en tout cas de l’audace. Commençait alors l’ère du béton, et le vieil ingénieur qui reposait là, et dont Martinho connaissait à peine le nom, était coutumier de ces provocations. C’était le grand-père de son grand-père, ce qui, pour Martinho, ne représentait plus qu’une parenté lointaine et labyrinthique. Ses portraits montraient un homme élégant dans son costume de pied-de-poule gris et avec une barbe qui, probablement, dissimulait un menton indécis. Celui-là même dont Martinho avait hérité, un peu fuyant, et qui faisait ressortir un nez étroit et proéminent. Un nez de juif, en somme.
N’empêche qu’il était beau garçon, le jeune Martinho. Doux comme un sucre quand il le voulait, et d’une patience de Christ. Même si, toujours comme le Christ, il avait de subites colères que seule comprenait sa grand-mère.
“Ça lui passera. C’est un homme, et les hommes sont imprévisibles”, disait celle-ci à sa fille Paula, la mère de Martinho, une brune aux yeux superbes, presque verts, qui n’avaient pas encore perdu leur brillant. Quant à la grand-mère, elle avait passé avec quelque difficulté le cap de la cinquantaine, un fibrome, développé à cet âge, l’ayant affaiblie au point de la rendre nerveuse, prompte à fondre en larmes. Elle consulta à Paris un vieux médecin plein de compassion ; il lui délivra une ordonnance qu’elle fit exécuter place de l’Opéra, après quoi, mi-déçue mi-rassurée, elle alla manger des huîtres. Comme Proust, Martinho Dias Nabasco avait grandi entre deux femmes qui l’aimaient ; d’un amour sujet aux changements, il est vrai, mais comme toutes choses dans la vie.
Cette année-là, Paula Nabasco, ayant prolongé ses vacances à Biarritz, ne put aller fleurir la tombe de ses morts, une tombe toujours plus difficile d’accès dans une province qui avait été le berceau des Nabasco, mais qui s’urbanisait au point de devenir méconnaissable. Le lien unissant Paula à Biarritz résultait d’une vieille histoire de famille, remontant à l’exil des Nabasco aux débuts de la République – exil facilité par la fortune dont ils disposaient et qui leur permettait d’être respectés sans que l’on se préoccupât de leur nom ni de leur origine. Formant d’abord une fratrie si nombreuse que l’on eût dit un couvent plutôt qu’un foyer, les Nabasco s’étaient dénaturés au point de n’avoir plus qu’un petit nombre d’enfants, surtout après la guerre de 1914, lorsque la vie était devenue bizarre et divertissante. Dans la bonne bourgeoisie d’alors, on se piquait de n’avoir qu’un seul enfant, ou bien un “petit couple”. Le temps de l’aïeul Nabasco – celui de la tombe en béton armé – avait marqué la fin d’une procréation naturelle, sans recours aux préservatifs ni au coït interrompu. Il eut neuf enfants, dont trois étaient des déficients mentaux aux instincts retors, des pyromanes, et ainsi de suite.
Mais Maria Rosa Nabasco, la grand-mère de Martinho, se limita à mettre au monde un garçon et une fille, à laquelle elle donna le nom de Paula, qui n’existait pas encore dans la famille et qu’elle estimait indispensable dans une généalogie catholique. Saint Paul était l’un de ses amis de prédilection, pour des raisons qu’elle préférait ne pas aborder et qui du reste n’étaient pas des plus canoniques.
Jusqu’à l’âge de neuf ans, Martinho vécut persuadé que le monde était peuplé de personnes intelligentes, inventives et créatrices. Aussi, s’apercevoir que beaucoup, parmi elles, étaient des “demeurées”, comme disait sa grand-mère Maria Rosa, le perturba. Lorsque, comme Martinho, on est issu d’une famille où même les déficients mentaux sont assez bien pourvus en matière grise pour lancer des histoires drôles, des bons mots et des calembours géniaux, prendre conscience qu’il existe bien pire, des hordes de véritables brutes et de mélancoliques actifs et passifs, cause un véritable choc. Les Cunhas eux-mêmes, par tradition serviteurs des Nabasco, constituaient une élite de gens raffinés dans leurs goûts et leurs pensées. Les Cunhas étaient au nombre de huit, sept frères et une sœur appelée Ana. Très laide, au contraire de ses frères tous élégants et jolis garçons, celle-ci possédait l’esprit le plus élevé qui soit, avec la grâce qui lui correspond. Jamais elle ne se maria, et Maria Rosa l’appelait souvent auprès d’elle afin qu’elle lui réjouît le cœur, qu’elle avait sujet à toutes sortes d’appréhensions, comme celui du roi David.
“Je crois que lui et moi nous sommes parents, disait-elle. Moi aussi, j’aime la musique en tant que remède, non pour le plaisir.” Les Cunhas étaient de bons joueurs de guitare et de cavaquinho, ils connaissaient beaucoup de chansons amusantes et cuisinaient très bien. Deux générations de Cunhas avaient vécu dans la maison des Nabasco, où ils contribuaient au bonheur de journées pas toujours enchanteresses.
Derrière Maria Rosa et son petit-fils venait une descendante des Cunhas, les bras chargés des fleurs du jour des Morts. De simples chrysanthèmes, mais pommelés, blancs et ronds comme des nuages blancs et ronds. Cette Elisa était une femme robuste, vêtue d’un uniforme bleu marine, ou du moins d’un vêtement qu’elle faisait ressembler à un uniforme, avec son petit col et son gilet gris assorti. Il s’en dégageait une grande sobriété, mais aussi une grande extravagance à une époque où les habitudes vestimentaires étaient dictées par les rayons de prêt-à-porter. Ne pas se convertir aux jeans faisait la fierté d’Elisa ; cependant, à préférer les jupes plissées, elle faisait ressortir son port de matrone.
“Vous verrez que les hommes finiront par porter des jupes, disait-elle. Elles sont plus pratiques et plus aérées.” On entrait ainsi dans de grandes discussions autour de petits problèmes, et cela gardait l’esprit éveillé, incandescent. C’était surtout un peu avant l’heure du dîner, quand on pénétrait dans la cuisine pour soulever le couvercle des casseroles et goûter les sauces, que l’on se perdait en conversations sur les mots, les habitudes et leurs raisons d’être. Martinho n’avait pas connu la maison de la rue de Belomonte, où la cuisine et la salle à manger se trouvaient au troisième étage et donnaient sur le fleuve. Pour lui, c’était une maison mythique. A six heures du soir, on ouvrait aux chiens la porte du jardin, et ils se précipitaient dans les escaliers comme un escadron de la garde. Ils allaient dans la cuisine, renversant les chaises, agitant leurs queues comme des fouets. Gémissant de plaisir. C’étaient des chiens de chasse ; bien qu’il n’y eût plus de chasseurs dans la maison, on entretenait la tradition de ces beaux setters couleur feu, dont le poil luisait devant les flammes de la cuisinière à bois. Car on avait longtemps cuisiné au bois et utilisé le bois pour les cheminées des pièces à vivre. On entendait crépiter les bûches sèches comme un son de bon augure, dans le matin brumeux. En ce temps-là, le fleuve variait encore ses humeurs selon la saison, il gonflait en hiver, accumulant sur ses rives oranges et branches cassées ; un chevreau mort arrivait dans le courant, rapide, à fleur des vagues déjà envahies par la marée montante. Mais tout cela, Martinho ne l’avait pas connu. Pas plus que sa mère, Paula, remarquable pour être encore l’une de ces femmes qui vivent entre quatre murs mais apprennent à monter à cheval, pour le cas où elles partageraient la vie grand style d’un seigneur de terres d’abondances ou d’un lord anglais. Fantasmes qui s’évanouissaient au premier bal des débutantes, encore un usage en déclin, mais toujours une source précieuse de renseignements matrimoniaux.
Martinho, sans le vouloir, serra plus fort le bras de sa grand-mère lorsqu’ils furent devant la lourde pierre du tombeau. Un tombeau réellement terrible, avec ses anneaux de fer rouillé et la mousse noire qui le recouvrait. “Je ne permettrai pas qu’on la mette là”, pensa-t-il, désolé. Un reste de poudre de riz sur le visage de Maria Rosa, près de l’oreille gauche, l’attendrit brusquement, comme la trace d’une jolie femme. “Jusqu’au bout nous sommes amants les uns des autres”, pensa-t-il, triste. Éduqué par des femmes, il en avait gardé une impudence rituelle sans rien de pervers, mûrie seulement par la réflexion.
Il promena son regard sur les tombes couvertes d’épitaphes mélancoliques, de fleurs coûteuses, de lampes rouges dans lesquelles une maigre flamme était en train de mourir. La mort était devenue une gloriole de plus, une fête d’anniversaire où manquaient les joyeux anniversaires, mais non une table abondante.
–Vous n’avez pas froid, grand-mère ? demanda-t-il.
–Froid, non. Seulement un peu faim. Mais, attends : ce n’est peut-être pas de la faim, pas vraiment. La mort est un excitant. Tous ces gens vont trop manger, puis se lover dans leur lit en gardant leurs chaussettes et tout. On ne devrait pas fréquenter ce genre d’endroit, à mon âge. Ils sont lubriques, presque mal famés.
Une de ses dents branlait lorsqu’elle parlait, et Martinho remarqua un léger zézaiement qu’elle n’avait pas auparavant. “Eh bien, voilà, c’est la vieillesse qui frappe à sa porte. N’y pensons pas, je ne veux pas y penser. Voilà, point final, foin des pensées vagabondes !” Il l’embrassa en riant et remarqua que ses cheveux avaient une odeur de fer à friser.
Les cheveux. Tout à coup les femmes s’étaient mises à porter la frange, et Nietzsche avait déclaré qu’elles voulaient cacher leur front et tout ce que le front présuppose : intelligence, indépendance, sexe, gestion des affaires, etc. Martinho avait beau regarder partout autour de lui, les femmes ne semblaient guère avoir changé. Peut-être s’adaptaient-elles plus difficilement à un destin de maîtresses de maison, mères de cinq enfants morveux et impertinents. La vérité tombait sous le sens, la cruauté était une forme de raison pratique qui du reste avait toujours existé entre femmes, et entre hommes également. Seule une éducation rigide permettait de les contrôler. On se mariait par amour, mais l’amour renfermait tout ce que l’on peut imaginer, comme dans l’histoire de Humpty Dumpty. Des coquilles d’huître, des fourrures de renard, ou ces eaux de Cologne éventées dont on ne sait que faire des flacons, car ils n’appartiennent à aucun lieu : ni à la poubelle, ni à une vitrine de collections ; on ne peut même pas s’en servir pour les remplir de nouveau. Paula Nabasco déclara que si on lui offrait encore un de ces flacons, elle s’empresserait de l’offrir à son tour à une autre personne.
–Moi, je n’aime que la lavande. Mais lorsque je suis tombée enceinte de Martinho, cette odeur-là m’a soulevé le cœur et, depuis, je ne la supporte plus. Je ne sais pas, mais cela doit avoir une signification quelconque.
Paula peignait ses longs cheveux noirs. Aussi noirs qu’il était possible, avec des reflets métalliques. Certaines expressions, on les lit dans les livres, mais cela ne les empêche pas d’être exactes. Ainsi, noir aile de corbeau, cela existait. C’étaient les cheveux de Paula.
“Les cheveux, voilà qui met du temps à disparaître”, pensa Martinho. Il se mit à observer la tête des gens qui envahissaient le cimetière et se sentit déconcerté. Toutes évoquaient celles des condamnés à la guillotine ou à la hache, avec leurs mèches coupées n’importe comment, on eût dit selon le critère d’un barbier de prison. Puis ses pensées prirent une autre direction, entraînées par une curiosité qui le faisait mémoriser les moments les plus futiles de sa vie. Des choses dont personne ne se souvenait sortaient de sa mémoire, comme des rats d’un gigantesque fromage. C’était une idée folle mais amusante, comme en aiment les enfants.
L’aïeule se retint d’une main à la grille de la tombe, fit un signe de croix et observa un instant de recueillement. Du coup, Martinho aussi prit un air plein de componction ; bien qu’avec sa grand-mère, on ne pût être sûr de rien. Sans doute était-elle plongée dans des pensées totalement étrangères à la circonstance, orientées plutôt vers des nécessités de base, comme de menus achats ou des rencontres avec ses amies. Elle en avait peu, la plupart d’entre elles étant mortes, ce qui du reste ne l’avait guère affectée. Les vieux doivent mourir, les poulaillers être rajeunis et laisser monter le joyeux caquetage de nouvelles poulettes. Le coq, avec ses brillantes plumes rousses, la faisait toujours rire.
–On dirait un mousquetaire, avec les éperons et tout et tout !
Elle arrangea les plis de sa robe et se redressa comme si quelqu’un s’apprêtait à la photographier. Elle détestait cela. Elle pensait, comme bien des peuples autrefois, que la photographie pouvait lui dérober son âme – ce qui ne laissait pas d’avoir quelque fondement. Martinho se dit qu’elle prenait pourtant la pose idéale pour un portrait, avec cette masse d’énormes chrysanthèmes blancs étendus à ses pieds et lui montant à hauteur de la taille. C’était une belle femme, plus belle même qu’au temps de sa jeunesse. Paula en était jalouse. Elle avait passé son temps à l’imiter, à ramper autour d’elle comme un petit chien avide de caresses. Mais la grand-mère avait toujours été avare de baisers et de câlins. “Ça me retourne l’estomac, disait-elle. Un enfant heureux s’en passe fort bien.”
Des cheveux noirs. La première fois que Martinho avait eu conscience du caractère indestructible des cheveux, ce fut lorsqu’’on rouvrit la tombe de Patricía Xavier afin de procéder à des travaux de maçonnerie. Ses cheveux étaient là, intacts. Enroulés sous un crâne entièrement dépouillé de sa chair, ils lui faisaient comme un oreiller. Si Martinho était présent, c’est que le tombeau appartenait aux Nabasco ; mais, par gentillesse, parce que, à cause de morts successives dans leur famille, celui des Xavier était entièrement occupé, on avait enseveli Patricía dans le mausolée ancestral du cimetière de Lapa, mausolée par deux fois cambriolé depuis la révolution des Œillets. Bien proportionné, il avait l’air majestueux d’un grand studio, un appartement de standing, dirons-nous. De vieilles dentelles pendaient mollement de la table d’autel, dont on avait dérobé les chandeliers d’argent ; à terre gisaient des accessoires du culte, un lutrin et des burettes maculées d’un dépôt de vin aigre. Le candélabre, qui venait de Venise, manquait également. L’air était humide, il y avait des infiltrations et les souris avaient rongé des papiers, peut-être des feuillets portant la vie des saints, ainsi que des bouquets froissés et abandonnés dans un coin, comme des détritus. Et les cheveux. Épais, abondants, tels qu’il les avait toujours vus à Patricía. Celle-ci allait tous les mercredis jouer au bridge avec Maria Rosa Nabasco. Elles étaient ainsi quatre femmes strictement vêtues et gantées de suède qui prenaient le thé à la pâtisserie Oliveira, de temps en temps, lorsqu’elles sortaient faire leurs emplettes. Des femmes habituées au luxe, on le sentait aussitôt, et qui ne demandaient jamais le prix des choses ; elles se contentaient de dire : “Faites-les porter chez moi.” Elles ne dépendaient pas d’un budget, faisaient simplement confiance au mari qu’elles avaient et à la couturière qui les habillait. Maria Rosa était la dernière représentante de ce genre de femmes, la relique d’un temps révolu, un temps de privilèges qui avait eu sa mode, pour les chapeaux, par exemple, les recettes de gâteaux et pour des puddings faits sans un gramme de farine.
Patricía Xavier avait été la première à “déroger”, comme on disait. Elle était grande, toujours bien chaussée, et portait des bas si fins qu’il fallait les enfiler avec des gants, comme le recommandait leur emballage d’origine. Jamais on n’aurait imaginé qu’elle allait mourir d’un avortement qui aurait mal tourné : c’est pourtant ce qui arriva. L’effroi avait balayé les salons quand l’affaire fut ébruitée. Mais elle demeura cachée pour Paula, alors âgée de douze ans et dont le Noël ne fut gâché en rien ; il n’y manqua même pas les cadeaux de Patricía, des cadeaux de valeur, comme toujours, des cachemires ou des nécessaires à ongles taillés dans la peau de quelque animal rare, dans le ventre d’un alligator, par exemple.
En réalité, on ensevelit Patricía dans la chapelle des Nabasco non parce qu’il n’y avait plus de place dans le tombeau de sa famille, mais à cause d’une vive opposition due aux circonstances de sa mort. Les avortements n’étaient pourtant pas si rares, surtout passé la quarantaine ; les femmes recouraient alors aux médecins pour effacer les traces d’un accident pourtant bien prévisible, mais contre lequel elles ne s’étaient pas prémunies. Patricía n’avait dit qu’à Maria Rosa ce qu’elle avait l’intention de faire.
–Rogério Conceição résout le problème en huit secondes. C’est son dernier record : huit secondes.
Inquiète, Maria Rosa la dévisagea. Non qu’elle la censurât, mais tout cela lui semblait faire partie de la malédiction qui pèse sur les femmes. Un jour, quelqu’un lui avait dit que le monde ne serait sauvé que lorsque les femmes cesseraient d’avoir des enfants, que les sexes ne seraient plus qu’un seul. Chose inconcevable, mais peut-être y arriverait-on un jour.
–Où as-tu entendu ça ? demanda Patricía, qui voyait là une atteinte à sa dignité, même si cette dignité était pour le moment bien compromise.
–Je ne sais pas.
–Ne fais pas de cachotteries avec moi.
–Je ne fais pas de cachotteries, ce n’est pas mon genre. C’est peut-être quelque chose que j’ai lu.
–Que lis-tu donc, ma petite ? Après Lady Chatterley, j’aurais cru que tu avais tout lu. Et voilà que tu me sors cette histoire d’un sexe unique. Tu te rends compte de ce que tu dis ?
–Parfaitement. Je m’en rends compte. Dans ce cas, tu ne te mettrais plus dans des histoires pareilles, tu ne te retrouverais pas dans une clinique où l’on farfouillera dans tes entrailles comme s’il était question d’ouvrir un coffre en huit secondes. Il faut déjà être expert en effraction ! Tu me fais rire et pleurer à la fois.
–Tu ne pleures jamais, Maria Rosa.
–Si, quelquefois. Un jour, j’ai pleuré, j’avais quatre ans : on m’avait coupé les cheveux à la garçonne. J’ai poussé de tels cris que les voisins m’ont entendue. Et ils n’étaient pas tout près : nous vivions dans une villa construite au milieu d’un grand jardin.
–Tu ne voulais pas ressembler à un garçon.
–Je ne sais pas. C’était vraiment un gros chagrin. Jamais depuis lors je ne me suis sentie aussi malheureuse. Je me demande parfois ce qui m’a fait pleurer autant ; je n’ai jamais trouvé la réponse. J’ai perdu un enfant tout petit, mais ce n’est pas la même chose. Tu crois vraiment que le fait d’être une femme est à l’origine de tout le mal ? Le désir des hommes, le plaisir des hommes quand ils arrivent à leurs fins sont choses horribles, si nous pensons à toutes les sortes de méchancetés qui en constituent l’excitant indispensable. Et voilà que tu mentionnes Lady Chatterley, cette femme effrayante, dénuée de compassion. Sans compassion, le sexe est une bataille triviale, un crime sans égal.
–Tu es décourageante. Voilà que je ne sais plus si je dois avorter ou non. Mais tu as raison : ce Lawrence est un âne bâté qui ne comprend rien aux femmes. Ou alors il ne les comprend qu’à travers lui-même. Il n’y a pas eu de premier Adam, mais une première Ève. Donne-moi encore une goutte de thé. Où l’achètes-tu ? Ma mère l’achetait dans une boutique de mode ; c’était d’un chic ! Je n’ai jamais compris la différence entre ce qui est chic et ce qui ne l’est pas. Mariano, tu sais, celui qui est professeur à l’université ; il m’a dit un jour : “Pourquoi donc le jaune n’irait-il pas avec le rose ?” Depuis, les couleurs psychédéliques sont devenues à la mode. Est-ce une question de suffrages, et non de goût ? Mais alors que représente le vote ?
–Aie pitié de moi ! Il a plu toute la journée et le chauffage est en panne. Un vote, c’est une envie compulsive, voilà.
Quelques jours plus tard, Patricía était morte, et cette mort considérée comme un accident. Les médecins gardèrent le silence sur leur diagnostic et cela aviva encore les soupçons. D’autant qu’elle avait eu recours à une sage-femme, et non au fameux expert en effractions. Maria Rosa s’efforça de chasser de son esprit l’idée que son amie s’était crue invulnérable, à l’abri de tout déboire. Elle n’avait pas vu le danger, alors que le danger nous cerne tous, sans trêve et de toutes parts. Nous étions plus malins il y a cinq cent millions d’années, nous étions comme le crocodile des marais, dont on ne peut savoir s’il est endormi ou éveillé. Peut-être ne dort-il jamais et les quatre lobes de son cerveau sont-ils toujours en alerte. Dans ce cas, nous ne nous sommes pas perfectionnés, au contraire, et la nature, depuis, a commis une succession d’erreurs. Quelle vie ! Patricía Xavier fut mise au tombeau impeccablement coiffée. Elle paraissait à son avantage : c’eût été son plus cher désir.



" Mille femmes blanches " Jim Fergus

4ème de couverture
En 1874, à Washington, le président américain Grant accepte dans le plus grand secret la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l'intégration du peuple indien.
Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart des " Mille femmes " viennent en réalité des pénitenciers et des asiles de tous les Etats-Unis d'Amérique. Parvenue dans les contrées reculées du Nebraska, l'une d'entre elles, May Dodd, apprend alors sa nouvelle vie de squaw et les rites inconnus des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l'alcool.
Aux côtés de femmes de toutes origines, May Dodd assiste alors à la lente agonie de son peuple d'adoption.

 

Né en 1950 d'une mère française et d'un père américain, Jim Fergus, chasseur, pêcheur, et cuisinier hors pair, est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Il a sillonné seul avec ses chiens le middle west, pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes, afin d'écrire ce livre. Mille femmes blanches est son premier roman.




" La rêveuse d'Ostende" Eric-Emmanuel Schmitt
Editions Albin Michel 2007 ( nouvelles)

4ème de couverture
Pour guérir d'une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du Nord. Sa logeuse, Anna van A., une femme solitaire vivant parmi ses livres et ses souvvenirs, va le surprendre en lui racontant l'étrange histoire de sa vie, où se conjuguent l'amour le plus passionné et un érotisme baroque. Le récit s'avère si surprenant que l'homme, doutant de sa véracité, va enquêter pour déterminer ce qui tient de la réalité ou du fantasme...A-t-il affaire à une superbe mystificatrice ou à une femme unique ? Jusqu'à la fin, il ira de découvertes en découvertes.
Cinq histoires qui montrent le pouvoir de l'imagination dans nos existences. Cinq histoires - La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La Guérison, Les mauvaises lectures et La Femme au bouquet- suggérant que le rêve est la véritable trame qui constitue l'étoffe de nos jours.




" Hiver arctique" Arnaldur Indridason
Editions Métailié 2009 ( Polar)

Le corps d’un petit garçon était couché dans la neige lorsque la voiture d’Erlendur est arrivée au pied de l’immeuble de banlieue, en cette fin d’après-midi glaciale de Reykjavik. Il avait douze ans, rêvait de forêts, ses parents avaient divorcé et sa mère venait de Thaïlande, son grand frère avait du mal à accepter un pays aussi froid.

Le commissaire Erlendur et son équipe n’ont aucun indice et vont explorer tous les préjugés qu’éveille la présence croissante d’émigrés dans une société fermée. Erlendur est pressé de voir cette enquête aboutir, il néglige ses autres affaires, bouscule cette femme qui pleure au téléphone et manque de philosophie lorsque ses enfants s’obstinent à exiger de lui des explications sur sa vie qu’il n’a aucune envie de donner. La résolution surprenante de ce crime ne sortira pas Erlendur de son pessimisme sur ses contemporains.

 

Dans cet impressionnant dernier roman, Indridason surprend en nous plongeant dans un monde à la Simenon.

Il a reçu pour ce livre et pour la troisième fois le prix Clé de Verre du roman noir scandinave.


1er chapitre


On parvenait à deviner son âge, mais il était plus difficile de se prononcer avec précision sur l’endroit du monde dont il était originaire.

Ils lui donnaient environ dix ans. Vêtu d’une doudoune déboutonnée grise à capuche et d’un pantalon couleur camou­flage, une sorte de treillis militaire, l’enfant avait encore son cartable sur le dos. Il avait perdu l’une de ses bottes. Les policiers remarquèrent à l’extrémité de sa chaussette un trou duquel dépassait un orteil. Le petit garçon ne portait ni moufles ni bonnet. Le froid avait déjà collé ses cheveux noirs au verglas. Il était allongé sur le ventre, une joue tournée vers les policiers qui regardaient ses yeux éteints fixer la surface glacée de la terre. Le sang qui avait coulé sous son corps avait déjà commencé à geler.

Elinborg s’agenouilla près de lui.

– Mon Dieu, soupira-t-elle, que se passe-t-il donc ?

Elle tendit le bras, comme pour poser sa main sur le corps sans vie. L’enfant semblait s’être couché pour se reposer. Elinborg avait du mal à se maîtriser. Comme si elle refusait de croire ce qu’elle voyait.

– Ne le touche pas, demanda Erlendur d’un ton calme, debout à côté du corps avec Sigurdur Oli.

– Il a dû avoir froid, marmonna Elinborg en ramenant son bras.

La scène se passait au milieu du mois de janvier. L’hiver était resté clément jusqu’à la nouvelle année, puis le temps s’était considérablement refroidi. Une coque de glace enserrait la terre, le vent du nord sifflait et fredonnait contre l’immeuble. De grandes nappes de neige recouvraient le sol. La poudreuse s’accumulait par endroits en formant de petits monticules dont les flocons les plus fins s’envolaient en volutes. Le vent leur mordait le visage, les pénétrant jusqu’aux os à travers leurs vêtements. Saisi d’un frisson, Erlendur enfonça profondément ses mains dans les poches de son épais manteau. Le ciel était chargé de nuages. Il était à peine quatre heures. La nuit avait déjà commencé à tomber.

– Quelle idée d’aller fabriquer des pantalons militaires pour des enfants ! observa-t-il.

Les trois policiers se tenaient en cercle autour du cadavre. Les gyrophares bleus projetaient leur lueur sur l’immeuble et les maisons alentour. Quelques passants s’étaient agglutinés à côté des véhicules de police. Les premiers journalistes étaient arrivés sur les lieux. Les policiers de la Scientifique prenaient des clichés, rivalisant de flashs avec les gyrophares. Ils faisaient des relevés de l’emplacement où se trouvait le corps de l’enfant ainsi que des abords immédiats. C’était la première étape de l’investigation sur la scène du crime.

– Les treillis sont à la mode, nota Elinborg.

– Tu trouves quelque chose à redire au fait que les gamins portent ce genre de pantalons ? s’agaça Sigurdur Oli.

– Je ne sais pas, répondit Erlendur avant d’ajouter : en effet, cela me semble étrange.

Il laissa son regard glisser le long de la façade de l’immeuble. A certains étages, des gens étaient sortis, bravant le froid, pour observer la scène depuis leur balcon. D’autres se calfeutraient chez eux et se contentaient de regarder depuis leur fenêtre. La plupart des habitants de l’immeuble n’étaient toutefois pas rentrés du travail, l’obscurité régnait derrière les vitres. Ils allaient devoir frapper aux portes de tous ces appartements pour interroger leurs occupants. Le témoin qui avait découvert l’enfant leur avait précisé qu’il vivait dans ce bâtiment. Peut-être la victime avait-elle été laissée seule à la maison, peut-être était-elle tombée du balcon, événement qui entrerait alors dans la catégorie des accidents domestiques stupides. Erlendur préférait cette hypothèse à celle d’un assassinat, à quoi il ne parvenait pas à se résoudre.

Il scruta les alentours. L’ensemble des immeubles qui for­maient comme une cour ne semblait pas très bien entretenu. Au centre, une petite aire de jeu délimitée par du gravier abri­tait deux balançoires dont une cassée : son assise secouée par le vent pendait jusqu’à terre. Il y avait aussi un toboggan usé et rouillé à la vieille peinture rouge écaillée, ainsi qu’un tape-cul sommaire avec deux petits sièges en bois. L’une des extrémités était fichée dans la terre, piégée par le gel, alors que l’autre pointait en l’air, tel un gigantesque canon.

– Il faut que nous retrouvions sa botte, observa Sigurdur Oli.

Tous les trois avaient le regard rivé sur la chaussette trouée.

– Je n’arrive pas à y croire, soupira Elinborg.

Des policiers de la Scientifique recherchaient des empreintes sur les lieux, mais la nuit tombait et le verglas ne semblait receler aucune trace. Le terrain tout entier était recouvert d’un épais bouclier de glace mortellement glissant où affleuraient çà et là quelques taches d’herbe. Le médecin régional de Reykjavik avait confirmé le décès et, ayant trouvé un endroit où il imaginait pouvoir s’abriter du vent du nord, il s’efforçait de s’allumer une cigarette. N’étant pas certain de l’heure du décès, qu’il pensait remonter à une heure tout au plus, il affirmait qu’un expert médicolégal devrait effectuer des recoupements entre la température extérieure et celle du corps afin de la déterminer avec précision. L’examen prélimi­naire ne lui avait pas permis d’en déceler la cause. Probablement une chute, avait-il observé en parcourant du regard l’immeuble morne et terne.

Le corps n’avait pas été déplacé. Un expert médicolégal était en chemin. S’il parvenait à trouver un créneau dans son emploi du temps, il voulait être présent sur la scène de crime afin d’examiner les circonstances du décès en compagnie de la police. Erlendur s’inquiétait à la vue du nombre grandissant de curieux qui se massaient devant la façade de l’immeuble d’où on pouvait voir le corps, illuminé par les flashs. Les voitures passant au ralenti étaient autant d’yeux qui buvaient la scène. On installa un petit projecteur qui permettrait d’explorer les lieux avec plus de précision. Erlendur suggéra à un policier de protéger le périmètre des badauds.

Vues d’en bas, toutes les portes des balcons dont le petit garçon aurait pu tomber semblaient fermées. Les fenêtres étaient closes. L’immeuble, plutôt imposant, se composait de six étages desservis par quatre cages d’escalier. Il était vétuste. Les rambardes métalliques des balcons étaient rouillées. La peinture, délavée, s’écaillait çà et là à la surface du ciment. De l’endroit où se tenait Erlendur, on distinguait deux baies vitrées de salle à manger fendues sur toute leur longueur, donnant chacune sur un appartement. Nul n’avait jugé bon de les remplacer.

– C’est peut-être un crime raciste ? suggéra Sigurdur Oli en regardant le corps de l’enfant.

– Je crois que nous ne devrions pas formuler d’hypothèses trop précises, répondit Erlendur.

– Est-ce qu’il aurait tenté d’escalader la façade ? demanda Elinborg en levant les yeux sur l’immeuble.

– Les mômes font les trucs les plus insensés, convint Sigurdur Oli.

– En effet, il faut vérifier qu’il n’a pas tenté de grimper au mur, observa Erlendur.

– D’où vous croyez qu’il vient ? se demanda Sigurdur Oli à voix haute.

– J’ai l’impression qu’il est d’origine asiatique, répondit Elinborg.

– Il pourrait être philippin, vietnamien, coréen, japonais, chinois, énuméra Sigurdur Oli.

– On ne devrait pas tout bonnement dire qu’il est islandais jusqu’à preuve du contraire ? proposa Erlendur.

Debout dans le froid, ils regardaient en silence la neige fine et poudreuse qui s’accumulait autour du corps du petit garçon. Erlendur toisa de loin les badauds rassemblés devant l’immeuble, à côté des voitures de police. Puis il enleva son manteau afin d’en recouvrir l’enfant.

– Ça ne risque pas de compromettre l’enquête ? demanda Elinborg en lançant un regard aux policiers de la Scientifique. En effet, Erlendur et son équipe auraient dû attendre leur
feu vert avant de s’approcher si près du cadavre au risque de brouiller les indices.

– Je n’en sais rien, répondit Erlendur.

– Pas très professionnel, lança Sigurdur Oli.

– Personne n’a signalé la disparition de ce gamin ? demanda Erlendur sans relever l’observation. Personne n’a cherché à retrouver un garçon qui lui ressemblerait et se serait perdu ?

– J’ai vérifié en route, rien de tel n’a été signalé à la police, répon­dit Elinborg.

Erlendur baissa les yeux vers son manteau. Il grelottait.

– Où est celui qui l’a découvert ?

– Nous lui avons demandé de patienter dans une cage d’escalier, répondit Sigurdur Oli. Il a attendu que nous arri­vions. C’est lui qui nous a appelés avec son téléphone portable. Tous les mômes ont des portables, aujourd’hui. Il nous a dit qu’il a coupé par le terrain entre les immeubles en rentrant de l’école et que c’est là qu’il est tombé sur le corps.

– Je vais aller l’interroger, répondit Erlendur. Vérifiez si le gamin n’aurait pas laissé une piste quelconque sur le terrain. S’il a saigné, il a dû laisser des traces derrière lui. Ce n’est peut-être pas une chute.

– Ça ne serait pas plutôt à la Scientifique de s’occuper de ça ? marmonna Sigurdur Oli sans que ses deux collègues l’entendent.

– En tout cas, je n’ai pas l’impression qu’il ait été agressé ici, observa Elinborg.

– Et pour l’amour de Dieu, essayez de retrouver sa botte, supplia Erlendur avant de s’en aller.

– L’adolescent qui l’a trouvé… commença Sigurdur Oli.

– Oui ? s’enquit Erlendur en se retournant.

– Il est aussi basa… Sigurdur Oli hésitait.

– Quoi donc ?

– C’est un jeune d’origine étrangère, corrigea Sigurdur Oli.

 

L’adolescent était assis sur une marche dans l’une des cages d’escalier de l’immeuble, aux côtés d’une policière. Il avait près de lui ses vêtements de sport entortillés dans un sac en plas­tique jaune. Il lança à Erlendur un regard méfiant. Ils n’avaient pas voulu le mettre au chaud dans une voiture de police. Cela aurait pu éveiller des soupçons quant à son implication dans le décès du petit garçon, et quelqu’un avait émis l’idée de le faire plutôt patienter dans cette cage d’escalier.

Le couloir était sale, il y régnait une odeur de crasse mêlée à celles de cigarette et de cuisine qui filtraient des appartements. Le sol était recouvert d’un lino usé, les murs salis de graffitis qu’Erlendur parvenait difficilement à déchiffrer. Les parents de l’adolescent, encore au travail, avaient été prévenus. Il avait le teint mat, des cheveux noir corbeau et lisses, encore humides après la douche, et de grandes dents bien blanches. Vêtu d’une épaisse doudoune et d’un jeans, il tenait un bonnet à la main.

– Quel froid de canard ! commença Erlendur en se frottant les mains pour se réchauffer.

Le gamin ne lui répondit pas.

Erlendur vint s’asseoir à côté de lui. L’adolescent déclara s’appeler Stefan. Il avait treize ans. Il habitait depuis toujours dans l’immeuble juste à côté. Il expliqua que sa mère venait des Philippines.

– Tu as dû être très choqué quand tu l’as découvert, observa Erlendur au bout d’un moment.

– Oui.

– Et tu sais qui c’est ? Tu le connaissais ?

Stefan avait indiqué à la police le nom du petit garçon en précisant qu’il habitait dans l’un des appartements de cet immeuble, mais dans une autre cage d’escalier. Les policiers avaient tenté de contacter les parents de la victime. Personne n’avait répondu quand ils étaient allés frapper à la porte. Tout ce que Stefan savait de la famille de l’enfant, c’était que sa mère fabriquait des bonbons et qu’il avait un frère. Il avait affirmé ne pas bien les connaître. Il n’y avait pas très longtemps qu’ils s’étaient installés là.

– Tout le monde l’appelait Elli, mais son vrai nom, c’était Elias, précisa Stefan.

– Est-ce qu’il était mort quand tu l’as découvert ?

– Oui, je crois. Je l’ai secoué, mais il n’a pas bougé.

– Alors, tu nous as appelés ? compléta Erlendur comme s’il lui semblait légitime de réconforter l’adolescent. Tu as bien fait. Tu as eu parfaitement raison. Qu’est-ce que tu veux dire par “sa mère fabrique des bonbons” ?

– Euh, ben, qu’elle travaille dans une usine où on fait des bonbons.

– Tu as une idée sur ce qui aurait pu arriver à Elli ?

– Non.

– Est-ce que tu connais certains de ses camarades ?

– Pas très bien.

– Qu’est-ce que tu as fait après l’avoir secoué ?

– Rien, répondit l’adolescent. J’ai seulement téléphoné à la police.

– Tu connais le numéro de la police ?

– Oui, je suis tout seul à la maison quand je rentre de l’école et ma mère veut pouvoir me surveiller. Elle…

– Quoi donc ?

– Elle me dit toujours d’appeler immédiatement la police au cas où…

– Au cas où quoi ?

– Au cas où il se passerait quelque chose.

– Qu’est-ce que tu crois qu’il est arrivé à Elli ?

– Je ne sais pas.

– Tu es né en Islande ?

– Oui.

– Tu sais si c’est aussi le cas d’Elli ?

L’adolescent, qui avait passé son temps à fixer le lino de l’escalier, leva les yeux vers Erlendur.

– Oui, répondit-il.

Elinborg fit irruption dans le sas de l’immeuble, séparé de la cage d’escalier par une simple vitre, et Erlendur vit qu’elle lui avait rapporté son manteau. Il adressa un sourire à l’adolescent en lui disant qu’il reviendrait peut-être plus tard pour discuter un peu plus longuement avec lui, avant de se lever et de rejoindre Elinborg.

– Tu sais que tu n’as le droit d’interroger des enfants qu’en présence de leurs parents, de leur tuteur, des services de la Protection de l’enfance ou de tout le saint-frusquin, reprocha-
t-elle d’un ton cassant en lui tendant son vêtement.

– Je n’étais pas en train de l’interroger, je me contentais de lui poser quelques questions, rétorqua Erlendur en regardant son manteau. Je dois comprendre qu’ils ont emmené le corps ?

– Il est en route pour la morgue. Ce n’était pas une chute. La Scientifique a relevé des traces.

Erlendur grimaça.

– Le petit est arrivé au pied de l’immeuble par le côté ouest, informa Elinborg. Il y a un sentier qui devrait être éclairé, mais un habitant du quartier nous a signalé que l’ampoule de l’un des lampadaires était constamment cassée. L’enfant est entré sur le terrain en passant par-dessus une clô­ture sur laquelle on a trouvé des traces de sang. C’est là qu’il a perdu sa botte, probablement en l’enjambant.

Elinborg inspira profondément.

– Il a été poignardé, poursuivit-elle. Il est probablement mort après avoir reçu un coup de couteau dans le ventre. En enlevant le corps, on a découvert une mare de sang qui a gelé instantanément.

Elinborg s’accorda une pause.

– Il rentrait chez lui, reprit-elle.

– Est-on en mesure de remonter la piste jusqu’au lieu de l’agression ?

– Nous sommes en train.

– Avez-vous contacté ses parents ?

– Sa mère est en route. Elle s’appelle Sunee. Nous ne lui avons pas dit ce qui s’est passé. Ça promet d’être affreux.

– Tu restes avec elle, répondit Erlendur. Et le père ?

– Je ne sais pas, il y a trois noms sur la sonnette. L’un d’entre eux est quelque chose comme Niran.

– J’ai cru comprendre qu’il avait un frère, observa Erlendur.

Il ouvrit la porte, puis ils sortirent tous les deux affronter le vent du nord. Elinborg attendit la mère afin de l’accom­pagner à la morgue. Un policier escorta Stefan à son domicile où serait enregistrée sa déposition. Erlendur retourna sur le terrain au pied de l’immeuble. Il remit son manteau. Le sol était noir à l’endroit où le petit garçon avait été retrouvé.

 

Tombé je suis à terre*.

 

Un vieux quatrain revint à la mémoire d’Erlendur alors qu’il se tenait immobile, profondément plongé dans ses pensées. Il leva les yeux sur l’immeuble terne avant de traverser prudemment l’épaisse carapace de verglas qui le séparait de l’aire de jeux et d’aller poser sa main sur l’acier glacé du toboggan. Il sentit le froid mordant remonter le long de son bras.

 

Tombé je suis à terre,

Transi et à jamais…

 

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 10:30



" les Fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire"
de Vikas Swarup
Editeur : Belfond - 2006

Traduit de l’anglais (Inde) par Roxane Azimi


4ème de couverture
Quand le jeune Ram Mohammad Thomas devient le grand vainqueur de 'Qui veut gagner un milliard de roupies ?', la production soupçonne immédiatement une tricherie. Comment un serveur de dix-huit ans, pauvre et inculte, serait-il assez malin pour répondre à douze questions pernicieuses ? Accusé d'escroquerie, sommé de s'expliquer, Thomas replonge alors dans l'histoire de sa vie... Du prêtre louche, qui laisse trop volontiers venir à lui les petits enfants, à la capricieuse diva de Bollywood, du tueur à gage fou de cricket au diplomate australien espion de sa propre famille, des petits mendiants des bidonvilles de Bombay aux touristes fortunés de Taj Mahal, au fil de ces rencontres, le jeune homme va apprendre que la fortune sourit aux audacieux... Splendeur et misère de l'Inde d'aujourd' hui ou les rocambolesques aventures d'un gamin des rues qui rêve de devenir quelqu'un.


Interview de l'auteur sur le site des éditions Belfond :
http://www.belfond.fr/site/les_fabuleuses_aventures_dun_indien_malchanceux_qui_devint_milliardaire_&100&9782714445636.html



Editions les solitaires intempestifs - 1997

Résumé
Cinq femmes dans la maison, vers la fin de l'été, de la fin de l'après-midi au matin encore du lendemain, lorsque la fraîcheur sera revenue et que la nuit et ses démons se seront éloignés.
Cinq femmes et un jeune homme, revenu de tout, revenu de ses guerres et de ses batailles, enfin rentré à la maison, posé là, dans la maison, maintenant, épuisé par la route et la vie, endormi paisiblement ou mourant, rien d'autre, revenu à son point de départ pour y mourir.
Il est dans sa chambre, cette chambre où il vivait lorsqu'il était enfant, adolescent, où il vivait avant de les quitter brutalement, il est dans sa chambre, c'est là qu'il est revenu se reposer, mourir, possible, achever sa route, son errance.
Elles tournent autour de ce jeune homme dans son lit. Elles le protègent et se rassurent aussi les unes et les autres. Elles le soignent et écoutent sa respiration, elles marchent à pas lents, elles chuchotent leur propre histoire, cette absence d'histoire qu'elles vivent depuis qu'il les quitta et son histoire à lui, sa longue balade à travers le monde, sa fuite sans but et sans raison.
C'est une lente pavane des femmes autour du lit d'un jeune homme endormi.
Le sourd ballet des filles et leurs éclats parfois, leurs haines rentrées qui explosent soudain, les cris et les chuchotements, le règlement des comptes et les derniers déchirements avant l'apaisement définitif, désespéré.
On lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l'amour, on s'arrache la tendresse exclusive. On voudrait bien savoir.
Elles l'attendaient, longtemps déjà, des années, toujours la même histoire, et jamais elles ne pensaient le revoir vivant, elles se désespéraient de jamais avoir de nouvelles de lui, aucune lettre, cartes postales pas plus, jamais, aucun signe qui puisse rassurer ou définitivement faire renoncer à l'attente.
Aujourd'hui, est-ce que enfin, elles vont obtenir quelques paroles, la vie qu'elles rêvèrent, avoir la vérité ? Il est capable aussi de dormir toujours, de s'éteindre sans plus jamais leur parler, les laisser à leur folie.
(...)
La première femme, la deuxième femme, la troisième femme, la quatrième et la cinquième, toutes semblables, toutes sensiblement du même âge, habillées à l'identique, le même tissu sur la tête, cachant le visage, la même couleur pâle, comme les murs, comme la lumière de cette fin d'après-midi.
Jean-Luc Lagarce
avril 1994

Prix du syndicat de la critique pour la meilleure création de langue française 1994

Les femmes parlent du temps qu'elles ont vécu à ne pas vivre, sinon à travers l'absence. Du temps présent qui les envahit - trop fort d'avoir été tant désiré.
Le Monde

Une pièce fragile et touchante, toute en flux et reflux, poétique et amère.
Le Point

Lagarce écrit en poète populaire, sait trouver les phrases lancinantes qui martèlent et blessent comme une ritournelle.
Télérama

Un quintette pour voix de femme, dont les harmonies rappellent certaines scènes de Tchekhov, et l'écriture celle, frémissante et répétitive, de Marguerite Duras.
L'Avant-Scène Théâtre


EXTRAIT

L’AÎNÉE. – J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne.
Je regardais le ciel comme je le fais toujours‚ comme je l’ai toujours fait‚ je regardais le ciel et je regardais encore la campagne qui descend doucement et s’éloigne de chez nous‚ la route qui disparaît au détour du bois‚ là-bas.

Je regardais‚ c’était le soir et c’est toujours le soir que je regarde‚ toujours le soir que je m’attarde sur le pas de la porte et que je regarde. J’étais là‚ debout comme je le suis toujours‚ comme je l’ai toujours été‚ j’imagine cela‚ j’étais là‚ debout‚ et j’attendais que la pluie vienne‚ qu’elle tombe sur la campagne‚ les champs et les bois et nous apaise.

J’attendais.

Est-ce que je n’ai pas toujours attendu ?

(Et dans ma tête‚ encore‚ je pensais cela : est-ce que je n’ai pas toujours attendu ? et cela me fit sourire‚ de me voir ainsi.)

Je regardais la route et je songeais aussi‚ comme j’y songe souvent‚ le soir‚ lorsque je suis sur le pas de la porte et que j’attends que la pluie vienne‚ je songeais encore aux années que nous avions vécues là‚ toutes ces années ainsi‚ nous‚ vous et moi‚ toutes les cinq‚ comme nous sommes toujours et comme nous avons toujours été‚ je songeais à cela‚ toutes ces années que nous avions vécues et que nous avions perdues‚ car nous les avons perdues‚ toutes ces années que nous avions passées à l’attendre‚ celui-là‚ le jeune frère‚ depuis qu’il était parti‚ s’était enfui‚ nous avait abandonnées‚ depuis que son père l’avait chassé‚ aujourd’hui‚ ce jour précis‚ je pensais à cela‚ en ce jour précis‚ je pensais à cela‚

toutes ces années que nous avons perdues à ne plus bouger‚ à attendre donc (et là encore‚ peut-être‚ je me mis‚ une fois de plus‚ à sourire de moi-même‚ de me voir ainsi‚ de m’imaginer ainsi‚ et de sourire ainsi de moi-même me mena vers le bord des larmes‚ et j’eus peur d’y sombrer) toutes ces années que nous avions vécues à attendre et perdues encore à ne rien faire d’autre qu’attendre et ne rien pouvoir obtenir‚ jamais‚ et être sans autre but que celui-là‚ et je songeais‚ en ce jour précis‚ oui‚ au temps que j’aurais pu passer loin d’ici‚ déjà‚ à m’enfuir‚ au temps que j’aurais pu passer dans une autre vie‚ un autre monde‚ l’idée que je m’en fais‚ seule‚ sans vous‚ les autres‚ là‚ sans vous autres‚ toutes‚ tout ce temps que j’aurais pu vivre différemment‚ simplement‚ à ne pas attendre‚ ne plus l’attendre‚ à bouger de moi-même.

J’attendais la pluie‚ j’espérais qu’elle tombe‚ j’attendais‚ comme‚ d’une certaine manière‚ j’ai toujours attendu‚ j’attendais et je le vis‚ j’attendais et c’est alors que je le vis‚ celui-là‚ le jeune frère‚ prenant la courbe du chemin et montant vers la maison‚ j’attendais sans rien espérer de précis et je le vis revenir‚ j’attendais comme j’attends toujours‚ depuis tant d’années‚ sans espoir de rien‚ et c’est à ce moment exact‚ lorsque vient le soir‚ c’est à ce moment exact qu’il apparut‚ et que je le vis.

Une voiture le dépose et il marche les dernières centaines de mètres‚ son sac jeté sur l’épaule‚ en ma direction.

Je le regarde venir vers moi‚ vers moi et cette maison. Je le regarde.

Je ne bougeais pas mais j’étais certaine que ce serait lui‚ j’étais certaine que c’était lui‚ il rentrait chez nous après tant d’années‚ tout à fait cela‚ nous avions toujours imaginé qu’il reviendrait ainsi sans nous prévenir‚ sans crier gare et il faisait ce que j’avais toujours pensé‚ ce que nous avions toujours imaginé.
Il regardait devant lui et marchait calmement sans se hâter et il semblait ne pas me voir pourtant‚ et celui-là‚ le jeune frère‚ pour qui j’avais tant attendu et perdu ma vie – je l’ai perdue‚ oui‚ je n’ai plus de doute‚ et d’une manière si inutile‚ ‚ désormais‚ je sais cela‚ je l’ai perdue – celui-là‚ le jeune frère‚ revenu de ses guerres‚ je le vis enfin et rien ne changea en moi‚ j’étais étonnée de mon propre calme‚ aucun cri comme j’avais imaginé encore et comme vous imaginiez toutes‚ toujours‚ que j’en pousserais‚ que vous en pousseriez‚ notre version des choses‚ aucun hurlement de surprise ou de joie‚
rien‚ je le voyais marcher vers moi et je songeais qu’il revenait et que rien ne serait différent‚ que je m’étais trompée.
Aucune solution.

(…)

la Compagnie Artbooka organise les 16 et 17 mai 2009, un stage théâtre autour des textes de Jean-Luc Lagarce. Pour en savoir plus : http://artbooka.over-blog.com




Editions Stock - 1999
 

4ème de couverture
- Allô, bonjour Docteur, la Noiraude à l'appareil.
- Bonjour la Noiraude, qu'est-ce qui ne va pas encore ? - Docteur, c'est affreux, on publie un livre sur moi. - C'est très bien, la Noiraude ! Il est temps que les lecteurs vous découvrent. - Oui, mais ils vont découvrir mon coeur de biche qui bat au milieu de mes rumsteaks, et ils vont se moquer. - Au contraire, la Noiraude, ils vont vous aimer encore plus.






Editions Marval - 2006 ( dernier texte de Marguerite Duras )
Photographies d'Hélène Bamberger


« Marguerite a dit, tu vois, c'est l'Intelligence » Marguerite Duras, à partir de l'été 1980, pendant de longues promenades autour de Trouville, mais aussi dans son appartement de Paris, fit prendre par la jeune photographe Hélène Bamberger des images de très nombreux lieux, maisons, objets qui retenaient son regard. Ce sont quelques-unes de ces photos, accompagnées des paroles que Marguerite Duras écrivit en les regardant, que les éditions Marval publient sous le titre : La Mer écrite. Hélène Bamberger raconte l'aventure de ces photos, de ce livre.
    « C'était une petite chapelle, à Vauville, vers le soir. Dedans il faisait encore assez clair. Marguerite Duras avait voulu entrer, elle s'est arrêtée, elle a tendu la main vers la surface nue du mur. Elle m'a dit : "Tu fais la photo, là." Le mur était resté tel quel depuis longtemps. Il y avait, sur la patine orangée, ocrée, des taches inégales noires, des épaisseurs de suie, usées, et des granules de champignons, presque blancs, et aussi des griffures, comme dans les grottes. Le fond orangé formait, sur un autre fond plus clair, une ligne d'horizon, courbe comme font les longs horizons. Marguerite Duras restait clouée devant ce fragment de mur, très beau, elle ne disait pas un mot, alors que d'habitude, quand elle s'arrêtait, comme là, elle disait quelque chose, très court, très simple, et qui illuminait tout. Par exemple juste avant d'approcher de Vauville elle avait demandé à Yann d'arrêter la voiture, elle était descendue, elle était revenue quelques pas en arrière, c'était un massif de fleurs d'un bleu très clair, très mat, qui se découpaient sur le granit neutre d'un mur gris. Marguerite avait dit : "Tu vois, c'est l'Intelligence." Je sais, à raconter comme ça, il manque tout pour revivre cette seconde, pour sentir à quel point ces mots étaient flagrants, incontestables, la voix de Marguerite Duras qui était encore d'une telle clarté d'enfance : "Tu vois, c'est l'Intelligence", la découpe bleue, nette, vivante, modeste, sur l'ancienneté de la pierre grise, le silence qu'un vent caressait à peine. Mais là, dans la petite chapelle, Marguerite Duras se taisait, je chargeais une autre pellicule et quelqu'un venait vers nous, le plus frappant c'était son visage, rond, très rouge, je revoyais des images de moines dans des livres d'Alphonse Daudet, et en s'approchant il souriait, nous le sentions tout réjoui de ce qu'il allait nous dire : "Cette fois, c'est sûr, j'ai enfin réuni tous les dons qu'il fallait, nous allons pouvoir repeindre la chapelle, elle va être toute belle, toute blanche, immaculée." Yann et moi, nous regardions Marguerite, devant cette grande robe noire à tête rouge elle était un petit bout de femme, un tout petit bout, cela m'avait même égarée ; les premiers jours quand elle m'emmena en voiture pour photographier ce qu'elle voulait, elle m'avait dit : "Tiens, prends-moi ça", c'était une flaque d'eau sur le côté de la route, rien, et je lui ai dit : "Vous croyez vraiment ?", et elle m'a coupée, elle m'a dit : "Fais vite, tu vois bien que le nuage s'en va", et je me suis alors penchée tout contre son épaule (parce que moi, au contraire, je suis plutôt grande), je me suis penchée à la hauteur de ses yeux, et c'était vrai, de là apparaissaient, dans cette eau, des irisations d'arc-en-ciel et le cerne du nuage, et à partir de ce soir-là, lorsque ce n'était pas évident, je me penchais pour voir moi aussi ce qu'elle, si petite, voyait, mais là, dans la chapelle de Vauville, j'avais devant mes yeux les mêmes touches de couleur, les mêmes reliefs de salpêtre, le même mirage qu'elle, et d'un seul coup je vois Marguerite Duras se transformer en furie, prendre une voix de tonnerre, elle hurlait, elle engueulait le pauvre homme qui ne comprenait rien à ce qui se passait, rien à ce qu'elle criait d'une vitesse folle, Venise, Tiepolo, le Golgotha, San Marco, la mer Rouge, le massacre des Innocents, le curé avançait les mains dans un geste de conciliation, Marguerite Duras continuait de traiter le curé de vandale, d'iconoclaste, Yann l'entraînait doucement vers la petite porte de bois de la chapelle, nous nous sommes retrouvés à l'air libre, Marguerite s'apaisait, elle s'en allait doucement vers une tombe, dans l'herbe, à l'écart du cimetière, la tombe de l'aviateur anglais qui avait été abattu là, dans les champs du village, il n'avait que dix-huit ans. Marguerite Duras avait eu un choc lorsqu'elle avait vu, la première fois, cette tombe, le nom et les dates, elle s'était enquise, les habitants du village avaient dit qu'un militaire anglais était venu, après la guerre, poser des fleurs sur cette tombe, puis il n'était plus revenu, il avait dit que cet aviateur était un enfant sans famille, et Marguerite Duras a écrit, a inventé, toute l'histoire de l'aviateur anglais abattu là. Chaque fois qu'elle imaginait, elle était lancée par une chose vraie. Et une photo, dans ce cas-là elle ne la demandait pas, peut-être justement pour garder la chose entière en elle, à elle. Je me suis dit cela à la longue, parce que durant toutes ces années où elle écrivait le matin et m'emmenait les après-midi avec Yann dans de très longues promenades et me disait de photographier ce à quoi je n'aurais pas pensé, je me demandais souvent si elle ne me faisait pas prendre ces images à seule fin de les oublier. D'en avoir fini avec elles dès qu'elle entendait le déclic de la caméra. J'avais surtout ce sentiment dans l'appartement de Paris, quand elle me faisait photographier un peu tout presque à tort et à travers, combien de photos m'a-t-elle fait prendre des fenêtres de l'appartement, des rainures du parquet, du seuil des portes, des boîtes quelconques (mais une fois il y avait une mèche de cheveux dans l'une de ces boîtes), et jamais elle ne me demandait de revoir ces photos. Alors, il y a quatre ans, de moi-même, d'accord avec Yann, je lui ai mis sous les yeux tout un tas de photos qu'elle m'avait fait prendre lors des promenades, elle les a regardées lentement. Elle a reconnu les routes, les fermes, qui n'existaient plus, parce qu'elles avaient été détruites par les constructeurs du grand pont sur la Seine, et aussi la cheminée d'usine qu'elle aimait regarder par l'une des fenêtres de son appartement, abattue entre-temps aussi. Mais ce qui était demeuré, elle n'en gardait pas le souvenir. Rarement, tout de même, elle disait : "Oui. ça c'est le Café de la Guêpe", ou "Là, c'est Under the Trees", toujours des noms inventés, parce qu'elle donnait des noms à tout ce qui la saisissait. Et j'avais oublié ces images moi aussi, tant elle m'en avait fait prendre. C'est Yann seul qui se rappelait, parce que, disait-il, c'est lui qui avait conduit la voiture, il gardait une mémoire plus vive que nous, qui nous laissions emmener. Les photos à la vue desquelles Marguerite Duras avait réagi, je les ai collées sur de grandes feuilles blanches, et Yann lui a demandé si elle ne voulait pas écrire quelque chose à côté de l'image, et elle a dit : "Non, comment voulez-vous ? Toutes ces images ?..." J'ai laissé passer quelque temps, et je lui ai apporté, un matin, juste trois images, et là, en prenant chaque photo en main, elle a dit des mots... c'était tellement elle, si beau, si secret, Yann et moi nous en tremblions. Des fois elle écrivait dans les marges, contre la photo. Des fois elle demandait à Yann, à moi, de noter. J'ai apporté comme cela trois ou quatre photos, de temps en temps. Puis elle n'a plus voulu. Yann lui a demandé si l'on ne pourrait pas publier ces mots d'elle, avec les images, et elle n'a pas dit non. Je suis allée proposer cela dans des maisons d'édition, Gallimard, d'autres, elles ont refusé. Je n'ai pas continué, j'ai abandonné l'idée. Et, je n'ai pas très bien compris pourquoi, c'est lorsque Mitterrand est mort que j'ai été prise d'une nécessité absolue de faire éditer cela. J'ai pensé à un livre de dimensions modestes, quelques photos seulement. Je suis allée feuilleter dans les librairies les albums de photos, et les seuls qui me touchaient étaient faits chez le même éditeur. Je suis allée le trouver, il a accepté. Je trouvais le format un peu trop petit quand même, mais lui me disait : non, c'est bien, et surtout j'ai été surprise par la vérité, la délicatesse des reproductions des photos. Mais quand Yann m'a téléphoné que Marguerite n'était plus, j'ai couru chez l'éditeur, je lui ai demandé d'arrêter tout, de ne pas publier. Je lui ai dit qu'il fallait attendre que je me retrouve, que tout ce bouleversement s'apaise. Mais l'éditeur m'a dit qu'il était désolé, que la distribution du livre était en marche, qu'il ne pouvait plus l'arrêter. Je suis rentrée à la maison, j'ai pris dans mes mains des images que Marguerite avait retenues et qui ne sont pas dans le livre, et des photos que j'avais faites de Marguerite elle-même, j'ai pensé à toutes ces promenades qu'elle nous faisait faire, à Yann et moi, en voiture, les après-midi, très loin parfois de Trouville, jusqu'à la tombée de la nuit. » ( PROPOS RECUEILLIS PAR MICHEL COURNOT )
   



" Alabama Song " de Gilles leroy
Editions Gallimard - Collection Folio -2009

4ème de couverture

Alabama, 1918. Quand Zelda, « Belle du Sud », rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes…
Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister… Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand « roman américain ».


EXTRAITS : http://www.evene.fr/livres/livre/gilles-leroy-alabama-song-29711.php?citations



" Au commencement était la mer" de Maïssa Bey
Editions de l'Aube - Collection Poche - 2007

4ème de couverture
Au commencement était la mer...
Les criques violentes et sauvages découvertes une à une. Des refuges où les mènent leurs échappées. Des refuges déserts le plus souvent. Ils s’y promènent sans crainte. Ils ont oublié, ils oublient - dangereux et merveilleux prodige de l’amour - la peur qui fait se terrer les hommes derrière des murs de plus en plus hauts, de plus en plus fortifiés.




Edition la Table Ronde - 1995
"Un ange auprès de moi " de Tobias Palmer
trad. de l'anglais par Laurence E. Fritsch ( actuellement indisponible )



Edition Poche - 2003
" Le témoin imprévu " de Jo Wajsblat

4ème de couverture
«Une odeur de chair et de cheveux brûlés flotte constamment dans l'air. Les fours incinérateurs ne suffisent plus, on a creusé en lisière de la forêt de grandes fosses où l'on entasse les cadavres avant de les arroser d'essence, comme à Chelmno ou à Treblinka.»

En octobre 1944, Jo Wajsblat, un juif polonais de 15 ans, est poussé dans la chambre à gaz. La porte s'est refermée... puis rouverte sur ordre de Mengele. Survivant de Birkenau, il attendra plus de cinquante ans pour révéler son secret. Le témoin imprévu parle de son expérience exceptionnelle, mais également des personnages qui l'ont marqué.

Si raconter son histoire est un moyen de lutter contre la banalisation, comme le souligne Gilles Lambert, «c'est aussi pour Jo Wajsblat une ultime façon de s'excuser d'avoir survécu».


Edition Flammarion - 2002
Mademoiselle Chambon d'Eric Holder

4ème de couverture
Montmirail, Marne, 51. Antonio, un maçon portugais, croise un jour Véronique Chambon, l'institutrice de son fils. Entre eux se noue une idylle secrète, inavouée.
Pourquoi et comment tombe-t-on amoureux ? Il peut suffire d'un regard timide, d'une sonate de violon, d'un champ de blé pour découvrir des sentiments et des émotions qu'on ne soupçonnait pas... Mademoiselle Chambon est l'histoire d'une passion simple mais aussi une chronique de la vie provinciale.

Par cie artbooka - Publié dans : Saison 2008/2009
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés